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SON CARACTÈRE ET SES MŒURS

La valeur morale de Poggio était toutefois loin d'être à la hauteur de son talent.

D'une humeur jalouse et irascible, il nourrissait des sen-

< On voit Poggio engager ses amis i se communiquer ses lettrdi; il leur demande parfois de lui retourner U copie de celles qu'il leur a adressées pour les faire lire à d'autres. Il leur recommande la prudence pour ne pas lui attii^er le mécontentement des princes. C'est lui-même qui de son vivant a publié sa correspondance avec Niccoli et d'autres amis. Dans ses dialogues contre I^oggio, Valla parle de ses lettres comme d'une production tombée dans le domaine public; el pour contester la valeur littéraire de son adversaire, il fait dire à Lorcnzo, un des interlocuteurs: Je demande seulenient que Guarino examine les lettres à Niccoli. —Cf. Ch. Nisard,Les Gladiateurs de la république de^ lettres aux XV^, XVI' et XVII* siècles : Valla, page 272.

* Guarino lui-même rencensc et le met au rang des plus grands écrivains de rantiquité. Cf. Epistolac : Egregio viro Poggio Florentino, 26 maii 1455.

* Elle a aujourd'hui une place à part dans l'intéiieur de réglise.

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timents hostiles contre tous ceux en qui il croyait voir des rivaux, ou qui ne rendaient pas suffisamment à son gré honneur à son mérite*. Il eut ainsi maille à partir avec Aurispa, Guarino, Bessarion et autres. Il se déchaîna surfout contre Filelfo et Valla. Selon l'habitude des savants d'alors, ils échangèrent mutuellement des sarcasmes virulents, des injures ordurières, d'ignobles invectives, parfois d'infâmes calomnies. Leurs pamphlets, conservés à titre de documents de l'histoire littéraire, font rougir pour leurs auteurs *.

Sa conduite privée laissait fort à désirer. S'autorisant, disait-il ^, de la conduite traditionnelle du clergé, il vécut en concubinage avec une femme mariée, dont il eut de nombreux enfants. Ce qui est pire, à l'âge de cinquante-cinq ans, il épousa une jeune fille de dijc-huit ans, riche et de bonne famille *, laissant ses premiers enfants et leur mère dans la plus grande détresse, sans plus s'inquiéter d'eux. Pour justifier sa conduite, il avait, dans un écrit, traité la question : An sent sit uxor ducenda, dédiée à Cosme de Médicis et communiquée à son cercle d'amis; il disait : sera nunquam est ad bonos mores via.

S'il avait eu quelque délicatesse de sentiments, après avoir séduit la femme d'autrui et en avoir eu des enfants, il n'eût pas hésité à tout faire pour rendre leur sort le moins fâcheux possible, cil est sûr, dit justement M. Charles Nisard*, qu'il n'y a que des motifs honteux qui puissent

^ Politien appelle Poggio hotno maledicentissimus, et il a^joute : Senipcr ille aut principes insectari aut in mores hominum sine ullo discrimine invehi, aul atjuaquedoctiscripta lacesaere ; neniiniparcere, Politien, Opéra, Basileae, 1553. De Pactiana canjuraiione, page 637.

* Ch. Nisard, op. cit.: Filelfo, Poggio, Valla.

' « Je suis, disait-il, la coutume des ecclésiastiques qui depuis la création du monde ont des enfants sans avoir de femmes. > Cf. Nisard, op. cit.: Poggio, p. 135.

* Ch. Nisard, op. cit.: Poggio. * s Id., ibid., page 146.

2i DE l'authenticité DES ŒUVRES DE TACITE.

déterminer un homme, dans les conditions où était Poggio, . à agir comme il l'a fait; et ces motifs sont ou la cupidité, ou le libertinage, ou la vanité, quelquefois tous les trois ensemble. Mais qu'on choisisse celui qu'on voudra, il est également sûr que Poggio, malgré toutes ses belles phrases, a cédé à l'un ou à l'autre. »

Poggio aimait les plaisirs et la licence. A Constance*, il menait, comme tout le monde, joyeuse vie. Niccoli lui reprochait de trop écouter les sirènes de Londres*. La table et le bon vin lui étaient chers; il trouvait même que l'ébriété n'était pas une chose désagréable •, qu'elle rendait parfois plus bavard et plus gai.

La dépravation du goût de l'époque ne lui était pas étrangère. Les ouvrages obscènes plaisaient à son imagination; malgré quelques réserves et quelques conseils à l'auteur de s'élever à des sujets plus sérieux*, il déclarait délicieux, amusant, plein de charme et de volupté V Hermaphrodite de Beccadelli ; il en admirait les peintures, où l'on semblait, disait-il, voir les personnages vivre et agir comme en réalité. Lui-même, plus tard, dans sa vieillesse, écrivait des Facetiae, recueil de contes grivois où Ton en rencontre d'une licencieuse et triviale grossièreté^. Aussi, Valla eut-il le droit de lui dire : c Oses -tu bien, à l'âge où tu es, paraître nous

* Epist.j 1, 1 . Ex Balneis. — Cf. Ch. Nisard, op, cit., pages 90, 93 et 94, analyse de Poggii in Vallam Invectiva I; page 270, analyse de ValUie in Pogffium Dialogits.

' Epist., 1, 11 : De Sirenis vero, quod mentionem facis, non magnopere cuix»...

' Epist., II« 8. De Rome à Léonard Arétin. Il raconte un dîner que donna Antonio à Cincio, Bartholomeo de Montepulciano, Bartholomeo de Rardis et à lui et il dit: «Quod pluris erat vino optimo quod nos loquaciores reddidit atque hilariores... vellem ut hanc legens tantum saperes voluptatis quantum nos sumpsimas edentes. »

^ Epist., II, 40. A Beccadelli: Liber est suavissimus... opus est jocoeam et plénum voluptatis... atque ita multa exprimi turpiuscula ut non enarrari sed agi videantur.

* Poggii Facetifie: De vidua accensa libidine curn paupere; celle qui commence ainsi : Adolt^ccns nobilis ot forma insignis; etc. Cf. Ses Invect'ivœ contre Filclfo et Valla.

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engager non seulement à dire, mais aussi à faire de pareilles ordures? Et alors qui peut douter que tu ne les fasses toi-même aussi bien que tu les dis*? »

Poggio eut-il réellement les mœurs infâmes que lui reprochaient ses ennemis, et dont il les accusait, de son côté? Nous aimons à penser que non. Mais dût-on en rabattre de moitié, il en resterait assez à sa charge pour n'être pas rangé parmi les gens honnêtes, c Si Ton voulait une preuve, écrit M. Ch. Nisard*, que Filelfo et Poggio, en s'inculpant tour à tour, disent quelquefois la vérité, on pourrait la tirer du peu de souci qu'ils ont de se justifier l'un et l'autre. Leur indifférence à cet égard est incompréhensible. Ils se bornent à récriminer, et qui récrimine n'est pas loin de s'avouer coupable, i

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