CHAPITRE XXXIX bis
REMÈDES A l’aMOUR
Le saut de Leucade était une belle image dans l’antiquité. En effet, le remède à l’amour est presque impossible. Il faut non seulement le danger qui rappelle fortement l’attention de l’homme au soin de sa propre conservation *, mais il faut, ce qui est bien plus difficile, la continuité d’un danger piquant, et que l’on puisse éviter par adresse, afin que l’habitude de penser à sa propre conservation ait le temps de naître. Je ne vois guère qu’une tempête de seize jours, comme celle de don Juan 1 2 ou le naufrage de M. Cochelet parmi les Maures ; autrement l’on prend bien vite l’habitude du péril, et même l’on se remet à songer à ce qu’on aime, avec plus de charme encore, quand on est en vedette, à vingt pas de l’ennemi.
Nous l’avons répété sans cesse, l’amour d’un homme qui aime bien jouit ou frémit de tout ce qu’il s’imagine, et il n’y a rien dans la nature qui ne lui parle de ce qu’il aime. Or jouir et frémir fait une occupation fort intéressante, et auprès de laquelle toutes les autres pâlissent.
Un ami qui veut procurer la guérison du malade doit d’abord être toujours du parti de la femme ai-