‹ De 1 H. à 3 H.; comédie en un acteChapitre 16 sur 32 · KO SE · texte numérisé non relu

KO SE

Oui, docteur... je n'ai pas l'nonneur d'être connue de vous...

LABOURET, galimment.

Pardon, mademoiselle... je vous ai souvent admirée le soir et je constate avec plaisir que vous êtes tout aussi charmante le jour...

ROSE, minaudant.

Oh !... docteur !...

LABOURET, avançant un fauteuil.

Veuillez vous asseoir...

ROSE

M*. Gaston de Rivesaltes, qui est un de vos bons amis, je crois...

LABOURET.

l'n ami... et un client surtout. Je suis le médecin de sa famille.

ROSE

M. de Rivesaltes m'a dit que vous étiez excessivement aimable jour les artistes...

LABOURET, souriant.

Je tâche île l'être.

<;'est ce qui m'a enhardie à vous demander un tour de faveur, sans lequel je n'aurais pu vous voir aujourd'hui... car jr suis obligée de me rendre à ma répétition.

HDOL'R E T .

A quelle heure?

ROSE

Oh! j'ai le temps!... On répète à midi, pour le quart; mais je ne suis que du dernier acte...

LABOUR ET

Vous y avez un bon rôle?

Non ! presque rien... Je ne l'ai accepté que par amitié pour Trézard et Morsalin.

LABOURET.

Trézard et Morsalin ?

Les auteurs de la Revue.

LABOURET.

Ah ! bien . . .

ROSE

Quand je dis : revue, ce n'est pas une revue, c'est plutôt une pièce à femmes.

LABOURET.

Ah!

ROSE

Vous comprenez que je ne suis pas faite pour figurer dans ces machines-là.

LXBOURET. galamment.

Pourtant... si les femmes doivent être jolies...

ROSE

Oui... mais je ne suis pas une grue, moi!... Je joue la comédie. C'est ce que j'ai répondu à Trézard : cherchez-en une autre!

LABOURET.

Vue autre?... Mais vous venez de me dire...

Ah! oui... je répète!... je répèle par complaisance, mais je ne jouerai pas.

LABOURET.

C'est différent.

rosi-;.

D'abord, je ne peux pas jouer, puisque je vais partir pour les eaux. Et c'est à ce propos que je venais vous voir, docteur... Où dois-je aller?...

LABOURET.

Où vous devez aller?... Cela dépend de votre état général...

ROSE, l'observant.

On m'avait parlé de Royat ..

LABOURET.

De Royat?... Dame, oui!... (vivement.) Ah! c'est-à-dire... non! Non!... il ne faut pas aller à Royat !

ROSE, l'observunt toujours.

Parce que?

LABOURET.

Parce que Royat ne me semble pas vous convenir... Je vous conseillerais plutôt Ludion.

ROSE, même jeu.

Ah!

On y guérit les affections des voies respiratoires... Vous devez avoir une laryngite?

ROSE

Moi'?... une laryngite?

LABOURET.

Petite ou grande... C'est l'affection ordinaire des artistes qui fatiguent sans relâche leurs cordes vocales... De toute façon, les eaux de Ludion vous seront salutaires... Le médecin de l'établissement pour qui je vous donnerai une recommandation toute spéciale vous dira dans quelle mesure vous devez les prendre... Ajoutez que le pays est ravissant ; c'est la plus jolie station des Pyrénées ; vous y trouverez réunies toutes les attractions de la vie élégante, bals, théâtres concerts...

ROSE, ironiquement.

Petits chevaux...

LABOURET.

Petits chevaux et grands chevaux...

ROSE, éclatant de rire.

Ah! ah! ah!

LABOURET, interdit.

Qu'avez-vous?

ROSE

Vous faites joliment bien l'article, docteur!

LABOURET.

Comment! je fais l'article?...

Malheureusement, ça ne prend pas.

LABOURET.

Que voulez-vous dire?

ROSE

Je veux dire que je n'irai pas à Luchon.

LABOURET.

Où irez-vous alors?

ROSE

A Royat.

LABOURET, vivement.

A Royat ?

ROSE

Oui... à Royat... quoiqu'on vous ait prié de m'envoyer autre part.

LABOURET.

Je ne comprends pas.

ROSE

Allons, voyons, docteur, ne jouez pas au plus fin avec moi qui suis une bonne fille et qui ne demande qu'à vous traiter en camarade... et même en ami, si cela peut vous faire plaisir...

Assurément, mademoiselle, l'offre de votre amitié est des plus flatteuses... Mais je ne voudrais pas l'accepter sans motif, et je n'ai rien fait jusqu'à présent qui mérite...

ROSE, piquée.

Ah! vous le prenez sur ce ton-là?... Vous faites des manières quand je vous parle gentiment, affectueusement... C'est très bien. Mais alors, mon cher monsieur, il ne faut pas vous mêler de mes atlaires, surtout pour vous tourner contre moi, de concert avec M. de Rivesaltes.

Avec M. de Rivesaltes ?

ROSE

Oui, avec M. de Rivesaltes, qui vous a dit de m'envoyer à Luchon quand je voulais partir pour Royat. Voilà pour-

quoi il m'avait recommandé de venir vous consulter aujourd'hui. Vous l'aviez vu d'abord.

LABOURET, sèchement.

Vous vous trompez absolument, mademoiselle; je n'ai pas vu M. de Rivesaltes.

ROSE

Il vous a écrit, alors?

LABOURET.

Il ne m'a pas écrit.

Comment se fait-il donc que vous vous soyez trouvé d'accord avec lui pour m'empêcher d'aller à Royat?

LABOURET.

Mais, mademoiselle, encore une fois...

ROSE

Allons, avouez-le, puisque je l'ai deviné : Royat est réservé à madame Axfeld !...

LABOURET, troublé.

A madame Axfeld?...

ROSE

C'est clair! Il suffit d'avoir lu le Boccace d'aujourd'hui.

LABOURET.

Je ne lis pas le Boccace, mademoiselle.

ROSE

Eh bien, lisez-le... (Elle passe le journal à Labouret.) C'est ailX

échos... Tenez, là... à cette croix rouge.

LABOURET, lisant.

« Grand émoi dans le Landerneau de Cythère. Une de nos plus sympathiques momentanées... »

ROSE, fièrement.

C'est moi !

LABOURET,

Ah ! (Reprenant.) « Une de nos plus sympathiques momentanées, ayant cru devoir se consacrer au bonheur d'un financier nouveau-siècle...

ROSE

Le baron !

LABOURET, continuant.

« ... En dépit des liens qui l'attachaient à un symboliste de la haute noce... »

ROSE

Gaston !

LABOURET.

«... Celui-ci s'est vengé en plantant instantanément son drapeau sur les terres ennemies... »

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