‹ De l'assistance en provinceChapitre 30 sur 83 · SERVICE DES ENFANTS TROUVÉS · texte numérisé non relu

SERVICE DES ENFANTS TROUVÉS

Le service des enfants trouvés est une des branches essentielles de celui de Tassistance. — Causes habituelles des naissances illégitimes et de l'abandon des enTants. — La liberté du vagabondage les développe. — L'assistance a détruit le prétexte de la vie nomade. — L'interdiction de la mendicité lui oppose un frein salutaire. — Sous le régime de ces deux mesures , le nombre des enfants assistés diminue d*un tiers. — Les enfants placés chez les nourriciers sont mieux élevés, mieux instruits. — L'assistance prévient ou diminue les désordres sociaux.

La question des enfants trouvés ou assistés se rattache intimement au service de l'assistance. Elle a de tous les temps vivement préoccupé les économistes et les administrateurs, surtout au point de vue de la diminution des causes qui déterminent la naissance et plus tard l'abandon de ces malheureux enfants. Il ne sera peut-être pas sans intérêt d'examiner quelle part d'influence peut être attribuée à l'application de notre œuvre spéciale de l'assistance et de la mesure administrative de l'extinction de la mendicité sur la situation de ce service dans la Nièvre.

CAUSES fiABITUEIXES DBS NAISSANCES ILUGITIIIES. 59

Celte fois encore nous demanderons nos arguments moins à des théories et à des appréciations qu'à des chiffres dont la sécheresse habituelle se change, en pareil cas, en une démonstration véritablement éloquente.

L'administration, qui est chargée de l'exécution des différentes mesures inspirées au législateur par la

position si intéressante des enfants trouvés, s'empresse d'assurer et de garantir à ces êtres déshérités les soins qu'ils réclament et de suppléer à leur égard par l'exercice d'une tutelle douce et éclairée aux tendres soins de la famille dont un voile mystérieux les sépare. Mais tout en accomplissant consciencieusement cette tâche pieuse , ce n'est pas en dépasser le but que de rechercher les causes qui peuvent influer sur l'augmentation ou sur la diminution du nombre des enfants assistés.

Or, si l'inconduite, la débauche, le libertinage , souvent aussi la faiblesse, l'ignorance et la misère, peuvent être considérés comme les principales causes déterminantes de ces naissances illégitimes aussitôt désavouées comme fait civil que constatées comme fait social , on doit reconnaître que la bonne conduite , l'éducation morale et religieuse, la pratique des devoirs qu'elle enseigne, l'instruction sagement répartie, enfin que le soulagement des misères et la réhabilitation physique et morale des pauvres, sontautait de freins à la séduction des uns et à la faiblesse des autres.

Le grande liberté des mœurs provient de la confu-

M LA UBEETt DU VAGàB. FAVORISE LA DÉMORALISÂT.

sion habituelle des sexes et d'un défaut de surveillance, soit de la part de la famille, soit de la part des mandataires qui remplacent son action.

Or, y a-t-il une existence qui se prête plus au relâchement des mœurs et au débordement des passions brutales que celle du vagabond ? Nous avons retracé plus haut les habitudes de la jeunesse de la Nièvre avant l'interdiction de la mendicité , et , si nous osions aborder les détails de cette dépravation prématurée , on reconnaîtrait la modération que nous avons encore apportée dans notre exposé. Si, aujourd'hui, dans nos écoles mixtes, nous nous empressons d'assurer, conformément aux règlements, la séparation des sexes ; si même , en dehors des heures de classe ou de récréation, nos instituteurs ont le soin de mettre, entre la sortie des garçons et des filles, un intervalle tel que leur rencontre sur la voie publique ne puisse facilement s'opérer, c'est, assurément, parce que l'expérience des dangers qui résulteraient pour la morale d'une confusion habituelle des deux sexes a été suffisamment démontrée.

Or, quels n'étaient pas ces dangers lorsque des familles entières battaient les routes et les champs en tous sens, couchant dans les granges des fermes, dans les meules de foin, dans les gerbiers, dans les vieux fours à chaux , suivant la saison ou leurs convenances ? Dans tous les cas , on se rend compte que ces habitudes devaient faciliter la confusion» la promiscuité, et qu'à un jour donné la société avait à

AVEC l'assistance, PLUS DE ME NOMADE. 61

constater des naissances sans origine et à prendre à sa charge le soin de pauvres petits êtres portant en eux 5 le plus souvent, dès leur venue au monde, le germe d'un vice physique et moral, seul et triste héritage de leurs parents de hasard.

Aujourd'hui, l'interdiction de la mendicité a mis un terme au vagabondage; l'assistance, qui s'exerce à domicile^ enlève tout prétexte aux habitudes nomades ; le travail , pour le plus grand nombre , a remplacé l'oisiveté , mère de tous les vices ; la véritable misère est soulagée, et, avec cette transformation radicale, les habitudes de famille et d'intérieur ont repris leur empire.

Sans doute, l'effet n'est encore ni aussi complet, ni aussi général qu'on pourrait le désirer, et si la lèpre du vagabondage a disparu , celle du cabaret n'a pu encore être atteinte. Sous prétexte de liberté d'industrie garantie par la loi , elle dévore l'épargne de l'ouvrier, use son corps avant le temps par l'abus des liqueurs alcooliques, et, au milieu de l'ivresse abrutissante qu'elle engendre, l'esprit, le cœur et l'âme arrivent au dernier degré de la dégradation. Nous aurons l'occasion de revenir sur ce triste sujet, qui serait digne d'attirer l'attention la plus sérieuse du pouvoir , car en signalant les occasions de débauche et de désordres de tout genre que provoquent ces honteuse habitudes, en retraçant l'énumération des misères sans cesse renaissantes dont elles ouvrent l'abime , on pourrait s'écrier avec le poète : Inde malt labes I

52 DIMINUTION OU NOMBRE DES INFANTS AS8f6TÉ8.

Constatons cependant que , malgré cette cause permanente de démoralisation, les premières iMsures appliquées par nos soins pour le soulagement des misères et la répression du vagabondage, ont exercé, dans la période quinquennale de 4855 à 4860, une influence qu'il est difficile de récuser.

En 4855, le nombre total des enfants assistés de la Nièvre, depuis un an jusqu'à vingt-un ans, âge auquel cesse l'exercice de la tutelle administrative, était de 4,294

En 4860, le nombre de ces enfants n'est plus que de 878

Diminution. . . 443

En 4 855, le nombre des enfants assistés de un an à douze ans était de. ....... 73 1

En 4860, il s'abaisse à 569

Diminution. . . 462

L'unique augmentation que nous ayons à constater se remarque dans une seule catégorie d'enfants assistés, celle des enfants naturels laissés entre les mains de leurs mères. Cette mesure présente, on le sait, l'avantage de réhabiliter à ses propres yeux la malheureuse qui a commis une faute. On l'encourage dans l'accomplissement de ses devoirs maternels, et en laissant près d'elle l'enfant que l'on aurait naguère placé chez

D8& EKEAKfTS SBCOUItUS A DOllICILfi. 69

une nourrice m^^enaire» on doit espérdr que la préseuce» que les sourires de cet enfant pourront la protéger plus tard contre sa propre faiblesse ou lui servir de rempart contre les entreprises de la seduction. Souvent même il n'a pas été sans exemple que la conduite régulière de cette jeune mère, se dévouant aux soins réclamés par Tenfant de sa faute , ne rappelât à elle l'homme qui avait abusé de sa faiblesse et n'amenât entre eux la légitimation des rapports illicites auxquels ils avaient été entraînés tout d'abord.

Ces considérations expliquent comment le nombre des enfants naturels secourus à domicile , qui était , en

1855, de 137

s'est élevé en 1860 à 158

Augmentation. . . 21

Assurément cette différence est peu appréciable; mais elle suffit pour démontrer les avantages que l'administration trouve dans la pratique persistante de ce système.

Nous n'ignorons pas que certains économistes s'élèvent contre son application et prétendent que t si on force la fille à garder son enfant , on l'oblige » à afficher son déshonneur, à s'attirer quelquefois » pour la vie des maux incalculables. . . N'est-ce pas • une leçon trop dure pour une faute dont la pauvre » mère n'est pas seule coupable? Serait-elle toujours > capable de la supporter ? ou phitôt ne la pousserait-

6k DES ENFANTS SECOL'EVS A DOMICILE.

» on pas à une de ces trois extrémités : l'infanticide , » le suicide, la folie (1)? >

D'autres ajoutent : t La loi est faite par rhomme, » et l'homme est le grand , le premier coupable dans » toutes les relations dont l'aboutissant est si triste ; t à lui donc à avoir plus de probité et à être moins i âpre dans sa loi. Puisqu'il est la force de la société, » que la société vit de son travail, de sa fortune, i qu'il lui impose de pourvoir au fruit malheureux de

> son immoralité, de ses passions écoutées; qu'il ne

> jette pas tout le fardeau sur la femme (2) ! t

La conclusion de ces arguments n'est autre que la demande du rétablissement des tours. Suivant leurs défenseurs, le tour tempérait l'involontaire cruauté de l'abandon , et c'était un de ses bienfaits ; car l'abandon que le tour accepte n'est pas toujours un crime, suivant la qualification de M. Victor Lefranc. Il est le plus souvent la suite fatale et inévitable d'une faute dont le déshonneur enveloppe toute une famille. Il faut donc, dans leur opinion , revenir à ce système, dont la suppression multiplie les occasions d'infanticide (3).

Nous franchirions les limites du sujet que nous nous sommes proposé si nous voulions suivre les détracteurs du maintien de l'enfant entre les mains de la fille-mère qui lui a donné le jour , sur le terrain où leurs. théories ont placé la discussion.

(Ij Lettre de l'évoque detxap au préfet des Hautes-Alpes. (3) Des BnfatUt trouvé*, par le docteur Chaussard. (8) Victor LcFiANc, os Gikavdo, Valeotiu Smitk.

ras ENFANTS SECOURUS A DOMICILE. 65

Il nous serait facile de démontrer, avec les auteurs les plus autorisés , que le tour n^est qu'un confident ou plutôt c UQ complice sûr , aveugle, muet et sourd , n qui sépare de la société ceux qu'elle laisse à la » vie (1) » , et que , par cela seul qu'il ensevelit la faute, il semble en encourager le retour.

Le système aujourd'hui en pratique dans l'ensemble des départements , spécialement dans le nôtre , et qui est basé sur l'assistance directe de la mère et de l'enfant , produit les meilleurs résultats. Il est corroboré dans la Nièvre par l'application générale de l'œuvre qui a pour but de secourir les souffrances et de protéger les faiblesses.

Quelques chiffres viendront encore à l'appui de cette démonstration.

Avant 4855, on comptait annuellement 60 ou 80 admissions d'enfants à l'hospice. En i860, ce nombre s'est abaissé à 30.

Autrefois, sur les 731 enfants de un à douze ans placés chez les nourriciers , on n'en citait pas un seul qui fréquentât les écoles et suivit les catéchismes. Aucun d'eux ne savait lire et écrire. Un petit nombre faisait sa première communion. Ils vivaient donc d'une vie matérielle partagée entre la fainéantise et le vagabondage. Dans les mains de certains nourriciers^ ils étaient des instruments de mendicité , et , suivant que

(1) Victor Lbpranc, dk Giraudo, Valentin Smith.

66 SITUATION DES ENFANTS CHftZ I» NOURRICIERS.

le produit de leur industrie était plus ou moins lucratif, ils étaient bien ou mal traités au retour.

Aujourd'hui» les enfants placés chez les nourriciers sont envoyés dans les écoles ; les derniers recencements constatent que 78 7« d'entre eux suivent régulièrement les classes» et que ceux-là seuls^ pour qui leur état maladif est un moUf sérieux d'excuse, sont autorisés à rester au logis. Là ils se livrent à des travaux faciles et se préparent ainsi à pouvoir, après leur première communion, entrer en apprentissage et prêter un concours sérieux à leurs nourriciers.

L'exécution de ces règlements est confiée à la vigilance d'un inspecteur spécial, qui a eu maintes fois l'occasion de remarquer combien sa tache avait été facilitée par la mise en pratique de l'œuvre de l'assistance; depuis que les enfants ne. peuvent plus céder à la tentation de vagabonder et d'aller, soit pour leur compte, soit pour celui de leurs nourriciers, solliciter le pain ou le denier de l'aumône ; depuis qu'ils fréquentent les écoles et les catéchismes^ leur aspect physique, jusque-là repoussant, semble s'être modifié. Ils sont propres, polis, respectueux. Il semble même que l'éducation qui leur est donnée en commun avec les autres enfants du pays les ait rattachés à la grande famille dont ils semblaient jusque-là le& parias; cette assimilation les a, pour ainsi dire, réhabilités autant aux yeux du public qu'à leurs propres yeux , et l'œuvre de moralisation s'accomplit à leur profit ,

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