‹ De l'autorité de Rabelais dans la Révolution présente et dans laChapitre 40 sur 64 · I. La toison 4'or · texte numérisé non relu

I. La toison 4'or

que le duc de Touraîne n'a en tout son revenu de quoi manger son saoul de lard, par l'excessive largesse que ses prédécesseurs ont faîtes à ces sacrosaints oiseaux, pour ici de phaisans nous saouler, de perdreaux, de gelinottes, poulies d'Inde, gras châpôfe«, venaison de toutes sortes, et toutes sortes de gibier. Buvons, amis. »

Ces de\ix mots sont le refrain du bon-homme Editue. Plus il boit, plu^ il lé répète; plus il le répète, plus il boit; et, s'attendrissànt davantage à mesure que le vin le gagne,. il joint à son refrain des expressions plus amicales et plus tendres. Son style est celui d'urt béat, bien^persuadé que, pour les hommes de Dieu, boire^ manger; dormir, sont les trois vertus cardinales; et que toutes les donations faites à l'Église doivent se résoudre pieusement en bon vin et en Éxîmne -chère. Ce fut en effet la vérité pendant bieii des siècles :• ce ne l'est plus à la fin du nôtre. Aussi serons-nous maudits et convaincus dé schisme, ce qui est/comme on sait, le dernier malh-eur en ce mondé, mais ce qui pourroit bien, dans l'autre, revenir absolument aumême. . ■

« Voyez, contînuoit Editue , cette perchée d'oiseaux, comme îïs sotît douillets et en bon point des rentes qui nous en viennent : aussi chantentils bien pour eux. Vous ne vîtes oncques rossignols

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mieux grîngoter qu'ils font au plat, quand je leur sonne ces grosses cloches que voyez pendues autour ^e leur cage* Buvons, amis : il fait certes aujourd'hui beau boire; aussi fait-il tous les jours. Buvons. Je bois de bien bon cœur à vous, et soyez les très-bien venus.

« N'ayez peur que vin et vivres ici faillent» : car, quand le ciel seroit d'airain et la terre de fer, encore vivres ne nous faudroient, fût-ce par sept, voire huit ans , plus long-tems que ne dura la; famine en Egypte. Buvons ensemble, par bon accord et en charité,

— Diable ! s'écria Panurge< tant vous avez d'aise en ce -monde? — En l'autre, répondit Edltue, en aurons-nous bien davantage; Les champs Elysi«ils ne nous manqueront pour le moins. Buvons, amis. Je bois à vous*

— Ça été, dis-je , esprit divin et parfait, à vous premiers siticines, avoir le moyen învehté par lequel vous avez ce que tous humains désirent naturellement , et à peu d'iceux oiii , à proprèmeïit parler, à nui n'est octroyé : c'est paradis en cette vie et en l'autre pareillement avoir. O gens heureux! ô demi-dieux, plût au Ciel qu'il m'advînt ainsi !» *

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