OBSERVATION XVI
Ollier. Traité des resections.
Jean Mélut, 15 ans, entre le 9 janvier 188$ à la clinique pour une suppuration de la région du talon gauche. Il n’accuse aucun antécédent pathologique personnel ou héréditaire bien net. En avril 1884, il se donna un coup violent sur la face externe du talon, contre le soc d’une charrue; cet accident n’eut pas de suites immédiates bien graves. Ce n’est qu’en janvier 1885, qu'apparurent des douleurs lancinantes, que le membre devint faible et la marche difficile; enfin, le 24 janvier, un premier abcès se montra sous la malléole externe. Il fut suivi de plusieurs autres. Aujourd’hui on constate : tuméfaction notable de tout le talon qui est douloureux; impotence absolue du membre; trois fistules sur la face externe et postérieure du talon. L’état général est bon. Apyrexie. Rien d’anormal aux poumons. Urines normales.
16 mars 1885. — M. Ollier pratique par l’incision externe Vablation sous périostée du calcanéum presque totale; on ne laisse que la portion de l’épiphyse où s’insère le tendon d'Achille et qui est encore évidée en forme de coque. L’astragale paraît sain; le cartilage cuboïdien est érodé ; l’articulation astragalo-scaphoïdienne étant ouverte, on la draine par un faisceau de crins qui va ressortir par une contre-ouverture faite sur le bord interne du pied, en dedans du tendon du jambier antérieur. Large drainage de la plaie. Pansement à l’iodoforme et à la gaze phéniquée. Attelle plâtrée.
Pièce enlevée. — Le périoste était peu adhérent; la décortication a été très facile. Pendant l’opération il a été possible de suivre de l’œil tous les détails anatomo-patholosiques à mesure que chaque coup de détache-tendon mettait à découvert, ici, un petit foyer purulent répondant à une parcelle de la coque compacte nécrosée, de couleur verte très franche; là, un foyer de fongosités; aïleurs, un petit ilot enflammé, mais non encore nécrosé et adhérent au périoste. L'os est partout très friable : les cartilages sont peu altérés.
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La coupe de l’os montre une surface gris rosé et grisâtre en certains points, ressemblant presque à certains ostéosarcomes; il y a une médullisation générale avancée. En somme panostéite avec foyers périphériques de nécrose disséminée.
Dès le 18 mars, la température s’élève à 39°,9 et lorsque le 19 on fait un premier pansement, on trouve une tumeéfaction générale de tout l’arrière-pied sans foyer purulent limité.
Le 27 mars, on constate et on ouvre un abcès sous la malléole interne ; issue d’un liquide séro-purulent dans la plaie talonnière, pus rare, fétide. Avec le stylet, on à pu constater l'invasion de Particulation tibio-tarsienne.
Le 28 mars, M. Ollier enlève l’astragale par les incisions ordinaires ; l'absence du calcanéum facilite grandement l’opération. L’astragale est gros, sans foyer limité. Les cartilages supérieurs sont superficiellement altérés.
Les suites sont dès ce moment très simples : la douleur cesse et la fièvre tombe définitivement.
15 août 188$. — Le malade quitte le service : l’état géneral est excellent. Localement, on constate la disparition de toute douleur; le malade commence à marcher; il n’appuie guère le pied que par le bord externe ; la voûte plantaire existe encore, mais diminuée. La cicatrisation est complète, sauf un trajet fistuleux que traversent encore quelques crins. On sent très nettement dans la région astragalo -calcanéenne, une masse osseuse lisse, débordée par les deux malléoles, mobile sur la jambe. Les mouvements d’extension et de flexion du pied ont environ une étendue de 30°. L’adduction et l’abduction actives se passent dans l'articulation médio-tarsienne. Les deux pieds mesurent :
Côté sain : 246 millimètres.
Cotéopéré: 212 »
En décembre 188$, tout est cicatrisé. Peu de modifications dans la forme ou les mouvements. On fait porter une bottine à tuteurs latéraux pour empêcher la déviation. Avec cet appareil le malade marche tout le jour et peut se tenir, sans appui
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de la main, debout sur le pied opéré pendant huit à dix secondes. L'extension et la flexion sont un peu plus étendues qu’au dernier examen. Il n’existe pas de mouvements appréciables de latéralité dans l'articulation tibio-tarsienne qui est très solide.
Le 16 juin 1887, nous recevons du malade les nouvelles suivantes : le pied. est entièrement guéri; il n’est survenu aucun nouvel abcès ; plus de douleur. Le malade boite légèrement, mais fait facilement 10 kilomètres dans une après-midi.
Le 6 février 1888, nous constatons l’état suivant : Le malade est venu à pied, en trois jours, à Lyon de Saint-Etienne, en passant par Rive-de-Giers et Vienne, soit 72 kilomètres. Avant ces dernières courses, il faisait facilement tous les jours de 10 à 12 kilomètres, sans fatigue très marquée.
Il peut à peine se tenir debout sur la plante du pied opéré seul; mais il se tient facilement sur la pointe des deux pieds. Les mouvements tibio-tarsieñs dans le sens antéro-postérieur ont une étendue de 30 degrés (Extension 120°. — Flexion, 90°).
Il existe une belle saillie talonnière, de consistance osseuse indiscutable, de volume presque normal, mobile avec l’ensemble du pied, un peu élargie relativement à celle du côté sain. Il existe aussi une voûte plantaire assez marquée en dedans, qui paraît avoir augmenté ces derniers temps. C’est sur le bord externe du pied surtout que se prend le point d’appui: bourse séreuse au niveau de l'articulation métatarsophalangienne du gros orteil. Pas d’équinisme.
Il ya une boiterie légère qu’expliquent les chiffres suivants : côté sain : 390 millimètres
DAOPÉTÉ: 1360 »
Longueur des tibias ..
côté sain : 388 millimètres
Longueur des péronés jme » opéré: 365 »
Le r3 février 1889, nous recevons les nouvelles suivantes : l’état général est toujours très bon. Localement, peu de modifications : L’opéré est tous les jours sur ses jambes; il fait faci-
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lement 15 kilomètres en trois heures. Il court comme un autre, monte les escaliers normalement: il a toujours de la difficulté à se tenir sur la pointe du pied opéré, sans s’appuyer. Plante toujours tournée légèrement en dedans. Il se sert d’un soulier ordinaire. Flexion du gros orteil.
Le 6 février 1890, le malade écrit : « Je marche le pied droit ; j use mes souliers aussi bien de la pointe que du talon; je ne boite presque pas; je ne me sers jamais de canne. Je ne fais pas beaucoup de longues marches; mais j’en ai fait une, il y a deux mois, de 30 kilomètres, dans la neige. Mon pied opéré est aussi droit que l’autre ; il ne se porte ni en dedans ni en dehors, depuis que j’ai changé de cordonnier. Je puis courir bien 2 kilomètres et je suis moins fatigué de courir à la montée qu’à la descente. Je me porte sur toute la plante du pied. La semaine, je porte habituellement des sabots. Je ne puis pas me tenir sur la pointe du pied opéré, l’autre pied en l’air. Mais sur la pointe des deux pieds, je me tiens longtemps sans m'’appuyer sur rien; je danse aussi
bien que qui que ce soit. Je n’ai jamais toussé depuis mon opération. »
OBsERVATION XVII J.-L. Reverdin. (Thèse de Patru, Genève, 1892.)
Mme Eugénie F..., 21 ans, campagnarde. Cette jeune femme, sans antécédents héréditaires, a présenté, en 1881, deux abcès ganglionnaires dont l’un à la région parotidienne est cicatrisé, l’autre, derrière le sterno-mastoïdien est resté fistuleux.
L’affection actuelle a commencé, il y a quatre mois, sans traumatisme, par une douleur vive sous le talon gauche, douleur qui s’accompagna de gonflemenr sous la malléole externe, puis de la formation de deux fistules.
La malade entre à la clinique privée du professeur Reverdin le 18 mai 1885.
À ce moment on constate que le pied gauche, en position
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normale, présente une tuméfaction fluctuante englobant largement la malléole externe. La peau qui la recouvre est tendue, rouge, chaude. A la partie antérieure de la tuméfaction, s'ouvrent près l’une de l’autre deux fistules dont l'exploration conduit sur le tissu osseux, au niveau du sinus du tarse. La pression révèle une douleur vive sur le calcanéum et le sinus du tarse, modérée sur le scaphoïde. Les mouvements de pronation et de supination sont seuls douloureux.
20 mai.— Opéralicen. — Extirpation de l’astragale par la méthode du professeur Reverdin. Cet os est carié au niveau de sa gouttière. On voit alors que le calcanéum est érodé, dépouillé de cartilage à sa partie supérieure. De l'extrémité postérieure de l’incision on en conduit une autre dirigée verticalement et longue de 2 centimètres et demi, qui permet de pratiquer l’extirpation sous-périostée du calcanéum. Les surfaces articulaires voisines sont saines.
Les fongosités et tous les tissus suspects sont excisés laroement; on résèque une portion manifestement infiltrée des tendons péroniers, et l’on cautérise au Paquelin toute la surface cruentée. La plaie verticale et la partie postérieure de Pincision horizontale sont suturées. Tamponnement à la gaze iodoformée. Attelle dorsale plâtrée.
3 juin. — Un abcès froid s’est collectionne au-dessous et'en avant de la malléole interne. On lincise. Issue de beaucoup de pus. Drainage.
Octobre. — La reproduction du calcanéum est notable. Les mouvements de flexion et d'extension peuvent se faire; la malade engraisse.
Mars 1886. — L’opérée peut se mettre une bottine et marcher en s’aidant de deux cannes. Plus de fistule. La région calcanéenne n’a pas repris son volume primitif.
1890. — Mme F... revient avec un gonflement fluctuant du genou droit. Une ponction en retire une liqueur louche et l’on diagnostique une hydarthrose tuberculeuse. La malade refuse toute intervention chirurgicale. Quant au pied gauche, l est en fort bon état et a permis la marche sans canne et
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sans chaussure spéciale à la grande satisfaction de l’opérée.
4 juin 1891. — Nous revoyons Mme F..., chez ‘elle : elle est au lit, amaisrie, cachectique, souffrante. L’hydarthrose a abouti à une énorme tumeur blanche qui semble prête à s’abcèder par endroits. La malade raconte que, avant cette nouvelle affection, elle pouvait marcher sans appui, vaquer aux soius du ménage sans fatigue, ni souftrance. Le pied est ankylosé à angle droit sur la jambe; ila conservé une excellente forme, n’est pas en varus, repose bien à plat. Il est plus court que l’autre par le fait que le calcanéum, au lieu de se reproduire en totalité, n’est représenté que par une masse fibreuse, peu volumineuse, mais suffisante pour donner un solide point d'attache au rendon d'Achille.
Il ne s’est pas formé de fistules depuis 1886. Les cicatrices sont bien protégées et indolores.
Les poumons paraissent épargnés.
En mars 1892, M. F... nous écrit qu’il n’y a pas de changement sensible dans l’état de sa femme.
OgBsErvaTION XVII Ollier. (Thèse d’Audry, Lvon, 1800.)
Joséphine Vielf, 26 ans, ostéite du calcanéum, envahissement de l’astragale et de la tibio-tarsienne. En octobre 1886, ablation de l’astragale et du calcanéum. Résultats immédiats bons. En novembre 1889, la malade marche depuis octobre 1888. En 1894, elle fait des marches de 8 à 10 kilomètres sans bâton. Un peu d’équinisme. Le pied est un peu mobile, un peu raccourci. L'état général est intact.
OBsERvATION XIX Ollier. (Thèse de Dupond, Lyon 1895.) Rose A. 17 ans, entrée le 1° juin 1887. Pas d’antécedents
héréditaires. Fluxion de poitrine, il y a cinq ans, dont elle est bien guérie.
Il y a trois ans, elle reçut un coup de pied à la cheville gauche, on la montra à un curé rebouteur puis à un médecin. Une fistule s’ouvrit au-dessous de la malléole externe, puis une autre au-dessous de la malléole interne. Les mouvements du pied n’ont jamais cessé et la malade a toujours pu marcher, sauf la dernièresemaine. Actuellement : gonflement au niveau du cou-de-pied. Empâtement. Sensation de fluctuation profonde. Mouvements du pied sur la jambe diminués et douloureux. Marche impossible ; impossibilité de s’appuyer sur le pied malade. Légère atrophie du membre. Rien au poumon. Les fistules mènent sur le calcanéum dénudé.
24 juin. — Opération. Incision en T sur la face externe du calcanéum. Celui-ci est dénudé et infiltré de pus. On l’enlève ainsi que l’astragale. Rien dans la tibio-tarsienne. Pansement plâtre.
A la suiterien de particulier ; le pied s’ankylose sur la jambe; mais les mouvements de l’avant-pied et des orteils se font bien. Le pied est en bonne position, un peu plat.
Une lettre de 1890, dit que lenfant ne souffre plus, va 12 kilomètres sans fatigue, se porte bien.