SCÈNE PREMIERE
GERMAIN
Si monsieur le baron était venu hier! J'avais du monde partout : dans le petit salon, dans la salle à manger, dans le billard... J'ai vu le moment où j'allais être obligé d'en fourrer dans l'office...
AXFKLD, ri. ut .
Ah bah !
GERMAIN, sérieui.
Ça m'est arrivé une fois ! avec Moutar-Pacha, l'ambassadeur !... Il voulait passer tout de suite... Comme il y avait" déjà deux ou trois amis du docteur qui l'attendaient dans sa chambre, je ne pouvais pas l'y faire entrer ; je l'ai caché dans l'office, de sorle qu'il a été reçu avant tout le monde! Ah! il était content, allez! Il m'a donné quarante francs !...
Ce n'était que juste! Mais, à ce compte, vous devez être riche, mon ami Germain ?
GERMAIN, modestement.
J'ai quelques petites économies, monsieur le baron. Malheureusement les placements ne sont pas très avantageux en ce moment... Un de mes amis me disait même que je devrais foire des reports.
Il n'est pas bêle, votre ami !
G E il M a i n .
Oh! non!... qu'il n'est pas bête!... C'est le valet de chambre du duc de Clermont-Royan !... (petit silence.) Alors monsieur le baron l'approuve?... Ça nie l'ait plaisir!
Pourquoi .'
GERMAIN
Parce que je voulais demander à monsieur le baron de m'aider à en faire, des reports!...
AXFELD . riant.
Ah! bon!... Eh bien, venez demain matin à moD bureau à neuf heures et demie... Nous causerons.
GERMAIN
Merci, monsieur le baron!... (Bruit à gauche.) Voici le docteur.
AXFELD.
Ah!
LABOURET, AXFELD, GERMAIN.
Lahouret entre virement OU la petite porte de gauche. Il tient une trousse et un
paquet de brochure*.
LAROURET.
Tiens! Axfeld!... Il y a longtemps que vous m'attendez?
AXFELD.
Depuis vingt minutes seulement, avec la permission de Germain qui m'a installé ici.
Germain a aidé le docteur à retirer son pardessus; le docteur e>-t en redinçote et porte la rosette d'officier de la Légion d'honneur.
LAROURET.
Oui, je vois que vous êtes dans ses bonnes grâces... C'est précieux! (à Germain.) Vite, le déjeuner!...
Germain sort par la porte d ! gauche.
AXFELD.
Comment! vous n'avez pas encore déjeuné?
LABOURET, parcourant les lettres déposées sur son bureau.
Je n'en ai pas eu le temps!... L'hôpital... les visites...
AXFELD.
Ou'est-ce que votre estomac dit de cela?
L ABOUREÏ.
Il ne dit rien; que voulez- vous?... Il est habitué...
AXFELD.
C'est un régime déplorable...
LABOURET.
Mais non! mais non! On s'y fait...
Pourtant, vous m'avez défendu à moi-même...
LABOURET.
Ah! vous, c'est différent! Vous êtes mon client!... Je suis bien forcé de vous défendre quelque chose... (cennsin a
apporté une petite table toute préparée pour un déjeuner simple : œufs à la coque et viande froide. Labouret s'iissied et commence à déjeuner.) Voyons,
qu'est-ce qui vous amène aujourd'hui?
AXFELD.
Aujourd'hui, je ne viens pas comme malade...
LABOURET.
Tant mieux!... (Rappelant Germain qui se retire.) Ah! Germain!... J'attends madame de Loradour... Vous la ferez entrer dans le petit salon,..
GERMAIN, avec une nuance d'agacement.
Mais, monsieur, il y a déjà deux personnes dans le pelit salon...
LABOURET.
Ali!... Fnfin... enfin, faites ce que vous voudrez!
GERMAIN
Bien, monsieur.
Il sort par la porte du fond.