‹ De l'amourChapitre 58 sur 75 · ROXANE · texte numérisé non relu

ROXANE

Quant à la jalousie chez les femmes, elles sont méfiantes, elles risquent infiniment plus que nous, elles ont plus sacrifié à l’amour, elles ont beaucoup moins de moyens de distraction, elles en ont beaucoup moins surtout de vérifier les actions de leur amant. Une femme se sent avilie par la jalousie ; elle a l’air de courir après un homme ; elle se croit la risée de son amant, et qu’il se moque surtout de ses plus tendres transports ; elle doit pencher à la cruauté, et cependant elle ne peut tuer légalement sa rivale.

Chez les femmes, la jalousie doit donc être un mal encore plus abominable, s’il se peut, que chez les hommes. C’est tout ce que le cœur humain peut supporter de rage impuissante et de mépris de soimême 1 sans se briser.

Je ne connais d’autre remède à un mal si cruel que la mort de qui l’inspire ou de qui l’éprouve. On peut voir la jalousie française dans l’histoire de madame de la Pommeraie de Jacques le Fataliste.

La Rochefoucauld dit : « On a honte d’avouer qu’on a de la jalousie, et l’on se fait honneur d’en avoir eu et d’être capable d’en avoir 2. » Les pauvres

1. Ce mépris est une des grandes causes du suicide ; on se tue pour se faire réparation d’honneur.

Page 1