LAPON
HONGRAIS.
WOTIAKE.
tusam, ver.«
» moi.
hozzâm.
dinjâm.
lusad, —
toi.
hozzàd.
dinjâd.
lusas, —
lui.
hozzaja.
diné.
lusame, —
nous.
hozzânk.
dinu.
lusa te, —
vous.
hozzatok.
dink.
lusasas, —
eux.
hozztijok.
dinko.
On voit que l'analogie de principe est complète. Quant à la ressemblance matérielle de quelques éléments pronominaux , elle provient évidemment des deux côtés de leur origine arienne; de sorte qu'on n'en peut inférer aucune affinité entre le finnois et le celtique, dont le système grammatical diffère d'ailleurs entièrement. C'est au finnois que l'on pourrait appliquer avec raison les paroles de Pott citées plus haut; car ces langues offrent un singulier mélange d'éléments ariens incrustés, pour ainsi dire, dans une masse d'une tout autre origine.
1 Voy. Gyarraathi. AffiniUsIingme huuganc» cum linguis t.. unie* origiuu, etc. p. 43.
XOTE TROISIÈME.
Je répéterai ici, avec quelques nouveaux développements, ce que j'ai dit dans rna troisième lettre à M. de Schlegel (Journal asiatique, y série, t. II, p. 455 et suiv.) sur les avantages qu'offrira l'étude des langues celtiques pour la solution des grandes questions relatives à l'origine et à l'histoire de la race arienne ou indo-européenne.
« La race celtique, établie dès les temps les plus anciens dans l'Europe occidentale, a dû y arriver la première, et, selon toute probabilité, elle s'est séparée avant les autres de la souche commune. Cette circonstance pourrait expliquer peut-être pourquoi les langues celtiques, à côté d'une plus grande richesse en radicaux indo-européens, offrent un système moins complet de formes grammaticales que la plupart des autres branches de la famille; soit qu'à l'époque de la séparation, l'ensemble de ces formes n'eût pas encore atteint tout son développement, soit, ce qui est plus probable, qu'un temps plus long ait exercé, sous ce rapport, une influence plus destructive. Quoi qu'il en soit, les analogies de ces langues avec le sanscrit nous reportent à l'époque la plus ancienne à laquelle nous puissions atteindre par la philologie comparée, et deviennent ainsi une des données les plus importantes pour rechercher quel degré de développement avait atteint la lanuue-mèrc de toute la famille. Ainsi, par exemple, l'examen des idiomes celtiques me paraît démontrer avec évidence qu'au moment de la séparation, la langue-mère possédait déjà tout un système de lois euphoniques, que le sanscrit a le mieux conservé, si bien que certaines anomalies du celtique trouvent encore leur explication dans les régies euphoniques de l'idiome sacré de l'Inde. L'ensemble des formes grammaticales, ainsi que le système de dérivation et de composition , pourront être l'objet d'investigations analogues.
u Un sujet de recherches plus attrayant encore, c'est l'état de civilisation qu'avait atteint le peuple-père de toute la race indo-européenne. Une comparaison approfondie, et toujours fondée sur les vrais principes étymologiques, des termes appliqués à désigner les objets de la vie matérielle, les animaux domestiques ou sauvages, les plantes utiles à l'homme, les produits de l'industrie humaine, puis, sur-tout , des expressions qui se rattachent à l'organisation sociale, à la vie intellectuelle, aux croyances religieuses, pourraient, h ce que je crois, jeter sur cette obscure question une lumière inattendue.
m Je n'hésite pas à affirmer que les langues celtiques offriront des éléments nombreux et importants pour la solution de ce problème. Je signalerai ici quelques faits isoles que j'ai rencontrés dans le cours de mes recherches, et qui se rattachent à cette question. Je n'ai garde toutefois d'en tirer des conclusions qui ne pourraient être autorisées que par un travail complet.
« Pour commencer par un exemple tiré de la vie matérielle, le nom d'un ustensile très primitif, à l'usage sur-tout des peuples pasteurs, la baratte, a été formé en sanscrit de la racine mac', ou manP, agiter, d'où dérivent mafwi, monta, mantara , batte à beurre, mandant, baratte, malHta, babeurre, etc. La chose et le nom ont été apportés en Europe par les Celtes, comme le démontrent l'irlandais meadhar, ou muidhe, baratte, méadhg, petit-lait , en erse meàg , et menng, en gallois maiz, idem. Il est remarquable que ce mot se retrouve aussi dans le vieux français, la megue de lait, pour le petit-lait (voy. le dict. de Ménage, voc. cit. ) ; les Gaulois le possédaient donc probablement. Ce^ dénominations , les Gaëls et les Bretons n'ont sûrement pas été les chercher dans l'Inde; elles ont dû être déjà en usage chez les ancêtres communs des Hindous et des Celtes. Les premiers les ont portées dans l'Inde avec la racine qui les explique; les autres, dans leurs migrations plus lointaines , ont perdu la racine et conservé seulement les formes dérivées.
« Un autre exemple, mais plus intéressant en ce qu'il pourrait bien fournir une indication approximative sur la position géographique du berceau de la race indo-européenne, se trouve dans le mot irlandais tolg , lit, gallois tyle, couche , lit de repos ( identique au grec nAn, matelas , coussin ). Tous ces mots ont une affinité évidente avec le sanscrit tùliké, matelas, lit : or ce substantif est un dérivé de ttda, l'un des noms sanscrits du coton {de la racine tûl, jeter en dehors). On faisait donc les matelas avec du coton dans la contrée indéterminée qui a été le berceau d<^a race. Il en résulterait que ce pays a dû être situé en dedans, ou au moins très près de la limite de croissance du coton; car une matière dont on faisait des matelas devait être abondante et d'un -prix peu élevé. Or la culture du coton ne dépasse pas la Perse, et je doute même qu'il réussisse dans la partie la plus septentrionale de ce pays. Ceci semblerait donc indiquer, comme le berceau de la famille, une contrée plus méridionale qu'on ne le suppose ordinairement.
u Cette induction serait appuyée par une autre analogie, que je cite toutefois avec moins de confiance, parcequ'elle est isolée, et par conséquent moins sûre. Un des noms du tigre, en sanscrit, est s'ârdûla, et ce nom , comme celui de vyag i ra, et comme les noms du lion , du tau -
reau et de l'éléphant, prend, dans les composés , la signification de tjrand , fort , prééminent : or, en irlandais, sartulaid, signifie fort. Si celle analogie n'est pas fortuite, elle viendrait à l'appui de la précédente, car le tigre ne se trouve que dans les vastes bassins qui versent leurs eaux dans la mer des Indes.
u Je n'entends, je le répète, fonder aucune hypothèse sur une base aussi peu solide que celle de quelques étymologies isolées; mais, si des exemples semblables se multipliaient dans les diverses branches des langues indo-européennes, on pourrait sans doute en tirer des inductions d'une grande évidence.
u Les analogies qui touchent aux traditions religieuses et mythologiques sont aussi d'un haut intérêt. Selon toute probabilité, le peuplepère de la race arienne avait une religion, un culte et des mythes traditionnels sur sa propre origine. Lors de sa division en plusieurs branches, chaque tribu emporta tout ou partie de ces traditions et de ces doctrines ; mais celles-ci, s'altérant de plus en plus par l'effet du temps et des vicissitudes sociales, firent place à des croyances nouvelles, mieux adaptées au caractère spécial de chaque peuple. Qu'il soit resté des traces du système primitif, c'est ce qu'on ne saurait mettre en doute. Les analogies signalées plus d'une fois entre les mythes religieux de l'Inde , de la Grèce et de la Germanie , sont des restes de cette unité première, et le nom de Dieu, identique dans la plupart des langues de la famille, en est un exemple intéressant. Le sanscrit deva (an nominatif dévas), le grec Ttjç, génit. Aïoç, le latin deus, l'irlandais dia, le gallois deiu , le lithuanien diewas, ont une origine commune; mais le sanscrit seul a conservé la racine de ce nom dans le verbe div, briller. L'idée de Dieu a donc été primitivement liée à celle de la lumière, son symbole le plus pur et le plus expressif.
u Maintenant, quel est le peuple qui a conservé la plus grande partie du système primitif? N'est-il pas probable que c'est celui dont la langue nous reporte plus près que toute autre vers Porigin^rommune de la race? Et de même que le sanscrit possède encore la plupart des racines qui constituent le fond des langues de l'Europe , les traditions religieuses de l'Inde ne renfermeraient-elles point le lien commun des croyances des autres peuples de la famille? Je n'ai garde de toucher à cette immense question, mais je crois que la philologie comparée devra être consultée avec soin dans toute solution que Ton tentera. Et, pour revenir à mon sujet, je crois en particulier que l'étude des langues celtiques sera indispensable sous ce rapport. Quelques exemples suffiront pour motiver cette assertion.
uLes mots irlandais naomh (plus anciennement naemh), saint, naomluichd, naomlilhachd , sainteté; nuomfiad, sanctification , elc. , en cymriquemuf, sacre', nyved, sainteté, se lient évidemment à la racine sanscrite wam, s'incliner par respect; d'où namasyà, adoration, culte, etc. Voilà donc un mot celtique qui témoigne déjà de l'existence d'un culte à cette époque préhistorique.
u Le substantif sanscrit ad'wra, sacrifice , que les étymologistes hindous expliquent par aifrva, route, etrà, donner : ce qui ouvre Ui voie du ciel, se retrouve dans l'irlandais vdbairt, iodhbairt , sacrifice , iodbair, sacrifier, etc. La seconde forme de ce mot se lierait plutôt à la racine sanscrite yag' , adorer et sacrifier, d'où yayna, sacrifice, yag van, sacrificateur; en irlandais iodnach, don, offrande. Quoi qu'il en soit, le cy un ique possède aussi cet ancien terme, sous la forme moins complète de aherthy sacrifice, aberthu, sacrifier, aberthwr, sacrificateur, prêtre. Le t final est un suffixe sanscrito-celtique. Si l'on objectait à ce rapprochement que udhbairt, et aberth, viennent tout simplement du latin offerre, comme l'ancien haut allemand opfnr, l'allemand moderne opfer, l'anglo-saxon offrwng, le Scandinave offr, le polonais ofiara , le bohémien ofera, le lithuanien appiera, le letton uppuris,etc. , etc.; j'observerais qu'à côté de ces deux termes anciens , l'irlandais et le gallois en ont d'autres, évidemment dérives du latin, et dont la physionomie est toute différente. Ce sont en irlandais offrait, oblation , offraideach, prêtre, oifrionn, aifrionn, le sacrifice de la messe, etc.; en gallois, oferen, la messe , ofrwm , oblation , sacrifice , ofeiriad, prêtre , ofrytnwr, ofrymyz, sacrificateur, etc. Il me paraît évident que ces expressions sont d'une tout autre nature que udlibairl , et aberth , et que ces dernières se rattachent directement au paganisme et à la source arienne. Voilà donc une preuve remarquable de la haute antiquité du sacrifice.
« Le sanscrit tarman désigne le sommet du poteau où l'on attachait la victime(f/»e topofthe sacrificial post, Wilson ). U n'y a aucun doute que ce mot ne soit identique au grec rtppa et au latin termùius. Teppux, chez Homère, désigne encore spécialement le poteau du cirque, autour duquel les chars devaient tourner : le sens s'est ensuite généralisé. Le gallois tervyn, limite, extrémité, me parait dérivé du latin; mais il n'en est pas de même de l'irlandais tarman, ou tearmonn (erse tèarmann), identique au sanscrit pour la Sonne, et qui signifie un sanctuaire, un refuge, un asile. Ceci n'aurait-il pas trait à l'antique coutume de regarder l'autel comme un refuge inviolable?
u Parmi les noms sanscrits de la divinité, il en est deux que les idiomes celtiques paraissent avoir conservés : l'un est Nara, le maître (de
la racine ur, conduire), que je retrouve dans le cymrique AVr, le souverain , le Seigneur, appliqué à Dieu par les bardes gallois; l'autre est Is'vara, le dominateur (de la racine is, gouverner, régner), que l'irlandais ancien nous offre sous la forme de Jesflwar, Dieu, laquelle forme se rattache probablement au vriddhi âis'vara. Le changement du v sanscrit en / est rare, il est vrai, dans le milieu des mots irlandais, mais il n'est pas toutefois sans exemple. ( Voy. p. 60. )
« Je citerai encore ici une curieuse analogie qui, si elle est aussi réelle qu'elle le paraît, ferait remonter à une très haute antiquité l'institution de ces sages anachorètes qui jouent un si grand rôle dans les traditions indiennes, sous le nom de mounis. Le mot sanscrit muni signifie un homme saint, un sage, un anachorète, et se lie probablement, d'une manière irrégulière, à la racine man, penser. Quoi qu'il en soit, le verbe irlandais mun, muin, instruire, enseigner ( cfoù munadh, instruction, muinteoir, maître, instructeur ), parait se rattacher directement à la forme muni De ce dernier terme dérivent en sanscrit, par vriddhi, les mots mâuna, silence, etmâunin, taciturne; le silence étant une des principales pratiques que s'imposaient les anachorètes. Or, en irlandais , maon signifie muet. Cette analogie est d'autant plus remarquable, qu'elle fournit un cas du vriddhi de la voyelle u, en irlandais, mieux constaté que l'exemple cité à la page 33, mais qu'il eût été impossible de découvrir sans la comparaison du sanscrit.
a En cymrique , le mot muni me paraît avoir laissé une descendance également curieuse, dans un autre ordre d'idées. L'isolement était , pour les sages anachorètes, une pratique aussi essentielle que le silence, et le cymrique mon signifie un individu isolé, d'où monad , isolement, monw, solitaire. De là aussi encore, par une liaison d'idées très naturelles, môni, être morose; mbnyn, un individu morose, sombre. Si le grec povo; a la même origine, comme cela me semble probable, les moines (monachi ) se trouveraient parents des mounis, et par l'idée et par le nom.
« Ces rapprochements, que l'on pourrait multiplier beaucoup, suffiront pour montrer tout le parti que l'on tirera de] l'étude des idiomes celtiques, pour la solution des problèmes obscurs de l'époque préhistorique. »