‹ De l'Aphasie HystériqueChapitre 12 sur 14 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

En présence d’un cas du genre de ceux que nous avons rapportés, deux questions se posent immédiatement :

lo La perte du langage est-elle due à de l'aphasie.

2 Le sujet est-il hystérique et peut-on attribuer l'aphasie à cette névrose.

Il ne sera pas difficile, en général, de reconnaître l’aphasie. Du reste, nous n'avons pas à traiter ici du diagnostic différentiel en général, Nous voulons seulement signaler certains troubles du langage qui se rencontrent fréquemment dans l’hystérie, et qui, il n’y a pas longtempsencore,étaient compris sous la même dénomination. Pour la paralysie ou la contracture de la langue, il suffira de songer à examiner les malades pour constater l'intégrité ou l’altération de la motilité de cet organe. L'articulation de mots est de plus tremblée, embrouillée chez les individus atteints de glossoplégie. Si l'obstacle à l'émission des mots a son siège dans le larynx, la constatation, quoique plus délicate, sera encore très facile à faire et l’on pourra avoir recours à l'examen au laryngoscope (1).

Dans l'aphonie, la parole se trouve supprimée au même degré que les sons inarticulés. Sans parler des cas où la voix est plutôt éteinte qu'entièrement abolie, et pour lesquels le doute ne saurait exister, les aphoniques

(1) Cette paralysie des Cordes vocales est presque toujours bilatérale, l'examen laryngoscopique permet de voir l'écartement des cordes vocales et leur impossibilité de se rapprocher sous l'influence des efforts de phonation. La muqueuse laryrgée est normale. Les cordes vocales paraissent quelquelois auomentées d'épaisseur par suite de leur retrait dû à la paralysie*

Axenfeld, derniere édition.)

AN qui sont absolument incapables d’articuler un mot, sont également incapables d'émettre un son.

Les aphasiques, au contraire, peuvent la plupart du temps prononcer un ou deux monosyllabes, quelquefois un ou deux mots, et cela, avec la plus grande netteté, au point de vue de l’intensité du son.

Dans les spasmes du {larynx qu'on observe précisément dans l’hystérie et qui ne nous paraissent guère pouvoir être confondus, en même temps qu’une gêne plus ou moins grande de la parole, il y a toujours de la difficulté dans la respiration, difficulté qui peut aller parfois jusqu'à la suffocation et l’asphyxie. Il n’y a rien de semblable dans l’aphasie. Le mutisme simulé se distingue facilement de l’aphasie. Les malades loin de faire mouvoir leur langue et s’efforcer de faire des mots, restent les lèvres closes ; 11s simulent mal, parce qu'ils n’ont pas eu l’occasion d'assister à ces crises et ignorent leur mécanisme. Cependant, on devra toujours se défier des supercheries des hystériques et se rappeler leur tendance souvent insurmontable à la simulation et l'énergie qu’elles y apportent,

Un autre signe pourrait se rencontrer concurremment avec la logoplégie.

Nous voulons parler de la coexistence possible d'une des formes d’aphasie. La constatation, en général assez facile, d’agraphie, de cécité ou de surdité verbale assurerait presque certainement le diagnostic d'aphasie motrice.

Le second point capital sera d’établir que le sujet est hystérique et qu’à cela est dne l’aphasie. Ce phénomène, du reste, sirare dans cette névrose, loin d’être pris pour un élément de diagnostic, en éloignerait plutôt. Ce n'est qu'après avoir bien constaté les signes certains de l’hystérie et examiné les affections qui donnent lieu le plus habituellement à ce symptôme, que l'on pourra conclure à sa signification véritable. Nous n'avons pas à passer

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en revue les affections si nombreuses et si diverses, dans lesquelles la perte du langage a été constatée. Un grand nombre s'éliminent d’ell«s-mêmes. Telles les maladies fébriles ou éruptives (4). Quant au diabète et à l’albuminurie, l'examen de l'urine lèverait tous les doutes. Il ne peut y avoir d’hésitation que pour l'épilepsie ou certaines lésions organiques cérébrales.

Les attaques d’épilepsie peuvent facilement, soit qu’on y assiste, soit par les commémoratifs et l'examen du malade, être différenciées des attaques de nerfs.

Pour ce qui est des diverses affections cérébrales, qui entraînent si souvent avec elles la perte du langage, elles sont accompagnées en général d’autres symptômes qui permettront facilement de les reconnaître. Il ne faudrait pas, toutefois, oublier que l'existence d’une hémiplégie, d’une paralysie brachiale ou autre, peut se rencontrer dans l’hystérie et que la constatation d’un de ces symptômes ne suffirait pas pour éliminer cette dernière affection.

Todd prétend à ce sujet que la face est toujours respectée dans les hémiplégies hystériques; c’est là un caractère qui, dans certains cas, pourrait puissamment aider au diagnostic.

Ajoutons à cela que la marche ultérieure de l’aphasie renseignera bientôt à ce sujet. Nous avons vu, en effet, qu’autant les aphasies dues à une lésion organique du

(1) Les fièvres graves, les maladies adynamiques par le fait de la déchéance organique qu'elles provoquent développent chez un individu la tendance à lhystérie. Aussi Trousseau cite un cas de paraplégie survenu pendant la convalescence d’une fièvre typhoïde et qu'il rapporte à la nature hystérique du sujet. Il n’y aurait rien d’étonnant qu'il en soit de même pour certaines aphasies survenues dans la convalescence de maladies graves,

On a observé des aphasies transitoires dans les fièvres intermittentes, Ëlles apparaissent subitement en même temps que l'accès et disparaissent avec lui; sauf chez les individus cachectiques et dans les accès de fièvre pernicieuse où elles apparaissent lentement et sont ordinairement accompagnées d'hémiplégie. Dans ce dernier cas l'intelligence est atteinte,

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cerveau étaient complexes et tenaces, accompagnées de troubles de l'intelligence, autant les aphasies hystériques sont simples et fugaces et dépourvues de dépression intellectuelle.

Les premières guérissent rarement ou tout au moins lentement et progressivement; les autres disparaissent subitement et peuvent récidiver de même.

Le pronostic découle de la précision du diagnostic.

Autant sont graves, en effet, les troubles du langage résultant d’une affection organique, telles que ramollissement, tumeur cérébrale, etc., par le fait même de leur pathogénie, autant sont fugaces et relativement bénignes les aphasies hystériques. La durée des crises, la fréquence des rechutes semblent être subordonnées à l’état général du sujet, à la forme plus ou moins grave de l'hystérie; mais nous ne pouvons avoir de données précises à cet égard, les malades dont nous rapportons l’histoire ayant été suivies pendant trop peu de temps. Il est probable que, par un traitement convenablement dirigé, par la suppression de chagrins, d'ennuis, on pourra obtenir, sinon une guérison complète, du moins une diminution dans la durée et la fréquence des crises d’aphasie, comme chez la malade de M. Legrand du Saulle.

(1) Fournier. De la syphilis cérébrale.

(2) Voir Maurisc. Des aphasies syphilitiques.

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