I. La toison 4'or
que le duc de Touraîne n'a en tout son revenu de quoi manger son saoul de lard, par l'excessive largesse que ses prédécesseurs ont faîtes à ces sacrosaints oiseaux, pour ici de phaisans nous saouler, de perdreaux, de gelinottes, poulies d'Inde, gras châpôfe«, venaison de toutes sortes, et toutes sortes de gibier. Buvons, amis. »
Ces de\ix mots sont le refrain du bon-homme Editue. Plus il boit, plu^ il lé répète; plus il le répète, plus il boit; et, s'attendrissànt davantage à mesure que le vin le gagne,. il joint à son refrain des expressions plus amicales et plus tendres. Son style est celui d'urt béat, bien^persuadé que, pour les hommes de Dieu, boire^ manger; dormir, sont les trois vertus cardinales; et que toutes les donations faites à l'Église doivent se résoudre pieusement en bon vin et en Éxîmne -chère. Ce fut en effet la vérité pendant bieii des siècles :• ce ne l'est plus à la fin du nôtre. Aussi serons-nous maudits et convaincus dé schisme, ce qui est/comme on sait, le dernier malh-eur en ce mondé, mais ce qui pourroit bien, dans l'autre, revenir absolument aumême. . ■
« Voyez, contînuoit Editue , cette perchée d'oiseaux, comme îïs sotît douillets et en bon point des rentes qui nous en viennent : aussi chantentils bien pour eux. Vous ne vîtes oncques rossignols
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mieux grîngoter qu'ils font au plat, quand je leur sonne ces grosses cloches que voyez pendues autour ^e leur cage* Buvons, amis : il fait certes aujourd'hui beau boire; aussi fait-il tous les jours. Buvons. Je bois de bien bon cœur à vous, et soyez les très-bien venus.
« N'ayez peur que vin et vivres ici faillent» : car, quand le ciel seroit d'airain et la terre de fer, encore vivres ne nous faudroient, fût-ce par sept, voire huit ans , plus long-tems que ne dura la; famine en Egypte. Buvons ensemble, par bon accord et en charité,
— Diable ! s'écria Panurge< tant vous avez d'aise en ce -monde? — En l'autre, répondit Edltue, en aurons-nous bien davantage; Les champs Elysi«ils ne nous manqueront pour le moins. Buvons, amis. Je bois à vous*
— Ça été, dis-je , esprit divin et parfait, à vous premiers siticines, avoir le moyen învehté par lequel vous avez ce que tous humains désirent naturellement , et à peu d'iceux oiii , à proprèmeïit parler, à nui n'est octroyé : c'est paradis en cette vie et en l'autre pareillement avoir. O gens heureux! ô demi-dieux, plût au Ciel qu'il m'advînt ainsi !» *