‹ Davout, maréchal d'empire, duc d'Auerstaedt, prince d'EckmühlChapitre 27 sur 42 · DAVOUT, MARÉCHAL D*EMP1R · texte numérisé non relu

DAVOUT, MARÉCHAL D*EMP1R

• Luxembourg, il étdit le 26 à Oggersheim sur les bords du Rhin. Ce corps, avec rartillerie et le génie qui y étaient attachés, présentait à cette époque un effectif de 27,432 hommes. Les généraux fiisson, Priant et Gudin commandaient les trois divisions d'infanterie; la cavalerie était sous les ordres du général Vialannes. La division de grosse cavalerie du général Nansouty se trouvait momentanément détachée au 3' Corps ; elle faisait partie de la réserve de cavalerie aux ordres de Murât.

Franchissant aussitôt le Rhin, Tavant-garde du 3' Corps entrait le 4 vendémiaire (26 septembre) à Manheim, se portait à Heidelberg et poussait ses avant-postes au delà de Neckarmund ; c'est ce que nous apprennent les dépêches de Davout à rErapereur et au ministre de la guerre, major gênerai, Berthier. •Pendant ce temps les 3 divisions de Davout traversaient successivement le Rhin, et le 7 vendémiaire (29 septembre), le 3* Corps tout entier se trouvait sur la rive droite du fleuve.

Pendant que le général Mack, qui commandait en chef Tarmée autriclûenne, concentrait ses troupes dans^ les environs d'Ulm, Slockach et Memmingen, Tarmée française, redoublant la vitesse de ses marches, se jetait sur les derrières de Tennemi.

Parti de iNe(*karelz, le maréchal Davout suivit la route de Moeckmiihl, Ingelfingen, Creilsheim, Fremdlingen , Oeltingen et Haarbourg; le 2 octobre, il était en position, donnant sa gauche au maréchal Bernadette et sa droite au maréchal Soult.

Le 6 octobre, par suite des mouvements d'ensemble ordonnés par Napoléon, l'armée française occupait la ligne

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suivante : Bernadotte, avec son corps d'armée et les troupes bavaroises, élait a Weissenbourg; Davoul à Oeltingen, à cheval'surla Wernitz; Soult était près de Donauwerth, Ney à Kôssîngen, Lannes àNeresheim. Avec sa cavalerie, Murât bordait le Danube.

Le soir de ce même jour, Davout rend ainsi compte à FEmpereur de la position de son corps d'armée et des mouvements que, sur les ordres transmis par le major général, il doit exécuter le lendemain :

Ce soir, lui écrit-il, j'attends des nouvelles; en attendant, je rends compte à V. M. de la position du 3' corps d'armée. L'avant-garde est en marche sur Harbourg qu'elle occupera cette nuit sans opposition. Le reste du 3" corps, y compris la division de cavalerie du général Nansouty, couvre les hauteurs d'Oettingen. Un parti du général Marmont est arrivé ici; ce général'était hier h. Feuchtwang, il est ce soir à Wassertrundingen. Un des partis que j'ai envoyés au maréchal Bernadotte vient de rentrer ; hier, ce général était à Desmansdorf à une lieue en avant d'Anspach ; aujourd'hui il a dû arriver k Gunzenhausen. II parait que se.s avant-postes ont poussé aujourd'hui jusqu'à Pappenheim; — J'ai reçu Tordre du ministre de me porter demain sur Monheim, dans l'hypothèse où l'ennemi n'aurait point pris position à Northingue : soit pour secourir le maréchal Bernadotte, si le cas se présente ; soit, dans le cas où l'ennemi se serait reployé derrière le Danube, de placer demain des postes sur cette rivière, depuis Neubourg jusqu'à l'embouchure du Lech, et enfin de chercher à surprendre le pont de Neubourg ou tout autre passage. J'exécuterai demain, à la pointe du jour, ces ordres.

Le général Mack, déconcerté par la rapidité des mouvements de Tarmée française, venait de se jeter dans Ulm

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avec le gros de son armée. C'était pour lui couper toute communication avec la Bavière et TAutriche que l'Empereur avait fait donner l'ordre au 3* corps de passer le Danube et de marcher sur Neubourg. Napoléon attachait à la prompte exécution de ce mouvement la plus grande importance ainsi qu'il résulte de la lettre suivante, que, le

8 octobre, il adressait au maréchal Davout :

Qiiarlier impérial, Donauwerth, 16 vendémiaire an XÏV vers 1 heure après-midi.

Mon Cousin, Ce matin à huit heures il n'y avait personne à Neubourg et vous ne Toccupiez pas encore. Il me tarde bien de savoir enfin votre armée arrivée. J'ai besoin qu'elle soit réunie demain, dans la journée, à Aichach. 11 paraît que le général Kienmayer, qui commande le seul corps qui est entre ceci et Ratisbonne, s'est retiré sur Augsbourg. Il est poursuivi de telle façon qu'il ne peut échapper. Ne perdez pas une heure et que j'apprenne sans retard que vous occupez Aichach ; votre cavalerie et votre avant-garde peuvent y être ce soir.

Les débordements du tleuve et le mauvais état des chemins ralentirent la marche de Davout; c'est le 8 au soir seulement qu'il put arriver à Neubourg. Le lendemain,

9 octobre, le Maréchal avec ses 3 divisions était à Aichach où il remplaçait le maréchal Soult. Il s'empressait d'en aviser l'Empereur :

Sire, lui écrit-il, j'ai l'honneur de rendre compte à V. M. qu'aujourd'hui à cinq heures les divisions de ce corps d'armée avaient pris position à Aichach. Le général Kienmayer s'était déjà retiré sur Munich avec précipitation; d'après les mouvements que l'on a remarqués dans ses troupes et même dans

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son quartier-général, lout annonce la crainte, Tincertitude et Tirrésolution, ce qui attaque singulièrement le moral du soldat, qui ne parait pas se dissimuler la position fâcheuse dans laquelle se trouve l'armée autrichienne. Les officiers, pour rassurer les esprits, parlent beaucoup des Russes, mais cela n'est qu'un faible palliatif.

Pendant qu'une partie de l'armée française pressait Ulm, Davout s'avançait vers Dachau ; le 18 octobre il avait poussé ses avant-postes jusqu'à Moisach. Pendant cette marche, lé 40 octobre, Tavant-garde du Maréchal avait eu son premier engagement avec l'ennemi. « Dans la journée d'hier, écrit Davout au major général le H octobre (49 vendémiaire, an XIV), les avant-postes de l'avant-garde , en venant occuper Ober-Roth ont eu un petit engagement avec les uhians de Merfeld. Un détachement du 2® régiment de chasseurs à cheval a soutenu une charge ; 7 à 8 uhians ont été blessés, 4 officier et 4 uhlan ont été faits prisonniers; nous n'avons eu dans cet engagement ni tué ni blessé. »

Cette' première escarmouche était immédiatement suivie d'un avantage plus marqué dont Davout, le 42 octobre, donne connaissance à l'Empereur :

Le général Heudelet, lui écrit-il, qui commande Tavantgarde du 3' corps d'armée, a fait replier cette nuit tous les avant-postes ennemis; un détachement du 2« de chasseurs s'en est acquitté avec beaucoup de vigueur, il a pris 20 hussards de Blankenstein, en a blessé autant et tué 10^ dont 1 officier; Finfanterie n'a pas tenu, elle s'est dispersée dans les bois, on en a déjà ramassé une centaine.

De Dachau, où il passe plusieurs jours, Davout, en

signalant au major général Tairivée de Bagratioji avgc 13,000 Russes entre Neu Oettingen ei Mtihldorf, appelle instamment son attention sur rinsuffisance absolue de Torganisation du service de santé :

Un objet non moins important, lui écril-il le 17 octobre,, sur lequel je prie Votre Excellence de fixer son attention, et dont l'intendant général doit s'occuper essentiellement, c'est le service de santé, qui n'est nullement organisé dans, ce corps. Le commissaire ordonnateur en chef, n'ayant à sa disposition aucun moyen pécuniaire, se trouve dans l'impossibilité de former des établissements, même temporaires, pour recueillir les malades; il est cependant beaucoup d'objets qu'on ne peut obtenir par voie de réquisition. — Déjà les malades augmentent à Dachau, où j'avais demandé que l'on préparât des établissements au moins pour 40 hommes ; ils vont être sous peu doublés, et j'ignore comment pouvoir les faire évacuer, soit sur Harbourg, ou tout autre point sur les derrières, les moyens de transport manquant d'un coté, et n'a3*ant pu, de l'autre, préparer un point intermédiaire à Aichach pour procurer aux malades quelque soulagement k leur passage. — Nos moyens d'ambulance sont à bien dire nuls; quelques voitures des équipages des hôpitaux, venant de Tarmée des côtes, ont dû marcher à la suite de ce corps d'armée, mais n'ont pu encore le rejoindre, sans doute par le mauvais état des chevaux, après une si longue route. Je les attends sous peu, mais je doute qu'ils puissent nous offrir de grandes ressources, Votre Excellence n'ignore pas que, par la précipitation de nos marches, les corps n'ont pu exécuter à temps l'ordre de Sa Majesté, qui leur prescrit de se pourvoir de caissons d'ambulance de premier secours, et qu'enfin tout est à créer pour le service de la santé.

J'ai l'honneur de prier Votre Excellence de prendre cet objet dans la plus grande et plus sérieuse considération.

Si la rapidité de la marche de l'année française avàR' ainsi désorganisé le service de la santé, elle n'avait pas non plus permis d'assurer le fonctionnement régulier du service des subsistances, aussi la maraude et le pillage avaient-ils pris un essor effrayant. Dès le 41 octobre, Davoùt avait signalé ces désordres au major général, et sollicité l'autorisation de faire des coupables un exemple sévère, mais absolument indispensable au maintien de la discipline ; le lendemain il y revint encore dans sa dépêche à l'Empereur. C'est à ce sujet que de Dachau, le 19 octobre (27 vendémiaire), il adressait au général Yialannes la lettre suivante :

Monsieur le général

. Un officier s'est présenté de votre part pour me demander les lois d'après lesquelles on juge les maraudeurs; je connais depuis longtemps cet individu comme un des mauvais esprits de ce régiment, il y en a cinq ou six de cette trempe que je ferai arrêter aux premières sottises qui seront failes par des individus de. ce corps. En attendant, vous donnerez Tordre au sieur Varlet de quitter le régiment et de se rendre au dépôts- Cet ordre devra avoir son exécution un quart d'heure après la réception de cette lettre, soit de jour, soit de nuit; vous lui donnerez Tordre de se présenter au chef de Télat-major général. — Vous déclarerez au colonel que s'il continue à être aussi poule-mouillée que je Tai vu depuis le commencement de la campagne, je le renverrai et je conserverai par ces moyens un bon régiment où les chasseurs, les sous-offlciers, presque tous les officiers ont le meilleur esprit, et qui sont extrêmement las du despotisme de cinq à six intrigants. — Nommez pour votre commission militaire des officiers d'honneur, et ils trouveront dans leur cœur et dans leur conscience des lois

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contre Tindiscipline qui finit par occasionner la perte des pfcts bnres armées.

Pendant ce temps, le 17 octobre, Mack avait signé la fameuse capitulation d'Ulm, d'après laquelle 30,000 Autrichiens déposèrent les armes ; 60 pièces de canon et 40 drapeaux furent livrés au vainqueur. Du camp d'Elchingen, le 27 vendémiaire (19 octobre), l'Empereur annonça à Davout les désastres de l'armée autrichienne :

Mon Cousin, lui écrivit-il, Tarmée autrichienne est détruite. Indépendamment du corps qui est dans Ulm, et qui s'est rendu par capitulation, le corps de Werneck vient de mettre bas les armes à Nordlingen et s'est rendu au prince Murât. Le prince Ferdinand, à la poursuite duquel il est, estcerné de tous côtés et sera probablement obligé de se rendre. Le maréchal SouU se rend à Landsberg. Réunissez tout votre corps d'armée, de manière à pouvoir être en peu d'heures à Munich et en mesure de secourir le maréchal Bernadette. Je vais me rendre moi-môme à Augsbourg, et votre tour va venir. »

En conséquence des ordres donnés par TEmpereur à ses lieutenants de poursuivre dans toutes les directions les débris de Tarmée autrichienne, Davout était le 25 octobre sur les bords de Tlnn. Étant parti de Freysingen, il arriva le 25 à Miihldorf avec ses divisions ; l'ennemi avait détruit le pont et s'était retranché sur la rive droite de l'Inn. Après avoir reconnu le terrain avec les officiers du génie, le Ma réchal fit aussitôt, sous la protection de son artillerie, travailler au rétablissement du pont. Ce travail fut poussé avec une telle activité, que le lendemain, à midi, une partie du corps d'armée put effectuer son passage. Le l^'réginaenl

àfi chasseurs, qui se trouva sur la rive droite à la tête des colonnes, tomba avec impétuosité sur Tarrière-garde ennemie, lui tua une vingtaine d'hommes et lui enleva 50 prisonniers. Le reste de la journée fut employé à continuer les travaux du pont.

Le 29 octobre, l'Empereur, qui venait de transporter son quartier général à Miihldorf , y passa en revue la partie du 3* corps qui n'avait pas encore traversé Thin. Dans la soirée de ce jour, l'état du pont permettant le passage de l'artillerie, le maréchal Davout quitta Muhldorf pour se porter sur Ried et Haàg, sur la route qui conduit de Braunau à Lembach.

Les Russes accouraient en toute hâte pour protéger la retraite des Autrichiens que tant de désastres avaient découragés ; 8 bataillons de l'armée moscovite parurent sur la Traun, en face de Murât. Davout reçut l'ordre de faire soutenir ce prince par sa division de gauche, commandée par le général Bisson. Celui-ci porta en avant sa première brigade, soutenue par le 1'' de chasseurs et le 8? de dragons. Cette cavalerie chargea les Russes, déjà ébranlés par la vigoureuse attaque du 17" léger, avec une telle impétuosité qu'ils durent se replier dans le plus grand désordre, laissant .aux mains des Français plusieurs pièces de canon et 500 prisonniers. Ce combat est du 31 octobre; le soir même, la division du général Bisson et les dragons du général Beau* mont prirent position à Lembach dont les ennemis avaient détruit le pont.

Pendant que cela se passait sur sa gauche, le maréchal Davout se tenait en position entre Ried et Haag. Se portant ensuite à Lembach, il y réunit son corps d'armée et s'oc-

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cupa d'établir sur la TrauD un pont de bateaux pour nsmplacer celui que Tennemi avait coupé.

Les Austro-Russes, repliés sur la rive droite, tentèrent d'empêcher cette opération ; mais le colonel Walter, da • 30* régiment, se jetant avec quelques hommes dans un bateau, passa la rivière et dispersa tout ce qu'il rencontra devant lui, Davout 'porta une de ses divisions sur la routes de Steyer, en avant de Lembach, et prit position avec les deux autres' sur les hauteurs de cette ville. Le général Bisson, dangereusement blessé au passage de la Traun, fut provisoirement remplacé dans le comniandement de sa division par le général Caffarelli, aide de camp de TEmpereur.

Le 2 novembre, le 3* corps avait ses avant-postes près de la ville de Steyer; Davout y entra le lendemain, faisant • 200 prisonniers au corps ennemi qui avait paru vouloir défendre la ville; les dragons du général Beaumont se distinguèrent à cette affaire. L'échec que les Austro-Russes venaient d'essuyer à Amstetten précipita encore leur retraite, tandis que Murât, continuant sa poursuite, arrivait le 8 novembre à l'abbaye de Mœlk et poussait ses avant-postes sur Saint-Poelten.

Informé de la direction que prenait l'armée ennemie, Napoléon fit marcher le général Marmont sur Léoben tandis qu'il dirigeait Davout sur Mariazell et Lilienfeld pour déborder la gauche des ennemis qu il supposait devoir tenir sur les hauteurs de Saînt-Poelten. L'hiver cette année était particulièrement précoce; le 16* Bulletin, dutédeRied 11 brumaire an 14 (2 novembre), en mentionne les effets : « La terre, y est-il dit, est couverte de neige. Le froid a pris te

dessus, il est assez vif. » La rigueur de ]a siMson et le mau* vais état des chemins rendaient particulièrement pénible la marche du 3' corps ; mais Tardeur tenace et infatigable de Davout devaient triompher des difficultés du terrain et de la saison. Arrivé à Saint*Gaming, il fut frappé de Tagitation d'un médecin chez lequel il était logé; il le pressa de questions, le fit surveiller. Informé de son évasion subite, il en conclut qu'un corps ennemi devait se trouver dans le voisinage et que cet homme avait été le prévenir de rapproche des Français.

Aussitôt, malgré les fatigues de la journée, il fit reprendre les armes et, précipitant sa marche au travers de la nuit, il atteignit entre NordholTen et Mariazell le corps du général Merfeld. Celui-ci qui s'était échappé devant Marmont de la route de Léoben, se dirigeait sur Neustadt pour couvrir de ce côté la capitale de l'Autriche. Le général Heudelet, avec Tavant-garde du Maréchal, attaqua vigoureusement les ennemis, les mit en déroute, les poursuivant ensuite jusqu'à cinq lieues du champ de bataille. Les Français ramassèrent plus de 400 prisonniers, 16 pièces de canon et 3 drapeaux; Merfèld lui-même faillit tomber entre leurs mains. De Lilienfeld, le 20 brumaire (11 novembre), Davout adressa au major général son rapport sur ce glorieux fait d'armes, dont le résultat était la dispersion complète du corps du général Merfeld *.

Les deux armées russe et autrichienne, ne pouvant tenir la campagne, renoncèrent à défendre Vienne: les Français y firent lem* entrée le 22 brumaire (13 novembre) et le

1. Marquise de Blocqueville. Maréchal Davout^ correspondance inédite, p. 70.

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3* corps traversa cette capitale dans la journée du lefndemain.

Après les échecs répétés de l'ennemi et la prise de sa ca- / pitale, on regardait dans les rangs de l'armée française la conclusion de la paix comme prochaine ^ ; mais les renforts queTarmée russe venait de recevoir et la présence de l'empereur Alexandre au milieu de ses troupes, rendant courage aux Autrichiens, les avaient décidés à tenter encore le sort des armes.

La brigade du général Milhaud, qui faisait Tavant-garde du maréchal Davout, poussa Tennemi sur la route de Brûnn jusqu'à Wolkersdorf, lui enleva 400 prisonniers et un parc de 40 pièces de canon tout attelées. Sur ces entrefaites, Davout reçut Tordre de donner la division Priant au prince Murât, qui se dirigeait sur Brunn et Olmùtz; avec ses deux autres divisions, le Maréchal devait garder Vienne et occuper Presbourg, où le général Vialannes, avec la cavalerie du 3' corps, s'était présenté le 15 novembre. . Ce général, à son arrivée devant cette ville, avait reçu du général comte Pallfy la lettre suivante :

« Général, S. A. R. T Archiduc Palatin, en sa qualité de chef suprême du militaire et du civil en Hongrie , a chargé le soussigné de déclarer que S. A. R. a fait établir le long de la frontière occidentale de ce royaume un cordon de gardes non militaires, soutenus par de très petits détachements de cavalerie, composés d'invalides et de recrues, dans la seule vue d'arrêter les maraudeurs de Tarmée autrichienne qui pourraient s'y pré* senter, et qu'ainsi il n'est nullement question d'aucune sorte d'hostilités, ces détachements ayant l'ordre de se retirer dés

1 . Marquise de Blocqueville. Années de commandement, p. 190. Lettre à la maréchale.

qu^e les troupes françaises s'approcheront de la frontière. — Ainsi, dans les circonstances où ces faibles détachements, qu'on ne peut regarder que comme des piquets d'avertissement, se replieront à rapproche de l'armée française, S. A. R. a ordonné aux maisons d'invalides, à celles d'éducation, aux officiers pensionnés, aux individus employés aux bureaux de comptabilité des hôpitaux militaires^ de rester en place, persuadé que le général ou commandant des troupes fri^çaises ne leur refusera pas les sauvegardes nécessaires,. et qu'il voudra bien donner ses ordres pour que les colonnes et détachements de l'armée française qui entreront en Hongrie n'y commettent aucun excès attendu qu'aucune sorte d'opposition ne sera faite aux troupes françaises. En conséquence de cette déclaration, le soussigné aurait plusieurs objets très intéressants à traiter avec le général ou commandant des troupes françaises. Il le prie de lui assigner un rendez-vous sur parole sur un bateau au milieu du Danube. Il attend en conséquence sa réponse et à Thonneur d'être son très humble serviteur. »

Léopold, Comte Pallfy.

Le général Vialannes s'empressa de communiquer cette lettre au commandant du 3^ corps, qui répondit aussitôt au général autrichien :

« M. le Général, j'ai mis sous les yeux de Sa Majesté la lettre que vous avez adressée au commandant de ma cavalerie légère. S. M. m'a chargé de faire connaître par votre canal à S. A. R. l'Archiduc Palatin, qu'elle était prête à considérer comme neutre la nation Hongroise, à interdire à son armée l'entrée des frontières de Hongrie, si de leur côté S. A. R. TArchiduc Palatin et la nation Hongroise voulaient retirer leurs troupes, ne faire aucune insurrection, continuer à approvisionner Vienne et enfin conclure entre la nation Hongroise et S. A. R. l'Archiduc Palatin et S. M. l'Empereur des Français, une convention tendant à maintenir l'harmonie entre les deux

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paj's. J'ai Tautorisation de laisser passer tout officier que S. A. R. TArchiduc Palatin voudrait envoyer auprès de mon souverain pour traiter d'après ces bases. Je me trouverais heureux par là de faire une chose agréable à vos compatriotes et d'assurer le bien être et le repos d'une nations! estimable à taiit de titres que la nation Hongroise. »

L'Empereur François désapprouva cette négociation, commencée sans soa consentement; elle eut cependant le grand avantage d'arrêter les levées que TAutriche aurait pu en faire en Hongrie.

Le maréchal Davout, qui n'avait qu'une avant-garde à Presbourg, avait son quartier général à Vienne ; c'est de cette ville que, le 2 frimaire (23 novembre), il adressait au major général les renseignements suivants :

« J'ai Thonneur, lui écrit-il, d'adresser à V. Exe. des nouvelles que je reçois de Hongrie. L'Empereur François était, il y a trois jours, à Stuhlweissenburg, au-dessous d'Ofen, d'où sa famille était partie pour Peterwardin. Les magnats ont eu l'ordre de retourner dans leurs terres ; il n'était point encore question de la levée hongroise. Du coté de Neustadt, les Hongrois viennent au marché avec confiance, il est très bien approvisionné ; mais il n'en est pas de même sur les bords de la March, dont la plupart des paysans sont en fuite. On forme des magasins de vivres à Malatzka. — Le chef d'escadron Méda, du 7* de hussards, que j'ai envoyé en parti pour remonter la March jusqu'à la hauteur de Briinn, a eu une petite aflaire à Zistersdorf^ où il a fait quelques prisonniers. Il parait, d'après lui, qu'ils voudraient intercepter la communication de lagrande roule de Vienne à Briinn. Il m'est extrêmement difficile de de faire observer ces vastes plaines, ainsi que la route de Presbourg et de l'Italie sur Neustadt, avec le peu de cavalerie que j'ai à ma disposition. Il serait bien nécessaire que S. A. le

prince Murât me renvoyât la partie du 1" régiment de chasseurs qu'il a conservée près de lui. — Quelques familles hongroises, et e^tre autres la famille de Esterhazy, ont demandé . des passeports pour quitter Vienne. Le peuple de cette capi- , taie n est point bienveillant pour les Français ; dans les cafés ils affectent un ton arrogant vis-à-vis d'eux. On a remarqué que toutes les classes donnaient des marques de bienveillance aux colonnes de prisonniers russes, en leur prodiguant de l'argent, des vivres, etc. Ils sont ici, comme dans le faubourg Saint-Germain, pleins d'espérance pour le Messie. On berce le peuple avec de fausses nouvelles : tantôt ce sont les Prussiens, tantôt les victoires des Russes, et enfin l'arrivée de l'Archiduc Charles en Hongrie. »

Cependant tout se préparait pour une lutte décisive. De Moravie, où il s'était avancé à la rencontre de l'armée alliée, Napoléon fit adresser au maréchal Davout Tordre d'échelonner ses troupes en remontant la March, à quelques lieues en deçà de Presbourg, de manière à communiquer vers Gaya avec la droite des troupes aux ordres du maréchal Soult. Le o frimaire (26 novembre), le major général ordonnait à Davout de s'emparer du pont de Neuâdorf et de faire baraquer la division Gudin aux environs de Presbourg, « dans une position qui rende maître du Danube et de la March ».

L'Empereur Napoléon, résolu à attirer Tennemi sur un terrain qui lui fût favorable et qu'il avait étudié, venait d'évacuer Briinn, se retirant entre Raygern et Austerlitz. L'armée ennemie, prenant cette retraite pour une fuite, s'avança en toute haie et se plaça entre l'armée française et Austerlitz. L'Empereur s'empressa de rapprocher le 3« Corps et fit ordonner au maréchal Davout de réunir ses

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troupes à Tabbaye de Raygern. Le Maréchal marcha avec une telle précipitation, que la plus éloignée de ses divisions ne fit pas moins de 36 lieues en 36 heures, et pendant la nuit du l®' au 2 décembre tout son corps -se trouva ainsi réuni sur le champ de bataille. L'Empereur lui donna ordre de diriger la division Friant et une division de dragons sous les ordres du général Boursier, sur le couvent de Raygern, pour observer et contenir la gauche de lennemi dans le cas où elle s'avancerait par la route de Monîlz. Au moment donné, Davout devait f^ire tous ses efforts pour envelopper cette aile. Le Maréchal prêtait sa gauche au général Legrand qui gardait les débouchés de Sokolnilz et de Telnitz. La division Gudin devait, avant le jour, se porter de Niiîolsbourg, où elle était arrivée en venant de Presbourg, sur la droite de la ligne française, pour contenir le général Merfeld qui, ayant rassemblé les débris de son corps battu à Mariazeil, s'était avancé par la Hongrie jusqu'à Luntenboiœg, entre la Taya et la March.

Le premier choc se dirigea contre le maréchal Davout. Le 2 décembre, à 5 heures du malin, les Austro-Russes s'avancèrent des hauteqrs de Pratzen pour tomber sur la droite de Tarmée française. Leur première colonne, forte de 24 bataillons, marcha sur Telnitz, vers les étangs, à droite du village. Leur seconde colonne, forte de 18 bataillons, s'approcha du château de Sokolnitz, pour forcer la vallée entre ce village et celui de Telnitz. Leur troisième colonne, forte de 18 bataillons, se plaça en ligne entre Sokolnitz et les étangs. Leur quatrième colonne, forte de 27 bataillons dont 15 seulement étaient autrichiens, devait sui\Te la ligne et s'établir vers les étangs de Kobelnitz. Ces

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quatre colonnes qui menaçaient la droite de l'armée française, devaient être appuyées par le général Kienmayer, qui se dirigeait sur le village de Schlapanitz.

Le général Kutusof, que les empereurs alliés avaient chargé du commandement en chef de leurs troupes, faisait dépendre le sort de la bataille de Tattaque que les quatre colonnes devaient faire sur la droite de Tarmée française ; il espérait que le maréchal Davout, attaqué par cette masse de bataillons, serait forcé de se replier sur la gauche, et l'armée française aurait ainsi été tournée.

Le corps du général Kienmayer s'était avancé d*Augezd pour forcer le défilé de Telnitz et ouvrir le chemin à la première colonne. Entre Augezd et Telnitz on trouve une plaine assez étendue, sur laquelle les hussards autrichiens se répandirent. Mais Telnitz était occupé par le 3^ régiment d'infanterie ; sur la hauteur en avant se trouvait un bataillon des tirailleurs du Pô, et à droite se montraient les partis de dragons que le général Boursier, placé près des étangs de Mônitz, jetait dans la plaine.

Le général Kienmayer envoya un détachement de cavalerie sur les dragons de Boursier et fit avancer un bataillon sur la hauteur occupée par les tirailleurs du Pô. Ceux-ci ayant été renforcés par un bataillon de ligne, la fusillade s'engagea vivement. Les Français se défendirent avec leur intrépidité ordinaire et repoussèrent les attaques réitérées de Tinfanterie autrichienne, que le général Kienmayer renforça d'un bataillon, pendant que sa cavalerie, placée sur les flancs de l'infanterie, contenait celle des Français, qui se faisait voir aunlelà du défilé de Telnitz. Le général autrichien Stutterheim, après avoir été repoussé à deux re-

prises de la hauteur qu'il fallait enlever pour arriver au village, s'en rendit enfin maître ; mais le 3* de ligne et les tirailleurs du Pô défendirent opiniâtrement le village et les vignes qui Tenvironnaient. Kienmayer renforça ses troupes de 3 bataillons dq général Carneville et Taction recommença avec plus de vigueur. Heureusement pour les Français, les vignes plantées autour de Telnitz, étaient bordées par un fossé qui les protégeait, comme si c'eût été un chemin couvert. Les 2 bataillons de Szeckler infanterie percèrent cependant jusque dans le village, mais ils en furent repoussés et laissèrent sur place les deux tiers de leurs hommes tués ou blessés.

Le combat durait depuis plus d'une heure. Le général Kienmayer, ainsi engagé, ne voyait point arriver la tête de la première colonne russe, avec laquelle marchait le général fiuxhœwden, et les troupes du général Legrand commençaient à se montrer au-delà du déOlé de Telnitz, Dans cette situation critique, il pensait à faire un mouvement en arrière, lorque la colonne russe qu'il attendait, se montra enfin, débouchant d'Augezd. Le général fiuxhœwden envoya un bataillon de chasseurs au soutien des Autrichiens et une brigade russe vint se placer en réserve. I^ général Kienmayer, ainsi soutenu, fit de nouveau attaquer Telnilz, qui fut emporté. Les Français, voyant approcher la colonne ennemie, évacuèrent le défilé pour se former en bataille en arrière sur les hauteurs. Avant de pousser plus loin, le général fiuxhœwden attendit Tarrivée de la seconde colonne, qui devait venir s'établir à sa droite, entre le pied des hauteurs et Sokolnitz.

Le général Friant, parti du couvent de Raygern, s'évan-

PREMIÈRE CAMPAGNE D'AUTRICHE na

çail sur troks colonnes vers Sokolnilz, afin de soutenir la division Legrand. Ses troupes, profitant d'un brouillard épais qui s'éleva loul à coup dans la vallée, se jetèrent sur Telnitz. Les chasseurs du 7« régiment russe et un bataillon autrichien occupaient le village, surpris par cette brusque attaqué ils se retirèrent en désordre jusqu'au delà de la hauteur, entraînant avec eux un régiment d'infanterie russe qui devait les soutenir. Heureusement pour les Russes, le général autrichien Nostiz, chargeant Tinfanterie française avec deux régiments de hussards, l'arrêta dans sa marche. " Le brouillard s'étant dissipé, le général Buxhœwden, qui était arrivé sur la hauteur avec sa colonne, put la déployer sur plusieurs lignes. A l'aspect de cette masse, les Français se décidèrent à évacuer Telnitz, qui fut aussitôt occupé. Après quelque résistance, l'ennemi passa le défilé et se forma en bataille au delà des hauteurs. Les Français se retirèrent sur Turas; heureusement pour eux, les deux colonnes ennemies n'ayant pas encore établi leurs communications, ils ne furent pas poursuivis. Pendant que ces mouvements avaient lieu à Telnitz, la 2* et la 3* colonnes ennemies s'avançaient sur le village de Sokolnitz, qu'elles emportèrent. En y entrant les deux colonnes s'y croisèrent, ce qui jeta parmi elles une certaine confusion. Napoléon observait tous les mouvements; il vit que dans l'armée alliée ils manquaient d'ensemble et de cohésion ; que l'aile gauche, afin d'écraser le maréchal Davout avait fait un cht^uit hors de toute mesure et qu'en s'éloignant du centre elle l'affaiblissait sans pouvoir le soutenir. Il jeta une partie des masses qu'il tenait réunies contre ce centre affaibli, afin d'isoler les trois colonnes qui s'avançaient

i8D DAVOUT, MARÉCHAL D'EMPIRE

* imprudemment dans Tespoir de tourner Tarmée française. Après un combat acharné, le centre et l'aile droite de Tarmée austro-russe furent renversés et jetés en désordre.

Cependant les trois colonnes de Tarmée alliée, après avoir occupé Telnitz et Sokolnitz, poursuivaient leur marche saos se lier aux mouvements qui pouvaient s'opérer sur leur droite. Le général Buxhœwden, qui commandait en chef ces trois divisions, se tenant à la lettre de ses instructions, n'y faisait même pas les changements que commandaient les circonstances. Il ne voyait point que le général Kutusof n'avait pu, dans son plan général, tout prévoir, et qu'il restait le maître de prendre certaines dispositions. Les masses ennemies, dont il disposait, présentaient uo effectif d'environ 30,000 combattants, auxquels le maréchal Davout n'avait à opposer qu'une partie de la divisiop Legrand, la division Priant et les dragons du général Boursier.

Le maréchal Davout suivait attentivement les mouvements qui avaient lieu à sa gauche, à laquelle s'appuyaient le général Legrand et le maréchal Soult. Sachant donc que Soult venait d'occuper les hauteurs de Pratzen, il donna ordre au général Friant d'attaquer Sokolnitz, Le général Heudelet fut chargé d'exécuter cet ordre, Trois compapagnies de voltigeurs du 15° légeret le 108« de lignese précipitèrent au pas de charge dans le village, renversant tout ce qui se trouvait devant eux. L'ennemi, très supérieur en forces, opposa une vigoureuse résistance ; plusieurs pièces de canon russes furent prises et reprises. Le général Heudelet commençait cependant à s'établir dans le village, poussant les Russes devant lui, lorsqu'un régiment de la

division Legrand fit feu sur les Français qùMl avait pris pour des ennemis. Ce malentendu permit à Tennemi de ï-entrer dans le village, mais il n'y resta pas longtemps. La seôonde brigade de la division Priant, commandée p&r le général Lochet, arriva au pas de charge. Le i8" régiment qui marchait en tète, la baïonnette en avant, culbuta tout ce qui voulut Tarrêler et parvint à s'établir dans la partie droite du village ; 2 pièces de canon, 2 drapeaux et plusieurs caissons tombèrent entre ses mains.

Le m* régiment, voyant Tennemi déborder la gauche du village, par suite des progrès du 48% envoya des tirailleurs sur la droite et s'avança de ce côté au lieu de suivre le mouvement du 48*=. Les Russes repoussés furent culbultés sur un autre de leurs corps, qui marchait pour couper la 5*^ brigade de Friant et l'isoler de la 3* que commandaitle général Kister. Aussitôt celle-ci arrivée sur le terrain, le général Friant, qui marchait avec elle, fit charger le i^' léger et lé 33' de ligne. Vigoureusement attaqués, les Russes furent poussés sur Sokolnitz où le 15* léger entra pêlemêle avec eux. H faut remarquer que. les 2* et 3^ colonnes russes étant iréunies sur ce point, b à 6,000 Français luttaient ainsi contre des forces aii moins quadruples.

Le combat durait depuis 3 heures avec des chances variées, lorsque le général Friant, qui venait de faire un mouvement rétrograde pour rallier Ses troupes et les remettre en ordre, fit avancer les trois brigades, la baïonnette en avant, sur Sokolnilz et les hauteurs qui couronnaient ce village. Malgré la supériorité du nombre, les Russes ne purent tenir contre cette nouvelle attaque ; ils furent enfoncés et mis en déroute. Abandonnant le village et les hauteurs, ils sere-

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