‹ De 1 H. à 3 H.; comédie en un acteChapitre 25 sur 32 · I. ABOI' R ET, à put · texte numérisé non relu

I. ABOI' R ET, à put

Aïe!

AXFELD.

Absolument tout...

LABOURET, à part.

La coquine !

AXFELD, fondant en larmes.

Ah! mon ami, je suis bien malheureux, allez!... bien malheureux...

Il tombe sur une chaise.

LABOURET, s'approchant de lui, très embarrassé.

Voyons! mon cher baron, mon cher Axfeld, soyez fort, que diable!... Ne vous laissez pas abattre...

AXFELD, se relevant.

Trompé!... J'ai été trompé!... bafoué!... Ah!...

LABOURET.

Mais êtes-vous bion sur?...

AXFELD.

Comment! si je suis sûr?... quand Rose vient de me dire à moi-même...

Ne croyez pas cette femme!... C'est une misérable... Toutes les armes lui sont bonnes.... et la calomnie..

AXFELD.

La calomnie?... Pourquoi?... Quel intérêt aurait-elle à mentir?... Est-ce cette révélation-là qui me rapprochera d'elle.'... Vous ne le pensez pas!

LABOURET.

Mais la vengeance... le plaisir de vous torturer tous...

AXFELD.

Ah! oui, quant à cela, vous dites vrai : c'est une horrible torture!...

LABOURET.

Voyons, mon ami...

Et dire que je me fiais à ce Rivesaltes!... J*avais connu ses anciennes relations avec Rose, je le savais homme de plaisir... Mais je le croyais fier, loyal, incapable d'une trahison... Et hier encore, oui, hier, à l'Opéra, quand il est venu voir ma femme dans sa loge — car il y venait toujours! — je lui ai stupidement tendu la main... Oh! (se frappant la poitrme) imbécile!... triple imbécile!...

LABOURET.

Calmez- vous !

AXFELD, tombant sur le pouff, près du bureau.

Que vais-je devenir, à présent!... que vais-je faire?...

LABOURET) venant s'asseoir prrs de lui, arec autorité'.

Eh bien, je vais vous le dire, moi, votre vieux médecin, votre conseil... (l™ Berr&nt ia main) votre véritable ami... Je vais vous dire ce que vous allez, ce que vous devez faire.

AXFELD, abattu.

Dites!

LABOURET.

Vous allez d'abord lui pardonner...

AXFELD.

A elle?

LABOURET.

Oui, à cette pauvre femme, qui doit bien souffrir en ce moment.

AXFELD.

Vous vous figurez cela, vous?

LABOURET.

J'en suis sûr... Je le sens... Elle n'a pu céder qu'à un entraînement fatal... qu'à une suggestion...

AXFELD.

Oh ! une suggestion !...

LABOURET.

A un mouvement de passion ou de folie... Et, après tout, n'a-t-elle pas une facile excuse ? N'êtes-vous pas le premier coupable?

Moi?...

LABOURET.

Oui, vous, qui l'abandonnez, qui la laissez sans appui, sans secours...

AXFELD.

Ah! ça, par exemple!...

LABOURET,

Elle ne fait que prendre sa revanche; pourquoi la trompezvous?...

AXFELD.

Moi?... je la trompe?... — Jamais!... Je ne l'ai jamais trompée... pas une seule fois, pas une!

LABOl'RET.

Ah 1 voyons... vous voulez rire!...

AXFELD.

Je ne ris pas!... Nommez-moi une femme avec qui je l'aie trompée... une seule !

LABOL'RET.

Eh bien, Rose... parbleu !

AXFELD, ahuri.

Rose?...

LABOURET.

Et, comme vous la trompez avec Rose, la baronne vous trompe avec M. de Rivesaltes ; c'est clair.

AXFELD.

Qu'est-ce que vous me dites ?... La baronne me trompe?...

LABOURET, virement.

Vous ne le saviez pas?...

AXFELD, criant.

Mais non !...

LABOURET, se levant, atterré, à part.

Ah! snprelotte de saprelotte!...

AXFELD, le suivant.

Je ne le savais pas... mais je suis bien aise de l'apprendre...

LABOURET, vivement.

Vous n'avez pas compris... Je plaisantais...

AXFELD.

Ah! la baronne me trompe avec M. de Rivesaltes?... Mais ce misérable me prend donc toutes mes femmes?...

LABOUR ET

Toutes vos femmes?...

AXFELD.

C'est de Rose que je vous parlais, de Rose seule!... C'est elle qui m'a avoué qu'elle avait renoué avec ce triste individu... mais elle ne m'avait pas parlé de la baronne!...

LABOURET, à part.

Saprelotte! saprelotte de saprelotte!...

AXFELD.

Heureusement que vous m'avez prévenu, vous, mon ami...

LABOURET, vivement.

Je vous répète que vous ne m'avez pas compris... J'ai voulu dire que la baronne ferait bien de vous tromper en vous trompant si vous la trompiez...

AXFELD.

Oui, mais je ne m'y trompe plus, moi! Adieu...

Il se dirige vivement vers la porte.

LABOURET.

Écoutez-moi... Voyons, Axfeld... mon bon ami...

AXFELD.

Adieu !

Il disparait.

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