RÉSUMÉ GÉNÉRAL
Dans un rapport présenté en 1850 à l'Académie royale de Relgique, M. Quételet indiquait de cette manière saisissante la difTérence qui existe entre la pauvreté et le l>aupérisme :
« Quand une pièce de bois porte une charge elle plie, « et elle plie d'autant plus que la charge est plus grande ; « si ou enlève le poids, la pièce de bois, par l'efTet de « l'élasticité, se redresse et revient à son premier état, si (I cependant la charge a dépassé certaines limites et pesé (( pendant un temps trop prolongé, l'effet de l'élasticité se (( trouve détruit et la pièce de bois reste courbée, ses pro- « priétés primitives ont été altérées. De même dans une K misère excessive et prolongée on conçoit que le moral « de l'homme puisse perdre son ressort et se dénaturer. Il « ne suffit plus de faire revivre le travail, de faire cesser (( la misère pour que tout rentre dans son premier état. »
Le devoir des Gouvernements et des particuliers est donc de lutter sans trêve ni merci pour échapper aux atteintes du paupérisme qui ronge et détruit les nations ; les moyens directs sont impuissants, on doit remonter à l'origine (hi mal et en tarir la source. Une comparaison empruntée aux scènes de la nature fera comprendre cette pensée.
De hautes montagnes ont été imprudemment déboisées, la terre elle-même a perdu son revêtement de gazon, les pluies et les neiges fondues dont rien n'arrête le cours se
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pi'écipilenl eu toneiits qui dévaslcut au loin la caujpagne et recouvrent d'un mélange de sable et de pierres des plaines autrefois fertiles. Pour eiilravcr la fureurde ces torrents, sufïil-il d'accumuler les J)arrièi"es? Mais ils se rient des digues, les eaux grossies par Tobslacle ne lardent pas à le i-envei'ser et les désastres sont encoi'e plus terribles; que l'ait-on alors? Sur ces pentes dénudées on ])lace de nouveaux gazons et on plante déjeunes arbres; à l'abri de cette végétation nouvelle, l'humus se reforme; les feuilles, les herbes absorbent rexcédent do l'eau (pii s'épaudait tumultueusement et ne la cèdent (pu> goutte à g(udte de sorte (pi'elh' donne naissance à un fleuve paisible ]>oi-taiit hl vie et la l'écoiidilé au sein des eoiUrées ravagées.
V'is-à-vis du paupérisme, on doit recourir aux mènu's procédés ; la vulgarisation des croyances morales et religieuses, une sage administration des deniers publics, une législation libérale, le i)atronage naturel des classes aisées, permettent aux classes laborieuses de vivi'e de h'ur labeur jounuilier sans secousses et agitations sociales. Ce travail national, joinl ;iu\ liabitinles iToi^drc et di'conomie, répand ])artout l'aisance et assure une amélioration progressive (pie les bonleversemeids rapides sont impuissants à pioenn'i-.
Nous avons en conséquence préconisé avaiil Ion te chose les moyens préventifs et montri- la mission des (iouveinements quelle (pu' soit leur lornu'. La (pu'stion ipii se pose ;i l'heure actiU'Ilc n'est ]ias en ell'el une (|iH'slion |>(tlitifpie ; [{épid)li(pn's, Kuqtires, Monarchies, doivent a\i)ir en vue nu seul objectif: l'or-ganisalion chi'étienne de la dt-niocral ic. Aux diverse^ cinMincs de riiisloirc, il ;i l'alhi compter avec des faits dont il clail inqiossible d'eludei' les consé(piencf's. Telles o?il ('it'' les in\asi<nis barliares au (h'Clin «le rKinpire romain et les decliirenieuls vi(tlents <pii ont prt''C(''(b' et iu<ili\i' rel;ilili^seuieut «le l;i l'eml;ililt''. .Vnjourd'hui une transformai ion se pi'e|iaie. le w siècle aura à résoudre l'avènement (bdinilif des classes laborieuses à l'exercice direct du piiuxuir. |,a lerre et les
IdG iiE l'assistance des classes rurales
hommes sont émancipés en droit sinon toujoursen réalité. L'industrie sort lentement d'un étal que l'on a ])u suinommer avec raison l'état chaotique; le sol appartient de plus en i)lus à celui qui le Cidtive, il faut hâter le moment où dans la mesure du possible la machine appartiendi'a à l'ouvrier. Cette situation s'impose à nous, et afin d'éviter les luttes sanglantes ce n'est pas trop des efforts loyaux de tous. Ici la passion et l'intérêt personnel ne pourraient donner que des conseils funestes, chaque fausse manœuvre amenant la misère pour des milliers d'individus et accroissant les dilhcultés de l'avenir.
C'est ainsi qu'au point de vue économique nous avons combattu : — ces entraînements irréfléchis qui précipitent les peuples vers le socialisme d'Etat et la i)rotection à outrance ; erreurs devant faire place à de cruels réveils ;
— ces folies des armements exagérés menant l'Europe à l'impuissance et à la ruine ; — ces prodigalités insensées de nos budgets, dues aux préoccupations exclusives du moment; les partis au pouvoir espérant capter les suffrages ])ar des allocations prélevées sur le sang qui coule déjà i>lus rare dans les artères du pays; — cette déviation de l'instruction })rimaire devenue une arme destinée plutôt à étouffer le sens religieux chez les jeunes générations qu'à leur donner des connaissances utiles;
— ces aventures coloniales exigeant des millions alors que le développement du commerce et de l'industrie demandait une politique prudente et sagace.
Nous avons indiqué ensuite commeid l'association volontaire devait être la conséquence naturelle de l'émancipation des travailleurs et quel r(Me étaient appelés à jouer, dans toute cette organisation, ceux auxquels la Providence a im})osé, avec la richesse, des devoirs auxquels ils ne sauraient se soustraire sans compromettre irrémédiablement leur propre fortune.
Plus loin arrivant aux moyens directs d'assistance, il nous a paru que la charité légale présentait d'immenses dangers, diminuait, anéantissait toute initiative chez les
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]);iiivi'('s, civail (les] l'aiiiilk's inscrites prescjuc lalalcriicnl <lt' pèi'e l'ii llls sur les contrcMcs de la bienfaisance, et en lace (In droit an travail et du droit au secours, nous avons pioclanié (juc le soulagement de l'indigence constitue seidement un devoir moral pour la société.
|]n ce (|ni concerne l'organisation de l'assistance ofTicielle, après avoir rendu hommage aux mesures conciliatrices adoptées il y a 90 ans, lors de la constitution de ces Corps moraux indépendants, tuteurs légaux dos pauvres, nous avons tléti'i les passions sectaires (pii menaçaient di' l'ompre l'IiaiMnonie de la législation actuelle et nous nous sommes pi'éoccnpés de ces classes rurales si dignes d'intérêt et si délaissées. « Ceux qui portent le u poids le plus lourd du jour et de la chaleur, écrivait « M. de Melun, à qui, après Dieu, nous devons notre pain (( (piotidicii, ont droit à toutes les reclierclies de notre com- <( |)assion. » Cette pensée nous a guidé constamment car nous avons vu, ainsi que le disait M. le mar((uis de Roys au Corps législatif (25 janvier lS8i, « tous les vieux ou- « vriers de l'agriculture exposés à mourir de misère sur « des grabats après avoir pioché la tei're pendant qua- « rante années ».
Alors i'cniniil;iiil ;i l'origine de la spolialion, depuis l.,ouis XIV, des biens charilahles, i)alrimoiiH' séculaire des centres agricoles; spoliation ayant amené le car-aclère piesipie exclusivement local des ètahlissemenls liospilaliers modernes, il nous a semblé nécessaire de revenir sur ces iniquités, ipie la prescription ne saurait coinrir.
Nous avons demande egaleinenl la réunion des divei's Comités d'assistance afin de donner une hase siillisaniment large à l'action de la bienl'aisaïu'e ; la nomination des administrateurs par les conseils élus garantissant les intérêts po|)nlaires el la pn"^eneedii niinisj re de la ('.liariti' évangéli(|ue sau\egardanl . d'un .iiilre ei'ije, les droits les plus saci'és.
Nous a\on^ nionlre, d;in^ nuin' projet, ces Coninii-sions l)uissammeut organisées, appuyées sui- les Ordres ndi-
gieiix voués au soin des malades, en mesure d'organiser le service médical à la campagne, d'ouvrir à tous les portes de leurs hôpitaux ; de veiller à ce que les allocations tem- ])()raires ne soient plus considérées comme une rente ])ériodique dispensant de toute énergie. Au point de vue du domicile de secours nous avonsjugé équitable de proposer un système admis en Suède et fixant le domicile à un âge déterminé de telle sorte que la partie du territoire qui a profité de l'activité et du travail d'un citoyen, supporte les charges que peut entraîner dans la suite le soulagement du même individu devenu incapable de pourvoir à ses besoins.
Notre dernier chai)itre relatif aux mendiants et aux. vagabonds constate que la mendicité accidentelle, occasionnée par des circonstances si^)éciales, n'est point nn délit, mais qu'il faut réagir contre la mendicité habituelle et le vagabondage des valides et des enfants. Au lieu de peines de quelques semaines ou de quelques mois qui n'impliquent aucune idée de relèvement, grèvent les finances i»ar leur répétition, nous avons indiqué nos préférences : pour des pénalités gi'aduées faisant dépendre à l'origine d(; l'application au travail la durée de l'internement; poui' l'envoi des récidivistes incorrigibles en Algérie et même dans nos plus lointaines colonies; alors (ju'un service bien organisé se chargerait des enfants enlevés à l'influence désastreuse de leurs parents et les régénérerait par une éducation laborieuse.
A côté de l'assistance officielle nous voulons aussi voir la charité privée, délivrée des entraves mesquines de la bureaucratie, accomplir sa noble mission tout en restant soumise à la surveillance légitime des pouvoirs publics.
Notre pensée est, du reste, que les imperfections de la société, les mauvaises lois, les mauvaises moHirs, enti-etiennent et aggravent l'indigence et que tous les remèdes ne pourraient agir qu'autant que l'ordre, la sécurité, la confiance assureraient aux travailleurs le juste profit de leurs peines et un lendemain.
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Nous avons de [iliis la coiivicti(jii (juc notre pairie ne jOLiii-a (le ces bienfaits, n'échappera aux étreintes du socialisme, ne verra diminuer la misère, que si elle sait unir l'exercice régulier île la liberté politique et sociale au resjiect des droits imprescriptibles de la Divinité ; l'expérience des siècles confirme en effet cette vérité de tous les temps et de tous les lieux : JVisi Dominus œtïijlcaverit domum in vanum laboraverunt qui œdificant eam.