LEURS INDICATIONS
Dans l'appréciation des appareils orthopédiques, nous comprendrons non seulement les machines qui, depuis long-temps, sont en possession d'être regardées comme essentiellement dévolues a l'orthopédie , mais encore d'autres moyens qui sont susceptibles de remplir, en agissant mécaniquement , des indications évidemment orthopédiques. Ainsi , les appareils inamovibles, le plâtre coulé, certains appareils pour la réduction des luxations anciennes , etc. , etc. Nous nous bornerons, dans les généralités, à cette simple indication , nous réservant l'étude appréciative de ces divers moyens au fur et â mesure que nous serons conduits à leurs cas particuliers d'application.
11 est inutile aujourd'hui de faire une démonstration en règle de l'utilité des appareils orthopédiques.
Ceux qui, comme Wilson , ont eu la pensée de proscrire, dVne manière générale, ces appareils, Savaient conçu à leur égard des préventions défavorables, que parce qu'ils avaient mal observé ou mal interprété les résultats de Inobservation , ou bien parce qu'ils avaient été témoins d'applications mal entendues et vicieuses des appareils orthopédiques. 11 est dans la destinée des moyens les meilleurs de provoquer des exclusions de cette nature, quand ils ont été 1 objet de quelques contre-sens dans leur application. C'est ainsi que des pressions exercées sur le bassin de sujets rachitiques, ont pu y développer des vices de conformation dus à Fimpéritie de ceux qui dirigeaient le traitement : c'est ainsi que , plus d^une fois , on a substitué à une déviation moindre, une déviation plus grande, ou qu’enfin on a même déterminé des accidents d\me nature tout- a- fait grave , soit par exagération dans le degré d'intensité des moyens , soit par l'Inopportunité de leur emploi.
On devra donc apporter l'attention la plus scrupuleuse dans la recherche des indications , et se rappeler que Fon peut aggraver, de la manière la plus fâcheuse, Fétat des malades que 1 on soumettrait mal à propos à Faction des appareils orthopédiques. Est-il besoin de rappeler tout ce qu'il y a dÛrrationnel et d abusif dans la direction d^un traitement orthopédique, confié a d^autres mains qu'a celles des hommes qui ont une connaissance vraiment médicale de Forganisme et de ses maladies ?
Il est si vrai que c'est seulement entre les mains des médecins que F emploi des appareils orthopédiques peut être véritablement fructueux et sûrement inoffensif pour les malades, que souvent Fon n'a encore rem-
pli qu’une partie de la tâche , quand on a déjà résolu des problèmes très-délicats relativement à. Fappropriation des moyens à chaque cas particulier, et qu’il faut encore tenir compte d'une foule de considérations relatives à Page , au sexe , aux tempéraments , â 1 idiosyncrasie , et â des maladies qui co- existent avec la lésion orthopédique ( qu’on me passe l’expression ) , et dont l’existence actuelle, ou le germe, ne peut ctre soupçonnée et reconnue que par le médecin.
Redresser les parties du corps qui sont déviées, telle est Findication la plus générale des appareils orthopédiques. Ces appareils doivent leur principale puissance à ce qu’ils agissent: 1° avec une continuité plus constante que celle de beaucoup d’autres appareils de chirurgie ; 2° avec une graduabilité diction cpii permet de lutter d’une manière progressive en gagnant toujours du terrain , au fur et â mesure de la rétrocession des obstacles. On peut donc dire , d’une manière générale, qu’ils sont indiqués toutes les fois qu’il s’agit de produire sur nos organes, en vue de détruire une déviation , une action mécanique continue et graduée. Ainsi, par exemple, s’agit-il d’imiter ce fait si souvent reproduit dans l’organisme, de la dépression et de l’atrophie du système osseux, par une pression long-temps continuée, les appareils orthopédiques sont indiqués. S’agit-il de produire sur le meme système un allongement dont nous voyons encore de fréquents exemples dans l’influence de causes purement mécaniques, l’indication est encore évidente.
Ce n’est pas seulement pour des déviations purement osseuses, que sont employés les appareils orthopédiques, c’est aussi pour des états particuliers aux organes musculaires et ligamenteux. En ce qui regarde
les muscles , les appareils orthopédiques peuvent avoir pour objet de remédier : 1° à leur état de contracture qu’il ne faut pas confondre avec une rigidité purement spasmodique; 2° aune faiblesse relative qui nécessite Faction auxiliaire de certains appareils ; 3° enfin, à un état de paralysie confirmée dans lequel une puissance artificielle doit subvenir a Fabsence complète des fonctions. Quant aux tissus ligamenteux ( ligaments normaux rétractés ? ligaments de formation nouvelle, brides, tissu modulaire), ils peuvent aussi comporter Inapplication des appareils.
Parmi les circonstances formant contre-indication absolue a F emploi des appareils orthopédiques, nous devons mentionner les dispositions organiques telles que Faction des appareils ne peut détruire la difformité existante, qu’en lui substituant une lésion plus fâcheuse. Ainsi, lorsque, dans certaines ankylosés très anciennes, la configuration des surfaces a été altérée à un point tel qu’on ne peut détruire Fankylose qu’en produisant une luxation, il ne faut pas recourir à Pemploi des appareils ; d’autres contre-indications naissent de certains états morbides du système osseux et des articulations , ramollissement, inflammations, destruction partielle, mal de Pott; certaines ankylosés , certaines cicatrices, etc.
Il y aurait ici, sans aucun doute, des considérations neuves et importantes a exposer sur la question de Page des sujets auxquels peut être faite l’application des appareils orthopédiques : cette question, que je formulerai en ces termes : de V âge , dans ses rapports avec V application des appareils orthopédiques, devrait comprendre ce qui a trait aux limites d’âge en-deçâ et au-dela desquelles ne doit pas être faite l’application
des appareils ; la question de savoir si , dans certaines difformités , il n’est pas convenable de temporiser et d'attendre telle ou telle époque de la vie offrant plus de chances pour le succès des moyens mécaniques ; ce qu’exigent de modifications appropriées a Page, la construction et le mode d’application des appareils, la durée de cette application , le degré d’intensité d’action , les lieux d’application, etc., etc. On comprendra que les détails d’une pareille question, et de tant d’autres, que je me bornerai aussi a indiquer, m’entraîneraient bien au-delà des limites que m’impose l’immense étendue du sujet que j’ai à traiter.
La question des âges se présenterait même ici sous une multitude d’aspects , à cause des changements profonds que le travail si curieux et si complexe de l’ossification amène dans la structure , dans la résistance , dans les connexions des os; car, pour le système osseux, Page , ce n’est pas seulement , comme pour d’autres organes, une série de changements dans les dimensions, c’est encore une succession de phases dans lesquelles , la nature même de l’organe peut changer complètement, témoin les parties cartilagineuses qui sont remplacées par du tissu osseux , et le fait si capital de la soudure des épiphyses.
Le sexe et le tempérament, ainsi que les idiosyncrasies, sont loin de comporter une étude aussi minutieuse que celle de l’âge, dans le sujet qui nous occupe. Mais il n’en est pas ainsi de la question des maladies : en effet, il en est dont l’existence constitue une contreindication formelle à l’emploi des appareils orthopédiques, comme il en est d’autres dont le cours peut être modifié favorablement par l’emploi de ce genre de moyens. Il n’est question ici , bien entendu , que des
maladies qui co- existent avec des lésions comportant par elles-mêmes, Inapplication des appareils, nous voulons parler des maladies des organes renfermés dans les cavités viscérales.
Quant à Fappréciation des appareils sous le rapport de leur but général , il est le même que celui qu'on se propose par Fensemble des moyens orthopédiques , et nous ivavons pas à y insister.