‹ De l'Allemagne (volume 3)Chapitre 18 sur 36 · LA LËGBNDB DU FAUST · texte numérisé non relu

LA LËGBNDB DU FAUST

H« Lamley^ directeur du Théâtre de la Reine ^ à Londres /m'avait prié d'écrire un ballet pour la scène qu'il dirige ; c'est pour me conformer à son désir que j'ai composé le poAme que voici> qui n'a pas été représenté^ ««d'abord parce que^ la saison pour laquelle on Tavait «AnoDCé ayant été remplie par le fabuleux succès du ros* signol suédois^ toute autre exhibition à ce théâtre devenait superflue y*^ et puis parce que le maître de ballets | par esprit de corps de ballet sans doute ^ fit nattre avec tonte la malveillance imaginable des obstacles et des re** tards sans fin. Lorsque J*eus le plaisir de remettre à H. Lomley le manuscrit de mon poème, nous causâmes^ tonten prenant le thé, de Tesprit de la légende de Faust et de la manière dont je Tavais conçue ^ le spirituel im-*

HO ŒUVRES DE nBRRI HEIKE.

presario m'engagea alors à rédiger les principaux détaîk de notre conversation , afin d'en enrichir plus tard le libretto qu'il voulait offrir au public le soir de la représentation. C'est encore pour obéir à cette invitation qttc j'ai écrit la lettre (qu'on lira plus loin) à M. Lumley sur le Faust historique comme sur le Faust mythique ; je d*« donné dans cette lettre que des indications insuflSsantes, et je ne puis me dispenser de résumer d'abord en-peu de mots le résultat de mes recherches pour tout ce qui concerne Torigine et le développement de la légende, de la fable de Faust.

Ce n'est pas, à propremenC parler, la légende de Théophile, sénéchal de révoque d'Adama en Sicile, mais un vieux drame anglo-saxon sur cette légende, qui doit être considéré comme le fondement de la fable de Faust. Dans le poème. de Théophile, poème en bas allemand que nous possédons encore, on remarque des ar<dialsfflei saxons ou anglo-saxons, espèces de mots pétrifiés, de locutions fossiles , preuve certaine que ce poème n'est que l'imitation d'un original plus ancien perdu dans le cours des âges. Cet original doit avoir encore existé quelque temps après la conquête de l'Angleterre parles Normands, car il a été manifestement imité par le poète français Rutebeuf , et il a paru au théâtre sous la forme d'un mystère dont M. Charles Maçnin a parlé avec détail, il y a sept ans environ , dans le Journal des Savants, Quand le poète anglais Marlowe écrivit son Faust, oe mystère du troubadour Rutebeuf ne lui fut pas inutile;

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Htrlowe emprunta la légende analogue du sorcier allemand à une vieille histoire de Faust déjà traduite en anglais, et il la reTétît de cette forme dramatique dont ridée lui était suggérée par le mystère français , connu aussi en Angleterre. Le mystère de Théophile et le vieux liTre populaire de Faust sont donc les deux éléments d'où est sorti le drame de Marlowe. Le héros de ce drame n'est plus, comme dans le mystère de Théophile^ un peraonnage hardiment révolté contre les cieux, lequel^ sedut par un magicien et pour s'assurer la jouissance des biens de la terre, vend son âme au diable , et doit enfin son salut à la grâce de la mère de Dieu, qui va chercher le pacte fatal au fond de l'enfer* Le héros de la pièce est lai-mènie^un magicien ; en lui comme dans le nécromant da livre de Faust se résument les traditions de tous les sorciers qui le précèdent, de tous ces sorciers dont il déjdoie la science devant les plus illustres compagnies; et comme tout cela se passe sur un sol protestant, où ne peut marcher la mère de Dieu, la libératrice, <— le diable, à la fin du drame, emporte impitoyablement le magicien» Les théâtres de marionnettes qui florissaient à Londres au temps de Shakspeare, et qui s'emparaient aussitôt de toute pièce applaudie sur les grands- théâtres , ont dû cerlainement donner un Faust d'après le modèle de Marlowe, soit en parodiant le drame original d'une manière plus ou moins sérieuse , soit en le façonnant selon leurs besoins, soit môme, ce qui est arrivé maintes fois, en le faisant retravailler par l'auteur en personne au point

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de vue de leur public. C'est ce Faust de marionTiettes qui passa d'Angleterre sur le continent, traversa les Pays- Bas , visita en Allemagne les baraques de la foire, et là) traduit en un grossier patois et lesté de bouffonneries du cru, fit les délices des classes inférieures du peuple. 9 différentes que soient ces versions, formées dans le cotin des siècles par des imjffovisateurs, ce qu'il y avait d'essentiel pourtant ne subit pas d'altération notable; et o'esl à une de ces comédies de marionnettes , Jouée à SlrM* bourg dans quelque coin dé rue en présence de Goethe» quele grand poète a emprunté la forme et le fond dewn chef-d'œuvre. Cela est surtout visible dans la premiM édition, dans Fédition fragmentaire du Faust de Goethe; On n'y trouve ni rintroductlon , prise à SacontaUt^ ni te prologue, composé plus tard à l'imitation du livre à» Job; la simplicité des pièces de marionnettes y est à fduA déguisée, et il n'y a aucune raison sérieuse de croire qod Fauteur ait connu les vieux livres originaux de Bpleet al de Widman.

. Tel est le développement de la fable de Faust depuis le mystère de Théophile Jusqu'à Goethe, k qui elle doit sa popularité actuelle. Abraham engendra Isaac, base engendra Jacob, et Jacob engendra Juda, dans les mains duquel le sceptre restera éternellement. -^ Dans les lettres comme dans la vie , chaque fils a un père , mais ce père, On ne le connaît pas toujours^ et qouvent même, tout en le connaissant^ on le renie«

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