‹ De Calais à Douvres; monogoue. DitChapitre 1 sur 1 · De Calais à Douvres; monogoue. Dit · texte numérisé non relu

De Calais à Douvres; monogoue. Dit

Tous droits de trailiu'tion, de reprodmiion et de représentation tous les pays, y compris la Suèd» eti la No^-èiïi',

■5.RuE0EiPi^i<Kt.;^.o, BRUXELLES

PO

(Très lent et très joué.)

Quand on part, ce n'est rien; mais c'est quand on arrive ! I

Figurez-vous que je ne connaissais pas l'Angleterre I J'avais des chapeaux anglais, des couteaux anglais, etc. ; mais je ne connaissais pas l'Angleterre.

Justement une de mes amies venait de se fiancer avec un de mes amis. — « Eh bien, ma chère Isabelle! » lui dis-je, « puisque vous voulez faire un petit voyage avec Octave, allons tous les trois à Londres, ce sera charmant ! »

« Seulement, ma chère, je ne veux pas, moi, aller en bateau! oh ça non, non, non. » Isabelle me dit que ce n'est pas possible ! !

Allons donc ? pas possible, mais voyons ! en prenant par le plus long et en prenant un billet plus cher, on peut bien??? »

« Non, il n'y a pas moyen, » dit-elle, « mais rassurez-vous, chère, le bateau est, dit-on, superbe; on est comme chez soi. » — Ah, ma foi I puisque Ton y est comme chez soi ! cela me décide tout à fait. »

Nous nous faisons faire des costumes anglais... à Paris; oui — parce que c'est ^ Paris que se font les costumes anglais, toujours.

Moi, j'avais un costume gris, et puis Isabelle avait un costume... gris aussi... Et Octave aussi était en gris. — Nous étions très réussis.— Moi, j'avais un petit chapeau avec des bleuets; enfin vous savez,

là très bien. (Tout ce couplet très coquettement dit.)

Nous arrivons gare du Nord... bon wagon... comme chez soi — on était très bien. — « Une fois, me disais-je, ce n'est pas bien fatigant d'aller à Londres ! ! »

A midi, on arrive à Calais. On ouvre la portière et on me dit : « descendez. Madame. » — « Plaîtil ?» « Descendez. » — Ah oui, j'avais bien entendu! — « Mais non, merci; je suis bien, je ne veux

pas descendre. » — « 11 le faut! » — « Comment il le faut? » C'est ridicule ces du n.i'i^ dr ï'i\ aussitôt qu'on est bien dans un wagon, on vous fait descendre ! — Enfin ! (soupir.) on me dit : « Montez là. » — « Où ça ?)) — (( Là... dans le bateau. » (Tout cela un

pou ahuno.)

Alors je vois un bateau très beau... plus grand qu'ici ; là, à l'air, oh oui, en plein air !... Il y avait même du vent. Je vois des pliants, des bancs. — C'était très bien, ma foi. —Ah, et puis de l'air ! !

Isabelle va se placer à l'avant avec Octave. Elle

se met comme ça! (La main droite soutenant le coude.)

Moi je me mets comme cela. (Même jeu pour la gauche.) et Octave se met comme cela : (Les .leux mains croisées.) Us étaient mélancoliques, et moi de les voir mélancoliques, celame rendait... mélancolique. (Toute cette

phrase très pocliquement exagèroe.)

{\ partir do ce moment jouer comme si on était sur un bateau et que le sol se dérobe.)

Tout d'un coup un choc.

(( Oa'est-ce qu'il y a?... voyons. Qu'est-ce que c'est que ça? » — « Madame ! on part. » — « Gomment, on part, sans me prévenir? c'est ridicule. — Ah, et puis, je ne veux plus partir. Failes-moi venir le chef de gare. Je veux descendre, c'est ridicule. — On ne tient pas debout survotrebateau.il

-■est pas solide, Je... veux descendre.ÏlLes pas

^a,t ! Tout d un coup elle lui dit : - « Oh M o.

tave, comme vous êtes pâle 1), « ^^' ^^ Oe-

il était pâle.

Alors, lui, ,,p,,.,„,, „

avez combien ™on cœur ,...„ Et il S'en vaM ne -.s pas où i, a «é , „ais i, est parti. .,e Tai aperçu au bout du bateau, ,ui regardait la n,er. - i Uvl

-absorbé,Ob.iiaaitabsorb.,JedisUsabe:

Ze. ri!;""'"""™^'^^™^^'-^--'pensez à rien, pensez à Octave »

Elle s'assied. J'en fais autant et tout d'un coup ie

reçois sur la ti>t(. un «t . i-oupje

» r la tele un choc énorme I C'était la mer

%urez.vous. Oui, la mer, ,ui embarquait "le

aa.tpr,s des premières aussi, ilfaut'croie.- Cela se nomme << le baiser de la vague. „ Je ne sa

<>'e?e:;rrn':.taït^?r— ''°---

J ^>on, c était... les fleurs de mon chapeau

qui avaient reçu aussi le baiser de la vague... et qui me déteignaient sur la figure I J'avais tout un côté bleui

Et pendant deux heures, cela n'a pas arrêté de

faire comme cela : (Elle imite le mouvement du bateau qui

plonge.) et de faire comme cela : (Elle imite le rouii».) Ah ! on m'avait dit que je serais comme chez moi ! 1 Mais si c'était comme cela chez moi je n'y serais jamais. — Un choc !! ah, ça y est, nous sombrons!... Non, c'était l'arrivée!...

Alors, si vous aviez vu le déballage des voyageurs : Il y en avait de pâles, de rouges. — Les messieurs qui, au départ, avaient tous la moustache

comme ça : (EUe montre les moustaches relevées.) A l'ar-

rivée, ils l'avaient tous comme ça : (Elle indique la

moustache tombante.) NouS, IcS damCS nOUS SOmmCS

mieux; on se recoiffe, on serre son voile, on a bien son chapeau un peu de travers, mais enfin cela va. Mais les hommes! oh cela ne leur va pas le bateau. — Je cherche Octave ! ah, mon Dieu, il est noyé?... Non. Je vois arriver quelque chose de pâle du fond du bateau ! c'était Octave qui dit à Isabelle : « Oh, Isabelle! mon cœurl... » — Non, n'en parlez pas, cher ami, nous savons où il est. »

Alors on nous met dans des wagons; nous arrivons à Londres et nos amis nous disent (Très sou-

riante.) « Eh bien, bonne traversée ? — (Avec grimace.)

« Oui, c'était charmant. » — (Gracieux.) « J'espère que vous aurez le même temps quand vous reviendrez l'année prochaine? » — « Ah, vous croyez que je redanserai comme cela pendant deux heures? jamais ! je ne repasserai que quand on ira en voiture!... et encore je prendrai mes chevaux pour être sûre que cela ne me secouera pas trop ! sinon, jamais ! jamais ! ! !

Imprimerie Générale de Cbâtillon-sur-Scme. — A. Piluai,

Page 1