CANTON DE SOLEURE
L'honorable directeur de l'asile de la Rosegg, le docteur Cramer, qui en reconnaît la nécessité, n'a pu encore, malgré ses efforts, obtenir de loi spéciale sur les aliénés, ni même de règlement pour l'établissement.
Les aliénés du canton étaient, il y a peu de temps encore, placés soit à l'hôpital Sainte-Catherine de Soleure, soit à la Klus. Depuis le mois de juin 1860, ils sont tous réunis dans le bel asile public de la Rosegg, construit de 1857 à 1860, à 2 kilomètres nord-ouest de Soleure. A l'instar de nos asiles français, la Rosegg admet les curables et les incurables.
Quand des parents ou une commune veulent faire admettre un malade à la Rosegg, ils en font la demande au directeur, qui
leur envoie un questionnaire imprimé à remplir par un médecin patenté. On doit y joindre :
1° L'acte de naissance;
2° Un engagement au payement de la pension.
Le directeur adresse ces pièces avec son a\ is au conseil d'État, qui statue.
En cas d'urgence, il admet immédiatement le malade, et fait ensuite son rapport au conseil.
Le directeur-médecin décide seul de l'opportunité de la sortie.
Quand il s'agit d'un aliéné séquestré comme dangereux, il s'entend officieusement à ce sujet avec le président du tribunal et le conseil d'État.
Un quart environ des malades sont interdits après leur admission à l'asile.
L'asile de la Rosegg ne reçoit guère d'aliénés étrangers au canton; ils ne sont admis d'ailleurs que dans la lre classe. Il en vient quelques-uns des cantons de Berne, d'Argovie et de Lucerne, très-rarement de France.
Deux décrets du Conseil d'État, en date des 23 décembre 1859 et 20 novembre 1862, ont fixé comme il suit les prix de pension :
2e et dernière classe 130 à 400 fr.
Selon la position de fortune des familles ou des communes.
malades du canton 500 à 700 fr.
itransrers . . 1000 fr. et au-dessus.
1 re classe.
( Pour les m ( Pour les et
Ces derniers sont tenus de payer six mois de pension d'avance. Tous les malades acquittent en outre un droit d'entrée de 7() lianes.
L'Élat n'en est pas moins obligé de fournir chaque année une subvenlion de 15 à 20 000 francs pour couvrir l'excédant de dépenses.
Le canton de Soleure ne possède pas d'asile privé.
CANTON DE THURGOVIE.
Il n'y a pas de loi spéciale sur les aliénés dans le canton de Thurgovie.
Un décret du conseil d'État, en date du 8 mars 1838, décida l'installation, dans l'abbaye de bénédictines de Mùnsterlingen, d'un hôpital cantonal dont un quartier distinct devait être spécialement affecté aux'aliénés. Ils y furent admis à partir de 18^0.
L'asile, ou mieux le quartier d'hospice de Mùnsterlingen, qui depuis cette époque a subi d'importantes transformations, reçoit aujourd'hui tous les aliénés assistés des cantons de Thurgovie et de Schaffhousc; il y vient aussi quelques pensionnaires de ceux de Zurich, de Berne, d'Appenzell et de Saint-Gall.
11 n'y a pas d'ailleurs, dans le canton, d'établissement spécial pour les incurables non dangereux; ils sont conservés dans les familles ou dans les maisons de charité de chaque commune.
Les pièces à fournir pour le placement d'une personne à Mùnsterlingen sont :
1° Une demande d'admission faite par les parents ou par la commune, et faisant connaître le lieu d'origine et de domicile,
70 DE l'aliénation mentale en suisse.
le culte, la profession, les ressources, les relations de famille, et enfin les soins qu'a déjà reçus le malade;
2" Un certificat délivré par le médecin traitant, qui doit donner des renseignements sur la nature, la marche et la durée de la maladie.
Ces pièces, dûment légalisées, sont envoyées au conseil d'État, qui autorise l'admission ou, s'il le juge utile, prescrit une enquête.
En cas d'urgence, le directeur peut admettre un malade à titre provisoire.
Jl y a deux classes de pension.
Pour la première classe, il est payé :
Par les malades du canton 2 fr. 50 c.
Par les autres 2 fr. 50 c. à 4
Le prix de la deuxième et dernière classe est de :
Pour les étrangers au canton 2 fr.
Pour les aliénés du canton, dont la pension est payée par eux ou leur famille. 0,45 à 1
Les indigents ne payent rien pour les six premiers mois de séjour; passé ce délai, leurs communes ont à payer de 25 à t\b centimes par jour.
Il y a, dans le canton de Thurgovie, un asile privé que j'ai visité et qui est l'un des plus importants de la Suisse.
L'asile de Bellevue, situé à Kreuzlingen, près de Constance. sur la rive méridionale du lac de ce nom, est dirigé par le doc-
leur Binswanger, ancien directeur de Miinsterlingeii, l'un des médecins suisses qui se sont le plus occupés des questions relatives à l'aliénation mentale.
L'asile de Bellevue n'offre d'ailleurs rien de particulier; c'est une grande maison d'habitation qui ne diffère de celles du voisinage que par son aménagement intérieur. Le domaine de l'établissement, qui s'étend jusqu'aux bords du lac, est séparé en deux parties par une route qui m'a paru très-passagère.
Cet asile, comme d'ailleurs la plupart sinon toutes les maisons de santé de Suisse, ne ressemble aucunement aux nôtres : il est, pour ainsi dire, ouvert à tout venant, et les malades y jouissent pour la plupart d'une grande liberté. Mais je dois dire qu'on n'y reçoit guère que des aliénés tranquilles ou des personnes atteintes d'affections nerveuses diverses qui viennent d'elles-mêmes à l'établissement. Quelques aliénés cependant, séparés des autres malades, y sont maintenus malgré eux.
Les deux sexes y sont admis. Le prix de pension varie de 5 à 1 0 francs par jour.
Les pensionnaires de M. Binswanger appartiennent surtout à la Suisse protestante; mais il lui en vient aussi quelques-uns de l'Allemagne, de l'Italie et de l'Alsace. Le jour de ma visite, il y avait à Bellevue une vingtaine de malades.
Cet asile a été établi sans autorisation d'aucune sorte. Le directeur est médecin patenté ; cela suffit.
Le conseil de santé et les magistrats ont bien le droit de visiter l'établissement, mais ils n'en usent pas.
Quand les malades viennent d'eux-mêmes, aucune pièce n'est
demandée pour leur admission ; quand ils sont amenés par leur famille et malgré eux, celle-ci doit produire un certificat de médecin ; encore cette pièce n'est-elle pas toujours exigée.