‹ De l'anesthésie produite par injection intra-veineuse de chloralChapitre 1 sur 8 · BRUXELLES, LIBRAIRIE DE HENRI MANCEAUX · texte numérisé non relu

BRUXELLES, LIBRAIRIE DE HENRI MANCEAUX

IMPRIMEUR DE l' ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE DE BELGIQUE,

8, Rae des Troiâ-Télcs, 8 (Montagne de la Cour).

in 2011 Avitlilwpding from

Open Khowledge^bn^^ns andigar^d IVIedical School

littp://www.arcliive.org/details/delanestlisieprodOOdene

Une idée neuve, a dit Fontenelle, est comme un coin que l'on veut faire pénétrer par le gros bout.

Supprimer la douleur pendanl les opéi'ations est assurément une des plus belles conquêtes de la science moderne ; mais ridée de l'anesthésie, dont la réalisation appartient à noti'e siècle, est vieille comme la douleur elle-même. L'anesthésie est un rêve que toutes les générations chirui'gicales ont caressé ; elles nous l'ont transmis, nous en avons fait une réalité.

Remontant le cours des âges pour rencontrer les premières traces de l'anesthésie, il faut nous ari'êler chez les Assyriens. Quand ils voulaient enlever le prépuce des jeunes gens, ils les privaient de mouvement et de sentiment en leur serrant la gorge.

Aristote connaissait ce pi^océdé^, puisqu'il dit dans son Histoire des animaux : « si les veines du cou se trouvent comprimées entièrement, on voit un homme fermer l'œil et

tomber sans sentiment, comme s'il était étranglé, bien qu'il ne le soit pas. » La compression du cou agit égalenient sur les Veines et les artères. Arisiote croyait que Tanesthésie était le résultat de la compression des veines, un médecin anglais, M. Fleming a démontré par de curieuses expériences {Britishand foreingmedico-chirurg. Review., p. 2S9, tom. xxx) que la seule compression des carotides produit presque immédiatement un sommeil profond avec insensibilité complète.

Les Ecoles grecque et latine connurent d'autres anesthésiques. Dioscorideet Pline les premiers parlent d'un agent minéral la Mempbite ou pierre de Mempliis, ainsi appelée, du lieu où on la rencontre. Cette substance était broyée et délayée dans du vinaigre; la partie sur laquelle on retendait devenait insensible. Les vertus sédatives de la pierre de Mempliis sont faciles à expliquer : broyé et délayé dans du vinaigre, ce sel calcaire donnait lieu à un grand dégagement d'acide carbonique; or les recherches commencées dés 1772 par Percival et continuées depuis paringenhousz, Beddoès, Ewart, Mojon, Simpson, ont suffisamment démontré les propriétés aneslhésiques locales de cet agent.

Dioscoride et Pline signalent la mandragore comme un agent somnifère et anesthésique des plus importants. Prise en boisson, ou inhalée, la mandragore rendait insensible ceux qu'on allait opérer.

La tradition porta jusqu'aux chirurgiens du moyen âge les propriétés merveilleuses de la mandragore, signalées par Discoride et Pline. Guy de Chauliac, Brunus, mais surtout Théodoric mentionnent des préparations anestliésiques. Théodoric tenailla sienne de son maître Hugues de Lucques; il la recommande aux ojjérateurs sous le

nom (le « Confectio soporis a chirurgia facienda secundum dominum Hugonem. »

Si nous en croyons Maistre Jehan Canappe en sa trn- (ludion « Le Guidon en francoys » (1538), Théodoric provoquait l'anesiliésie par inhalation. « Aucuns comme Théodoric leur donnent médecines obdormifères, qui les endorment afin que ne sentent incisions, comme opium, morelle, jusquiame, mandragore, ciguë, laitue, et plongent dedans esponge et la laissent sécher au soleil, et quand il est nécessité, ils mettent cette esponge en eau chaude et leur donne à odorer tant qu'ils prennent sommeil et s'endorment et quand ils sont endormis, ils font Topération. Puis avec une autre esponge baignée en vin aigre et appliquée sur les narines les éveillent, ou ils mettent dans les narines ou dans l'oreille succum vinse ou séné et ainsi les éveillent comme ils disent, » L'éponge devait rester dans l'èan chaude pendant une heure.

Dans son Histoire des plantes, notre illustre compatriote Dodonée dit à propos de la mandragore : « le vin auquel on a mis tremper ou cuire la racine de mandragore fait dormir et appaise toutes les douleurs, c'est pourquoi on la donne profitablement à ceux auxquels on veut couper, scier, ou brûler quelque partie du corps, afin qu'ils ne sentent la douleur.

ce La flaireur des pommes fait dormir, mais beaucoup moins leur jus pris à Tintérieur. »

Dans sa Démonomanie des sorciers (1598) , Bodin rend aussi témoignage aux propriétés ane'^thésiques de la mandragore.

» On peut bien endormir les personnes avc<; la mandragore cl autres breuvages narcotiques, en sorte que la per-

sonne semblera niorie et néanmoins, il y en a qu"on endort si bieti qu'ils ne se réveillent plus et cinulres ayant pris les breuvages dorment quelquefois trois ou quatre jours sans esveiller comme on fait en Turquie à ceux qu'on veut cbastrer et se pratiqua en un garçon du bas Languedoc étant esclave, qui depuis fut racheté. »

Les propriétés ar)esthésiques de la mandragore ont été du reste bien près de nous confirmées par les recherches d'un médecin français, M. Dauriol, qui rapporte dans le Journal de médecine et de chirurgie de Toulouse (i847) qu'il anesthésia, au moyen de cet agent, cinq personnes qui devaient être soumises à des opérations sanglantes.

Ou"y a-t-il déionnant d'ailleurs à ce que la mandragore produise l'insensibilité et à ce que les anciens s'en soient servis comme préventif de la douleur avant les grandes opéraiions? Un autre narcotique l'opium, a plus d'une fois réussi dans les mêmes circonstances. Nous lisons en effet dans une ihèse soutenue à Montpellier en 1849, par M. Courly, que quelques temps auparavant, à l'hôpital de risie à Berne, le professeur Hermann Demmc, nareoiisa si bien une femme à l'aide de lopium qu'il put, sans éveiller de douleurs, pratiquer sur elle la désarticulation coxo- fémorale.

Les faits que nous venons de citer suffisent à établir rpie l'antiquité et le moyen âge connurent l'ancsthésie, que les chirurgiens de ces éj)0(iues la prali(|uaienl avant les opérations, tantôt par iiigestion de certains liquides, tantôt par inli.ilations de certains gaz, tantôt en a|)plicatioiis locales. Nous f.iisons sans doute mieux, mais n()us ne faisons pas plu*.

Ça cl l;'i, dans tous les traités de chirurgie on trouve la

preuve du désir ardent qu'éprouvaient les chirurgiens de soustraire leurs malades à la douleur produite par les opérations. C'est ainsi que quelques-uns proposaient de faire sur la région intéressée des applications sédatives et narcotiques, que d'autres conseillaient l'action prolongée du froid, que d'autres imaginèrent de serrer avec force le membre qui devait être opéré, par des liens placés au dessus du point que l'incision devait atteindre. Il est si vrai que les chirurgiens du moyen âge connaissaient et pratiquaient l'anesthésie, que cette opération était tombée dans le domaine public et que les poètes et les littérateurs en parlent dans leurs écrits comme d'une chose fort ordinaire. Les vers suivants de Du Bartas , poète français du xvf siècle, impliquent Tidée d'un anesthésique pris en boisson :

Comme le médecin qui désire trancher

Quelque membre incurable, avant que d'approcher

Les glaives impileux de la part offensée,

Endort le patient d'une boisson glacée.

Puis sans nulle douleur, guidé d'usage et d'art

Pour sauver l'homme entier, il en coupe une part.

On lit dans Boccace, qui écrivait au xv° siècle, ce fait qui atteste d'une façon irrécusable qu'avant d'opérer les chirurgiens cherchaient à engourdir la sensibilité du patient.

« Advint que le cirurgien eut entre mains un patient qui avait une des jambes toute gastée et cognaissant d'où procédait le inal, dist à ses parents que si on ne luy estait un oz pourry qu'il avait en la jambe, il la luy féiuldrait couper, ou qu'il mourust, mais luy tirant l'oz qu'il pourrait guérir, toutefois qu'il ne l'entreprendrait sinon le tenant desjà pour mort. A quoy s'estant accordez, ceulx de

s ANESTHESIE PAR INJECTION.

qui il estait allié, ils le luy baillèrent pour tel. Le ciruriiiiii pensant que si le patient n'estait endormy, il ne seauniii endurer la peine et no se vouldrait laisser penser, feit son conte de ne commencer à faire ceste cure jusques au soir ensuivant, feit distiller au matin une eau d'une sienne certaine composition, laquelle (quand le patient en aurait ben) le ferait dormir autant de temps comme il mettrait à le pens(M'. » [Nouvelle X^, 4^ journée du Décaméron).

Ce n'étaient pas seulement les malades, qui devaient être oiiérés, qui prenaient des breuvages susceptibles de les mettre à l'abri de la douleur, mais il paraît même que les criminels qui devaient être torturés par la question savaient aussi se rendre insensibles.

Guillaume Bouchet, sieur de Brocourt, écrivain Poitevin du xvi^'siècle, dit dans son livre intitulé: Les Sèrées (soirées).

<i Mais si les criminels ont prins quelques breuvages que pourra faire le juge? Car Albert afferme que la pierre nommée mcmphite, pulvérisée et meslée en eau et beurre et prinse p;ir celuy qui doit èstre torturé, fait qu'il ne sentira aucun mal. Cardan dit aussi que celui qui sera oingt d'ojiium, de chelidoine, de saffranet de la mouëlle et de la grosse d'un homme avec de l'huile de lesards, ou s'il boit du vin où il y aura eu dedans pour huit jours de la seniL-nce de portulaca marina, que cela empeschera de sentir aucun mal et parconséquent de ne rien confesser. »

Le sieur de Brocourt se moque bien un peu de ce prétendu spécifique contre la douleur; il croit que cela est trop empreint de magie, mais il avoue pourtant que les criminels connaissaient un moyen de se soustraire aux douleurs de la torture, et il croit que ce fameux secret n'était :uitro chose u que le savon destrempé en eau claire, qu'on

leur faisait avaller, qui a cesle propriété de faire enlièrenient assoupirer les sens. »

Celte idée que n'était au moyen de savon que les criminels s'endormaient pendant qu'ils étaient soumis à la question, se trouve confirmée par un homme dont la parole mérite toute créance. Ce n'est plus un littérateur qui parle, cette fois c'est un magistrat qui a vu. Claude Lebrun, de la Rochette, advocat en la seneschaucée et siège présidial de Lyon et au baillage de Beaujolais, rapporte dans son livre intitulé : Le Procès criminel (1611).

a Quant à leurs ruses pour ne sentir les douleurs de Ki question, j'ai veu la première année de ma réception au barreau de Beaujolais qui fust en l'année 1588, que de quatre voleurs qui y estaient prisonniers, le chef nommé Grand François, homme d'une hauteur gigantale, appliqué à la question, s'y endormit et lui furent à force de les tirer, emportez les poulces des deux pieds, sans qu'il fît aucune démonstration de douleur et jusqu'à ce que l'un de ces compagnons descouvril qu'il avait encore mangé du savon qui a force de stupéfier les nerfs. Et le remède contre cette ruse estre de lui donner du vin, lequel suivant cet advis lui étant apporté et commandé de boire, il dit lors qu'il était mort et sans se plus faire tirer, confessa franchement une infinité de meurtres et de voleries pour Texination de quoi lui et ses compagnons furent rouez par sentence du sieur Thomasson, Prévost des maréchaux en Beaujolais. » Les assertions du sieur de Brocourt et de Claude Lebrun de la Rochette, sont confirmées par d'autres magistrats. Nicolas Eymeric , grand Inquisiteur d'Aragon, publia en 1338, le Directoire des Inquisiteurs que François Pegna, docteur en théologie, réimprima en 1538 avec des scho-

lies et des commentaires. Tous deux se plaignent dans cet ouvrage de Timpuissance de la question sur certains criminels. Ils constataient leur insensibilité pendant la torture, mais ne sachant comment elle était obtenue, ils invoquaient pour l'expliquer l'intervention du diable, de la sorcellerie et des sortilèges. « Et d'autres, qui par leurs sortilèges deviennent comme insensibles et mourraient dans les supplices plutôt que de rien avouer. Ces malheureux employent pour leurs maléfices, des passages de récriture, qu'ils écrivent d'une manière étrange sur des parchemins vierges ; ils y mêlent des noms d'anges que l'on ne connaît point, des cercles, des caractères particuliers et portent ces caractères sur quelque endroit caché de leur corps. Je ne sais pas encore de remède bien sûr contre ces sortilèges. On fera pourtant bien de visiter et de dépouiller les coupables avec soin avant de les mettre à la question. »

Un contempora'rfi de Pcgna, Etienne Taboureau rapporte également que ceux qui devaient être torturés recevaient, à prix d'argent, des geôliers, des remèdes qui les endormaient et les dérobaient aux horribles souffrances du supplice. Selon Taboureau l'anesthésie du supplicié était un fait si fréquent qu'il jugeait la question îi peu près inutile.

Dans leur magnifique Traité d'anesthésie chimrgicale, MM. Maurice Pcrrin et Ludger Lallemand, rapportent qu'Hippolylus, |)rofesseur de Jurisprudence à Bologne en 1524, assure avoir vu dans sa pratique criminelle des accusés demeurer connue endormis au milieu des tortures et plongés dans un engourdissement en tout semblable à celui qui résulterait de faction des narcotiques.

On ne saurait contester au moyen âge la connaissance

ANESTHÉSIE PAR INJECTION. Il

Je substances capables d'endormir et d'anesthésier ceux qui les avalaient ou les inhalaient :

Dans son livre sur la magie naturelle, J. B. Pesta consacre un chapitre aux médicaments somnifères, et il décrit ainsi le mode de conservation et d'administration d'une teinture de ce genre.

« Ces substances étant converties en essence, elles doivent être renfermées hermétiquement dans des vases de plomb, pour que la partie subtile ne s'en échappe point, car sans cette précaution le remède perdrait sa vertu j au moment de s'en servir on ôte le couvercle et Ton porte immédiatement le vase aux narines de la personne à endormir. Elle aspire les parties les plus subtiles de l'essence, et par ce moyen ses sens seront enfermés, comme dans une citadelle, de telle sorte qu'elle pourrait être enterrée dans le sommeil le plus profond, dont il ne serait possible de la tirer que par la plus grande violence. Après ce sommeil la personne n'éprouve aucune pesanteur de tète et n'a aucune connaissance de ce qui lui est arrivé. »

Dans un livre sur les choses merveilleuses publié en 1555, par Albert le Grand, on trouve la formule d'un liquide nommé eau ardente, qui produisait le sommeil quand on en respirait les vapeurs.

Il fallait distiller dans un alambic un mélange de vin foncé, de chaux vive, de sel commun, de tartre et de figues vertes et conserver dans un vase de verre le produit de cette di-tillation.

Nous avons soumis cette formule à nos honorables collègues MM. les professeurs Swartz et Du Moulin.

Ces savants chimistes croient que le produit de celte distillation ne [)0uvait être autre chose que de l'alcool dont

la puissance variait avec la qualité du vin et la durée de l'opération. Si Ton distillait jusqu'à siccité, divers produits empyreumaliques se mélangeaient à l'alcool.

Tout le monde sait que les vapeurs de l'alcool enivrent jusqu'au sommeil et l'insensibilité.

Les Chinois, qui nous ont devancé en tant de choses, n'ignoraient pas lanesthésie. Dans la Notice biographique d'un médecin chinois Hoa-Tho, qui vivait au m* siècle de notre ère, on lit « que quand il devait employer l'acupuncture ou les nioxas, il donnait aux malades une préparation de chanvre qui les rendait en quelques instants aussi insensibles que s'ils eussent été plongés dans l'ivres'^e, ou privés de vie » .

Le chanvre indien ou haschisch est doué de propriétés enivrantes bien connues de tout le monde, et cette phrase : ils devenaient aussi insensibles que s'ils eussent été plongés dans l'ivresse, montre bien que l'on savait, dès celte époque reculée, que l'ivresse éteint la sensibilité. Les Européens savent depuis fort longtemps que l'ivresse alcoolique stupéfie tellement le système nerveux que les opérations les plus graves pratiquées dans cet état ne sont point perçues par le malade. iMais l'ivresse, même sous l'égide d'une idée thérapeutique, n'est digne ni de l'art chirurgical, ni d'un malade qu'on respecte 5 c'est ce qui l'a toujours fait repousser.

Que d'enseignements en ces quelques pages, que d'idées à féconder! L'antiquité et le moyen âge avnicnt iiuroduit dans la pratique le principe de l'ancslliésie, ils l'avaient perfectionné dans la mesure de leurs connaissances ; les malades, les malfaiteurs eux-mêmes avaient profité de ses bienfaits, et pourtant, à un moment donné, les modernes,

ignorants ou sceptiques, déclarèrent que l'anesthésie n'était qu'une chimère.

Comme le Janus antique, la science doit avoir deux faces, l'une tournée vers le j3assé, l'autre regardant l'avenir.

L'art de guérir, a dit Hippocrate, ne saurait progresser que si les derniers venus ont soin de se pénétrer des travaux de leurs devanciers. Mais les modernes oublient trop leurs devanciers,' nous ne lisons plus les anciens, et Thisloire n'a été que trop souvent pour nous lettre morte.

L'anesthésie telle que le moyen âge nous la légua, n'était, nous dira-t-on peut-être, qu'une ébauche.

Mais ne valait-il pas mieux achever l'œuvre ébauchée que de se jeter dans le merveilleux et de demander au magnétisme cette insensibilité que nos prédécesseurs avaient su produire par des moyens scientifiques et rationnels.

Le magnétisme ne tint pas ses promesses et son succès d'un jour ne se reproduisit plus.

Ce fut alors (1839) que le plus illustre des chirurgiens de notre époque, Velpeau, prononça cette décourageante parole : « Eviter la douleur dans une opération est une chimère quil n'est plus permis de poursuivre aujourd'hui ; instrument tranchant et douleur, en médecine opératoire, sont deux mots qui ne se présentent pas l'un sans l'autre à l'esprit des malades et dont il faut nécessairement admettre l'association. »

C'est ou jamais le cas de s'écrier : « l'utopie est la réalité du lendemain ». A l'heure où Velpeau condamnait Tanesihésie, à Iheure où oublieux du passé, il condamnait toute recherche nouvelle sur ce sujet, l'anesthésie allait renaître, elle allait revoir les beaux jours qui avaient lui pour elle dans l'antiquité et le moyen ù'ge.

A la fin du siècle dernier, la chimie sortait de son enfance, une ère nouvelle commençait pour elle; Priestley et Lavoisier publiaient leurs remarquables travaux sur la composition des gaz et fixaient l'attention générale sur les propriétés de ces fluides. Profilant des découvertes de la chimie, la médecine se servit bientôt des inhalations gazeuses dans la thérapeutique d"une foule de maladies. Vers 1793, le docteur Beddoès fonda, à Bristol, le Pneumatic-Institui. A cet établissement était attaché un jeune chimiste qui devait un jour illustrer son nom, Humphry Davy, Le prntoxyde d'azote, Tacide carbonique, Téther étaient les gaz les plus régulièrement inhalés par les malades qui fréquentaient cet hôpital.

En étudiant leprotoxyde d"azote, en inhalaiit sesvapeurs, Davy s'aperçut de leur action sur la sensibilité; il se guérit en les respirant, une fois, d'une violente céphalalgie, un autre jour, d'une névralgie dentaire. Ce fut alors qu'il écrivit : « Comme les propriétés du protoxyde d"azote détruisent les douleurs physiques, elles pourront probablement être utilisées dans les opérations chirurgicales qui ne s'accompagnent pas d'une grande perte de sang ».

Voilà donc le principe de l'aneslhésie chirurgicale par inhalation, déjà trouvé par le moyen <àge, qui reparaît à l'horizon scientifique ; mais personne n'y prit garde, personne ne comprit l'importance de la révélation faite par Davy, et bientôt le silence se fit autour de la merveilleuse propriété que le chimiste anglais avait su découvrir dans le protoxyde d'azote.

Ce fut aussi dans le Pneumatic-Insiitut que les inhalations déther furent pratrquées pour la première fois; ce

ANESTHESIE PAR INECTION. 15

fut là qu'on reconnut tout d'abord les étranges propriétés de ce liquide.

Quelques années plus tard en 1824, le docteur Hickman démontra que l'acide carbonique en inhalation produit aussi Tinsensibilité.

Mais ces découvertes restèrent longtemps sans application bien positive; on se bornait dans les laboratoires et les cours de chimie à montrer aux élèves les propriétés soporeuses, anesthésiques de l'éther, de Tacide carbonique et du protoxyde d'azote, mais les chirurgiens, chose étrange, ne tiraient de ces expériences aucune déduction pratique.

Il est si vrai que l'action de Téther et du protoxyde d'azote était bien connue des chimistes, qu'il était de tradition dans les laboratoires de se faire respirer entre élèves ces vapeurs qui enivraient et procuraient aux uns une gaieté folle, aux autres des rêves délicieux. Il semble même que ce jeu des étudiants en chimie et des garçons pharmaciens ait franchi les limites du laboratoire, puisqu'on signala, tant en Angleterre qu'en Amérique, certains accidents survenus à. des personnes qui avaient abusé des inhalations déther.

Quelques esprits audacieux tentèrent même de se servir de l'anesthésie pour rendre insensibles les malades qu'on allait opérer. En 1828, M. Hickman, médecin à Londres, écrivit au roi Charles X pour lui faire connaître qu'il avait trouvé le moyen de produire l'insensibilité pendant les opérations. M. Hickman après de nombreuses expériences sur les animaux affirmait pouvoir aneslhésier les malades en leur faisant respirer méthodiquement certains gaz.

Ce fait était complètement oublié, mais quand en 1847

l'Académie retentit des premiers succès obtenus en Amérique par l'éthérisation, M. le docteur Gerardin (séance du 23 février) rappela que dix-neuf ans auparavant, alors que celle assemblée était encore divisée en trois sections, le Ministre avait adressé à l'une d'elles une lettre d'un médecin anglais .qui prétendait rendre les malades insensibles en leur faisant inhaler certains gaz.

Celte communication, dit M. Gerardin, fut alors accueillie avec de nombreuses marques de doute et d'incrédulité.

« Quelques membres s'opposèrent même formellement à ce qu'il y fût donné suite ».

« C'est avec regret, disent MM. Maurice Perrin et Ludger Lallemand, que nous rappelons ici la mesure peu libérale que l'Académie crut devoir prendre en cette circonstance. Un vote favorable eut peut-être avancé de vingt ans Tavénement de la méthode anesthésique et doté la France d'une grande découverte ».

Nous nous associons à ces regrets superflus ; mais l'Académie, la suite de notre travail le démontrera, ne devait pas profiler de cette dure leçon. Nous la trouverons quarante-six ans après aussi intolérante pour M. Oré, proposant l'anesthésie par injections veineuses, qu'elle le fut pour M. Hickman, proposant de produire l'insensibilité en faisant inhaler certains gaz par les malades.

Malgré l'accueil dédaigneux fait par l'Académie de France aux propositions de M. le docteur Hickman, quelques médecins ne se découragèrent pas, et, gardant toute leur foi en l'anesthésie, poursuivirent leurs recherches et leurs expériences. C'est ainsi qu'en 1842, un médecin d'Athènes, le docteur W. C. Long, se servit plusieurs fois de l'éther pour insensibiliser ses malades avant de les opérer. Mal-

heureusement ces recherches n'eurent pas le retentissement qu'elles méritaient.

Les faits que nous venons de reproduire établissent suffisamment que le principe de Tanesthésie fut bien découvert par les Européens; à un moment donné ils comprirent parfaitement toutes les applications qu'on pourrait en faire à la thérapeutique. Mais quand il fallut passer du domaine spéculatif dans le domaine pratique, l'audace leur manqua, et, pour n'avoir eu que la foi qui n'agit point, ils laissèrent aux Américains Ihonneur d'une découverte qui peut être comptée parmi les plus brillantes de notre siècle.

En 1844, un dentiste américain Horace Wells, d'Hartford, dans l'état de Connccticut, ayant été témoin dans les cours de chimie des effets produits chez l'homme et les animaux surtout, par les inhalations de protoxyde dazote, imagina de s'en servir pour extraire les dents. Ses expériences réussirent merveilleusement; les malades respiraient le protoxyde d'azote pendant quelques minutes, puis s'endormaient si profondément, que 25 d'entre eux subirent l'avulsion d'une dent sans ressentir la moindre souffrance.

Wells n'expérimenta pas seulement le protoxyde dazote, mais dès 1844, écrit-il à l'Académie de médecine de Paris (23 février 1847), il avait étudié les effets de l'éther.

Wells comprit qu'il tenait en ses mains un fait immense et, quittant sa petite ville, il vint à Boston pour montrer au public médical de cette cité qu'on pouvait rendre un malade insensible au point d'exécuter sur lui, sans qu'il les sentit, les opérations les plus douloureuses de la ciiirurgie. On ne le crut pas, pas plus que l'Académie de

Paris n'avait cru le médecin anglais qui s'était adressé à elle par l'intermédiaire du Ministre. Pourtant on daigna l'admettre à une expérience publique (décembre 1845]. Dans quelles conditions malheureuses, cette expérience fut-elle faite, nous Tignorons; tout ce que nous en savons, c'est qu'elle échoua complélemenl et qu'on ne crut pas devoir la recommencer. Wells regardé somme un fourbe ou un sot, retourna dans sa petite ville d'Hariford.

La tentative de Wells n'avait pas été sans retentissement, et si l'insuccès du dentiste d'Hartford avait pleinement convaincu les chirurgiens de l'inanité de sa découverte, il n'en était pas de même des dentistes, race, paraît-il, moins sceptique que la nôtre. Un autre dentiste, Morton de Boston, plus clairvoyant que ceux qui avaient repoussé et découragé Wells, se prit à réfléchir sur ce qu'il avait vu et entendu, et persuadé que l'expérience négative de Wells ne signifiait absolument rien, il entreprit de se livrer à de nouvelles recherches. Les connaissances chimiques manquant à Morton, il crut devoir recourir aux lumières d'un chimiste de Boston, M. Jackson. Ce fut en septembre 1846 que Jackson révéla à Morton les propriétés stupéfiantes de l'éther. Sividemment Jackson n'a rien à revendiquer dans celte découverte qui traînait depuis vingt ans dans tous les livres de chimie et de toxicologie et qui avait fait depuis longtemps l'objet d'expériences et de démonstration publique dans les écoles.

Le rôle de Morton dans l'histoire de l'anesthésic nous semble plus beau que celui de Jjckson • ni Morton, ni Jackson n'ont découvert les propriétés de l'éther, ni l'un ni lauire n'a rien imaginé, mais Morton a osé appliquer; il eut dan< cet agent merveilleux assez de confiance pour le

ANESTIIÉSIE PAR INJECTION. 19

foire respirera un malade jusquà perte complète de connaissance. Le dentiste Morlon ayant, grâce à réther, arraché quelques dents sans mal ni douleur, comme son confrère Wells Tavait fait, grâce aux vapeurs du protoxyde d'azote, chercha aussi le grand jour de la publicité et vint comme Wells demander aux chirurgiens, la consécration, je ne dirai pas de sa découverte ou de sa trouvaille, puisqu'il n'avait rien découvert ni trouvé, mais la consécration de sa conduite.

Et dans ce même hôpital de Massachusetts, à Boston, témoin de rinsuccè.s de Wells, Morton le 30 septembre 1846, endormit si bien un malade qu"il fut opéré sans la moindre souffrance parles docteurs Warren et do Hawyard. C'était un événement considérable, la nouvelle s'en répandit avec rapidité; communiquée par le docteur Bigelow au docteur Boots de Londres, celui-ci essaya l'éther le 19 décembre pour l'extraction d'une dent et, le 21 décembre, Liston pratiqua à Ihôpilal de TUniversité une amputation de cuisse; l'opération fut supportée sans douleur aucune.

Tous les chirurgiens américains et anglais s'accordèrent bientôt à reconnaître que les inspirations d'éther avaient réellement la propriété de suspendre la sensibilité, tous semblaient complètement rassurés sur les inconvénients possibles de la nouvelle méthode.

L'accueil qu'elle reçut en France, fut loin d'être aussi favorable qu'en Angleterre; bien que l'anesihésie eut déjà fait ses preuves entre des mains illustres, elle ne séduisit pas tout d'abord les chirurgiens français.

« Il y a six semaines environ, disait Velpeau, le 12 janvier 1847, devant l'Académie de médecine, qu'on est venu me proposer de faire dans mon service l'essai du nouveau

moyen d'endormir les malades, mais sans me dire en quoi consistait ce moyen j je ne dus pas y consentir. Peu de jours après je connus le procédé par une lettre de Boston. Javoiie qu'alors même je n'osai pas en faire l'essai. L'éther n'est pas une substance indifférente pour l'économie. J'ai craint que Tinspiraiion d'une grande quantité d'éther ne produisit quelque accident sérieux qui contrebalançât l'avantage qu'en aurait pu tirer le malade et je me suis abstenu. Je me suis demandé d'ailleurs, sans pouvoir résoudre la question, jusqu'à quel point l'effet produit par l'éiher serait assez durable pour être de quelque utilité dans une opération de longue durée. »

Mais toutes ces «rainles, toutes ces hésitations n'avaient plus de fondement, les faits qui s'étaient multipliés en Amérique et en Angleterre ne parlaient-ils donc déjà pas assez haut?

Le 18 janvier, l'illustre chirurgien prenant de nouveau la parole devant l'Académie fut moins favorable encore que la première fois à la nouvelle méthode.

« Depuis quelques jours, disait-il, j'ai fait l'essai de ce nouveau procédé et les effets que j'en ai obtenus sont fort divers et en général peu satisfaisants. Je crois en résumé, qu'il est nécessaire de n'accepter qu'avec une grande réserve les conclusions que l'on voudrait tirer des faits de cette nature, et il ne m'est d'ailleurs pas prouvé encore que Vemploi de celte méthode soit sans inconvénient. »

Yelpeau ne fut pas seul à exprimer celte réserve, cette défiance à l'égard d'une mélhode que les Américains et les Anglais entourèrent immédiatement de la plus haute faveur..

Dans la même séance un autre chirurgien, non moins autorisé, Roux, dirait :

ANESTHESIE PAR INJECTION. iîl

• « J'ai répété quatre ou cinq fois rcxpéricncc et je n'ai obtenu jusqu'à présent aucun résultat. Je crois en résumé que c'est une question beaucoup plus complexe qu'on ne le pense, je déplore même en rai.^on de l'importance de cette question, la publicité prématurée qui lui a été donnée. »

Les chirurgiens français furent moins heureux dans leurs premières expériences que leurs confrères d'Amérique et d'Angleterre ; ce n'est pas seulement à Paris que la nouvelle méthode échoua, il parait que les mêmes revers se produisirent à Lyon.

Nous lisons en effet dans la Gazette médicale du 13 février 1847, dans une" lettre de M. Diday, sur Temploides inhalations éthérées : a Comme à Paris, divergence extrême entre les effets. Action tantôt nulle, tantôt incomplète, plus rarement décisive, et, comme le disait très-loyalement et très-véridiquement M. Bonnet à la Société de médecine de Lyon, Tassoupissement complet a été ici un fait exceptionnel. » ♦

C'est à ce moment où le doute se faisait dans les esprits, que le plus illustre des physiologistes français jeta l'anailième sur la nouvelle méthode et demanda sa condamna-^ lion à l'Académie des sciences.

« Je n.^ puis, je l'avoue, disait Magendie, m'associer, dans celte circonstance, à cette espèce d'enthousiasme général dont je suis témoin. Ce que je vois de plus certain dans tout cela c'est que les chirurgiens font des expériences sur l'espèce humaine san-^ savoir ce qu'ils produiront, ni quels sont les résultats qu'ils obtiendront. Cette conduite n'a peut-être pas toute la moralité désirable. On expérimente sur des hommes un mayen que dans trois mois peut-è* on n'emploiera plus. A mes yeux la nouvelle méth^

22 ANESTHÉSIE PAR I.NJECTIO.\.

sujette à des inconvénients graves, et je ne saurais trop vivement protester contre la généralisation d'un semblable moyen. Je sais bien que mes confrères agissent dans un but de pliilantropie, mais leui's expériences doivent être réprouvées, car elles peuvent déterminer de graves accidents et j'insiste sur ce point, elles sont immorales. »

Au nom de la science, de IMiumanité et de la moralité, Tun des membres les plus éminents de l'Académie des sciences demandait qu'on renonçât à la nouvelle métbode, qu'on renonçât à rendre insensibles ceux qu'on allait opérer. Quel blasphème !

Ce fut un bonheur que la question eût déjà été jugée par l'Amérique et l'Angleterre, la vérité avait été reconnue et proclamée par ces deux grands pays, la France dut l'accepter. Dieu sait ce qiu' serait advenu si elle avait été le premier juge de l'anesthésie !

Un an s'était à peine écoulé depuis l'introduction de i'éther daps la pratique chirurgicale, que Simpson reconnut les avantages et la puissance du chloroforme, mais cet agent plus merveilleux et plus terrible encore que I'éther, selon, l'expression de Flourens, n'entra dans le domaine chirurgical que pnr droit de conquête, on lui disputa vivement la place qu'il y occupe aujourd'hui. Les chirurgiens se partagèrent en deux camps, d'un côté les j)artisans de I'éther, de l'autre ceux du chloroforme. On reprocha au chloroforme d'èlre meurtrier et en quelques années on releva à sa charge deux cents cas de mort. Le chloroforme a tué bien du monde, nous sommes forcés de le reconnaître, mais toutes proportions gardées I'éther en a-i-il moins tué? Le docteur Kiild cite quarante-quatre cas de mort par I'éther, et cette statistique se trouve confirmée par celle de

la société de médecine de Boston qui après s'être livrée à une enquête minutieuse a découvert quarante et un cas où léther avait produit la mort du malade. Si le chloroforme a produit plus d'accidents que l'éther, cela tient à ce que le chloroforme possède une puissance anesthésique bien supérieure à celle de l'éther, cela tient aussi à ce que le premier de ces agents a été bien plus employé que le second.

Le chloroforme est resté maître du terrain, et depuis vingt-cinq ans, on peut dire, qu'il est le principal agent de l'anesthésie.

Loin de nous la pensée de le décrier, ses services sont trop éclatants, mais loin de nous aussi la pensée de le regarder comme un moyen prompt, sûr et innocent de produire l'insensibilité du malade.

Nul ne contestera que la chloroformisalion ne soit une opération sérieuse, délicate qui ne doit être confiée qu'à des mains habiles et exercées. Mal conduite, la chloroformisalion peut être mortelle, les faits sont là pour attester la vérité de ce que nous avançons et les faits établissent aussi que des accidents irrémédiables se sont produits entre les mains des plus habiles. Si beaucoup de malades s'endorment aisément en respirant les vapeurs du chloroforme, il en est, et il ne sont pas rares, qui restent absolument réfractaires à leur action. Il en est beaucoup qui la subissent d'une façon incomplète, qui ont senti toutes les douleurs de l'opération, mais qui ne s'en souviennent plus au réveil. Comme les vapeurs du vin enlèvent à l'ivrogne le souvenir de ce qu'il a fait, de ce qu'il a dit, les vapeurs du chloroforme enlèvent au patient le souvenir de ses souffrances, mais les cris qu'il a poussés, les paroles

suppliantes qu'il a prononcées attestent tout ce que l'opération a eu de douloureux pour lui. Que de fois les symptômes d'asphyxie que présente le malade pendant la chloroformisation n'inquiètent-ils pas les chirurgiens? L'anesthésie doit être interrompue, reprise, suspendue encore et le temps s'écoule et l'insensibilité ne se produit pas.

Ceux qui ont beaucoup chloroformé savent que ce n'est pas un tableau de fantaisie que nous traçons. C'est une photographie. Si le chloroforme avait été un agent si fidèle, pourquoi aurait-on voulu lui substituer tant d'autres substances dont l'infidélité fut reconnue égale à la sienne?

Telle que nous la pratiquons l'anesthésie a rendu d'immenses services, mais est-elle si parfaite qu'on ne . puisse la perfectionner? Ne peut-on rêver une insensibilité plus facile à obtenir, plus complète, plus prolongée, plus assurée que celle que nous obtenons par les inhalations d'éther, de chloroforme ou d'autres agents employés actuellement ? Cette question que beaucoup de chirurgiens se sont posée a fait l'objet des études de M. Oré, professeur de physiologie à la Faculté de médecine de Bordeaux, et notre honorable collègue croit l'avoir résolue en découvrant une nouvelle méthode de produire l'anesthésie.

Nous avons attaché à la parole de M. Oré une importance extrême, ce ne sont plus des dentistes n'ayant que des connaissances superficielles sur l'organisme et sur la physiologie humaine qui viennent, comme en 1844 et 1846, nous enseigner la manière d'éteindre la sensibilité de ceux qui vont subir une opération chirurgicale ; cotte fois, c'est un [diysiologiste éminent, dont les recherches expérimentales ont fixé depuis plusieurs années l'attention du monde

scientifique, c'est un savant de tout premier ordre qui soumet à l'avis de ses confrères un moyen nouveau de produire l'anesthésie, moyen longuement étudié déjà par des expériences faites sur les animaux et sur l'homme même.

Nous voulons parler des injections intra-veineuses de chloral.

L'idée d'ouvrir le cercle fermé de l'appareil circulatoire est effrayante au premier abord, mais ne serait-ce peutêtre pas son apparente nouveauté qui provoquerait surtout la crainte dont tant de personnes semblent saisies'? Il n'y a pourtant rien de si nouveau dans les injections intra-veineuses, peut-être même pourrait-on dire qu'il n'y a rien de si vieux dans notre art.

En 1870, un jeune médecin français, fort distingué déjà, M. le docteur Ladevi-Roche a publié un ouvrage fort remarquable sur VHistoire des injections médicamenteuses dans les veines . Nous en recommandons instamment la lecture à ceux de nos honorables confrères qui voudront se faire une opinion raisonnée et personnelle sur la question soulevée par M. le professeur Oré.

• Nous allons en attendant mettre sous les yeux du lecteur les points les plus importants de l'historique des infusions veineuses, si bien exposé par M, Ladevi-Roche.

Page 1