‹ De l'amourChapitre 49 sur 75 · septembre · texte numérisé non relu

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3. A la première querelle, madame Ivernetta donna son congé au pauvre Bariac. Bariac était véritablement amoureux, ce congé le désespéra ; mais son ami Guillaume Balaon, dont nous écrivons la vie, lui fut d’un grand secours, et fit si bien qu’il apaisa la sévère Ivernetta. La paix se fit, et la réconciliation fut accompagnée de circonstances si délicieuses que Bariac jura à Balaon que le moment des premières faveurs qu’il avait obtenues de sa maîtresse n’avait pas été si doux que celui de ce voluptueux raccommodement. Ce discours tourna la tête à Balaon, il voulut éprouver ce plaisir que son ami venait de lui décrire, etc., etc. Vie de quelques troubadours , par Nivernois, t. I, p. 32.

laisse-t-on aller à l’instant à l’affectation, une minute après, l’on a un moment de sécheresse.

Tout l’art d’aimer se réduit, ce me semble, à dire exactement ce que le degré d’ivresse du moment comporte, c’est-à-dire, en d’autres termes, à écouter son âme. Il ne faut pas croire que cela soit si facile ; un homme qui aime vraiment, quand son amie lui dit des choses qui le rendent heureux, n’a plus la force de parler.

Il perd ainsi les actions qu’auraient fait naître ses paroles \ et il vaut mieux se taire que de dire hors de temps des choses trop tendres ; ce qui était placé, il y a dix secondes, ne l’est plus du tout, et fait tache en ce moment. Toutes les fois que je manquais à cette règle 1 2, et que je disais une chose qui m’était venue trois minutes auparavant, et que je trouvais jolie, Léonore ne manquait pas de me battre. Je me disais ensuite, en sortant : Elle a raison ; voilà de ces choses qui doivent choquer extrêmement une femme délicate ; c’est une indécence de sentiment. Elles admettraient plutôt, comme les rhéteurs de mauvais goût, un degré de faiblesse et de froideur. N’ayant à redouter au monde que la fausseté de leur amant, la moindre petite insincérité de détail, fut-elle la plus innocente du monde, les prive à l’instant de tout bonheur et les jette dans la méfiance.

1. C’est ce genre de timidité qui est décisif, et qui prouve un amour-passion dans un homme d’esprit.

2. On rappelle que si l'auteur emploie quelquefois la tournure du je, c'est pour essayer de jeter quelque variété dans la forme de cet essai. Il n’a nullement la prétention d’entretenir ses lecteurs de ses propres sentiments. Il cherche à faire part avec le moins de monotonie qu’il lui soit possible de ce qu'il a observé chez autrui.\

Les femmes honnêtes ont de l’éloignement pour la véhémence et l’imprévu, qui sont cependant les caractères de la passion ; outre que la véhémence alarme la pudeur, elles se défendent.

Quand quelque mouvement de jalousie ou de déplaisir a mis de sang-froid, on peut en général entreprendre des discours propres à faire naître cette ivresse favorable à l’amour ; et si, après les deux ou trois premières phrases d’exposition, l’on ne manque pas l’occasion de dire exactement ce que l’âme suggère, on donnera des plaisirs vifs à ce qu’on aime. L’erreur de la plupart des hommes, c’est qu ils veulent arriver à dire telle chose qu’ils trouvent jolie, spirituelle, touchante ; au lieu de détendre leur âme de l’empesé du monde, jusqu’à ce degré d’intimité et de naturel d’exprimer naïvement ce qu’elle sent dans le moment. Si l’on a ce courage, l’on recevra à l’instant sa récompense par une espèce de raccommodement.

C’est cette récompense aussi rapide qu’involontaire des plaisirs que l’on donne à ce qu’on aime, qui met cette passion si fort au-dessus des autres.

S’il y a le naturel parfait, le bonheur de deux individus arrive à être confondu L A cause de la sympathie et de plusieurs autres lois de notre nature, c’est tout simplement le plus grand bonheur qui puisse exister.

Il n’est rien moins que facile de déterminer le sens de celte parole, naturel , condition nécessaire du bonheur par l’amour.

On appelle naturel ce qui ne s’écarte pas de la

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