LA 1 EUNE FILLE
Ouinze ans et demi.
LA DAME
Quinze ans et demi... Elle va sur seize ans...
LABOURET.
J'entends bien.
LA DAM E
Depuis longtemps déjà, elle se plaignait de maux de tète passagers, de petits malaises... Je n'y attachais pas d'importance... Vous savez, docteur?... il y a des bobos auxquels on ne pense pas, chaque âge a les siens, on vit avec cela...
LABOURET, agacé.
Oui, madame.
LA DAME
Mais, en ces derniers temps, ces petits malaises sont devenus plus fréquents... Ellle se plaint souvent, elle ne mange pas bien, elle a des palpitations, elle rougit ou elle pâlit sans motif...
LABOURET.
Oui...
I \ DAM i : .
Et puis, nous n'avons pas très bon caractère, n'est-ce pas, fillette?... Nous sommes un peu oerveuse... nous pleurons quelquefois... nous faisons enrager notre bonne grand' mère...
LA BO I RET, - - 1 ni bru-, [uemcnli
Ole/ votre manteletj mou enfant.
LA JEUNE F II. LE, effrayéî.
Mon mantelet?
Oui... ôte ton mantelet, ma belle... N'aie pas peur!... le docîeur ne te fera pas mal... C'est pour voir ce que tu as.
La jeune fille retire son mantelet: le docteur percute la poitrine, puis l'ausculte. LABOURET, auscultant.
Respirez!... Respirez bien, mon enfant... Toussez!... (la
jeune fille louss;.) Plus fort... Bien... (il passe de la poitrine au dos )
Et là !... Toussez encore... Bon !... Ça suffit... Tirez la langue.
La jeune filla tire la langu ', le 1 icteur la rjyarJe à peine et relo irne à ~on bureau, s-ii- lequel i' retrouve le Boccacc.
LABOURET, à part, avec culéro.
Bon!... Elle m'a laissé son journal!... (n le prend.) Ça fait bien, cela, sur une table de médecin!. . Le Boccace, organe du monde joyeux...
Il va jeter le journal sur un guéridon placé au fond du cabinet et redescend près de la dame qui a suivi ce je i de scène avec anxiété.
LA DAME, tremblante.
C'est grave, docteur?
LABOURET.
Quoi?... Ah!... le cas de votre fille?... Non!... rien du tout, madame! Un peu d'anémie... Ce n'est rien.
LA DAME
Et sa langue?
LABOURET.
Sa langue?...
LA DAME, montrant la jeune fille qui est resté?, la langue tendue.
Vous n'apercevez rien qui...
LABOURET, regardant.
Ah! (Riant.) Non!... non... la langue est très bonne, (a ia jeune fiiie.) Fermez la bouche, mon enfant... J'ai vu... Je vous remercie...
LA DAME
Et qu'est-ce que vous prescrivez docteur ?...
LABOURET, s' installant à son bureau.
Oh ! la moindre des choses... (n écrit rordonnanee.) Un peu de fer... du vin de quinquina... quelques bains froids de temps en temps... Quant à la nourriture, vous savez, madame, ce qui convient à une jeune fille?... Des viandes grillées... des légumes frais... pas de crudités... (n signe
l'ordonnance.) A oilà ! (il se lève et remet l'ordonnance à la dame.) Avec
cela, cette jolie enfant deviendra bientôt une belle et grande personne...
LA DAME
Je vous remercie bien, docteur... Vous me délivrez d'une vive inquiétude...
La dame dépose une pièce d'or sur le bureau. LABOURET, tapant sur 1. s joues de la jeune fille, paternellement.
Seulement, il faut calmer ses nerfs... 11 ne faut plus pleurer... ni tirer la langue... (Riant.) excepté au médecin... et encore pas trop longtemps !
LA DAME, à sa fille.
Tu entends, fillette!... (au docteur.) Mais nous ne voulons pas abuser de vos instants... Au revoir, docteur!
Elle se dirige vers la porte du grand salon. LABOURET, vivement.
Par ici, madame.
11 ta conduit vers In petit ^ porte de droite.
LA DAME
Ail ! nlCl'Cl . (courant après 1) jeune fille qui se précipite vers la porte
du petit ?aion.) Adèle!... Tu n'entends donc pas, mon enfant?... On te dit: par ici! (au docteur.) Au revoir, docteur !
LABOURET, s iluant .
Au revoir, madame... Au revoir, mademoiselle.
La dame et la jeune fille sortent.