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d’abord. Dans de certaines circonstances, il.
est presque impossible de renoncer à aimer;
dans presque toutes il est pénible de renoncer | à plaire. Le vœu de chasteté n’a cependant.
rien qui surprenne quand il est fait par de très-
belles femmes : l’importance visible du sacri- : fice en sera presque le dédommagement. Mais :
une femme qui ne possède que les avantages dont l’amour peut toujours se contenter, ne refusera guère d’être l’objet d’un attachement
honnête, surtout en admettant que cette in
lination doive cesser d’être raisonnable, et qu’elle dégénère en une passion éclatante.
Si la perte de la jeunesse affecte surtout les femmes, ce n’est pas seulement parce qu’elles ttachent plus de prix que les hommes soit à ine liaison passionnée, soit même aux plaiirs. [1 faut observer que les effets de l'amour ayant chez elles un terme bien connu, la seconde partie de leur vie diffèrera plus visiblement de la première. Les hommes descendent une pente égale et presque insensible; la femme tombe tout à coup; elle franchit en quelques mois quinze années de la décadence humaine. Beaucoup d'hommes vieillissent sans avoir fait des pertes absolument irréparables; mais, bien que les femmes semblent jouir plus ordinairement de la santé au-delà du dixième lustre, tout symptôme de vieillesse leur cause des regrets plus pénibles, et on pour rait dire que la plupart d’entre elles auraient besoin de savoir deux fois renoncer à la vie.
On a donné sous quelques rapports trop d’étendue aux suites de la différence de sexes On exagère tout, et, même après les excès.
11 Se. trouve quelqu'un pour proposer des choses inouïes jusqu’alors.
Sans doute la nature même, dans plusieurs espèces, en avertissant le mâle de demander vivement le plaisir, suggère à la femelle d’en éluder un instant les lois, pour y céder à sa manière; mais la libre activité qui distingue l’homme, ajoute à ces mouvemens divers des sentimens dont la délicatesse peut dégénérer en prétentions étranges. On a changé la brus® que attaque d’un sexe et la simple résistance de l’autre en une multitude de moyens d’attaque et de résistance; l’amour-propre en a fait une guerre défensive, et trop souvent offen sive, une guerre pleine d’adresse, de subtilités, de fausseté. Quelquefois, en voulant tromper on devient exigeant; on prescrit la fidélité ens s’attribuant un privilège contraire, et on affecte de resserrer le lien dont on se détache
soi-même. Jadis il n’était point rare de passer la vie entière dans ces luttes infructueuses, tandis qu'ailleurs on se vouait sans retour à une constance opiniâtre, ou bizarre. Suscitées d’abord par l’amour, mais dépravées par l’orgueil, ces différentes passions n’étaient plus conformes aux premières inspirations du cœur; elles suivaient les caprices d’un temps où il. fallait quelque fanatisme jusque dans les relations profanes.
Cette rivalité produit plus de maux qu’on ne le croit communément. Les hommes supposent que les hostilités doivent se terminer à leur avantage; mais lorsqu'ils corrompent les femmes, ils s’avilissent eux-mêmes, et ce ne sera jamais impunément qu’ils feront parmi elles un grand nombre de victimes. Le sentiment le plus voluptueux se change en amertume quand il nous a jetés dans le désordre; nos désirs naturels peuvent ainsi nous éloigner de la nature qui, bien comprise, serait l’accord en toute chose.
-Quand une femme joint aux inclinations d’un cœur droit, et à la candeur de l’inexpérience, l’impétuosité de la jeunesse, quand elle réunit toutes les facultés de l’amour, ik faut qu’elle aime. Tous les moyens de plaisir sont en elle, il faut qu’elle soit aimée. L’homme qu’elle rencontre est à ses yeux l’homme qui lui est destiné; ce sera une justice de lui consacrer sentimens et beauté, énergie de l’ame,
et graces de l'esprit. On entre dans la vie! qu'y faire sans amour, sans union? Pourquoi l’harmonie de ces mouvemens, et cette voix habile à tout dire, et ce sourire si puissant sur le cœur de l’homme? Pourquoi ces goûts ingénieux, et ces tendres impressions? C’est à l'amour qu’appartiennent cette main formée:
pour les plus douces caresses, cet œil dont l’arti inépuisable resterait inutile, ces formes qui changeraient sans avoir été connues, ce sein! qui un jour se flétrirait sans avoir été admiré !! Les émotions profondes ou impétueuses, l’ambition du cœur, l’héroïsme de la persévérance.
tout favorise, tout commande l’amour. Il faut! écouter ce que l’univers redit sans cesse: il! faut remplir ce rôle flatteur qu’on sait si bien, que tout rappelle, que le jour prépare, et que la nuit prescrira. Quelle femme sensible. imaginerait d’y renoncer? Les cœurs purs sont vaincus les premiers; plus susceptibles d’élévation, comment ne seraient-ils pas séduits par celle que l'amour affecte. En croyant choisir avec bonheur, on hasarde tout, et on s’égare en voulant ne céder qu’à une juste estime. On se donne avec enthousiasme parce qu’on aimerait ainsi la vertu; on se perd en prétendant n’écouter qu’un homme extraordinaire, parce qu’on se vante à soi-même quiconque se présente sans penser même à réaliser une supposition plus ou moins chimérique. Mais doit-on s’occuper froidement d’un
lavenir obseurci, ou reculé par le charme actuel? Vivre, c’est aimer, et aimer aujourd’hui. Tout l’indique, tout le veut. L’intolérable inquiétude des heures silencieuses, une progresion à suivre, un espoir à entretenir, une fidélité à couronner, le besoin de montrer de la confiance, et le besoin d’en conserver, le désir de commencer à payer de longs sacriices, d’autres désirs encore, et des incidens. Havorables, et une certaine crainte jalouse, et lune certaine curiosité : tout le demande, tout va concourir à faire tomber une femme ai- Imante dans les bras de Lovelace. Elle aime, lelle S’abandonne; mais il s’amuse. Elle rêve la durée d’un amour mutuel; cet homme s’amuse, et ne sait rien de plus. Le lendemain lelle est surprise, elle est détrompée. Estime générale, sécurité de la maison paternelle,
faciles plaisirs d’une ame qui n’aurait pas été: troublée, honneur, espérance, tout a disparu.
Il ne s’agit plus d'illusions heureuses pendant le cours tranquille des années; il faut repousser les songes, et supporter des jours pesans, à. cause des lenteurs de la mort.