‹ De 1 H. à 3 H.; comédie en un acteChapitre 9 sur 32 · SCÈNE ,V LABOURET, AXFELD, puis GERMAIN · texte numérisé non relu

SCÈNE ,V LABOURET, AXFELD, puis GERMAIN

Je suis réellement désolé...

LABOURET, l'arrêtant du geste, amicalement.

Chut!... Dites-moi votre affaire...

AXFELD.

C'est au sujet de ma femme...

LABOURET.

Oui... Votre femme...

AXFELD.

Vous l'avez vue hier ?

LABOURET.

Oui... Elle voulait me consulter pour les eaux qu'elle doit prendre cette année... Je lui ai conseillé Royat.

AXFELD.

Malheureusement !

LABOURET.

Elle ne veut plus y aller?... Qu'elle aille autre part.

AXFELD.

Non pas I

LABOURET.

Ça m'est égal, vous savez... Je ne tiens pas autrement à Royat...

AXFELD.

Mais écoutez-moi donc!... Elle y tient, elle!... Elle est persuadée que Royat est la station qui lui convient le mieux.

LABOURET.

Eh bien, alors!...

AXFELD.

Alors, il faut... il faut absolument que vous la dissuadiez d'aller là...

LABOURET.

Pourquoi?

Défendez-le. lui au besoin !

LABOUR ET

Quand je viens de le lui prescrire ?

AXFELD.

Vous aurez réfléchi... On vous aura trompé... ou vous vous serez trompé sur l'effet des eaux.

LABOURET, regimbant.

Je me serai trompé!...

AXFELD, souriant.

Oh!... une fois!... par extraordinaire!...

LABOURET, piqué.

Ce ne serait pas extraordinaire assurément... Il m'est arrivé de me tromper comme tout le monde... de me tromper gravement, même... Je ne m'en cache pas...

AXFELD, doucement.

Vous avez peut-être tort.

LABOUP

Pardon! ces erreurs ont eu leur utilité; elles ont servi la science !

AXFELD.

C'est vrai! Au point de vue de la science... Mais la science n'est pas en question... (Affectueusement.) Voyons, mon bon ami, mon cher docteur, faites encore un miracle : sauvez-moi la vie!

LABOURET.

En empêchant madame Axfeld de partir pour Royat ?

Mais oui... Vous me tirerez d'un embarras considérable.

LABOURE T

Je ne devine pas...

AXFELD.

Oh !... faut-il vous en dire tant, à vous, un vieux Parisien... (Baifsant la voix.) La petite Rose Lys y va, à Royat !

LABOURET.

Rose Lys?... c'est cette petite femme qui a joué l'autre jour au Cercle ?

AXFELD.

Elle-même ! L'étoile des Folies-Plastiques ! Vous comprenez maintenant ?

LABOURET.

Pas trop !

AXFELD.

Comment ! Vous ne savez pas que Rose Lys et moi... Tout le monde le sait !

LABOURET.

Je regrette d'être le dernier à vous féliciter.

AXFELD, modestement.

Oh ! je ne m'en vante pas... Elle est gentille, certainement, elle est très gentille... Mais les jolies femmes ne manquentpas à Paris... Ce qui est plus rare, ce sont les femmes ayant de l'originalité !... (D'un ton sérieux.) Celle-ci a un grand mérite, mon cher : elle n'est pas banale.

Ah !

AXFELD.

Pas banale du tout... Si je vous racontais la façon dont j'ai fait sa connaissance... (i.abonret regarde sa montre.) Mais je ne veux pas vous retarder... C'est convenu, hein?... Vous allez parler à ma femme?...

LABOURET.

Attendez donc !... Vous êtes bon, vous !... Parler à votre femme, me déjuger, risquer de me brouiller avec elle... Pourquoi ne parleriez-vous pas plutôt à votre maîtresse ?

AXFELD.

A Rose ?

LABOURET.

Sans doute !... Vous devez avoir de l'autorité sur elle. Priez-la de choisir une autre ville d'eaux...

AXFELD. '

Oh!

LABOURET, agacé.

Quoi?... « Oh ! B

AXFELD.

On voit bien que vous ne la connaissez pas ! Ce n'est pas une femme comme les autres, celle-là; je vous le dis : elle n'est pas banale.

Pas banale... Pas banale...

AXFELD.

Elle m'enverrait promener. Il me suffirait d'exprimer le désir, vous m'entendez? le moindre désir de la voir aller autre part qu'à Royat, pour qu'aussitôt elle s'y rendit tout exprès.

LABOURET.

C'est charmant!

AXFEI.D.

C'est ainsi. Vous pensez bien que je n'ai pas été assez bête pour lui faire sentir que cela me contrarierait. Et j'en serais très ennuyé pourtant.

LABOURET.

Vous craignez que la baronne ne découvre...

Non! Elle sait à quoi s'en tenir, la baronne.

Ab!

AXFELD.

Tout le monde le sait. C'est justement pour cela que je suis obligé de sauver les apparences!...

LABOURET, riant.

On sauve ce qu'on peut!

Sans doute ! Il faudra que je néglige Rose pour m'occuper de ma femme...

LABOUR ET

Vous aimeriez mieux négliger votre femme?

AXFELD.

Naturellement!

Coup de timbre ;iu dehors.

LABOURET.

Eh bien, je vais y penser... Je trouverai peut-être un moyen d'arranger la chose.

On frappe à la petite porte de droite. AXFELD.

On frappe....

LABOURET.

C'est Germain qui s'impatiente...

Je me sauve! (serrant la main <ie Labouret.) Au revoir et merci!... (a Germain qui entre.) Je vous rends le docteur, Germain .

GERMAIN

Oh! monsieur le baron... ce n'est pas pour moi, croyez-le bien.

AXFELD, riant.

Je le crois! mon cher Germain...

GERMAIN, à Labouret, en lui remettant une carte.

Cette dame attend la réponse .

LABOURET, prenant la carte.

Tiens!... « Mademoiselle Rose Lys...

AXFELD.

Hein ?

LABOURET, lisant la carte.

« ...demande instamment à M. le docteur Labouret de vouloir bien la recevoir le plus tôt possible. »

AXFELD.

Ah ! par exemple!...

LABOURET.

« De la part de M. Gaston de Rivesaltes... »

AXFELD, vivement.

De Rivesaltes ?

LABOURET.

Oui... Vous le connaissez?

Si je le connais!... C'est l'ancien amant de Rose!

LABOURET.

Ah!

Mais comment se fait-il qu'elle vienne de sa part?... 11 la revoit donc .'

LABOURET.

Je n'en sais rien, moi !

AXFELD.

Demandez-lui pourquoi !

LABOURET.

Ah ! permettez!... Ça ne me regarde pas.

AXFELD.

Elle vous le dira peut-être, si vous la recevez tout de suite... Vous allez la recevoir, hein?

LABOURET.

Avec plaisir..., si je le peux!... mais...

Il regarde Germain.

GERMAIN, gravement.

Oui!... Monsieur le pourra.

AXFELD, joyeux.

Ah!

GERMAI N .

Quand il aura pris une des personnes qui sont là... Ça fera prendre patience aux autres... Pensez qu'il est deux heures un quart.

LABOURET.

Déjà!... Sapristi!... (a Axfeid.) Germain a raison... Il faut que votre petite amie attende un peu.

AXFELD, bas, à Germain.

Où est elle?

GERMA IN

Dans le billard!...

Dans le billard!... (il va pour y aller et se ravise.) Au fait,

non!... je ne veux pas la voir... ça gâterait tout, (a tabouret.) Je reviendrai tout à l'heure pour savoir ce qu'elle vous aura dit.

LABOURET.

Oui... oui... disparaissez!

AXFELD à part, en s'en allant.

De la part de Rivesaltes!... C'est un peu fort! (se tournant

vers r.eimaiïi, por distraction.) 11 la revoit donc?...

Plait-il ?

AXFELD.

Rien! (a pirt.) C'est un peu fort !

11 sort.

LABOURET, à Germain.

Dans le grand salon, Germain?

GERMAIX.

Oui, monsieur... C'est un nouveau malade; il est là depuis onze heures.

Ah!

Il se dirige vivement vers la porte du milieu. Germain sort par la petite porte à

droite.

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