ARGENT
M. Carey Lea (i) a obtenu, en précipitant l’argent de ses sels, des poudres d’aspects divers qu’il regarde comme constituant des variétés allotropiques du métal.
Selon lui, outre l’argent normal il existe trois autres formes, ou plutôt trois modifications d’une seconde forme,' les différences entre ces trois formes étant bien moindres que leurs différences avec l’argent normal.
i° L'argent allotropique soluble dans l’eau , en solution aqueuse, est rouge foncé; à l’état solide et humide, noir, bleu ou vert; à l’état sec, bleu verdâtre brillant. On l’obtient en précipitant les sels d’argent par des solutions concentrées de citrate de fer. Il contient 97 p. 100 d’argent et 3 p. 100 de citrate de fer.
2" L'argent allotropique insoluble dans l'eau est rouge brun quand il est humide, bleu verdâtre brillant quand il est sec. Il dérive du précédent par changement spontané ou par l’action de certains sels. Les sulfates, citrates et nitrates alcalins précipitent l’argent soluble de ses solutions, mais il reste soluble. Les sulfates de magnésium, de cuivre, de fer, de nickel le précipitent
(1) Amer. Journ. Sc. (3), XXXVII et XXXVIII. - C. R., CXIII.
au contraire à l’état insoluble. Ce sel contient 98 p. 100 d’argent et 2 p. 100 de citrate de fer.
3° L'argent allotropique couleur d'or offre l’aspect bronzé à l’état humide, jaune d’or à l’état sec. Il n’existe qu’à l’état inso-r lubie. On l’obtient en réduisant le tartrate d’argent par le tartrate de fer en solution diluée. Il contient environ 98 p. 100 d’argent et 2 p. 100 de tartrate de fer.
Ces trois variétés offrent des propriétés communes. Elles se réduisent aisément en poudre impalpable. Leur propriété caractéristique, d’après M. Carey Lea, est de former, quand on les laisse sécher en couche mince, des pellicules qui réfléchissent la lumière comme des miroirs parfaits. Ces pellicules, traitées par les sels haloïdes ou par l’hypochlorite de soude, donnent de superbes couleurs d’interférence.
Tels sont les faits décrits par M. Carey Lea. Il est permis de douter que les composés qu’il a découverts représentent de véritables états isomériques de l'argent. Ils contiennent, en effet, toujours de 2 à 3 p. 100 de matières étrangères, en sorte qu’il convient vraisemblablement de les regarder comme des composés complexes et condensés participant des propriétés de l’élément qui en constitue la masse principale, conformément aux faits connus dans l’histoire des divers charbons, et des variétés du fer et de l’acier. Entre ces composés condensés et les éléments purs, la transition des propriétés physiques et chimiques s’effectue par degrés insensibles par le mélange de combinaisons formées suivant la loi des proportions définies.
Selon M. Petersen (1), l’argent pourrait être précipité de ses sels sous plusieurs états. Il serait précipité du nitrate d’argent en poudre amorphe par le cuivre, en octaèdres microscopiques (1) Zeitschrift fûr Phys. Chem., .VIII.
par le sulfate de fer. La densité des deux poudres serait la même et égale à io, 3 . Le passage de la seconde forme à la première dégagerait 3 °, 3 .
OR
L’or est précipité de ses combinaisons sous plusieurs formes, qui ne sont peut-être pas identiques. Leur poids spécifique est le même : il est égal à 19,4; mais l’or précipité du bromure différerait de l’or précipité du chlorure. Il y aurait dégagement de 3 e ,2 en passant du premier état au second, d’après les calculs de M.Thomsen(i); mais la nature véritable des réactions calorimétriques qui ont servi à calculer ce chiffre ne paraît pas établie avec une certitude complète.