‹ De l'autorité de Rabelais dans la Révolution présente et dans laChapitre 3 sur 64 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

-L parut, en 1789, une excellente dissertation intitulée : De l'Autorité de Montesquieu DANS LA RÉVOLUTION PRÉSENTE.

Tai Vair d'avoir parodié ce titre, et voulu faire seulement une plaisanterie : car qui pourroit parler sérieusement de Rabelais? Qui? Moi, peut-être. Quant au titre , je le mets ainsi non parce qu'un auteur que faime en a employé avant moi un semblable, mais parce qu'il convient fnieux que tout autre au contenu de cet ouvrage. ,D*ailleurs, nous différons absolument, cet au^ teur et moi, dans le but que nous nous sommes proposé. Il a combattu r autorité de Monstesquiet^ sur des points importans ; je veux, sur des points capitaux, montrer quelle doit être celle de Rabe^ lais. Il a fait voir qu'au dix-huitieme siècle, Fauteur de /'Esprit f)Es Lois riavoit soumis que

trop souvent la philosophie aux préjuges; je prouverai que, dès le seizième ^ V auteur de Pantagruel attaqua les préjugés en véritable philO" sophe.

Notre méthode diffère autant que notre but. Il avoit à combattre les principes d'un auteur trèsconnu, trèS'Vanté, dont on opposoit sans cesse V autorité à la destruction nécessaire de Véchaffaudage gothique que nous appelions notre gouvernement. Il lui falloit donc établir les vrais principes, et démontrer en quoi et pourquoi Mon* tesquieu s'en est tant écarté. Moi^ je ne veux que rendre à Rabelais ce qui lui est dû, le tirer de V oubli oU on le laisse, r appeler qu- il avoit baffoué le culte decertaines idoles que nous avons encore adorées plus de deux siècles après luiy et que son autorité doit être comptée parmi celles des sages qui ont préparé la destruction de hos sottises po^ litiques et religieuses. Je dois donc m^appliquer principalement à le. faire connottre, et , pour cela, moins disserter que citer,

Cest même de citations que serapresqu'entié^ rement composé cet ouvrage. Elles seront seule^ ment rangées en chapitres, et sous des titres différens de ceux qu'on lit dans, Rabelais. Il écrivoit dans un tems oU il falloit bien qu'ail se cou^ vrlt d'un voile allégorique, quelque transparent

quHl fût; aujourd'hui la vérité marche le front découvert et levé.

C'est une chose bigarre que le succès de ce joyeux mais redoutable ennemi de la supersti^ tion dans un siècle dévot, et son décri dans un siècle de philosophie. Despréaux , Racine, Mo^ liere, La Fontaine, admiroient Rabelais^ le reli" soient sans cesse , le citoient souvent ^ Vimitoient plus souvent encore. De nos jours, on a pris à tâche d'en dire du niai, de le peindre comme un déraisonneur ivre, qui avoit noyé quelques mots heureux, quelques étincelles d'esprit, dans un fatras d'absurdités, de grossièretés et de^ plates folies. Un goût dédaigneux et timide, une fausse décence, ont porté cet arrêt de proscription; et ni parmi les gens du monde, ni même parmi les gens de lettres, on n'a plus daigné lire Maître François; on auroit rougi d"* avouer qu'un V avoit lu.

Rabelai^icompare plaisamment , dans un de ses prologues, les calomniateurs de ses écrits, ceux qui de son tems les condamnoient comme héréti^ ques et dangereux et en interdisoient la lecture, à ces gens qui crachent au bassin ou au plat pour dégoûter les convives et manger tous lès bons morceaux, a Presque pareille, continue-t'-il , non toutefois tant abominable histoire nous conte^t-on d'un médecin, lequel disait Patle du chapon gras

étrei mauvaise et te croupion redoutable, le col asse:[ bon pourvu que la peau en Jût ôtéCy afin que les malades rien mangeassent, et que tout fût réservé pour sa bouche. Ainsi ont fait ces nou" veaux diables : voyant tout le monde en fervent appétit de voir et lire mes écrits, ont craché dans le bassin, c'est-à-dire les ont tous, par leur ma" niementj, souillés, décriés et calomniés, en cette intention que personne ne les eût, personne ne les lût, fors leurs poltronités^; ce que fai vu de mes propres yeux, voire jusqu'à les conserver religieusement entre leurs besognes de nuit, et en user, comme de bréviaires, à usage quotidien. »

Ce n'est pas comme hérétiques et dangereux que les poltronités d'aujourd'hui condamnent ces mêmes écrits; c'est comme blessant la décence, le bon goût, le bon sens, et ne contenant rien dont un esprit raisonnable puisse s"* accommoder. Mais, de meilleure foi que le médecin gourmand de Rabelais, ce n'est pas pour en jouir eux-mêmes qu'ils en ont dégoûté les autres, et aucun d'eux que je sache ri^ en fait ni son livre de chevet ni son bréviaire.

J'ai depuis long-tems le mauvais goût et la

ù Comme on dit leurs majestés.

faiblesse d'être^ sur ce roman philosophique , de l'avis de La Fontaine, de Racine ^ de Despréaux et de Molière. Ils se gardoient bien, sans doute, et je me suis gardé comme eux, d'y tout approuver et de tout relire : ce qui est extrava^ gant, obscur à dessein, obscène sans gaieté, tri^ vial, insignifiant et grossier, ne m'a jamais en", nuyé qu^une fois. Mais les contes plaisans, les traits nombreux et une satyre ingénieuse, et.délt" cate, les choses hardies pour le tems, dont pIU" sieurs Vétoient encore pour le nôtre il y a feu. d'années, et celles où brillent un sens.droit, une. raison supérieure, une sagesse de tous, les tems, tout cela me charmoit, et, chaque fats que Je pre^^^ nois mon Rabelais, ce n'était qu'après avoir relu tous ces endroits, marqués dans mon exemplaire t, que je pouvais le quitter.

En le reprenant cette, année, j^ai sur-totet été froppi.d^ Và'prapos dont seraient en ce moment une foule de traits, de passages, et même des chapitres entiers. J'ai cru que ce quHls contiens nent de juste, de plaisant et de raisonnable, sur les rois, sur les grands, sur leurs fantaisies guer» rieres, sur les piller ies des parlemens et des autres cours abolies par notre constitution; sur les moines, les cafards, la cour de Rome, et voire même le pape; que tout cela, dis-je, aurait

quelque chose dépiquant, peut-être même d'utile, et pourrait /dire autorité.

On ne trouvera point ici tout ce qu'il y a de bon et d'agréable dans Rabelais, mais seulement ce qui rentroit dans mon sujet, ce qui pouvoit avoir de l'intérêt dans la circonstance y et dont l'application devoit' frapper tous les yeux. Pour en faire sentir tout le mérite, ce seroit ici le lieu de peindre le siècle oîi V auteur écrivoit. Mais je ne veux pas Jaire un long ouvrage, et m* engager dans cette peinture ne seroit pas le moyen de le rendre court.

Il suffira de rappeller à ceux qui connaissent notre histoire que c'^éioit sous le règne de François I^, ce qui veut dire, en plus de mots, soiîs un roi possédé de la manie des conquêtes, et puni par des revers, même par la captivité, de cette manie sanguinaire. Il osa la tourner en ridicule. Dans un tems oU les parlemens, sans être aussi puissans qu'ails Pont été depuis, avoient de la considération et de la puissance, oîi du moins ils n'étoient pas encore avilis par la vénalité publique des charges^, il se moqua du parlement.

.1. Ce fut sous François I^r, et à roccasion de ses guerres d'Italie^ que cette vénalité s'introduisit, plutôt par le fait que par le droit, dît le président Hénault, «t fl ajoute que,' même

des autres cours et de toute la clique judiciaire. Enfin, à Vépoque oîi le luthéranisme et. le calvinisme, nés des scandales de la cour de Rome, avoient enlevé au pape une grande partie de l'Europe, mais où la France, très-chrétienne et obstinément romaine, brûloit les protestans, les faisoit massacrer à Mérindol, et révéfoit superstitieusement V autorité papale y il cribla deplai-santeries les prêtres, les moines, et la cour de Rome et son chef. De notre tems, bien des auteurs se sont acquis une grande réputation de hardiesse philosophique sans en avoir fait autant.

En citant Rabelais, je conserverai à son style, autant qu'il me sera possible, son antique simplicité, son originalité piquante, son harmonie, sa naïveté, ses grâces. Je ne ferai disparottre que quelques constructions pénibles, quelques inversions forcées, qui le rendent souvent obscur, et quelques mots devenus inintelligibles à qui rCa pas V usage de notre langue ancienne; j'adoucirai V orthographe, alors dans son enfance et hérissée de consonnes qui depuis ont disparu de la prononciation et ensuite de l'écriture, ^expliquerai

long-tems depuis ce règne, on faisoit encore serment au parlement de n'avoir pas acheté son ofiSce, ce qui fut sagement aboli en i597 par arrêt du parlement.

— Ip —

dans des notes Jort courtes ce qui aura besoin

d^explication.

^ Mais c'est trop m' étendre sur ce que je ferai;

il vaut mieux faire, et, pour commencer à parler

comme Rabelais, ne pas lanterner si long-tems.

Le premier chapitre dira mieux ce que je me

propose dans mon entreprise et labeur. .

DANS LA RÊVOtUTION PRESENTE

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