CHIMIE BIOLOGIQUE
Chevreul a trouvé l’acide oléique à l’état libre, comme acide isolé et non combiné à des bases dans le sang et dans la bile.
M. Robin confirme ce fait en démontrant que c’est un principe immédiat. Il n’en existe dans le sang qu’une très petite quantité qui n’a pas été déterminée. L’oléate de soude est un autre principe, parce qu’il peut être retiré immédiatement du sang. L’acide oléique est dans le sang et la bile à l’état liquide dissous sans doute à l’aide des oléates et margarales de soude qui, le dissolvant, sont eux-mêmes solubles dans l’eau ; le sérum du sang ne pouvant dissoudre qu’upe très petite quantité de principes gras. C’est surtout dans le plasma que l’on trouve les matières grasses; dans le sang, elles sont sous forme de gouteleltes en suspension et s’y trouvent en abondance pendant la durée de la digestion ; elles proviennent principalement du chyle. Leur quantité s’élève daus le plasma de 1 à 3 pour 1,000, à 4 et à 7 pour
4,000 pendant la digestion. Elles augmentent encore quand les animaux sont nourris pendant longtemps avec des matières grasses, le sang prend un aspect laiteux qu’il doit aux globules maintenus en suspension.
Voici le procédé indiqué par M. Robin pour trouver l’acide oléique dans le sang :
On défibrine le sang puis on le coagule et on le filtre. A la liqueur qui s’écoule, on ajoute un peu de sulfate de chaux pulvérisé qui précipite les graisses, les restes de matière colorante et d’albumine qui avaient échappé à la coagulation. La liqueur est filtrée de nouveau. Le résidu resté sur le filtre est acide, on enlève à ce sulfate de chaux devenu acide les matières grasses qu’il renferme à l’aide de l’éther par déplacement dans l’appareil de Payen. Ces matières grasses sont des acides oléique et margarique chez l’homme; l’éther évaporé on traite le résidu par l’alcool bouillant qui dissout ce résidu et laisse déposer par le refroidissement l'acide margarique. L’alcool séparé du reste est évaporé et l’on obtient ainsi l’acide oléique. Boudet en a trouvé dans la substance du poumon et Landerer dans les crachats d’un phtisique. Laroque dans une concrétion arthritique. Taylor dans un calcul. Frémy dans la substance cérébrale comme s’y trouvant à l’état de liberté.
L’oléine se trouve très-répandue dans l’organisme; plus les matières grasses sont huileuses, plus elles en contiennent. On la trouve déjà dans l’ovule avant la fécondation, son existence dans l’économie se prolonge pendant toute la durée de l’organisme. M. Chatina trouvé jusqu’à 66,50 pour 100 d’oléine dans la matière grasse retirée d’un sang qui avait une teinte blanchâtre, lactescent au sortir de la veine.
On trouve aussi jusqu’à 8 pour 100 d’acide oléique dans cette matière qui se forme dans la décomposition putride et que les fossoyeurs ont définie, avant les savants, sous le nom de gras de cadavre.
PHARMACOLOGIE
Comme je l’ai déjà dit, j’ai dû, faute de temps, restreindre la partie pharmacologique qui devait être la partie originale de ce petit travail, tout en me proposant de l’étudier plus tard.
Les combinaisons des oxydes métalliques ou des alcaloïdes avec les acides gras ont déjà attiré l’attention de quelques chimistes et de quelques thérapeutistes. Les travaux de M. le docteur Jeannel, publiés en 1859, à Bordeaux, sur les oléo-stéarates de mercure, au point de vue physiologique et pharmacologique, ont démontré, d’une façon évi-* dente, l’emploi de ces médicaments; je ne puis que citer une de ses principales conclusions : * Si, pour l’administration des médicaments dont ils recherchent l’effet constitutionnel ou dynamique, les thérapeutistes doivent s’efforcer d’imiter les composés formés naturellement dans l’organisme, c’est la forme des sels gras qu’ils doivent préférer pour l’administration des agents métalliques. > En remerciant M. Jeannel de sa bienveillance d'e m’avoir envoyé son travail, je ferais observer que les oléates pourraient remplacer ces oléo-stéarates dont les différents sels gras qui les constituent, d’après les remarques de l’auteur, tendent à se séparer à la longue, en raison de leur fusibilité diverse; de là un défaut d’homogénéité dans la masse. M. Tripier, pharmacien en chef du Gros-Caillou, a proposé de préparer des savons à bases organiques par double décomposition du savon amygdalin et des chlorhydrates d’alcaloïdes, pour remplacer les pommades dans lesquelles on fait entrer des alcalis végétaux; les corps gras, dit-il, étant très peu favorables à en favoriser l’absorption, si ces bases ne sont préalablement combinées avec les acides gras. Pour les employer en pommades ou liniments, on les dissoudra dans de l’axonge ou de l'huile.
L’acide oléique, en raison de sa propriété d’être absorbé rapidement par la peau et de se combiner facilement avec les alcaloïdes, serait, à mon avis, préférable aux préparations indiquées par M. Tripier.
En effet, ces solutions d’alcaloïdes s’obtiennent facilement en tritu-
ranl l’alcaloïde bien sec avec l’acide oléique et faisant digérer le mélange à une chaleur modérée, l’alcali formé est miscible en toutes proportions aux huiles, il est insoluble dans l’eau et soluble dans l’alcool.
La plupart de nos huiles médicinales, qui sont des médicaments officinaux, dont l’action thérapeutique est bien contestable, seraient avantageusement remplacées par l’acide oléique. L’huile de morphine laisse, au bout de quelques jours, déposer la morphine préalablement dissoute; cela n’a pas lieu avec l’acide oléique. L’oléate d’ammoniaque aromatisé, qui est gélatineux, pourrait être employé comme le baume Opodeldoch.
Enfin, je vois dans l’Annuaire de 18*74, de M. Méhu, qu’un Américain, M. John Marshall,a proposé de remplacer la pommade mercurielle par une combinaison définie. La préparation à laquelle il a donné la préférence est le mélange de l’oxyde jaune de mercure récemment précipité et bien sec, lequel se. combine facilement avec l’acide oléique, surtout â une température d’environ 150°. Il a fait préparer des dissolutions contenant des quantités d’oxyde de mercure variant de 5 à 20 0/0; la seule précaution à observer pour obtenir ces composés est d’employer de l’acide oléique pur et de chauffer lentement et modérément pour ne pas réduire l’oxyde. Ces préparations agissent très-promptement et très-efficacement dans le traitement des inflammations chroniques des articulations. M. Marshall y ajoute de la morphine, qui s’y dissout parfaitement; la formule adoptée à New-York est 100 parties d’acide oléique, 5 de deutoxyde de mercure et 2 de morphine.
Cet aperçu rapide nous montre les nombreuses applications de l’acide oléique et des différents oléates qui pourraient être utilisés en thérapeutique.