III. - SODIUM
Propriétés du sodium. — On s’est fait pendant longtemps une idée fausse des difficultés qui accompagnent la fabrication du sodium ; on ne connaissait pas non plus les propriétés si curieuses de ce métal qui le rendent bien plus apte que le potassium à devenir une matière industrielle. Son faible équivalent et le prix du carbonate de soude qui sert à le préparer auraient dii depuis longtemps le faire préférer au potassium. Mais quand j’ai commencé mes travaux, la valeur du sodium était a peu près le double de la valeur du potassium dont on se servait alors exclusivement pour les expériences et les recherches de chimie dans les laboratoires.
Voici ce que je disais à cet égard dans un Mémoire publié le U** janvier i855 dans les Annales de Chimie el de Physique :
« Le sodium devant servir a la ])réparalion de l’alumi-
PIIÉI’AKATION DE J.’aLUMIINIUM PUH , ETC, 6l
niuin , j’ai cru devoir étudier avec soin sa préparation et ses principales propriétés en lace de l’oxygène de l’air afin de pouvoir me rendre compte des difficultés qui accompagnent sa production et apprécier le danger que présente son maniement. Sous ce rapport le sodium ne peut être comparé au potassium. Celui-ci est tellement dangereux, qu’habitué à me servir du sodium , j’ai voulu une seule fois le remplacer par le potassium, et le simple écrasement du métal entre deux feuilles de papier a suffi pour renflammer avec une sorte d’explosion fort à craindre, même pour l’opérateur averti. Le sodium peut être laminé entre deux feuilles de papier, coupé, manié à l’air sans accidents, si les doigts et les instruments ne sont pas mouillés. Il peut être impunément chauffé a l’air bien au delà de son point de fusion sans prendre feu, quoique j’aie eu soin, dans l’expérience que j’ai faite à ce sujet, de renouveler constamment la surface du globule métallique, dont l’oxydation lente ne semble s’effectuer qu’aux dépens de l’humidité de l’air. Enfin je suis arrivé à penser que la vapeur seule du sodium était inflammable et que la combustion vive du métal ne se déterminait qu’à une température encore éloignée de son point d’ébullition, mais où la tension des vapeurs métalliques devient très-sensible.
» Quant à la préparation du métal , c’est l’une des opérations les plus faciles, peut-être l’une des moins coûteuses de celles qu’on réalise chaque jour dans un laboratoire. Je dois dire tout de suite que c’est en grande partie aux récipients proposés par MM. Donny et Mareska qu’il faut attribuer les bons résultats qui ont été obtenus dans le laboratoire de l’EcoleNormale, où des expériences nombreuses ont été faites sur la fabrication du sodium. »
J’ajouterai que le sodium présente deux avantages cou-
cuApmai: tuojsième.
sitlérables : il s’obtient piu* du premier eoup eî, grâce à un tour de main que j’ai été fort longtemps à trouver, on peut réunir entre eux les globules de ce métal et le traiter eomme un métal ordinaire qu’on fond et (ju’on coule au (‘ontact de l’air. J’ai pu ainsi supprimer la distillation des produits bruts de la fabrication, opération que l’on avait crue nécessaire et qui occasionnait une perte de 5o pour ioo au moins sur le rendement, sans avantage appréciable pour la pureté du métal.
l.a fabrication du sodium n’est en aucune manière entravée par les produits carburés, et peut-être azotés, éminemment explosifs, et qui rendent la préparation du potassium si dangereuse. Je dois dire })ourtant qu’en fabriquant le potassium en grand par les procédés (|ue je vais décrire pour le sodium , I^IM. Rousseau frères ont singulièrement diminué les dangers de cette préparation (ju’ils pratiquent journellement dans leur usine de produits chimiques.
eiiapioyëe. — La méthode de tabrication einployée est fondée sur la réaction du carbonate alcalin sur le charbon. Cette méthode, découverte par ^1. Brunner, n’a été appliquée c|ue très-rarement au sodium. Quant au potassium, on s'attachait toujours à obtenir, pour le décomposer pai* la chaleur, un mélange intime de charbon et de carbonate de |)otasse, résultant de la décomposition d’un sel de potasse à acide organicjue et en particulier de la crème de tartre. \a) procédé de \1. Brunner était en réalité très-difhcile a appliquer, à cause surtout de la disposition du récipient oii le potassiuni devait venir se condenser, (fest aux travaux de MM. Donny et Mareska (]ue l’on doit rapporter* la (*onnaissance des vrais princip(‘s (jui peuvent gni(h‘rdans la
PllKPx\UAT10N DE L'ALUMIINIUJVI PUK , ETC. G3 constiTicliüii (le ces ü[)pcU*eils de eondensalh^n doiil oa verra plus tard l’usage.
Je vais décrire la lal)ricalioii du sodium eu iii’oceu[)aiit sueeessivement des diverses parties de l’opération.
€ies lïaéiwiBges. — Le mélange dont on [)eut se servir dans les laboratoires et (|ui m’a donné d’exeellents résultats est ainsi composé :
Carbonate de sonde.. .
Charbon de bois
(iarbonale de cbanx. .
ï OÜO
On prend le earbonate de soude desséché, le .charbon et la craie pulvérisés, ou en fait une pâte avec de l’huile, et on calcine dans une bouteille â mercure coupée (]ui sert de creuset et que l’on bouche convenablement.
On peut, au lieu de charbon de bois, employer la houille, et alors on emploie le dosage suivant :
Carbonate de soude. . . 20
Houille ... c)
Craie 3
f «le — Le carbonate de sotide [>r(t-
vient des cristaux de soude fortement séchés et broyés assez finement. Tous les essais que j’ai tentés pour remplacer les cristaux de soude par le sel de soude m’ont toujours donné de mauvais résultats, ou ont fait naître pour les appareils des inconvénients graves. Je ne puis m’expliquer un pareil fait; mais il est constant, et je le déduis d’un grand nombre d’expériences (i). Pour qu’un mé-
(i) Toutes les expériences faites depuis le moment où j’inscrivais cette phrase dans mon Mémoire de i85G sont venues confirmer cotte assertion. 11 m’a été |>rouvé que réconomie faite sui' une matière comme le carbonate