III. Suites de couches et soins consécutifs
L'accouchement prématuré provoqué surprend la mère et l'enfant, à un moment où ïls n’ont pas complètement atteint les aptitudes physiologiques qui auraient amené la première à accoucher spontanément, le second à offrir tous les attributs d’un être mûr pour l'existence. Une provocation, prudente et rationnelle de l'accouchement artificiel permet à la femme de ne pas se ressentir de la mise en jeu précoce des fonctions post-puerpérales ; vis-à-vis du fœtus, le rôle de l’accoucheur sera plus important encore à bien remplir. Le résultat final de l’accouchement prématuré provoqué, pouvons-nons dire avec M. L. Dumas, ne diffère pas de celui de l'accouchement normal , pourvu LUS les soins consécutifs ne soient pas négligés.
Le pronostic de l'accouchement prématuré provoqué est relativement bénin : sur 225 faits réunis dans la thèse de Lacour, 152 fois l'enfant a vécu ; 73 Etaient morts au mo-
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ment de Ja naissance. Sur 176 mères dont la mort a été notée, 11 sont mortes des suites de l'opération (il est à remarquer que ces femmes venaient généralement, à l'hôpital dans de mauvaises conditions physiologiques et avec un bagage restreint de forces radicales); elles ont succombé à la péritonite , la rupture utérine, la phlébite, etc. 11 est certain qu'aujourd'hui, avec les ressources antiseptiques et l’aménité relative des procédés chirurgicaux actuels, la statistique des cas malheureux serait bien moins chargée.
M. Wasseige donne, dans sa thèse, les proportions de décès suivantes : une mort sur trente-neuf cas pour les mères, un tiers de morts pour les enfants.
I. SUITES DE COUCHES.—La délivrance esthabituellement plus lente après l'accouchement provoqué qu'après l’accouchement spontané. Osiander insiste sur sa difficulté et déclare qu’elle s'accompagne fréquemment de pertes abondantes; presque tous les anciens auteurs insistent sur ce fait que la rétention du placenta se produit bien souvent une fois l’expulsion accomplie ; Ritgen dans sa statistique portant sur 33 faits, n’en a pourtant constaté aucun cas. Quoi qu'il en soit, c’est ici le lieu, plus que partout ailleurs, d'éviter les tractions, et de pratiquer la délivrance par expression, suivant la méthode de Crédé.
Merriman et Siebold signalent une /ièvre qui surviendrait chez l’accouchée, et débuterait même dans le cours du travail ; les autres auteurs n’ont pas confirmé cette donnée clinique.
La longueur du travail n’est pas sans produire de fâcheux effets sur le système nerveux; à l’accoucheur de le prévoir, et de les combattre lorsqu'ils se seront produits.
Quant aux autres complications de l'accouchement prématuré provoqué, ce sont les mêmes que celles qu’on voit survenir après la délivrance à terme. Capuron, Gardien, Velpeau,
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ont prétendu que la péritonite, les hémorrhagies, les convulsions, le squirrhe, l’ulcère, le cancer, sont plus fréquents dans le premier cas ; ils ont souvent confondu, comme nous l'avons dit, l'accouchement provoqué avec l’accouchement forcé.
Comparé aux autres opérations obstétricales, l’accouchement prématuré provoqué donne certainement Îles résultats les plus favorables ; il suffit pour s’en rendre compte de les comparer à ceux de la symphyséotomie par exemple, autrefois l’intervention de choix dans les cas de rétrécissement du bassin.
On s'est demandé si la mère accouchée artificiellement avant terme est apte à nourrir son enfant. La clinique à démontré que, dans presque tous les cas, la poussée du lait s’est produite normalement vers la fin du troisième jour. «L’expérience, dit Barnes (1), a prouvé que l’organisme est parfaitement capable de rémplir la tâche que nous allons lui imposer à la fin du septième mois. Comme Tyler Smith l’a si bien dit dans sa maguifique formule du cercle génésique, nous voyons, quant nous mettons un terme à la grossesse, les mamelles entrer en travail, faire du lait pour nourrir l’enfant, et l’utérus, déchargé de son fardeau, subir l’involution. Ces fonctions s’exécutent presque aussi bien après l'accouchement prématuré qu’à l’état normal. »
L’allaitement sera contre-indiqué, comme après l’accouchement spontané, dans tous les cas où il est susceptible d’accroître une lésion existante, ayant déjà subi du fait de la grossesse une certaine aggravation (cardiaques, phtisiques, etc.)
IL est à remarquer enfin, au point de vue de la mère, que la provocation de l’accouchement, surtout si elle est répétée à plusieurs reprises, crée chez elle une espèce d’habitude qui, dans les grossesses suivantes, peut se traduire par l’accouchement prématuré spontané. Ainsi Barlow rap-
(1) Barnes. Lecons sur les opérations obstétricales, trad. par Cordes,
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NON porte le fait d’une dame qui, délivrée quatre fois avant terme,
accoucha spontanément à la même époque dans une cinquième grossesse.
Il. SOINS A DONNER A L'ENFANT. — L'enfant venu avant terme , que son expulsion précoce ait eu lieu spontanément ou ait été provoquée, est faible ; il faut donc le mettre dans des conditions favorables pour parvenir, au milieu des conditons extérieures, au terme qu’il était destiné à attendre dans le sein de sa mère. Il sera d’autant plus faible et d'autant moins résisiant, qu’il verra le jour à une époque plus éloignée de celle que la nature lui avait assignée; d’où ce précepte de retarder le plus longtemps possible la provocation de l’accouchement. Il ne faudrait pas cependant tomber dans un excès opposé et attendre, pour intervenir, que le fœtus ne fût plus à même de traverser sans dommage la filière pelvienne. C’est pour être tombé dans cet excès regrettable qu’on trouve dans une statistique anglaise les chiffres suivants : sur 90 enfants, 48 sont venus au monde vivants, 42 étaient morts ; tandis que la statistique de Lacour donne 152 enfants vivants et 73 morts. Il existe entre ces deux dénombrements une relation du simple au double quant au ehiffre des survies, et cela tient à la différence des indications admises en France et en Angleterre. Il faut, si l'on peut ainsi s'exprimer, opérer le plus tard possible, mais à temps.
Immédiatement après l’expulsion du fœtus, il sera bon, plus que dans toute autre circonstance, de mettre en pratique le principe formulé par M. Budin (1), à savoir qu'il est indispensable de faire la ligature tardive du cordon
(1) Budin. Obstétrique et gynécologie ; Recherches cliniques et expérimentales.
O6 — et de laisser profiter l’enfant de tout apport sanguin, quelque minime qu'il soit.
Si l’enfant naît asphyxié ou en état de mort apparente, on mettra en usage les divers moyens indiqués par les classiques: flagellation, respiration artificielle, courants induits, etc.
M. Tarnier, dans les prescriptions qu’il formulait il y a quelques années, engageait à protéger minutieusement contre le froid et les agents extérieurs, par une série de moyens qu’il indiquait (coton, bouteilles d’eau chaude, etc.), les produits nés avant terme. L'enfant n'étant pas à même de prendre le sein, il conseillait en outre de le nourrir avec du lait de femme {douze à quinze prises par jour, de deux ou trois cuillerées à café chacune), et d’augmenter progressivement la quantité du lait ingéré, jusqu’à ce que l'enfant fût assez vigoureux pour se servir lui-même.
Aujourd’hui, grâce au génie de l’homme qui personnifie en France l’art de l’obstétrique, nous sommes en possession d'un moyen qui remplit à l'endroit du fœtus toutes les indications hygiéniques, et lui permet d’attendre dans un utérus factice le terme de sa viabilité : nous voulons parler de la couveuse artificielle de M. Tarnier.
Le 21 juillet 1885, M. Tarnier a fait, à l’Académie de médecine, une communication sur l'élevage des enfants nés avant terme ; il est persuadé que la combinaison de la couveuse artificielle et du gavage permettra d'élever des enfants nés même avant le septième mois. Tout récemment (mai 1887), M. Berthod, interne distingué de Paris, a Fe de ces moyens le sujet de sa thèse inaugurale.
Nous ne dirons rien du second de ces moyens, au sujet duquel notre conviction n’est pas fixée par l’expérience ; quant à la couveuse, nous ne pouvons résister au désir d’en faire sommairement la description. C’est une caisse en bois, montée sur une petite table, et recouverte à sa partie supérieure