‹ De l'échomatismeChapitre 12 sur 14 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

— ÉCHOLALIE —

Observation recueillie dans le service de M. le professeur Teissier.

Hérédité mentale. — Absence de stigmates hystériques. — Echokinésie. — Coprolalie.

Marie B... treize ans, entre à l’Hôtel-Dieu, salle Montazet, le 3 novembre 1888.

Antécédents héréditaires. — Aliénation mentale chez les grands-parents du côté maternel (deux cas). Père et mère vivants.

Antécédents personnels. — Fièvre muqueuse (?) dans le bas âge. Rougeole il y quatre ou cinq ans. Scarlatine l’année dernière, sans trouble consécutif de la sécrétion urinaire. Pas de rhumatisme articulaire aigu. Pas de chorée.

Les fonctions de la vie organique ont toujours été satisfaisantes.'j

les digestions à la hauteur de Tappétit, la croissance reguliere ; développement musculaire normal. Pâleur constante des téguments, en particulier de la face. Traits réguliers, un peu forts ; cheveux et cils noirs ; lèvres un peu épaisses. Quelques ganglions engorgés, cicatrice d’un ganglion qui a suppuré pendant la scarlatine derrière l’oreille gauche. Pas d’asjmétrie faciale. Crâne régulièrement conformé, de dimensions moyennes. Physionomie un peu immobile.

Phénomènes -psychiques. —Lenteur dans les réponses, cellesci ne manquent pas d’une certaine précision. Souvent la malade répond de prime abord : « Je ne me rappelle pas » ; puis, après un instant de réflexion, elle peut fournir le renseignement demandé. Aime également l’étude et le travail manuel : dans sa classe elle occupe le quatrième rang sur trente élèves; ses réponses sont empreintes d’une grande franchise : elle avoue qu’elle aime causer pendant la classe, ce qui lui attire de fréquentes punitions de la part de ses maîtresses. Elle n’est jamais punie pour insuffisance de ses devoirs.

Depuis plusieurs mois (moins d’un an), le bras droit, le bras et la jambe gauches sont agités de mouvements involontaires qui, d’abord insigniflants, se sont de plus en plus accusés; la jambe est étendue sur la cuisse, puis fléchie avec une certaine lenteur, tantôt consciemment, tantôt inconsciemment; les bras exécutent des mouvements de reptation le long du tronc, en même temps que l’épaule est abaissée et portée vers la ligne médiane. Les membres supérieurs et les doigts sont presque constamment en mouvement : tantôt la malade se frotte les mains, tantôt elle se porte les mains derrière les oreilles, à la face, à la poitrine, etc., mais toujours ce sont des mouvements lents, correspondant à un acte physiologique.

Après la scarlatine, c’est-à-dire il y a un an, alors que les mouvements involontaires des membres n’existaient pas encore, la malade avait la sensation de l’exagération de Touverture palpébrale droite; deTà, dit-elle, l’origine du clignement des pau pieres qui a marqué le début des mouvements involontaires. Ces clignements et cette sensation d’inégalité des ouvertures palpé-

braies existent encore actuellement, mais excitent à un degré moindre l’attention de la malade. Pas d’inégalité apparente des deux ouvertures palpébrales. Pendant quelque temps elle a poussé une sorte de cri inintilligible semblant être principalement sous la dépendance de mouvements de la langue. Il y a un mois environ, ont débuté les phénomènes d’échokinésie, la malade faisait deux ou trois fois la même chose ; elle mettait un vêtement, l’enlevait, puis le mettait, etc. Pour l’écriture, même répétition : « elle repassait plusieurs fois sur la même lettre ou faisait deux fois la même lettre » ; actuellement encore quand elle lit, il lui arrive, après l’avoir achevée, de recommencer la même page. Elle monte plusieurs fois dans son lit pour se coucher, etc. Après avoir entendu une phrase, ou même une série de phrases, il lui arrive souvent de répéter à haute voix ou à voix basse intégralement ou d’une façon tronquée la ou les phrases entendues. Lorsque, la répétition est difficile et infidèle, la malade s’impatiente, est énervée et se prend à pleurer abondamment. Ce sont, à peu près les seuls mouvements d’irritation et d’impatience que la malade ait jamais manifestés.

Il y a quinze jours environ, en allant à l’école, elle a entendu une de ses compagnes prononcer le mot « merde »; dès ce moment elle s'est mise à le répéter elle-même une ou plusieurs fois chaque jour; elle affirme qu’elle peut ne pas le prononcer quand elle le veuf.. Néanmoins elle l’a prononcé « dans un moment de distraction %, dit-eUe, aujourd’hui même après avoir promis de ne pas le dire.

Il y a quelques jours elle a répété à plusieurs reprises, étant au lit, le nom de son père : « Pierre, Pierre. » C’était le lendemain du jour où ses parents l’ont quittée en la laissant à l’Hôtel-Dieu. Depuis huit ou dix jours elle éprouve un phénomène singulier : « elle ses oreilles » d’une façon inégale; l’une, elle ne peut préciser laquelle, lui paraît plus « serrée » contre le paroi crânienne. C’est pourquoi elle porte constamment .les doigts derrière l’une ou l’autre oreille comme pour se gratter.

Semibilité. — Pas de modification de la sensibilité générale au contact, à la chaleur et à la douleur. Pas d’ovaralgie. Pas de

zones hyperesthésiques. Pas de trouble des organes des sens, la malade perçoit les saveurs, distingue nettement les couleurs, etc. Jamais de crise d’hystérie. Il semble qu’il y ait une légère exagération des réflexes rotuliens : elle est difficile à observer à cause des contractions volontaires de la malade.

Pas de trouble de la coordination des mouvements. Rien aux . poumons, ni au cœur.

Les urines ne contiennent ni albumine, ni sucre.

Réflexions. — Cette malade rentre dans la catégorie de celles qui ont fait l’objet du mémoire de M. Guinon, sur la maladie des tics convulsifs.

Un jour, elle entend le mot de Gambronne, son imagi nation est frappée, et dès lors elle est forcée de le répéter : le réflexe a été fatal. Ici il ne s’agit plus d’image visuelle, comme dans l’écliokinésie, mais d’image auditive. Ces images auditives contiennent d’ailleurs des éléments moteurs comme les images visuelles et ont également de la tendance motrice.

Cette image auditive s’est donc fixée dans son esprit, frappé d’une tare héréditaire, et donne lieu à tout instant à son expression motrice. En somme, interprétation est toujours la même, qu’il s’agisse d’écbokinésie ou d’écbolalie.

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