‹ De Hanoï à Pékin: notes sur la ChineChapitre 62 sur 67 · I . Journal du siège, 7 février : « On ne constate durant · texte numérisé non relu

I . Journal du siège, 7 février : « On ne constate durant

nuit aucune tentative directe de l'adversaire contre la muraille

■ différentes reprises des coups de l'eu et des cris re

lenlissent dnns le camp ennemi. On entend même une jiei

mhhh parlant français nous trier des insultes grossières, i

QOBtrairame&t à notre hypothèse, ne les ont pas accompagnés sur le terrain. Ils n'avaient pas été aussi bien inspirés dans la défense de Sontay, où ils n'avaient pas su approprier tous leurs travaux à la configuration du sol.

Les mandarins chinois ont avoué, après la guerre, aux officiers de la commission de délimitation, que l'habile usage de l'artillerie par le commandant Dominé avait été une des principales causes de leur échec devant Tuyen-Quan. Cependant nous n'avions que deux canons rayés de 4 de montagne, deux canons de 80 millimètres et deux hotchkiss. L'effet de cette artillerie de campagne était jugé si peu satisfaisant par la défense contre les travaux de sape de l'ennemi et le nombre des projectiles de l'approvisionnement malheureusement si limité (356 coups pour le 4 de montagne, 378 pour les 80 millimètres, 1,726 pour les hotchkiss) que le tir de l'artillerie n'était employé contre les batteries ennemies que lorsqu'il devenait nécessaire de faire taire leur feu pour protéger l'exécution d'un travail. En général, on réservait l'usage de nos pièces contre les groupes qui se montraient à por-

l'armée et la marine chinoises. 253 tée et les hotchkiss rendirent d'excellents services dans ces occasions. Mais les officiers d'artillerie chinois ne se montrèrent, pas pendant le siège à la hauteur de leurs ingénieurs, qui surent, par l'emploi de la mine, faire plusieurs brèches au corps de la place. Dans le violent bombardement deTuyen-Quan, qui se continua presque sans interruption, ils employèrent encore des armes anciennes, des fusils de rempart, connus depuis longtemps en Chine et très appréciés des soldats de racejaune, des fusées et des balles explosibles a côté de projectiles plus modernes, obus ordi-

Ket obus à balles, ou-tchéou, les artilleurs chinois des batteposition avaient été plus habiles que ceux ren-Quan : ils avaient des pièces d'autre portée et ils se trouvaient derrière des abris étudiés de longue main par les officiers français, autrefois chargés de l'organisation de l'arsenal de la rivière Min. Du reste, les Chinois sont en progrès sur ce point comme sur les autres et les instructeurs allemands ont obtenu d'eux une uvre correcte et précise de leurs canons à de position et de campagne.

L'arsenal de Fou-tchcou est aujourd'hui reconstitué; a Shang-haï, à Tien-tsin il y a un

arsenal, une poudrerie avec des machines européennes, une fabrique de torpilles. On fabrique des armes modernes à Canton et à Ilangtcliéou.

Services administratifs. — Les Chinois n'ont pas de train des équipages ; ils y suppléent par de nombreux coolies employés sur les derrières des armées au transport des provisions de bouche et des munitions. Pendant la dernière campagne du Tonkin, les routes reliant Packhoï, port du Kouang-toung, à Langson et à Haininh-Monkaï étaient sillonnées de nombreux convois.

Les écoles ■militaires. — Le vice-roi Li-hungchang s'est toujours montré favorable au développement de l'école militaire de Fou-tchéou, fondée par le lieutenant de vaisseau Gicquel, et des trois écoles militaires organisées à l'européenne, qui sont ouvertes à Tien-tsin : YEcole militaire, Y Académie militaire et Y École navale. Ces trois établissements sont entretenus sur le budget et dirigés par un mandarin, commandant supérieur, lequel est assisté de professeurs euro-

l'armée et la marine chinoises. 255 pcens, vrais directeurs de l'enseignement technique et pratique.

V École militaire date de 1884. Elle admet des élèves de 15 à 25 ans, justifiant des connaissances sommaires de lecture, d'écriture et de littérature chinoises exigées des aspirants au baccalauréat des lettrés. Les études, reparties en trois cours ou classes, portent sur les mathématiques, le dessin , graphique, la chimie, l'histoire et la géographie, les langues allemande et anglaise pour la partie générale de l'enseignement; la tactique, la fortification, l'armement pour la partie militaire ; enfin, des exercices pratiques ont lieu sur les armes portatives et sur l'artillerie. L'année scolaire est de onze mois, dont un réservé à la topographie pratique. Les élèves reçoivent un traitement annuel de 54 taëls (405 fr.) et une indemnité de logement et de nourriture. Ceux qui, avant leur admission, appartenaient déjà à l'armée, conservent leur solde. Des récompenses mensuelles de [ ii 5 taëls sont accordées aux élèves les plus méritants, et les lauréats de fin d'année reçoivent de plus une indemnité en argent.

V Académie militaire, destinée à perfectionner

les études de l'Ecole militaire, a été ouverte en 1886. Son programme comporte les mathémationeSj ta physique, l'astronomie, la chimie, la tactique, la fortification passagère et permanente, le service en campagne, la guerre de siège, l'armement des eôtes, des places, l'artillerie et le lever topographique a l'aide des instruments. La solde et le logement des vingt-quatre élèves admis en première année sont les mêmes qu'à l'École militaire. L'année scolaire est de dix mois pour la théorie, et de deux mois pour les exercices pratiques. On compte de deux à trois heures de cours et cinq heures d'études par jour.

L'essor de ces deux établissements, destinés à fournir des officiers à l'armée impériale, est contrarié par le manque de bons ouvrages européens traduits en chinois et par la difficulté qu'éprouvent les élèves, au début, de suivre les cours faits par les professeurs étrangers.

L' École navale, plus ancienne que les deux précédentes, admet des candidats d'un âge moyen de seize ans, instruits comme les aspirants aux premiers grades dos lettrés. Elle comprend la section du génie maritime et celle de la navigation,

l'armée et la marine: chinoises. 257

Les matières d'études sont les mathématiques pures et appliquées, le génie maritime, les constructions navales, l'astronomie théorique et pratique et la navigation. Dans cet établissement, on s'est attaché à donner l'enseignement en langue anglaise et à mettre entre les mains des élèves des ouvrages anglais. Le cours normal est de quatre ans, à raison de trois heures de cours et de trois heures d'exercices par jour. Les jeunes gens qui ne parlent pas suffisamment l'anglais doivent d'abord l'étudier, ce qui prolonge pour quelques-uns de deux ans le séjour à l'école. L'entretien des élèves est à peu près le même que celui de leurs camarades de l'armée de terre. Le nombre des admissions est calculé d'après les exigences du service maritime, et les candidats semblent se porter vers cette école, de préférence aux établissements militaires spéciaux, ce qui s'explique en grande partie par le peu de considération dont jouissaient autrefois les mandarins militaires, toujours subordonnés aux magistrats civils. Les commandants à la mer sont plus considérés que les chefs d'armée, sans obtenir toutefois les égards accordés aux préfets. De plus, l'autorité

DB HA.KOÏ A PÉKIM. 17

supérieure elle-même, pressée par les besoins journaliers, a porté davantage son attention sur la Hotte que sur l'armée, ainsi que nous le montre un rapport présenté à l'empereur par le grand mandarin Tso-tsung-tang 1 et qui a abouti à la création d'un ministère de la marine, sous la présidence du prince Chung, père de l'empereur. Un conseil d'amirauté réunit le vice-roi Lihung-chang, créateur de l'École navale de Tientsin, le ministre de la marine et un membre tartaro.

Dans son rapport, Tso-tsung-tang recommandait de faire cesser la division organique de la marine du Sud et de la marine du Nord, d'organiser un corps unique d'officiers de vaisseau, l'équivalence des grades entre l'armée de terre et l'armée de mer, et la création d'escadres hauturiè-

1. Tsa-tsiing-tang Fut l'émule de Li-hung-chang, mais sa nature semblait tout opposée, 11 désii-uit lu guerre quand Lihung-chung souhaitait la paix. Tso-Lsimy-tang a dirigé, à travsrs le désert de Gobi, une armée chinoise outillée à l'européenne et munie d'artillerie, dans l'expédition de Kaehgarie contre les rebelles. Son attitude vis-â-vis de la Kussie, qui cependant l'avait aidé, lui permit da conserver le territoire do Kouldja. Dans l'expédition du Tonkin, sa prudence s'est inclinée devant la clairvoyance do Li-liung-chaug,

LAKHÉî< ET LA MAKINIi CHINOISES. •JïyO

Dis stations navales devaient êtreerééeB, dont huit à poste fixe dans les rades de Takou, Niou-Chang, Tehé-tbu, Tsung-Min, Chenaï, Foutehéou , Formose et Canton et deux, dites d'évolutions, avaient mission de montrer le pavillon Impérial dans les ports de l'Europe et de l'Amérique. Un roulement devait être établi entre ces flottée pour les rendre plus mobiles, et de grandes manœuvres organisées pour les habituer aux opérations de la guerre maritime. Ainsi qu'on le verra plus bas, ce programme n'a pas été complètement réalisé. Mais les forces navales du Céleste- Empire n'en sont pas moins en très sérieuse voie d'organisation. Enfin, le grand mandarin Tso recommandait l'établissement de dépôts fixes de charbon à Kaeping et à Kélung, à l'imitation des Français à Oboek et à Saigon, des Anglais aux Indes, à Colombo (Ceylan), à Singapore et à Hong-Kong. D'autres vues, relatives à la construction de chemins de fer et de télégraphes, étaient indiquées dans le rapport'.

I. Un décrel impérial rclatirà l'ouverture d'une ligne télégraphique entre la Birmanie et Canton a paru à lu Qattttt ,.</(,-.. ,'v J,. Pékin, qui publie les uctes officiels île l'^ui[iereur

La marine chinoise. — L'escadre d'évolutions ou flotte du Peï-ho comprend : le Chen- Yuen et le Ting-Yuen, d'une longueur de 91 mètres, au déplacement de 7,400 tonnes, à la vitesse de 14,5 nœuds, datant de 1885 ; le King-Yuen et le Lay- Yucn, de 82 mètres de long, déplaçant 3,000 tonnes, filant 16 nœuds, construits en 1887 parla maison Vulcan, de Stettin, comme le Chen-Yuen et le Ting-Yuen; le Chi-Yuen et le Ching-Yuen, qui sont des avisos de bonne vitesse, très bien armés; le Tschao-Yong et le Yang-Ouei, canonnières de 64 mètres de longueur, de 1,300 tonnes de déplacement, d'une vitesse de 16 nœuds ! , construits ainsi que le Chi-Yuen et le Ching-Yuen chez Armstrong ; enfin le Tsi-Yuen de 72 mètres de long, de 2,335 tonnes, armé d'une puissante

et de l'impératrice-mère, les nominations de fonctionnaires et les rapports des mandarins ou des ministres. La ligne télégraphique se reliera aux lignes du Tonkin vers les provinces méridionales de la Chine. Au Yunnan, le gouvernement impérial rencontre (1891) quelques difficultés pour l'établissement du réseau télégraphique, mais tout porte à croire qu'il triomphera du mauvais vouloir des populations.

1. Ces deux bâtiments ont échappé à notre poursuite pendant la guerre de Chine.

l'armée et la marine chinoises. 261

artillerie; six canonnières alphabétiques et un petit nombre d'avisos-transports.

C'est une belle escadre. Il est difficile de se rendre compte de ce que valent les équipages, et nous sommes de ceux qui pensent qu'entre les mains des Chinois ces cuirassés n'ont pas actuellement la même force qu'entre des mains européennes. Mais les Chinois se forment, et ils ont en marine des aptitudes évidentes. Leurs progrès réels peuvent imposer à l'Europe, dans ses revendications, ,une action collective, et nous devons, en ce qui concerne le Tonkin, protéger nos côtes et organiser très sérieusement les défenses fixes et mobiles du littoral indo-chinois.

Le commandant de nos forces navales en Indo- Cftine est en ce moment Y amiral Fournier, le signataire du traité de Tien-tsin. Cet officier général, d'une très haute valeur, connaît parfaitement l'Indo-Chine et a une grande pratique des Chinois. On peut donc se reposer sur lui 1 .

La flotte de Fou-tchéou comprend principale-

1. L'amiral a fait, à la fin de 1891, une démonstration navale devant le cap Packlung (Chine), qui confine au territoire de Monkaï (Tonkin), avec Y Aube, le Lutin et les canonnières de

ment des croiseurs qui sont le Yang-Pao, le Ye- Sinh, le Caï-Chi, le Huau-Taï, bien armés et de bonno vitesse; le Huau-Taï ainsi qu'un bâtiment, le Fee-Chen, servent à la pose des câbles sortant des ateliers de Fou-tchéou.

La flotte de Shang-haï comprend une vieille frégate cuirassée et cinq canonnières.

La flotte de Canton comprend huit canonnières et un aviso-torpilleur. Les canonnières servent à la surveillance douanière.

Enfin la Chine possède deux bons torpilleurs,

la douane Hanoi, Nam-Dinh et Monglsé, armées pour la circonstance.

Cette démonstration avait pour but de protester contre la connivence des autorités chinoises provinciales qui avaient reçu, à proximité de notre territoire, le chef pirate Tien-IJpc, ancien maître de la Cac-Ba, réfugié à Haïnam en 1890, qui venait organiser des bandes pour les lancer sur le Tonkin.

Le fait n'est que trop fréquent, et ce n'est que par des démonstrations et peut-être des représailles que nous arriverons à imposer aux autorités de Canton, dont relève Packlung, le respect des traités.

L'amiral l'a fort bien compris. Ce fait, qui se renouvelle souvent, démontre, une fois de plus, que la question du Tonkin est, en grande partie, une question chinoise.

Si, à Pékin, on accepte, en apparence du moins, notre présence sur les frontières méridionales de la Chine, dans ces mêmes provinces on ne néglige aucune occasion de la rendre précaire.

l'armée et la marine chinoises. 263

l'un de 38 mètres, le Yarrow, et l'autre de 44, le Schidau, ce dernier remarquable pour sa vitesse (24 nœuds), et elle fait construire, en Allemagne, quarante-sept torpilleurs de 38, 33, 26 et 19 mètres de long, qui lui sont livrés au fur et à mesure que les ressources budgétaires de l'Empire le permettent.

Comme on le voit, l'industrie allemande est très favorisée, le gouvernement de l'empereur Guillaume a prêté un puissant concours à la Chine dans l'organisation de ses forces navales et il n'y a rien de surprenant à ce que ses diplomates soient si bien en cour à Pékin.

Le commandement. — Un grand obstacle au développement de l'armée chinoise résulte de l'attachement des gouvernants aux antiques coutumes et à la suprématie de l'élément civil sur l'élément militaire. On a vu souvent un lettré devenir général sans avoir jamais commandé une escouade. Le prince Chung, improvisé chef de l'amirauté, n'avait jamais vu la mer 1 ; il entendit

1. Les journaux de Chine nous ont appris que le prince Chung, père de l'empereur Kouang-Siu, est mort, à Pékin, d'une maladie de foie, le i« r janvier 1891. Le parti du pro-

le premier coup de canon sérieux en allant visiter les flottes européennes réunies à Tien-tsin. Dans ces conditions, on ne s'étonnera pas des erreurs dans le service de l'artillerie et du génie constatées au Tonkin par les officiers français : les chefs chinois trouvent toujours un vieux principe qui ne s'accorde pas avec les procédés européens. Confucius règne encore souvent à l'armée. Li-hungchang lui-même n'échappe pas à cette règle générale. A un exercice auquel assistaient les consuls, un instructeur présenta plusieurs compagnies et

grès perd en lui un de ses plus solides soutiens, et la Chine, un conseiller plein de tact et de modération. L'arrivée du prince Chung aux affaires ne date pour ainsi dire que de 1884, époque à laquelle il remplaça le prince Koung en qualité de président du Grand-Conseil. Jusqu'alors, il n'avait joué aucun rôle politique, bien qu'il fût le père du souverain, et sa personnalité avait été très effacée. En 1885, il fut mis à la tête de l'amirauté, qui venait d'être créée et dont faisait également partie le marquis Tseng, autre perte notable pour les amis du progrès et de la civilisation. D'humeur progressiste, mais sage . et prévoyante, il ne préconisait les idées ou les inventions européennes qu'après un mûr et sérieux examen ; principal appui du vice-roi Li-hung-chang, il aida celui-ci de toute son influence pour réorganiser la marine chinoise et se montra partisan du grand chemin de fer qui doit traverser toute la Chine, mais dont l'exécution, quoique sanctionnée par l'empereur, paraît être retardée par le jeu d'influences subalternes. 11 est a souhaiter que le jeune empereur trouve un conseiller aussi pondéré, aussi habile que le prince Chung.

l'armée et la marine chinoises. 265

les fit manœuvrer d'après les règlements de l'armée allemande. Il déploya des tirailleurs, abrita les réserves, fit agir l'artillerie pour préparer et appuyer l'attaque, et, au moment décisif, lança les colonnes de compagnie. Le vice-roi ne fut pas satisfait et donna des ordres nouveaux. Il établit une compagnie en rangs compacts devant l'ennemi supposé, fit avancer une section d'artillerie, puis une seconde compagnie et une nouvelle section et ainsi de suite. Il ordonna alors d'ouvrir le feu : c'est la vieille tactique du moyen âge chinois.

Mais qu'on ne s'arrête pas à cet incident ; les progrès se feront. Les premières transformations de la Chine ont sûrement pour but d'organiser ses forces navales, qui lui sont le plus immédiatement indispensables. L'armée de terre ne vient qu'en seconde ligne dans ses préoccupations. Si les progrès de sa puissance militaire sont relativement lents, il faut en accuser les causes morales que nous avons indiquées et l'état de ses finances: c'est heureux pour les puissances qui se trouvent en contact avec le colosse. Celui-ci n'oubliera pas, sans doute, les paroles du dernier rapport à

OIIS

266 DE HAKOÏ A l'ÉlvIN.

l'empereur du maréchal Tso, avant sa mort :

« Employez pour l'armée toutes les dépenses qui auraient pu être laites pour des choses inutiles. » Or, c'est précisément pour la guerre et la marine que le gouvernement central s'impose de véritables sacrifices. Si la Chine imitait les systèmes militaires de l'Europe et devenait une nation armée, elle pourrait mettre 40 millions d'hommes sous les armes '.

Elle n'a aujourd'hui, de sérieusement orgai sée, que l'armée de Li-hung-chang, une vingtaine de mille hommes, qui protègent la capitale. Par contre, si l'on comptait comme troupes tous les étendards de Pékin et des villes provinciales, on aurait présents à l'effectif plus d'un demi-million d'hommes, sans véritable organisation militaire, il est vrai ; mais le temps marche et, dès maiiite-

I. D'après Imminent colonol Nïox, notre savant géographe militaire, la Chine proprement dite représente une agglomération d'États .[iic l'on pourrait comparer à ceux de L'Europe augmentés d'un tiers. La population de l'Empire croit rapidement, mais .'Ile est snjetle .i d'énormes perles. Ainsi, d'après .1' Chtnese Recorder (septembre et octobre 18H!I). l'insurrec- ■iiii ils Tiiipings iiurn.it l'ait périr -30 millions d'habitants, la • l'tu'lliun du Vuiinaii :i millions, li.'S lamines, l'émigration et la .:". millions pendant une période décennale (Niox, l'Asie).

l'armée et la marine chinoises. 267

nant, des esprits clairvoyants, connaissant bien la Chine, estiment qu'il faudrait 50,000 hommes pour renouveler les exploits de 1860.

Il ne faut donc plus, pour l'avenir, s'attendre aux faciles victoires de la période de 1840 à 186»0. Les résistances que l'amiral Courbet et le général Brière de l'Isle ont vaincues si brillamment, indiquent déjà tous les progrès accomplis par les Célestes depuis l'entrée des Anglo-Français à Pékin. Instruits par l'expérience, ils travaillent sans relâche à mettre leurs côtes à l'abri de toute insulte. On peut faire cependant cette remarque que si on a à frapper ailleurs qu'à la tête, le développement du littoral et des îles est assez grand pour qu'on trouve d'autres points vulnérables que Canton et Shanghaï. Enfin, même pour le Pé-tchi-li, ce n'est pas en quelques années qu'on improvise, avec des ressources relativement restreintes, la défense d'une telle position. Quoi qu'il en soit, il est aujourd'hui indubitable que si, dès aujourd'hui, les puissances européennes avaient à lutter contre la Chine, les dépenses pour un tel effort, à une telle distance de l'Occident, pèseraient

certainement sur les résolutions de leurs Parlements.

En cas de guerre, le Japon , qui a 38 millions d'habitants et une superficie égale aux 2/5 de la France pourrait nous offrir une alliance précieuse.

Depuis 1867, le Nippon (pays du soleil levant), comme l'appellent les Japonais, a fait de remarquables progrès.

La politique des puissances européennes serait de marcher toujours unies dans leurs revendica-^ tions contre la Chine. Mais, si leur action est sagement collective quand il s'agit d'attaques contre leurs nationaux, parce qu'au moment des massacres les Chinois ne distinguent guère un Anglais d'un Allemand ou d'un Français, il en est tout autrement lorsque les intérêts commerciaux sont seuls enjeu. Chacun reprend alors sa liberté d'action.

Nous nous garderons bien d'indiquer un groupement d'alliances possible, nous ferons seulement observer que les Russes, les Américains et les Japonais n'ont point d'intérêts, en Chine, qui soient en opposition avec les nôtres.

Influence de la religion sur l'organisation sociale de la Chine. — Les temples de Pékin. — Les pagodes. — Mobilier sacré. — La peinture religieuse. — Le culte de Confucius. — Le taoïsme. — Le bouddhisme. — La religion populaire. — ■ Le christianisme.

J'avais été vivement frappé, pendant mes précédents séjours dans l'Extrême-Orient, de l'influence profonde des idées religieuses sur l'organisation de la famille et de la société. Les travaux des lieutenants de vaisseau Luro et Philastre me confirmaient dans la pensée que, dans toute l'Indo-Chine et choz tous les peuples de civilisation chinoise, chaque détail de la vie journalière a une cause directe ou indirecte dans les traditions primitives. Le temps que je passai à la Commission de délimitation, en contact quotidien

avec les Célestes, me révélait de plus en plus la justesse de cette vue. Aussi, dès mon arrivée à Pékin, je résolus d'employer mes moments libres à l'étude, au moins sommaire, des monuments de l'art religieux de la Chine.

Le Temple du Ciel (Tien-Tan) s'élève au milieu d'un immense tapis de verdure et se compose de trois terrasses circulaires superposées, entourées de balustrades de marbre ou de bois sculpté. Au centre de la terrasse supérieure, où l'on parvient par plusieurs escaliers de marbre en fort mauvais état, dans un grand rectangle dallé, est un autel entouré de brûle- parfums en bronze et de statues de dieux gigantesques, où l'empereur en personne, à moins qu'il ne se fasse représenter par un haut mandarin, doit sacrifier au Ciel au solstice d'été, au solstice d'hiver et à l'équinoxe du printemps. Cet édifice rond, assez mal entretenu, couvert de tuiles bleues vernissées, remonte au xv" siècle et a été construit par l'empereur Young-Lo(1421). Autour du temple qui recouvre l'autel sont les bâtiments habités par les gardiens, les sacristies, les écuries et les étables où sont conservées, soignées et préparées pour la

fête les victimes désignées, chevaux et bœufs, les temples secondaires dédiés aux ancêtres, etc. Près du sanctuaire du Ciel est situé le temple de ia Terre, ensemble de bâtiments assez semblables aux précédents.

Le temple de Confucius, complètement entouré de murs, est précédé d'un païsang, sorte d'arc de triomphe ouvert de trois baies, chargé de sculptures, et d'une avenue de cyprès qui conduit du portique extérieur au bâtiment central, où l'on offre les sacrifices rituels devant la tablette du philosophe. Dans une dos cours extérieures BOnt dressées des stèles où les différents empereurs ont fait écrire des inscriptions en l'honneur du grand homme.

Dans les pagodes on voit des œuvres d'une grande beauté, mais beaucoup de cas spécimens de l'art chinois sont entretenus d'une façon déplorable et couverts de poussière : on ne saurait

] Bser plus loin l'incurie et la négligence que

les serviteurs des temples ; le mobilier sacré est aussi peu entretenu que les édifices: cette religion se meurt devant l'insouciance et la paresse, et quelquefois devant la vénalité de ses ministres

dos divers ordres, devant le scepticisme des mandarins chargea de la surveiller. Parmi les œuvres d'art, il faut signaler des brûle -parfums en. bronze, eu jade, en porcelaine, des statuettes en jade, en stéatite, des bas-reliefs eu porcelaine pe-tse, sortis au xvii" siècle des manufactures de Te-Hoa, dans le Fo-Kîen. Mais les plus grandes merveilles sont des bronzes de toute beauté, se rapportant aux. différentes périodes de l'histoire de l'art en Chine, surtout depuis l'introduction du bouddhisme dans ce pays.

La religion de Confucius et la religion taoïste en effet, avec leur caractère tout rationaliste, leur proscription de la sculpture des formes humaines, se contentaient de l'emploi de quelques vases de sacrifices, de quelques brûle-parfums, aux formes hiératiques, consacrées par les rites traditionnels, toujours les mêmes, aux ornements très simples comme des combinaisons de lignes géométriques, de feuilles et de fleurs et, dans quelques circonstances, des figures d'animaux.

Le bouddhisme se montra plus exigeant. Ses premiers adeptes importèrent en Chine des idoles de Çakyamouui, des dieux ou des saints du Pan-

LA BELIGION EN CUINE. 273

i bouddhiste, en bois sculpté, en bronze, en pierre. Les pèlerins gui parcoururent ensuite l'Inde rapportèrent aussi de nombreuses divinités. Les artistes chinois n'avaient jamais sculpte autre chose que des bas-reliefs jusqu'à cette époque : ils voulurent imiter les produits de l'art indien et s'élevèrent jusqu'à la statue humaine, guidés, dans leurs études, par les modèles étrangers, instruits par les moines bouddhistes venus des bords du Gange, et surtout inspirés par les idées religieuses. De cette première période de l'art bouddhique, vers le vu' siècle de notre ère, datent sans doute deux grandes idoles congervéee aujourd'hui à Ilang-Tchéou et à Sin- Tchang (Tché-Kiang), sculptées dans le roc, hautes, l'une, de 13, et l'autre, de 23 mètres, représentant Maitreya, le Bouddha du siècle futur, qui doit avoir la même mission que le prophète Élie après la venue de l'Antéchrist et convertir le monde irréligieux et perverti. La sculpture sur boÎBj sur ivoire, sur jade, la céramique firent les mêmes progrès : au x' siècle, l'art chinois était mplètement sous l'influence de l'école boud-

274 DE IIANOÏ A PÉKIN.

Les anciens sculpteurs avaient depuis longtemps employé le jade, ainsi qu'on peut le voir dans le Li-Ky ou livre des rites ; ils en faisaient des vases sacrés (coupes ts'io, vases neï-yen-you), des insignes de commandement à l'usage des princes et des mandarins, et jusqu'à des instruments de musique pour les cérémonies religieuses.

Le bouddhisme inspira aussi la peinture; les religieux venus de l'Inde s'efforcèrent de reproduire et d'idéaliser les types fournis à leur imagination par la légende bouddhiste et firent des élèves dans l'Empire du Milieu. La peinture et la sculpture furent les auxiliaires de l'architecture dans l'érection des belles pagodes de cette époque classique. Mais, hélas! cette belle période ne pouvait durer ; le Chinois est trop porté à imiter servilement les procédés de ses devanciers pour conserver longtemps la liberté d'esprit, qui seule produit les vrais artistes. La main de ter des rites eut raison de l'inspiration. Les Célestes fournirent encore do belles œuvres, mais on y sent la contrainte, l'obéissance à un canon immuable : tel était, le caractère des bas-reliefs en boccaro qui avaient été placés au xv" siècle dans

le revêtement de la fameuse tour de porcelaine de Nankin, détruite pendant l'insurrection des Taïpings.

Le bouddhisme seul a donc eu une heureuse influence sur l'esthétique chinoise. Quand on visite les différentes pagodes de la Fleur-du-Milieu, on ne tarde pas à remarquer que les œuvres d'art renfermées dans les temples de Confucius, de Lao-Tsé et même dans les mosquées, ont toutes plus ou moins subi l'influence de cette religion.

Mais avant d'aller plus loin, il nous paraît judicieux de dire quelques mots des différents cultes suivis par les Célestes. Ils sont au nombre de trois : le culte de Confucius, le culte de Tao et le bouddhisme.

Le philosophe Koung-fou-tsé ou Confucius exerça une profonde influence sur le développement moral des Chinois en faisant un Code des antiques traditions, que le pouvoir public adopta. Sa religion admet le Ciel comme dieu suprême : c'est moins une philosophie doctrinale, un déisme incomplet qu'une théologie morale enserrant Thomme depuis sa naissance jusqu'à sa mort dans

un ensemble de pratiques destinées à sauvegarder l'autorité du prince dans l'Etat et du père dans la famille. Confueius est le maître des mandarins et des lettrés, sceptiques de leur nature, conservateurs des rites et ennemis de la spéculation intellectuelle et des doctrines nouvelles. Confueius a immobilisé la Chine pour des siècles : son influence balancera encore bien longtemps les progrès des idées de l'Occident dans son pays. C'est pour cela que les nations européennes doivent toujours rester unies quand il s'agit de lutter contre le monde païen.

La doctrine de Lao-Tsé ou Taoïsme, renfermée dans le Tao-té-King ou Livre de la Raison suprême et de la vertu, admet un être primordial, organisateur du monde, Tao ou la liaison suprême. Les hommes émanent de cet être et doivent un jour retourner vers lui et se confondre en lui dans un éternel repos. Les disciples de Lao-Tsé ont à peu près divinisé leur maître, et se sont rapprochés de jour en jour du panthéisme matérialiste, Aujourd'hui, le taoïsme est en pleine décadence et finit par se confondre avec les rites grossiers de la magie et de la sorcellerie sans

qu'aucun principe élevé lui permette de se soustraire à cette honteuse promiscuité.

La troisième religion est le bouddhisme, qui eut autrefois ses jours de gloire et qui est agité par sa lutte intestine contre une réforme sortie de son sein, le lamaïsme. Les différentes religions se sont autrefois disputé l'empire sur la Chine. Aujourd'hui, elles sont à peu près mortes. Le résultat des luttes dogmatiques a été malheureux, somme toute. Il n'y a plus qu'indifférence. Seules les doctrines traditionnelles et populaires sur le culte des aïeux n'ont pas été atteintes et sont demeurées la véritable foi du Céleste-Empire. Foi réelle, vivace, absolue pour la plupart des Chinois. Les mandarins et les lettrés sont des sceptiques, mais, comme les hommes d'État delà Borne païenne, ils participent aux sacrifices et aux cérémonies du culte officiel ou du culte familial.

Les bonzes, ministres du bouddhisme, ont rendu autrefois d'éminents services à la civilisation chinoise. Mais les bonzes méritent aujourd'hui que la malignité populaire se donne carrière contre eux, ce qui n'empêche pas les

railleurs de leur faire parfois l'aumône et de les appeler aux cérémonies funéraires pour en rehausser Téclat : c'est de bonne compagnie. Il circule dans l'Annam une comédie satirique, Bonze et Bonzesse, composée par un lettré partisan des doctrines de Confucius, qui montre un bonze hypocrite. Le frater se dédommage par des plaisirs secrets de sa vie publique austère. Il veut séduire une jeune bonzesse et semble dire avec Tartufe :

Et ce n'est point pécher, que pécher en silence.

Il y a, à Pékin, un certain nombre de mosquées, dont rien à l'extérieur, si ce n'est quelques versets du Coran gravés sur la pierre, ne permet, à première vue, de deviner la destination. On prendrait ces édifices pour des pagodes bouddhiques ou lamaïstes : on ne voit pas, dans ces mosquées, de minarets s'élever dans les airs, et le muezzin annoncer, à la porte, l'heure de la prière. On compte dans tout l'Empire une vingtaine de millions de turbanais ou musulmans, répandus surtout au nord et à l'ouest du pays.

Il nous reste à parler du christianisme.

On reste confondu, en passant devant la cathédrale de Tien-tsin et devant les quatre églises de Pékin, de ce que pevt faire la grandeur morale des hommes qui ontprêchél'Evangileen Chine. Quand on pénètre en Mongolie ou en Mandchourie, on est profondément frappé de la dignité de vie des chrétiens chinois dans leurs villages et surpris des résultats obtenus par les missionnaires.

Cependant l'histoire de nos relations avec l'Extrême-Orient est marquée à chaque page de massacres des apôtres et des néophytes. C'est que les chrétiens de tous les âges ont posé une limite aux droits du pouvoir politique sur la conscience individuelle. En vain ils se sont montrés sujets respectueux et fidèles ; il y a chez les mandarins une confusion profonde entre le pouvoir spirituel et la puissance politique, et les chrétiens sont tombés, comme autrefois à Eome sous la loi de majesté, sous des lois proscrivant les superstitions étrangères. De là, ces alternatives de tolérance et de persécution, cet accueil gracieux et chaleureux fait aux jésuites du xvn e siècle, tous hommes supérieurs, acceptés à la cour et devenus les maîtres des lettrés, et ces immolations de milliers

de chrétiens par des mandarins jaloux, poussés par des sociétés secrètes poli tico- religieuses.

Les services rendus à la dynastie mandchoue par les missionnaires jésuites du xvn" siècle avaient attiré sur eux la protection de l'empereur Khang-Hi. Mais l'indulgence dont ils firent preuve pour le culte des ancêtres et le culte de Coiiiucius fut condamnée par les bulles de Clément XI (1704) et de Benoît XIV (1742). Les Fils du Ciel se montrèrent dès lors moins favorables, et il lut impossible de penser, comme par le passé, ijii'un simple décret du souverain aurait rendu la Chine catholique. Les poursuites recommencèrent contre les chrétiens. La plupart deajésuites envoyés dans l'Extrême-Orient étaient de nationalité française. LouisXIV avaiteorrespoudu en leur faveur avec. Khang-Hi. Louis XVI, après l'abolition de la Compagnie de Jésus, avait obtenu du pape Pie VI que les prêtres des missions étrangères fussent envoyés a la place des fils de saint Ignace (178?). Le prince qui négocia un traité avec la Cocbincliine, voulait garder le protectorat des chrétiens de l'Asie orientale.

Les guerres de la République et de l'Empire interrompirent la tradition, et jusqu'en 1844, les Portugais, possesseurs de Maeao, purent seuls favoriser les missionnaires. Nos traités de 1844 et de 1860 nous rendirent le protectorat religieux des chrétiens de toute nationalité.

En 1886, Li-hung-chang envoya à Rome M. Dunn, ancien employé des douanes chinoises, pour proposer au Vatican d'envoyer un nonce à Pékin, mesure qui aurait diminué singulièrement le rôle du ministre de France. Léon XIII, prenant en considération nus justes protestations au Tsong-li-yamen, n'accéda pas à la demande du vice-roi du Pé-tchi-li. Tous les missionnaires catholiques s'adressent donc à la légation de France pour avoir des passeports, et ce n'est que depuis 188D que le gouvernement chinois reconnaît valables ceux que délivrent les ministres d'Allemagne et d'Italie. On ne saurait nier qu'il y a là un indice d'émancipation de la part des catholiques de ces deux nations, encouragés par leur gouvernement à se soustraire à la protection de •anc-e.

,es cabinets étrangers ont, à notre avis, tout

intérêt à ne pas entamer notre situation de puissance protectrice. Les événements de Tannée 1891 ne prouvent que trop la solidarité que doivent affirmer les gouvernements européens visà-vis du Céleste-Empire. Nous pouvons, sur d'autres terrains, avoir des rivaux, mais le protectorat religieux nous revient par nos offorts antérieurs et par cette considération que plus des trois quarts des missionnaires sont Français.

Plus d'un million de Chinois sont catholiques, et Francis Garnier, dans son livre de Paris au Tibet a pu dire que nos missions étaient comme une aurore de civilisation européenne qui commence à éclairer le vieux monde oriental et prélude à son rapprochement avec le nouveau monde de l'Occident.

Le gouvernement de Pékin n'a d'ailleurs rien à redouter des catholiques, beaucoup trop clairsemés et qui demeureront toujours sujets fidèles; le péril pour lui est du côté des sociétés secrètes.

Par la force des choses, lé missionnaire ne dirige pas seulement ses chrétiens au spirituel;

il défend aussi leurs intérêts matériels trop souvent lésés par des mandarins rapaces, et c'est parce que ces fonctionnaires craignent de voir dénoncer leurs exactions au pouvoir central qu'ils ont pour les « missionnaires et les catholiques une haine féroce, entretenue avec soin par la classe des lçttrés et cultivée avec soin dans les sociétés secrètes. Il y a là un problème très délicat dont le temps seul amènera la solution.

Sans penser, comme au xvn e siècle, que la Chine puisse tout entière devenir catholique, il est permis d'espérer que le gouvernement impérial sera assez fort pour prévenir les émeutes contre les chrétiens, qui ensanglantent les provinces. S'il n'y parvenait point, l'intervention directe des puissances européennes deviendrait nécessaire et les conséquences en seraient d'une incalculable portée.

La protection des missionnaires est un article de foi pour le ministre de France en Chine. Cela est si vrai que, — détail piquant, — M. Constans qui ne passera pas, à coup sûr, pour un clérical, alors qu'il était envoyé extraordinaire de la Eépublique à Pékin, assistait, tous les diman-

ches, à la messe, dans la chapelle de l'ambassade, avec tout le personnel de la légation 1 .

On compte à Pékin environ 8,000 chrétiens.

Nous avons visité les établissements des missionnaires et nous avons reçu de M gr Tagliabue, des PP. Favier, Cox, Bodinier, les témoignages de sympathie qu'ils étaient heureux de donner à un officier français. Les sœurs de Saint- Vincent de Paul nous ont aussi bien ému lorsque nous avons parcouru

1. Pour se rendre compte de l'importance que présente, au point de vue du maintien de notre influence en Chine, le protectorat des missions catholiques attribué à la France jusqu'à ces derniers temps, sans distinction de nationalité des missionnaires et à l'exclusion de toutes les autres puissances, il suflit de constater les efforts faits par celles-ci et notamment par l'Allemagne, syndic do la Triple-Alliance, pour nous déposséder de cette situation privilégiée.

Déjà, à la suite de démarches faites à Rome et à Berlin par Ms* Anzer, l'évoque allemand du Quang-Toung, la mission allemande de cette province a passé cette année, officiellement, sous l'égide de l'Allemagne.

Le correspondant du Temps à Pékin, après avoir, dans une lettre datée d'août et du 22 septembre 1891, montré les atteintes portées à notre protectorat, conclut que le parti le plus sage à prendre est d'y renoncer absolument et définitivement, et d'accepter l'établissement d'une nonciature à Pékin, solution vers laquelle incline la cour de Kome.

Quelque autorisée que soit cette opinion, nous ne pouvons souscrire à l'abandon d'un protectorat qui, s'il nous impose des devoirs, nous confère aussi des droits. Renoncer à cet instrument traditionnel de notre influence en Orient, serait abdiquer.

M ttEMOIO» EN CHINE. 285

leur orphelinat. Quelle abnégation ne faut-il pas pour disputer CBS enfanta à l'abandon, et cela sans avoir beaucoup à compter sur la reconnaissance, car la reconnaissance n'est pas une des vertus cardinales des Célestes. Certains de ces enfants août idiots. Tous seront arrachés à la déchéance inoraie qui semblait devoir être leur partage. Il faut reconnaître que les Lazaristes et les Filles de la Charité sont guidés par une idée supérieure pour de telles œuvres de dévouement.

La mission de Pékin comprend les habitations de l'évèque, des PP. missionnaires, un séminaire pour les prêtres indigènes, une bibliothèque formée en grande partie par les volumes des Jésuites, qui ont pu être arrachés à la destruction au temps de la persécution, et un musée d'histoire naturelle créé par le P. Armand David, élu membre correspondant de l'Académie des sciences de Paris, en concurrença avec Francis Garnier, dont il était demeuré l'ami. L'établissement des sœurs de îMÙtit- Vincent-de-Paul abrite deux ou trois cents petites orphelines et une centaine de petits orphelins, il est pourvu d'une école et d'une pharmacie fréquentée par de nombreux Célestes.

286 DE IIANOÏ A PKK1.V.

Les l.:izaristes ont un orphelinat où ils élèvent une centaine d'orphelins à qui ils enseignent divers métiers manuels ou qu'ils dirigent vers l'agriculture. Près du Nunthang (église du sud), une des paroisses de Pékin, est l'habitation des sœurs chinoises, organisées en congrégation par M 1 ' Dolaplace, ancien évêque de Pékin. Ces religieuses portent le costume national.

L'ancienne cathédrale avait été bâtie par les Jésuites sur un terrain donné par l'empereur KJiang-IIi. Après l'expulsion des missionnaires, elle fut abandonnée. En 1860, elle tombait en ruines. Les soldats français du génie la réparèrent à l'occasion du service funèbre célébré pour le repos de l'âme des Français tombés victimes de la perfidie des mandarins pendant les négociations pour la signature du traité de paix, service qui fut suivi d'un Te Dettm. L'évoque de Pékin, M*' Mouly, officiait, assisté de son coadjnteur, M gr Annouilb, et de l'abbé Trégaro, aumônier en chef du corps expéditionnaire, aujourd'hui évêque de Séez. La cérémonie eut lieu eu présence de l'ambassadeur, M. le baron Gros, et du général Cousin-Montauban. Des détachements

du corps expéditionnaire étaient rangés en armes dans l'église et sur la place qui la précède. M gr Mouly prononça une allocution sur le texte : « Istud a Deo factum est, et mirabile est in oculis nostris. s>

Nous avons eu l'occasion de nous trouver avec le' clergé européen et le clergé indigène à la pose de la première pierre de la nouvelle cathédrale du Si-ché-Kou, qui doit remplacer le Péthang (église du nord), désaffecté du culte et remis à l'impératrice régente.

La cérémonie eut lieu le 30 mai 1887, en présence de MM. Constans, envoyé extraordinaire de la République française; Souhart, premier secrétaire d'ambassade; le commandant Boiiinais; Camille Imbault-Huart, vice-consul interprète ; le capitaine d'Amade, attaché militaire; Frandin, vice-consul en mission à Pékin, du coté de la France ; de Leurs Excellences le marquis de Tseng et Cheng, du côté du Céleste- Empire.

La nouvelle cathédrale est construite sur les plans du P. Favier, avec l'indemnité accordée aux missionnaires parle gouvernement impérial.

La cérémonie de la bénédiction était présidée

par M* r Tagliabue ', assisté des PP. Favier, Cox, Bodinier et du clergé indigène. Toutes les personnes présentes, ainsi que le jeune Pichon, enfant de dix ans, sur l'invitation du marquis de Tseng, ont signé le procès- verbal, scellé, suivant l'usage, dans la pierre, avec des pièces de monnaie de la dynastie. Les mêmes personnes se rendirent ensuite au Péthang où, au cours de la collation, les meilleures assurances de paix et d'amitié furent échangées entre le ministre de France, Son Excellence Tseng et l'évêque.

1. M** Tagliabue est mort depuis cette époque, ainsi que le marquis de Tseng et M. Strauss. La cathédrale a été récemment consacrée.

Retour but l'histoire de la dynastie. — Son origine tart aremandchoue. — Choun-tché, son fondateur (1644-1662).

— K'ang-chi (1662-1723). — Young-tcheng (1723- 1736). — K'ien-loung (1736-1796). — Kia-k'ing (17Ô6-1820). — Mien-ning (1820-1850) ou Taô-kouang.

— Chien-foung (1850-1860). — T'oung-tché. — Les régentes. — Majorité de l'empereur (1873). — Réception des ambassadeurs européens au palais impérial. — Mort de T'oung-tché. — Son testament, — Intrigues de palais. — Kouang-siu empereur (1875). — Sa majorité (1887). — La réception du corps diplomatique à Pékin. — Le couronnement de l'empereur.

L'empereur vit dans la ville impériale, au milieu de sa cour mi-tartare, mi-chinoise, dans de superbes jardins coupés de belles allées et admirablement entretenus 1 . On n'aperçoit que quel-

t. En juillet 1891, un capitaine d'artillerie allemand y a fait des installations d'éclairage électrique.

DJB HAMOl A PéKIH. 19

([lies échappées de vue sur ces jardins, quand on traverse le délicieux Pont de Marbre, mais elles suffisent pour donner une haute idée des parcs impériaux. Ce pont est jeté sur une vaste étendue d'eau où croissent de nombreux nénuphars ; le dessin en est hardi et l'aspect très gracieux. La cession du l'éthang à l 'impératrice-mère l'a soustrait à la circulation publique. C'est fâcheux, parce que c'est le seul endroit de Pékin dont l'aspect soit vraiment pittoresque et d'où l'on aperçoive ces jardins, qu'on éprouve le désir irréalisable de parcourir.

Nous sommes arrivé à Pékin peu après le couronnement de l'empereur, qui avait eu lieu au mois de février, et nous pûmes nous procurer des détails sur cette fête, que nous nous proposons de décrire à nos lecteurs. Mais les choses de la Chine sont tellement peu connues en Europe et l'on prend si peu d'intérêt chez nous aux événements politiques qui se passent dans ee pays, qu'il ne nous paraît pas inutile d'entrer d'abord dans quelques détails sur la famille régnante de la Chine et sur sa généalogie. Nous soulèverons ainsi un des coins de ce voile qui cache à nos

LA COUli IMl'liniALE. S91

yeux les intrigues (les habitants de ce mystérieux palais impérial, dont les portes sont encore hermétiquement fermées à tous les étrangers, même aux représentants des puissances accrédités près la cour de Pékin.

La dynastie actuelle est tart are- mandchoue ' ; ses fondateurs, simples chefs de tribus tartares, soldats hardis, entreprenants, dont l'intelligence égalait la bravoure, pénétrèrent en Chine dans les premières aimées du xvii" siècle. La dynastie chinoise des Miugs y régnait alors, mais ne brillait plus que d'un pâle éclat ; déchirée par des querelles intestines, elle ne pouvait opposer une longue résistance au peuple guerrier qui entrait sur son territoire. Nombre de ses partisans l'abandonnèrent même, préférant la conquête de L'étranger à l'anarchie et à la ruine, et se rallièrent à la cause des Tartares. Ceux-ci eurent bien vite raison des Mings expirants et assirent sur le trône de Chine leur chef victorieux. Choun-tché fut le premier empereur tartare (1644-1662); son

l. Les Ta rtu rta- Mandchous, au nomLie dp 30 millions soulo-

il répartis surtout sur les coïts. ll> supportent assez

facilement los Européens et commercent volontiers avec eus.

iil3, K'ang-chi, contemporain et émule asiatique île Louis XIV, agrandit les Etats que lui avait légués son père et donna un nouveau lustre à son règne en protégeant les arts, les sciences et la littérature chinoise; il resta sur le trône soixante et un ans (1662-1723), et laissa la couronne à son (ils, Young-tcheng, dont le règne fut de peu de durée (1723-1736). Le fils de celui-ci, K'ieoloung, marcha sur les traces de son grand-père et sut l'égaler en tout. Il fut, connue lui, un guerrier heureux, un littérateur distingué, un savant profond. Fatigué d'un règne de soixante ans, il laissa le sceptre, on 1796, à son fils, Kia-k'ing. Depuis lors, les souverains tartares n'ont plus été que la monnaie de K'ang-chi et de K'ienloung.

A la mort de Kia-k'ing, cinquième empereur de la dynastie des Ts'ing ou tartare-mandchoue, qui eut lieu en 1820, la couronne passa au second fils de ce souverain, Mîen-ning. En montant sur le trône, ce prince donna aux années de son règne le nom de Taâ-kouang (lumière de raison), sous lequel il est connu dans l'histoire. Taô-kouang eut, de plusieurs femmes, neuf fils, dont les trois

premiers moururent du vivant de leur père. Le quatrième, Y-tchéou, lui succéda en 1850, sous le nom de Chien-foung ; il ne régna que dix ans et finit ses jours peu après l'expédition francoanglaise de 1860.

Chien-foung laissa le trône à son fils, Tsaïclioun (nom de règne : T'oung-tché, gouvernement uniforme), alors en bas âge, qui régnasous la tutelle des impératrices de l'Est et de l'Ouest, toutes deux femmes de Chien-foung, mais a des titres différents. La première femme de ce souverain l'ayant précédé dans la tombe sans laisser d'enfants, il en épousa une autre, qui reçut le titre de Tsen-an (douce tranquillité). Celle-ci n'ayant pas non plus de postérité, l'empereur se décida à donner le rang de seconde impératrice à une concubine dont il avait eu un (ils : elle fut nommée l'impératrice Tsen-chi (douce joie), et prit le titre d'impératrice de l'Ouest, par opposition à Tsen-an, désormais connue sous le nom d'impératrice de l'Est.

Voici comment s'expliquent ces deux titres, qui ne sauraient manquer de paraître singuliers au lecteur. En Chine, l'Est est considéré comme

DE HANOÏ A TEKIN.

la place d'honneur, et l'Ouest comme la second place. Par suite, il y a dans l'enceinte du palais impérial deux édifices séparés, l'un à l'est, l'autre à l'ouest, qu'on appelle les palais de l'Est et de l'Ouest. Le premier, plus honorable, avait naturellement été désigné pour demeure à la femme légitime de Chien-foung, à l'impératrice Tsenan, tandis que le second, regardé comme inférieur, avait été réservé à sa concubine, à l'impératrice Tsen-chi.

Le mariage de T'oung-tché eut lieu eu 1872 :

dans les premiers mois de cette année, les deux régentes firent venir au palais les filles des plus hauts fonctionnaires pour faire choix de la jeune impératrice. Leur préférence se porta sur la fille de Tchoung-k'i, président du tribunal des fonctionnaires et directeur de l'Institut impérial, de bonne famille mongole. C'était, nous dit le décret du 10 mars 1872, qui annonça ce choix aux populations de l'empire, a une personne douce de caractère, diligente, instruite et sérieuse ». Le prince Koung, sixième fils de Taô-kouang et, partant, oncle de l'empereur, à cette époque président du Tsong-li-yamen, et Pao-kuin, ministre

finances, furent nommés médiateurs impériaux auprès des parents de la future impératrice et chargés, en cette qualité, d'aller leur transmettre les volontés et les présenta de leur souverain'. Les noces furent célébrées le 15 octobre

u après, les deux impératrices régentes fixèla majorité de l'empereur au 23 février 3. Le 14 juin de cette même année, un décret impérial autorisa la première audience aux ministres étrangers porteurs de lettres de leurs gouvernements respectifs. Les ministres furent reçus au palais le 20 du même mois.

T'oung-tché ne survécut pas longtemps à cette audience. Atteint, suivant les uns, de la petite vérole, suivant les antres, par la débauche, ou puni, à en croire quelques superstitieux Chinois, par le ciel, pour avoir laissé contempler sa face '/-■ dragon par des barbares, il mourut le 12 janvier 1875 sans laisser de postérité.

la suite d'intrigues qui divisèrent le palais

Un mariage n'est légal en Chine qu'autant que les proliété réglés par des entremetteurs ou inlermé-

dant plusieurs jours, le jeune prince Tsaïtion, fils du prince Choun, septième fils de Ta6kouang, né vers 1871, fut choisi comme successeur de T'oung-tché, et les deux impératrices firent immédiatement paraître un testament politique attribué à l'empereur défunt, mais rédigé sous leurs ordres par les membres les plus savants de l'Institut, aux termes duquel eet enfant était donné en adoption à l'empereur Clnen-îbung, père de T'oung-tché 1 . De la sorte, Tsaï-tieii, issu du mariage du prince Choun avec la sœur cadette de l'impératrice Tsen-chi, et, par suite, cousin do T'oung-tché, devint en même temps frère adoptif et successeur de celui-ci.

Nous mettons ici sous les yeux du lecteur, testament de l'empereur T'oung-tché; c'est spécimen de la littérature politique chinoise des mieux réussis. On y fait parler le souverain défunt de son règne et de sa fin prochaine dans des termes élevés etsolennels, puis on lui fait vanter les mérites, le courage, la justice, l'intelligence,

ère

1. De semblables impostures ont souvent réglé la succession ries princes dans les pays do civilisation cbinnise, dans l'A . en particulier.

LA CODR IMPÉRIALE. 297

la bonté de son successeur, absolument comme s'il s'agissait d'un homme et non d'un enfant de trois ans. Une pareille fiction ne pourrait être prise au sérieux par un public européen ; mais, en Chine, le pouvoir souverain a quelque chose de si respecté, et son essence est tellement surnaturelle que le peuple n'eût pas compris qu'on pîlt parler autrement, ni omettre cette énumération de vertus parce qu'il s'agissait d'un enfant encore inconscient.

« L'empereur Chien-Foung me combla de ses bontés en me désignant pour le trône malgré mon extrême jeunesse. Je priai les impératrices de gouverner comme régentes, et, du matin au soir, celles-ci vécurent dans les préoccupations et les fatigues jusqu'au jour où elles m'obligèrent à prendre moi-même les rênes du gouvernement.

On m'apprit les traditions et les devoirs de la dynastie ; on m'enseigna à vénérer le Ciel, a imiter les ancêtres, à m'appliquer sans relâche aux soins du gouvernement et à aimer le peuple. Je sentis moi-même combien mon mérite était petit ; je dus y suppléer par les veilles, et, de jour en jour, je pus me mêler davantage aux affaires.

29» DE IIANOr A PEKIN.

« Au bout de dis ans, la régence cessa ; mais cependant je continuai à suivre les conseils de ma mère, et, bien que nies armées aient apaisé la rébellion des Taïpings, bien qu'elles aient exterminé ou soumis les Miao-Tseu (tribus à demi sauvages) et les Mahométans, et pacifié ainsi les provinces du Yunnan, du Kouéi-tchéou, du Chan-si et du Kan-sou, je ne pouvais prendre un instant de repos pendant la durée de ces guerres, tant j'avais bâte de voir le peuple délivré de ces fléaux. Chaque fois que se présentaient, dans l'empire, des calamités telles que des inondations ou des sécheresses, les hautes autorités me demandaient des remises d'impôts et des secours, et il n'est pas de province à laquelle je n'aie immédiatement fait sentir les effets de ma bienfaisance. Soit à la capitale, soit dans les provinces, mes sujets ont pu voir combien, du fond du palais, je me préoccupais de leur bien-être.

a Je jouissais d'une bonne santé, mais dans le courant de la onzième lune, je fus atteint de la petite vérole et obligé de me soigner; je sens la faiblesse me gagner et mon souffle est prêt de s'éteindre ! Telle est la volonté du Ciel 1 Le fardeau

(lu gouvernement est si lourd que je ne puis le laisser qu'à un homme de bien; aussi aî-je accepté respectueusement l'ordre des deux impératrices, donnant comme fils d'adoption à l'empereur Chien-Foung, mon père, Tsaï-Tien, fils du septième prince ' , avec droit de succession au trône. « Mon successeur est animé de sentiments d'humanité et de piété filiale ; il est intelligent et il acceptera avec respect la tache que je lui laisse. Le Ciel, qui a créé le peuple, lui doit un empereur pour le gouverner et veiller sur lui. Mon successeur se montrera appliqué à ses devoirs et cherchera à connaître la valeur de ses sujets, à calmer le peuple et à assurer pour jamais la stabilité du trône que je lui lègue. Qu'il obéisse aux deux impératrices et veille sur Elles, qu'il se montre digne de leur affection maternelle ! Quant

I. Les trois (Ils de Tnô-koniing étaient le prince Toun, le prince Koung, bien connu des Européens, nvec qui il a eu à traiter pendant vingt-cinq ans, en disgrâce depuis 1884, et relire des iilfuires, et le prince Choun. Cm les dési^naii sous ies noms de Ouyé, Leou-yé, Ts'i-yé, cinquième, sixième et septième princes, qui indiquent leur rang dans la descendance de Tao-koiiarig. L'.' septième prince a ùpousê la sœur

de l'impératrice de l'Ouest. Le prince Choun, père de l'empe-

(■■in actuel, est mort le l" janvior [831.

aux officiers civils et militaires de la capitale (les provinces, ils seconderont l'Empereur dans son service de pacification par leur zèle, leur patience et leur application à leurs devoirs. Si ce vœu est exaucé, je mourrai tranquille

s Mon successeur, suivant la coutume établie par mes prédécesseurs, quittera le deuil au bol de vingt-sept jours.

ff Respectez mes paroles et faites-les connaîl à tous. »

L'hérédité n'étant jamais dévolue, d'après statuts de l'Empire, aux membres de la branche collatérale, le choix qu'on venait de faire de ce jeune prince était donc irrégulier; le trône devait revenir, en effet, au fils aîné de Tsaï-tché, enfant de T-ki, deuxième fils de Taô-kouang. Ce Tsaïtché avait été adopté par Chien-foung en 185' et serait monté sur le trône, si plus tard empereur n'avait donné le titre d'impératrice sa concubine, Tsen-chi, dite l'impératrice l'Ouest , mère de l'empereur T'oung-tché. Il avait été auparavant adopté par Y-ouéi, fils aîné de Taô-kouang, mort en 1830. Tsaï-tché a ei quatre enfants, dont le plus jeune, T'ou-lon,

>lie

ihe ce ait ànt saï-

quit le 19 novembre 1874. L'un des enfanta mâles du fils adoptif de Chicn-foung aurait donc dû litre donné en adoption à Toung-tché et recevoir la couronne. Mais, dans ce cas, la jeune veuve de Toung-tché aurait nécessairement pris eu main la régence, et les impératrices de l'Est et de l'Ouest auraient été écartées des affaires. On attribue à ces deux régentes ambitieuses la combinaison adoptée qui, toute irrégulière qu'elle fût, ne leur permettait pas moins de rester au pouvoir.

La proclamation publiée par le jeune empereur à son avènement n'est ni moins emphatique, ni moins curieuse que le testament de son prédécesseur. En voici la traduction telle quo nous l'a donnée notre ami C. Huart, sinologue distingué, à qui nous devons, pour toute cette partie, de pré- CàfiOX renseignements 1 .

a L'empereur étant mort le 5 de cette lune (12 janvier), j'ai reçu respectueusement des deux impératrices, Tsen-an et Taen-chi, l'ordre do monter sur le trône. Daus la douleur que m'a

causée cette cruelle séparation, je me suis proi terne la face contre terre et mes lamentations se sont élevées jusqu'au Ciel. L'empereur défunt, durant les treize années de son règne, s'est inspiré des traditions de la dyaastie; îl a exalté la piété filiale et a montré qu'il possédait au suprême degré le sentiment du devoir. Tous les jours il implorait le Ciel et il suivait les exemples de ses ancêtres en s'occupant avec zèle du gouvernement et en manifestant son amour pour le peuple.

« Il choisissait avec discernement les hommes détalent parmi ceux qui l'entouraient; sa politique avait pour but la pacification de l'État et la prospérité de la nation.

« Vous tous qui êtes de ce monde, en apprenant la mort de l'empereur, vous serez plongés dans l'affliction et dans la désolation, et votre deuil sera sincère, je n'en doute pas. Quant à moi, je verse des larmes de sang et les paroles me manquent pour exprimer ma douleur.

n Le fardeau qui m'est échu est bien lourd pour mes faibles épaules; aussi les fonctionnaires civils et militaires de la capitale et des provincas

LA COUR IMPÉJIIALE. 303

•ont-ils tous me prêter leur concours, afin de m'aider par leur loyauté et leur esprit de justice à gouverner sagement. Les vice-rois et gouverneurs s'inspireront des mêmes sentiments, ils aimeront le peuple et exauceront ainsi le vœu suprême de mon prédécesseur, dont l'âme est au ciel. C'est sur vous tous nue je fonde mes espérances.

« Pour tout ce qui concerne le deuil, je devais selon les dernières volontés de l'empereur défunt et les exemples des âges précédents, le quitter au bout de vingt-sept jours; mais je ne puis me résoudre à me soumettre à cette règle et, pour marquer mes regrets et ma douleur, je veux, suivant les règles antiques, porter un deuil de trois ans...

4 Que tout le monde prenne le deuil en observant les rites, et que l'on fasse connaître partout mes paroles, à la capitale et dans les provinces. Respectez ceci ! u

Le jeune Tsaï-tien, qui donna aux années de son règne le nom de Kouang-sut (succession éclatante), régna donc sous la tutelle des impératrices sen-an et Tsen-chi. La première mourut le l 1881, peu de temps après la solution du

conflit rusao- chinois. Le titre de chao-tchin-chiet 'houang-hêou, impératrice manifestement chaste et animée de piété filiale, lui fut décerné. L'impératrice de l'Ouest resta seule régente.

Cet état de choses subsistajusqu'en juillet 1886. A cette époque, le jeune prince allant — en comptant à la chinoise' — atteindre sa seizième année, l'impératrice rendit un décret chargeant l'Observatoire impérial de faire choix d'un jour propice et heureux du premier mois de l'année suivante, pour que l'empereur commençât, à cette date, de régner par lui-même. Quelques jours après, l'impératrice déclara, par un nouveau décret, que, sur l'avis des membres de l'Observatoire ! , elle fixait au quinzième jour du premier mois de l'année suivante (7 février 1887)

1. Ou compte un un, pour un enfant, à lu première fêle du Tet, ou jour de l'an qui suit sa naissance, quand même colleci ne daterait que de quelques jours.

2. L'astrologie est encore une grande puissance en Chine. Elle tire l'horoscope des enfants ; on lui demande des avis sur le jour favorable aux mariages, sur les événements de la vie. sur la situation d'.'S temples et des Lombeaux. Lcb romani chinois ou annamites, les pièces de comédie font souvent lusion auf pratiques astrologiques.

le commencement du règne personnel de l'empereur.

Toutefois, soi-disant sur les instances du prince Choun et de plusieurs autres hauts dignitaires, ou plutôt parce qu'elle regrettait déjà d'avoir renoncé au pouvoir, l'impératrice décréta, peu de jours après, qu'elle continuerait, pendant plusieurs années encore, de conseiller le jeune prince, même après que celui-ci aurait pris en main les rênes de l'État.

Le même décret autorisa le prince Choun à conserver les fonctions dont il était chargé à l'Amirauté (il est le premier des cinq hauts dignitaires mis à la tête de cette administration nouvelle), puisque son fils ne régnait pas encore seul; en effet, en Chine, le respect que le fils doit avoir toujours pour son père ne peut se concilier, d'après les rites, avec l'obéissance passive du fonctionnaire à l'égard du souverain, et le père de l'empereur ne saurait plus exercer de charge publique dès le jour où son fils régnerait par luimême.

• Ce fut sur ces entrefaites que les Européens furent admis à contempler pour la première fois

DE HAXOÏ A PKKIN. 20

la face céleste du père de l'empereur. Le prince Choun, chargé, par un décret de l'impératrice, d'aller visiter le grand établissement militaire de Port-Arthur (Lu-chonn-kéou en chinois), passa par Tien-tain, où il eut plusieurs entrevues avec Li-lmng-chang, vice-roi du Pé-tchi-Ii. Ce dernier l'engagea vivement à recevoir les consuls étrangers de cette ville, qui désiraient lui présenter leurs hommages. Cette réception eut lieu et fut îles plus cordiales. A Tcké-fou, le princerencontra les amiraux français et anglais et leur donna audience; il alla rendre leur visite à bord de leurs bâtiments respectifs. Le corps diplomatique ne pouvait ainsi se laisser distancer par le corps consulaire. Son doyen, M. de Brandt, ministre d'Allemagne, fit des démarches pour que lui et ses collègues fussent reçus par le septième prince. Il paraît que Li-hung-chang appuya vivement cette demande ; c'était, en effet, pour lui nne occasion unique de se couvrir vis-à-vis de ses ennemis et du peuple chinois en général : le père de l'empereur recevant lui-même les étrangers, on ne pouvait plus raisonnablement reprocher au vice-roi de le faire. Après maints pourparlers et

maints échanges de notes réglant le cérémonial de cette visite, et déclarant que celle-ci ne pourrait jamais être invoquée comme un précédent, il fut décidé que le Tsong-li-yamen donnerait un dîner au corps diplomatique et que le septième prince assisterait, comme invité lui-même, à ce festin.

Ce repas eut lieu le 4 août 1886, à deux heures de l'après-midi. A une heure, la rue des Légations présentait un spectacle inaccoutumé. De tous les hôtels habités par les ministres étrangers sortaient des chaises vertes, à quatre porteurs, des charrettes officielles, des cavaliers d'escorte faisant faire place au milieu des badauds étonnés et des boutiquiers surpris. Les ministres se rendaient au Tamen, accompagnés de leurs secrétaires et de leurs secrétaires-interprètes, tous en grand uniforme, malgré la chaleur et tous surchargés de décorations : ainsi l'avaient demandé . les ministres du Tsong-li-yamen. Le boulevard de Ha-ta-meun, qu'on suit généralement pour aller au Yamen, avait son aspect accoutumé, grande animation devant les boutiques des deux côtés, quelque étonnement à la vue des cortèges

308 DE I1AM.H A l'liKIX.

qui défilaient, et surtout beaucoup de poussièri Une foule plus considémblestationnait a l'entrée de la rue du. Yamen ; chacun cherchait à plonger ses regards dans les chaises et dans les voitures. Pour ces bons Chinois, ignorants et naïfs, les frttrfiiirrs rlrmujers venaient ce jour-là offrir leurs hommages et leurs trihuts au père de l'empereur. On sait que, d'après la théorie chinoise antédiluvienne, il n'y a qu'un seul pays, l'Empire du Milieu. Les autres nations qui gravitent autour de celui-ci sont des nations tributaires, et leurs souverains sont les humbles vassaux de l'empereur de la Chine. Ces idées, jadis répandues dans les classes les plus élevées de la population chi" noise, n'ont plus guère cours que dans le bas peuple, mais dans l'intérieur, loin de la capitale et des ports ouverts, il n'est pas rare de les entendre encore émettre par des mandarins de rang élevé.

La cour du Tsong-li-yamen était remplie de chaises, de voitures, de chevaux ; une foule de domestiques, de ting-tchaï ou gens d'escorte, la parcouraient en tous sens. Les ministres étrangers furent d'abord reçus par quelques membres,

LA COUR 1MPÉKIALE. 309

dans le pavillon où ont lieu d'ordinaire les visites de courtoisie et les réunions d'affaires. Puis, quand ils furent tous arrivés, on les conduisit à la grandi- salle de l'Ouest, où ont lieu les réceptions du jour de l'an. Le septième prince, ayant à ses côtés le prince K'ing, président du Tsongli-yamen , se tenait devant la porte, mais dans la salle même. Autour de lui, les autres membres du Yumen, les secrétaires de ce ministère et quelques interprètes indigènes parlant plus ou moins bien l'anglais. Chaque ministre, entouré de son personnel, était présenté au prince Clioun par le président du Yamen.

Après quelques compliments banals, on prit place au festin ; une grande table, chargée a la chinoise de pyramides de gâteaux et do fruits, se trouvait à droite en entrant, à l'extrémité est de la salle. C'est laque s'assirent le septième prince, les ministres étrangers et les membres du Tsongli-yamen. Le prince occupait l'extrémité est de Bette table rectangulaire, ayant à sa droite les ministres étrangers, par rang d'ancienneté, à sa gauche , vis-à-vis de ceux-ci, les membres du Tsuiig-li-yamen. A l'autre extrémité de la Balle.

:iio

DE HANOI A l'KKIX.

; tables 1

s petites tables pour les secrétaires, les sécrétai res-iûter prêtes et les Tson/j-ftan mi secrétaires du Yamen.

Kn se mettant à table, ie prince Choun fit remarquer que le vin que l'on allait boire avait été envoyé pour la circonstance par l'impératrice, et il saisit l'occasion de proposer la santé des souverains et des États représentés par les ministres présents. Le doyen du corps diplomatique, assis à droite du prince, lut alors une adresse et porta la santé de l'impératrice et de l'empereur.

La conversation roula sur des sujets divers et de peu d'importance ; le prince se plut à disci rir sur le récent voyage qu'il venait de faire, premier qu'il eût jamais fait sur mer, et posa diverses questions aux ministres qui répondirent avec plus ou moins d'à-propos. Tout se passa fort bien, à la grande joie des ministres du Tsongli-yamen, surtout du prince K'ing qui, au début de la séance, avait paru singulièrement gêné.

On nous a raconté que le prince Clioun ayantremarque que M. de Brandt, ministre d'Allemagne, souffraitdela chaleur, lui offritson éventail,

set au-

une œuvre d'art pour les Chinois, qui avait été peint par Tchang-tché-ouann, membre du conseil privé et frère de Tchang-tcbé-t'ong, alors viceroi des deux Kouangs. M. de Brandt aurait répondu que s'il l'acceptait, il le garderait en souvenir de cette entrevue : « Très bien, aurait répliqué le prince, Votre Excellence a l'habitude de se faire accorder ce qu'elle demande. Qu'il en soit ainsi. »

Vers les quatre heures, le prince donna le signal du départ en prenant, le premier, congé de l'assistance. Il fut accompagné jusqu'à sa chaise par le prince K'ing et plusieurs membres du Yamen. Au retour de ceux-ci, les ministres étrangers se retirèrent également.

Quelques mois plus tard eut lieu, dans l'enceinte même du palais impérial, une imposante cérémonie : le couronnement, si l'on peut dire ainsi, du jeune empereur Kouang-siu. En voici le récit tel que nous le fit à Pékin, à M. Huart et à moi, un mandarin de rang élevé avec qui nous avions de cordiales relations. Il en avait été le témoin oculaire et avait assisté à tous les rites accomplis ce jour-là. Notre savant ami a

bien voulu reconstituer pour nous M récit dont voici l'intéressante traduction.

Dès le matin du quinzième jour du premier mois {7 février 1887), l'ordonnateur impérial disposa la voiture de l'impératrice à la porte de son palais, dit Tsen-ning-kong (palais de la bienveillance et de la tranquillité), qui est le palais de réception des régents, et rangea, sons la vérandali de cet édifice, un corps de musiciens armés de petits instruments ; une autre troupe d'artistes, ceux-là porteurs de gros instruments, faisait vis-à-vis devant la porte Tchang-kingmeun, qui est située en face du Tsen-ning-kong. Au bas de l'escalier du T'ac-ho-tien (salle de l'auguste harmonie), salle du trône, on plaça la voiture de l'empereur, et tout alentour, le cortège impérial. A la porte on déposa une chaise spéciale, ornée de dragons majestueux, destinée à transporter le Fils du Ciel de palais en palais, car la majesté du monarque lui interdit de fouler le sol de ses pieds de jade. Seize eunuques doivent le porter, huit devant, huit derrière. Le long du chemin que doit parcourir l'empereur on range cinq anciennes voitures de gala, employées jadis

aux sacres des empereurs chinois, des éléphants apprivoisés, dons des rois d'Annam et de Birmanie, derniers vestiges d'un tribut quinquennal, seize chevaux, richement caparaçonnés (huit à droite, huit à gauche). Sous les vérandahs est et ouest de la salle du trône, s'entasse le corps des musiciens impériaux. De chaque côté de la porte Vou-meun (porte du Midi), vis-à-vis du palais, se place un grand mandarin à bottes jaunes; ces deux dignitaires jouissent de l'insigne privilège de jouer de la flûte devant l'empereur quand celui-ci se met en mouvement.

Au seuil même de la porte orientale du Tsenning-kong, une table recouverte de soie jaune est dressée ; les lettres de félicitations envoyées par les mandarins les plus élevés des provinces y sont déposées.

Arrive la lettre de félicitations de l'empereur à l'impératrice. Cette lettre est enfermée dans une boîte portée par les secrétaires du conseil privé. Au moment où le cortège approche du Tsen-ningkong, cette boîte est remise à un membre du conseil privé qui, conduit par deux membres du ministère des rites, va la placer sur une table

314 DE IIAXOÏ A rÉRis.

jauni:, dressée sur l'escalier oriental du palais. Ceci fait, tous se retirent. Des eunuques élèves* alors cette table, et, précédés de deux officiers du palais, la placent dans le palais même, devant le trône de l'impératrice et du coté oriental.

En même temps, des mandarins du ministère dos rites déposent dans un t'ing ou kiosque portatif, les placets, contenant les félicitations des princes, maréchaux, etc.

Le maître des cérémonies dépose avec respect le tchao-tekou ou proclamation de l'empereur, annonçant aux populations de ses Etats sa prise de possession du pouvoir, sur une table également recouverte de soie jaune, disposée dans la partie orientale de la salle du trône. A côté, styles degrés qui mènent au palais, ou place un parasol de soie jaune, à trois volants ornés de dragons brodés en fils d'or et un grand plat orné de dragons, puis deux petits kiosques portatifs dans l'un desquels on doit brûler des parfums. Audessus de la porte Tien-an-meun (porte de la tranquillité céleste), des fonctionnaires du ministère des travaux publics placent un phénix en bois doré.

Alors les mandarins de tous grades envahissent le palais et, guidés par le maître des cérémonies, se placent, selon leur rang et leur ancienneté (princes du sang, princes et nobles mongols, ministres d'État, etc.), sur le chemin que doit parcourir F empereur et forment la haie.

Le chef de la maison militaire fait placer un -coussin juste au seuil de la porte du Tsen-ningkoog. C'est là que l'empereur doit s'agenouiller pour saluer l'impératrice régente.

Enfin les membres de l'Observatoire impérial annoncent que l'heure propice pour le commencement de la cérémonie vient de sonner. Aussitôt les ministres des rites se rendent auprès du jeune empereur pour l'informer que le moment est venu d'accomplir les rites antiques et solennels exigés. Revêtu de son plus beau costume, tout de jaune habillé, l'empereur sort du palais qui lui sert de résidence, le Yan-sin-kong (palais où l'on élève le cœur et l'espoir), et monte dans sa voiture qui se met en marche, précédée par les ministres des rites. Arrivé devant le Tsen-ning-kong, le cortège s'arrête, l'empereur met pied à terre et s'avance, suivi des princes du

l'ÉKIK.

sang et des plus hauts mandarins chinois, vers les degrés qui donnent accès au palais. Le cortège s'arrête au pied des marches: les ministres des rîtes t'ont gravir au jeune souverain l'escalier de gauche et lui indiquent la place qu'il doit occuper à gauche de la porte du palais. L'empereur y reste debout.

Pendant ce temps, d'autres hauts fonctionnaires ont été prévenir l'impératrice régente qui sort de son palais, brillamment attifée, aux sons de l'air national tartare, exécuté à la l'ois par les troupes de musiciens à gros et à petits instruments. « Khouloun-Klia », agenouillez- vous! cria eu mandchou, d'une voix retentissante, le maître des cérémonies. L'empereur s'agenouille, toute l'assistance imite son exemple. Sur un nouvel ordre du maître des cérémonies, l'empereur exécute le ko-téou, salutation qui consiste en neu: prosternations front contre terre et trois géi flexions.

Ceci fait, le maître des cérémonies place luimême dans divers endroits des maîtres ou sousmaîtres qui doivent répéter ses paroles et les transmettre, mot pour mot, à la foule des inanda-

1 neuf génu-

rins qui remplit les cours du palais, afin que tout se passe avec un ensemble parfait et conformément aux rites. Il y a tellement de monde qu'on ne peut entendre l'ordonnateur ni même le voir.

Les hauts fonctionnaires du ministère des rites préviennent l'empereur de rester debout, et le même ordre est scrupuleusement transmis à tous les mandarins épars dans les cours. La musique qui jouait des airs variés, cesse aussitôt. L'impératrice retourne à son palais, saluée de nouveaux accords. Les ministres des rites annoncent alors à l'empereur que cette partie de la cérémonie est terminée et le reconduisent à son palais, tandis que d'autres mandarins vont présenter à l'impératrice le placet de félicitations.

Puis, un grand mouvement a lieu dans les cours. Tous les dignitaires se dirigent vers le Taï-ho-tien, la salle du trône où va avoir lieu la cérémonie du couronnement. Chacun se place devant l'édifice, selon son rang et son ancienneté. Dès que les membres de l'Observatoire annoncent que le moment propice, choisi à la suite de leurs longues études sur le cours des astres, est arrivé, l'empereur, averti par les ministres des rites,

j et se dirî

monte derechef en Toiture

Taï-lio-tïen . Grand bruit de tambours et de grosses caisses. L'empereur est conduit derrière le palais et y pénètre par une petite porte. Il b' assoit le trône qui s'élève au centre de la grande s: Les portos du devant s'ouvrent toutes à la fois, et la foule des mandarins, massée dans la cour. apercevant le souverain sur le trône des ancêtres, fait le ko-tcou avec un ensemble parfait. Tous se relèvent.

De hauts dignitaires se dirigent à pas comptés vers la table où repose le tchao-tchou ou proclamation impériale. Deux d'entre eux s'agenouillent, chacun tenant une des extrémités de la longue feuille pliée en paravent sur laquelle est écrit, en beaux caractères imitant le dragon dans son vol impétueux, le document tombé du pinceau impérial. Un troisième, également à genoux, se met à lire le tchao-tchou, à haute et intelligible voix. Il est ensuite remis sur la table, et le ko-téou recommence.

Le tchao-tchou est repris de nouveau et remis aux ministres des rites, qui le reçoivent à genoux sous la vérandah du palais. De nouveaux accords

se font entendre : l'empereur se lève, descend de son trône et retourne à son palais. Lui parti, la musique cesse de se faire entendre.

Porteurs du tchao-tchou, les ministres des rites descendent les degrés du milieu de l'escalier et le déposent respectueusement dans un plateau appelé plateau des nuages que portent d'autres mandarins, de grades moins élevés. D'autres officiers ouvrent le parasol de soie jaune et le tiennent au-dessus du précieux document pour le garantir des rayons du soleil. La procession se met en marche et se dirige vers la porte Youmeun. Le tchao-tchou est déposé dans un t'ing ou kiosque portatif, tandis que toute l'assistance exécute le ko-téou, puis des officiers de la maison impériale soulèvent le kiosque et le mettent sur leurs épaules; d'autres, porteurs d'un autre t'ing où brûlent des parfums, se mettent devant les précédents. Nouvelle procession à laquelle se joignent tous les corps de musique, petits ou gros instruments, sous la direction du chef de la musique impériale.

La procession fait halte devant la porte Tienan-meun. Le tchao-tchou est déposé sur la table

DE HANOI A l'KKIN.

jaune, dressée au sommet de cette pi les mandarins se massent eu face. Les plus vieux habitants tartares ou chinois de la capitale, simples particuliers, et qui doivent cet honneur à la vieillesse, si respectée en Chine, s'avancent en troupe, lace tournée vers le Nord. Un des mandarins du cérémonial d'État crie alors; « Voici la proclamation ! » Toute la foule s'agenouille. Le document est lu de nouveau en chinois et en mandchou <r pour que nul n'en ignore », puis on le place dans une coupe de bois ayant la forme d'un nuage qu'on attache au bec du phénix doré et on laisse tomber la proclamation qui est reçue en bas par les membres inférieurs tribunal des rites tous à genoux.

Le thao-tchou est replacé dans le kiosque repris par ses porteurs, puis la procession te remet en marche au milieu de la musique qui fait entendre ses plus joyeux accords. On se rend processionnellement au li-pou ou ministère des rîtes, où la proclamation est déposée sur une table parfumée. Tous les membres du li-pou exécutent le ko-téou , puis d'habiles ouvriers se mettent à graver les planches pour imprimer le tchao-tchou

et le répandre dans tout l'Empire. La cérémonie fut ainsi terminée et tous les mandarins, remontant à cheval, en chaise ou en charrette, quittèrent le palais où venait d'apparaître à leurs yeux pleins de respect, pour un instant seulement, le successeur des illustrés Kang-hi et Kien-loung.

A lire la description de ce cérémonial, on croirait que l'Empereur jouit d'un pouvoir illimité. L'attitude du cabinet de Pékin dans les événements de 1891 dément malheureusement cette croyance. Le journal le Temps a donc pu faire les justes réflexions suivantes dans son numéro du 21 avril 1891, à propos de l'insuffisance de la répression des attaques contre les Européens :

« Dans l'attitude du Tsong-li-yamen et de la cour impériale elle-même, il y aurait tout à la fois faiblesse réelle et mauvaise volonté évidente. Les autorités de Pékin se rendent parfaitement compte du relâchement des ressorts de la discipline hiérarchique. Elles ne se font point d'illusion sur la suzeraineté prétendue qu'elles exercent sur des vice-rois placés à la tête d'immenses provinces, égales en étendue et en population à des empires européens, et devenus de

DB HASOÏ A PÉKIN. 21

véritables feudataires, ou plutôt des princes apanages à force de vieillir à la tête de leurs ressorts administratifs.

<r Elles comprennent que le solide, le réel du pouvoir est entre les mains, non pas du Fils du Ciel ou de son entourage immédiat, en dépit de l'encens officiel dont les fumées ne cessent de monter jusqu'à ces sommets, mais bien de ces vassaux qui ordonnent, qui jugent, qui perçoivent les impôts, qui commandent les troupes, qui incarnent aux yeux des peuples l'essence de la force gouvernementale. Il semble que l'on assiste, une fois de plus, en Chine à cette évolution qui, à plusieurs reprises, démembra l'empire au profit d'une féodalité héréditaire et créa, sur les frontières extérieures, des États plus qu'à moitié indépendants, uniquement soumis à l'obligation d'un hommage tout platonique.

« Comme, de plus, la dynastie céleste est d'origine mandchoue, c'est-à-dire étrangère, tandis que les hauts fonctionnaires en question sont chinois pur sang, on voit comment l'ambition de ces derniers pourrait, le cas échéant, exploiter à son profit un esprit de nationalisme aisé à surex-

citer. Les sociétés secrètes, qui ont de tout temps pullulé en Chine et qui se sont singulièrement multipliées et fortifiées depuis quelques années, pourraient servir plus ou moins consciemment les visées personnelles de tel ou tel haut mandarin.

« Voilà pour la faiblesse du gouvernement impérial, et Ton voit qu'elle n'a que trop de causes sérieuses. Pour la mauvaise volonté, elle résulterait en partie de cette faiblesse même : les ministres de l'Empereur ne se soucieraient papde se créer des diffi cultes graves, peut-être insolubles, en provoquant le mécontentement populaire par des concessions, même justifiées, aux puissances civilisées. Elle serait, en partie également, une simple tradition diplomatique. »

Cette diplomatie est un jeu bien dangereux pour le cabinet de Pékin, car il peut amener les puissances européennes à se concerter et à agir simultanément sur tel ou tel point, à favoriser indirectement l'action des sociétés secrètes et à provoquer le démembrement d'un empire de 4,024,000 kilomètres carrés.

Les légations. — Le jubilé de la reine d'Angleterre. — Le marquis de Tseng. — M. de Brandt, ministre d'Allemagne, doyen du corps diplomatique. — Les légations française, russe, américaine, etc.

Toutes les légations sont situées dans la même nie de la ville tartare, et on les distingue par leurs mâts de pavillon et par les emblèmes placés au fronton de leur porte principale. Cette rue des Légations est aussi mal tenue que les autres, et Ton s'étonne que, pour ne pas offusquer le gouvernement chinois, les ministres ne se soient pas entendus pour y faire un trottoir 1 . Comme

1. A l'occasion du transport dans une pagode d'un document intéressant l'histoire de la dynastie, qui devait se faire en traversant la rue des Légations, on a dû réparer cette voie dans le second semestre de 1888.

les rues de Pékin, elle n'est pas éclairée, bien qu'il y ait, de distance en distance, des bornes qui semblent destinées à recevoir un lumignon toujours absent. Aussi, le soir, circule-t-on avec un domestique chinois qui vous précède avec une immense lanterne, soit que vous soyez à pied, soit que> pour éviter la poussière ou une boue gluante, vous soyez en chaise ou en charrette. Il faut vraiment que Pékin soit doué d'un climat extraordinairement sain pour que les épidémies n'y sévissent point davantage, avec la malpropreté constante qui y règne.

Les légations sont d'anciens yamens, entourés de murs en briques, dans l'enceinte desquels sont de grands et de petits pavillons, qui servent d'habitations au ministre et à son personnel. Ce sont autant de petites cités de nationalité différente. Les plus spacieuses sont celle de France, avec un grand jardin, et celle d'Angleterre.

Le ministre de France nous accompagna chez tous les ministres. Partout nous reçûmes l'accueil le plus flatteur du corps diplomatique. Nous pûmes constater que tous les diplomates savaient ce qu'était l'infanterie de marine dont nous por-

tions l'uniforme avec fierté. Ce n'était point la saison des dîners, très brillante l'hiver ; nonobstant nous fûmes gracieusement invité plusieurs fois chez sir Robert Hart, à la légation des États- Unis, à celle de Russie, à celle d'Allemagne, et au jubilé de la reine d'Angleterre, le 21 juin, à la légation de la Grande-Bretagne. Nous assistâmes naturellement à tous les dîners officiels donnés à la légation de France, à la table de laquelle nous nous asseyions deux fois par semaine, le jeudi et le dimanche. Nous fûmes également reçu à dîner par les familles Souhart et Huart, par d#ux Français, professeurs au collège de Pékin, MM. Billequin et Vapereau, et par le très aimable Russe, M. Pender, professeur au même collège; enfin nous allions lunch er une fois par semaine chez M. Ferguson, ministre des Pays-Bas, qui, suivant sa pittoresque expression, continuait la coutume de sa femme, alors en Hollande, et invitait, k son ancien jour, la colonie européenne à venir déguster une tasse d'excellent chocolat ou un petit verre de délicieux curaçao. Mais les soirées les plus agréables étaient certainement celles de sir Robert Hart. Il y a dans

Iîi douane de charmantes femmes de toutes 1 nations. A tour de rôle, chacune d'elles faisait les honneurs chez sir Robert, lady H art étant eu Angleterre. Après le dîner, malgré la chaleur, on sautait jusqu'à minuit. Comme un vrai grand seigneur, sir Robert envoyait chercher en chaise à porteurs les dames qui n'en avaient pas à leur disposition. En le voyant si galant et si simple, on ne se serait pas douté, si on ne l'eût connue, de la puissance concentrée entre les mains de cet homme remarquable. C'est chez lui que j'ai éprouvé mon plus grand étonnement, celui de voir du gaz, fabriqué avec du charbon venant de la Mongolie, et distribué dans les divers logements de ses agents. C'est vraiment incroyable, le gaz à Pékin ! et il faut être le ministre des nuances de la Chine pour se donner un pareil luxe.

J'ai vu au jubilé de la reine le tout Pékin européen, qui compte une centaine de personnes. Voici quelques notes sur cette fête qui fut très brillante. Sir John Walsbam porta un toast à la reine, et après lui, MM. Denby, ministre des États-Unis, etvouBraudt, ministred'Allemagne,

prononcèrent quelques paroles de circonstance. Tout le corps diplomatique défila dans les salons de la légation anglaise. Le marquis de Tseng et plusieurs membres du Yamen assistaient à la fête. Le marquis de Tseng était spécialement chargé à Pékin d'assister aux cérémonies extérieures et d'entretenir les rapports courants avec les étrangers, les autres membres du Tsong-liyamen se contentant de recevoir, en service seulement, au ministère des affaires étrangères, le personnel des légations. C'est ainsi jjue le marquis a représenté son gouvernement à l'inauguration du Si-ché-kou ou nouvelle cathédrale catholique, au jubilé de la reine, etc. La marquise avait son jour le vendredi. On recevait un accueil courtois dans son intérieur très modeste, où l'on parlait anglais.

Le marquis de Tseng est mort depuis cette époque. Il était très connu en Europe et on lui avait attribué une puissance égale à celle de Lihung-chang. C'était une grave erreur. Il avait certainement de la valeur et ses avis étaient écoutés, mais Li-hung-chang n'a jamais eu qu'un rival en influence, Tso-tsung-tang. Encore faut-

il être prudent dans cette appréciation, car il y a, en Chine, des fils invisibles pour nous.

Les grands mandarins sont à coup sûr des patriotes dévoués à la dynastie, et si l'un d'eux recevait du Bogdo-khan le cordon de soie, signe de la disgrâce du Fils du Ciel, il n'hésiterait pas à se pendre à la poutre de sa maison.

Des missionnaires ayant trente ans de Chine et qui ont vu un fait de ce genre se produire f n'ont aucun doute à ce sujet : en Chine, la disgrâce d'un Bismarck se manifeste ainsi. En Europe, on le tue moralement. Cela vaut-il mieux?

Le doyen du corps diplomatique est M. von Brandt, ancien officier, ministre d'Allemagne 2 . M. de Brandt est un élégant et galant cavalier. Il parle français et anglais avec une rare correction, et tourne très agréablement les speechs. Aussi l'heure des toasts ne sonne-t-elle jamais sans qu'il

1. En 1858, Ki-ing, ancien ministre de Tao-kouang, bien que fort âgé, fut condamné à se donner la mort pour avoir échoué dans ses négociations avec lord Elgin.

2. M. de Brandt arriva en Chine avec la mission du comte Eulenburg (1861-1862), venue pour conclure le premier traité de la Prusse avec la Chine. Ce fut la légation de France à Pékin qui servit d'intermédiaire au diplomate allemand.

soit au premier rang des orateurs. Il avait auprès de lui le baron Ketteler, ancien officier de la garde, débordant de santé et d'humour. La légation d'Allemagne a bon air, la table y est recherchée, les hôtes fort aimables et, vis-à-vis des Français, ils font preuve d'une parfaite courtoisie. A cette légation appartient M. Arendt, qui passe pour l'interprète le plus distingué de Pékin 6t vient d'être nommé professeur à Berlin. Ce qu'on peut reprocher à la légation d'Allemagne, c'est l'absence de l'élément féminin.

Tel n'était pas le cas, à ce moment, de la légation de France, dont cette réflexion m'amène à parler et qui, ce soir-là, était au grand complet à la légation d'Angleterre.

M. Constans est trop connu en France pour que nous esquissions sa silhouette. A côté de lui, MM. Souhart, premier secrétaire d'ambassade, le commandant Boiïinais, Imbault-Huart, viceconsul d'Hankéou, qui assistait le ministre dans ses négociations ; Frandin *, vice-consul à Fou- Tchéou, qui était avec le commandant Fournier

l- M. Frandin préside actuellement la commission d'abornement des frontières sino-annumites.

à Tien-tsin lors de la signature du traité de ce nom, le capitaine d'Amade, attaché militaire 1 ; Guérin, élève-interprète, et Strauss. M me Constans, en robe de dentelles blanches, était accompagnée deM me Souhart, femme du premier secrétaire, Grecque brune fort jolie, de M me Huart, femme du sinologue distingué, et enfin de M me Vapereau, dont le mari, fils de l'auteur du dictionnaire, enseigne depuis vingt-cinq ans le français aux Chinois. Il manquait ce soir-là M me Billequin, dont le mari, chimiste et professeur distingué du collège de Pékin, avait dû venir seul, et M me Mirabel, femme du médecin de la marine attaché à la légation de la République, et si fort apprécié depuis dix ans qu'il prodigue ses soins intelligents et les secours de sa science à Pékin. M. et M me Mirabel étaient en voyage de noces aux collines.

La légation de Russie avait pour ministre

1. Le capitaine d'Amade, oflicier fort distingué et très aimé à Pékin, vient d'ôtre remplacé dans le courant de 1891. Cet olïicier connaissait parfaitement le Tonkin et il est nécessaire que l'attaché militaire ait toujours séjourné plusieurs années dans notre établissement indo-chinois. *

M. Coumany, chambellan du czar 1 . Son uniforme superbe étincelait de décorations, parmi lesquelles la croix de commandeur de la Légion d'honneur. Nous avons à peine besoin de dire les sympathies dont ce remarquable diplomate jouissait près des Français. Sa femme est une intrépide amazone, son salon était fort recherché. A côté d'elle, la princesse Lobanow de Rostow, née Rizo-Rangabé, femme du prince Lobanow, secrétaire de la légation. Grecque de haute naissance, la princesse est aussi une artiste distinguée. Venaient enfin MM. Ladygenski, premier secrétaire, Popoff, consul général, premier interprète, Paul de Kehrberg, attaché, et le sympathique docteur Vélitchkovsky, médecin de la légation. D'ailleurs, toute cette légation de Russie, dont quelques membres manquaient à la réunion, est remarquable par la distinction de ses membres et sa courtoisie.

Les États-Unis étaient représentés par le colo-

1. Actuellement la Russie a pour chargé d'affaires M. Kleimenow.

M. Cassini, le nouveau ministre de Russie en Chine, est arrivé en octobre 1891 à Pékin, en même temps que le ministre de France, M. Lemaire, qui rentrait de congé.

nel Denby, soldat de la guerre de Sécession; M. Denby est un avocat des plus distingués. Il était, avec le ministre de France, le seul des diplomates en habit noir. Sa famille est nombreuse, sa fille charmante. C'est avec regret qu'on constatait l'absence du premier secrétaire de la légation, M. Eockill, ancien officier, au titre étranger, dans l'armée française, mon ancien de Saint-Cyr, et dont la gracieuse femme était renommée à Pékin par sa beauté et son amabilité ; tous les deux étaient retenus auprès d'un baby d'un mois.

Que dire du ministre du Japon, S. Exe. Shioda-Saburo 1 , du colonel, premier secrétaire, Kajiyama, du capitaine Koizumi, qui a combattu avec nos troupes à Sontay, à Bac-Ninh et au Kep? Les Japonais ont cessé de nous étonner et il faut bien prendre son parti, ce dont nous sommes fort heureux, de voir en eux les Européens de l'Extrême-Orient. Ajoutons que le ministre, homme distingué, a l'esprit très ouvert et s exprime admirablement en français.

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