La tierce, la quarte de Nazard, etc
pageant autour du centre d'ébranlement, à mesure que chaque molécule s'anime du mouvement général, forment ce tissu aérien de sons déliés, inappréciables, dont se revêt le son principal.
Parmi les organes que IWrt s'est créés, aucun ne sauroit être comparé cà l'orgue : il les domine tous des hauteurs de sa royauté solitaire. D'origine ancienne, il fut loin d'abord d'être ce qu'il devint depuis, durant les âges de foi, par une sorte de croissance spontanée. Quel que soit toutefois le degré de perfection qu'il ait atteint, il ne représente point l'Art entier, mais seulement l'Art dans ses relations avec un certain type du Beau, avec les conceptions et les sentiments qu'expriment, en des langages divers, l'architecture, la sculpture et la peinture chrétienne. On ne doit donc lui demander rien de plus, et on le lui demanderoit vainement. Son lieu, c'est la vieille cathédrale ; ce qu'il dit n'a de sens que là. Transportez-le dans un temple grec, dans une mosquée, dans une pagode, il y restera muet, ou n'y parlera qu'une langue inintelligible.
Tous les autres instruments se divisent en deux classes, les instruments à vent, les instruments à cordes. Ceux-ci ont une liaison immédiate avec l'harmonie ; seuls ils donnent les accords par une suite de leur nature même et de sa dépendance directe des lois physiques qui déterminent les rapports entre
les intervalles et les rendent mesurables. Envisagés en soi, les instruments à vent correspondent aux voix des êtres animés inférieurs à l'homme. Le souffle leur communique quelque chose de vivant, qui se fait sentir dans leur timbre même. Ce n'est pas l'homme encore, mais c'en est une obscure, une imparfaite image. Au moment où sa voix retentit dans la Création, l'Art réel apparoit, en devenant l'expression de la pensée et de l'amour supérieur que règlent les lois morales et intellectuelles.
C'est ici le lieu de rappeler ce que nous avons dit^ de la puissance inhérente aux sons, et qui oblige à concevoir divers ordres de sons, correspondants aux divers ordres de sentiments que la musique a pour but d'exprimer. Ces divers ordres de sons constituent les difl'érentes tonalités et les différents modes. De là l'importance que les anciens attachoient à ces éléments fondamentaux de l'art musical. En des temps où les dogmes religieux, les préceptes moraux, les lois et les traditions nationales, confiés uniquement à la mémoire, ne se conservoient que par le chant, il est aisé de comprendre que ces chants aient dû être réglés par le législateur, et que, selon les lieux et l'organisation sociale, les prêtres ou les magistrats veiUassent at-
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tentivement à ce qu'ils ne reçussent aucune altération, non-seulement quant aux paroles qui gravoient les enseignements dans l'esprit, mais encore quant aux modes et à la tonalité, dont l'eiTet étoit d'exciter, par l'action physiologique du son, les sentiments que dévoient réveiller ces paroles. Le bon ordre de la société, la révérence universelle pour les choses consacrées, la sainteté des mœurs en dépendoient évidemment. Un changement apporté à la tonalité, l'introduction d'un nouveau mode, pouvoient avoir, suivant la nature des impressions qui s'y rattachoient, les plus graves conséquences pour la morale publique, et tendre à ébranler les institutions établies. Certains sons, certains rhythmes, contribuoient puissamment à entretenir l'esprit religieux, le courage guerrier, le dévouement à la patrie, toutes les mâles et austères vertus. D'autres rhythmes, d'autres sons provoquoient, au contraire, à la mollesse, à la volupté, et, par leur influence énervante, engendroient ces habitudes lâches, efféminées, cette corruption profonde, si funestes à quelques nations de l'Asie, d'où avec leur musique ' elles pénètrent chez d'autres peuples, que leur
1. C'est ce qui arriva ea Egypte, pendant la domination des Perses, après l'invasion de Cambyse. Lorsque ensuite elle eut secoué le joug, l'ordre sacerdotal tenta vainement de remettre en vigueur les règles et les coutumes antiques.
simplicité primitive ou la sage rigueur de leurs lois en avoient préservés jusque-là.
Ajouter une corde à la lyre, c'étoit, parmi les Grecs et les Égyptiens, préparer une révolution politique et religieuse, car c'étoit en faire une dans la musique conservatrice des bases de l'État, dans le caractère du discours, dans la poésie, dans la langue même. Les premiers instruments, comme nous l'avons déjà remarqué, servoient, en effet, seulement à donner le ton à la voix, à l'y maintenir, à lui fournir des points d'appui pour les diverses inflexions des accents, et à déterminer les limites où elle devoit se renfermer; enfin, à marquer le rhythme et la cadence du vers, du chant ou de la danse. Les mêmes sons dont se composoit la tonalité génératrice des modes légalement admis étoient aussi ceux sur lesquels les anciens avoient fondé les principes et les règles de leur prosodie et de leurs modulations oratoires. La mélodie du discours embrassoit, suivant Denys d'Halicarnasse, un intervalle de quinte : elle ne s'élevoit pas au delà de trois tons et demi vers l'aigu, et ne s'abaissoit pas vers le grave au delà de cet intervalle : « Mais, » ajoute X'illoteau, « ces principes fondés sur le sys- (( tème de l'accord de la lyre à quatre cordes des (( drecs étoient une extension de ceux que les anci ciens Égyptiens avoient déterminés dans l'accord
(( de leur lyre à trois cordes. Dans l'accord de la H lyre à trois cordes, le son du milieu formoit la (( quarte avec le grave et avec l'aigu, et les deux (( sons extrêmes rendoient l'octave : c'étoit la plus (( grande étendue que la voix devoit parcourir dans « le discours ordinaire'. »
On voit quels liens étroits unissoient dans l'antiquité la musique et la parole, ou plutôt comment la musique n'étoit que la parole môme soumise à des lois dérivées de la nature du son et de la nature de l'homme, afin d'en augmenter la puissance et d'en diriger l'action à certaines fins d'ordre et de perfectionnement; d'où il suit que l'expression morale en formoit la partie la plus importante. En répétant leurs chants religieux, les peuples, élevés au-dessus du mondç des corps et de ses phénomènes, reportoient leur pensée vers la source infinie de tout ce qui est ; ils s'exerçoient à l'adoration, à la prière, aux contemplations qui détachent des choses infimes et passagères. D'autres chants leur rappeloient les enseignements du devoir, réveilloient, nourrissoient en eux les aflections légitimes et pures, affermissoient au fond des cœurs les saintes relations sur lesquelles reposent et la famille et, la cité. Car, nous ne saurions trop le