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Summa sequar fastiga rerum.
Vmc.
LoasQu’uHE science est basée sur des principes vrais ou du moins non contestés, chacun peut partir de ces premières données pour aller à la découverte de nouvelles vérités. Mais quand des axiomes long-temps reconnus pour le produit de l’expérience et du raisonnement, quand des aphorismes sanctionnés par les siècles qu’ils ont traversés sont, tous les jours remis en discussion, admis ou rejetés, modifiés de cent ftiçons, regardés tour à tour comme la plus belle conquête du génie ou comme le fruit de l’imagination en délire ; alors toujours flottaut et incertain l’esprit humain fait, défait, inodiQe vingt fois les fondemens de l’édifice qu’il veut élever, et ajirès des siècles on se demande si la première pierre n’est pas encore à poser. Qui ne connaît les révolutions de la médecine? Qui ne sait comment, depuis deux mille ans livrée tantôt â un aveugle empirisme, tantôt à des théories vaines et souvent ridicules, de loin en loin seulement rendue à sa dignité par des hommes de génie, elle est arrivée jusqu’à nous bigarrée des lambeaux de diverses couleurs que .chaque école s’est plue à lui attacher? Sans dopte on y reconnaissait un ou deux lambepux de pourpre, puais ces restes d’une antique richesse disparaissaient étouffés sous d’ignobles haillons. Telle à peu près se présentait encore la médecine vers la fin du siècle dernier.
Quand tout, à cette époque, dans la politique comme dans les
sciences, subissait une révolution que la suite des siècles et les progrès de l’esprit humain avaient rendue inévitable, la médecine pouvaitelle rester stationnaire au milieu du mouvement général ? Tout semblait revêtir la fraîcheur de la jeunesse, seule devait-elle, pouvaitelle garder sa décrépitude ? Intimement liée à presque toutes les branches de nos connaissances, satellite, pour ainsi dire , dans le système scientifique, elle a dû suivre l’impulsion donnée au monde savant. Mais quand, après quelques oscillations, la plupart des autres sciences ont enfin pris la places qu’elles doivent occuper dans le système général, oserions-nous dire que la médecine, assise enfin sur des ba.ses certaines, n’a plus qu’à suivre son développement,en un mot, qu’elle est arrivée à sa dernière révolution.
Cette idée, entrevue et recherchée avec tant d’ardeur dans tous les siècles par les amis de l’humanité et de la science, serait-elle réalisée pour nous? Quelque génie supérieur aurait-il enfanté, pour le bien des hommes, une théorie qui satisfît à tous les faits observés jusqu’à ce jour? En aurait-il déduit une thérapeutique qui dût resserrer les limites de l’empire de la mort, et soustraire au moins le plus longtemps possible aux coups du temps, ceux que sa faulx doit nécessaimeut moissonner.
Si tel doit être le résultat de nos recherches ; si des principes sûrs; puisés dans la nature de l’homme , et soumis au double creuset de l’expérience et du raisonnement , sans souffrir d’altération ,i se présentent à nous;'alors nous embrasserons cette doctrine avec enthousiasme, et l’humanité devra des autels à celui qui l’aura inventée. Mais si', trompés dans notre attente, au lieu d’une école forte d’expérience et de* raisonnement, nous rencontrions des théories admettant l’alliage de principe sûrs et de principes contestables, de vues saines et de conceptions erronées, donnant comme explicationgénérale'ce quitoüt au plus est applicable à qüelques cas particuliers , alors , déçus de nos brillàhtes èS^étkrices, lûais non rebutés, nous chercherions le bon grain en écartant l’ivraie; prenant pour guide un esprit critique et iihparlial, nbûs choisirions dans chaque système ce qui semblerait le
plus incontestable ; et si nous n’obtenions pas un ensemble bien régulier, du moins ne forcerions-nous pas à entrer dans un même cadre des objets qui se refusent obstinément à toute alliance.
En considérant la nature de l’homme, sa constitution physique, toujours identique dans tous les pays quant aux tissus, aux organes, aux appareils, aux fonctions, il semble que l’on aurait dû presque invinciblement se rencontrer dans l’explication des phénomènes morbides qui surviennent dans l’organisme. Cependant cet accord d’opinion ne se rencontre nulle part, et telle solution donnée ici comme évidente est l’ejetée ailleurs comme absurde. D’où vient ce défaut d’accord? Faut-il en accuser la bizarrerie, les caprices de l’esprit humain, ou bien doit-on en rechercher la cause dans la nature même du sujet? Sans doute la vanité, l’amour-propre, l’ignorance, ont quelquefois, souvent même, égaré les hommes dans les explications qu’ils ont données ; mais il serait injuste de ne pas voir dans la difficulté de saisir l’objet lui-même la principale cause de ce désaccord. En effet, dans la plupart des autres sciences ce sont ou des abstractions dont les conséquences sont nécessaires , les nombres, par exemple, ou une nature morte et toujours passive, qui sont soumises aux recherches, et dans ces cas les faits varient peu, les conséquences mal déduites mènent bientôt à l’absurde , et par là redressent l’esprit et le tirent de la fausse route où il se serait engagé. Mais quand il faut soumettre aux mêmes épreuves la nature organisée,l’activité elle-même, qui peut se modifier de mille manières ; quand il faut réduire en quelque sorte à des lois fixes ce qui de soi-même paraît n’en reconnaître aucunes, alors les difficultés se multiplient, l’expérience de la veille est détruite par celle du lendemain, et par un jeu bizarre l’organisme semble se plaire à tromper toutes nos prévisions, c’est un Protée qui s’échappe dè nos mains au moment même que nous croyons pouvoir le maîtriser.
Nous pouvons donc dès à présent prévoir quelle tâche aura rempli celui qui trouvera la théorie d’un pareil ordre de choses; celui qui avec certitude pourra dire : telle cause doit amener nécessairement tel effet, et tel effet étant donné, ce moyen doit nécessairement en
suspendre, modifier ou même arrêter la marche. Neivlon s’est fait un nom immortel en inventant l’attraction ; mais il y a moins de distance entre le monde iuÿ'ganisé et le monde organique qu’il n’y en aurait entre Newton et celui qui soumettrait à des lois certaines les phénor uii^ries de la vie. •
Avant ou plutôt sans aucun examen de système, examen qui d’ailleurs ne peut être fait que par des hommes de l’art, les gens du monde jugent d’une doctrine par la réponse à cette question : guérit-on mieux maintenant que jadis ; la mortalité a-t-elle diminuée, et dans quelle proportion? Sans doute, suivant son opinion touchant le systènap dominant, le praticien répondra ou non par l’affirmative, mais l’homme du monde pourra lui demander des preuves. Quelles preuves alors alléguera un médecin, qu’un autre médecin ne puisse réfuter ou même produire en sa faveur? Il en est une bonne, mais sujette à de graves incouvénions, je veux parler des tableaux mortuaires ; et, quoiqu’on en dise, ce serait un terrible argument que celui dont les prémices seraient des cadres nécrologiques exactement dressés. Mais si l’homme de l’art n’a pour preuve de la bonté de son système, près des gens du monde, que la confiance qu’il leur inspire , il n’en est pas de même quand il s’agit de l’examen d’une doctrine devant des juges conipélens, je veux dire d’autres médecins. Ici les traditions de la science , l’autorité des grands maîtres, la connaissance de l’organisme, les expériences journalières, les faits entassés dans les livres et sagement examinés, sont d^s moyens sinon infaillibles, du moins assez sûrs pour découvrir la vérité. Cependant, malgré tout cet appareil de moyens, il est impossible que le médecin ne regrette pas de ne pouvoir se faire à lui-même la réponse que demande l’homme étranger à l’art de guérir. Quelle force n’aurait-on point pour combattre une théorie, si des faits évidens, palpables, nombreux, déposaient contre sa mise en pratique? En vain voudrait-on en appeler à la logique; tout le monde serait plus jaloux d’être sauvé contre le bons sens que de mourir dans les l'ormes. Mais puisque cette voie nous est fermée, abordons les divers systèmes qui aujourd’hui dominent dans
le monde le pins civilisé, nous servant dans cet examen des seuls moyens qui sont à notre disposition. j
Si l’on examine tous les systèmes de médecine qui régnent en Eu-^ rope, on verra qu’un même principe perce à travers toutes les expressions plus ou moins obscures dont on se sert pour les expliquer, Ce prineipe, c’est le vitalisme. Comme presque toutes nos théories médicales actuelles sout nées du ^rory/îisme^jtputes ont gardé, tout, en répudiant une pareille alliance, des traits qui attestent leur com-r mime origine. Un coup-d’œil rapide sur les écoles modernes nous en convaincra bientôt. > '
Nous n’ignorons point que pour un certain nombre :4e médecins les seuls mots de vitalisme, de propriété vitale., sont l’objet, d’un sour, rire m.oqueur et dédaigneux. On demande ce que c’est .qu’une propriété vitale; et comme onne peut pas la leur faire toucher atfdoigt,. ils en concluent que c’est une chimère, une absurdité. Sans doute , si par ce mot on entend quelque entité mystérieuse distincte pliysir^ quementijlela matière en action , de l’organisme.actif, on pevitue pas en admettre l’existence ; mais si cette expression n’est qu’un moyen abrégé de désigner une force cachée,'inconnue dans sa nature, et en vertu de laguelle le monde organisé obéit à des lois qui; ne ressemblent point à celles du monde inorganique; en un mol, si ce n’est que la formule écrite ou parlée exprimant la cause inconnue dans sa nature, mais réelle dans ses efléts, de tous les phénomènes qui nous frappent dans l’organisme, alors nous ne voyons pas ce que le vitalisme a de risible ou d’absurde. U attraction ^ (\\.n a immortalisé son inventeur,, n’est également qu’un mot. 11 est vrai que nous connaissons les lois que suit ce que nous nommons la gravitation ; mais qu’en conclure ? qu’il n’existe pas une cause particulière vitale de tous les , phépomènes de la vie,? Non, mais bien que l’étude de, la nature morte est plus avancée que l’élude de la nature vivante. Qui sait si les lojs de celle dernière ne nous seront pas révélées plus tard par un .nouveau Newton ? , ,
Rrown , àoué. d’un, génie supérieur.et d’une énprgic .rare,de caraq»
tère, sentit que le monde organique planait au-dessus de la sphère inorganisée. 11 s’aperçut du vide des théories physiques, chimiques , chimico-mécaniques qui régnaient alors, et voyant la vie lutter sans cesse contre les lois de la physique et delà chimie, les uiaîtrisant même et se les soumettant, il fut conduit <à admettre une cause d’action autre que la cause connue dans le monde passif; de là l’origine du vitalisme. Sans doute ce hardi réformateur a pris les choses de si haut, qu’on pieut l’accuser de n’avoir agi que sur des abstractions, et d’avoir dédaigné le détail de l’organisme, si je peux m’exprimer ainsi. Mais si l’on considère l’état d’enfance où se trouvait, à cette époque”, l’anatomie pathologique, la difficulté qu’il eut dans son pays d’interroger la nature après la mort, on lui saura gré de ce qu’il a fait, et l’on accu sera le temps où il vivait de ce qu’il a laissé à faire. On lui rcprocfic, il est vrai, d’avoir fait payer trop cher à l’humanité sa nouvelle réforme.-Mais ce qui doit un peu rassurer à cet égard, c’est ({Me. Brown s’entourait de tant de précautions, exigeait un si scrupuleux èxamen de l'incitation du malade, qu’il a dù le plus soifVent modifier l’emploi dé ses moyens trop énergiques. D'ailleurs, ne sait-on pas que, soit défiance dans la bonté absolue d’un système, soit instinct naturel, jamais le praticien, fùt-il même inventeur d’une nouvèllethéorie, ne la porte jusqu’à ses dernières conséquences; il recule lui-même quand il n’aperçoit plus le point d’analogie entre sa conduite et celle des médecins de tous les temps ; et si l’humanité ne retire pas toujours un grand avantage de ces timides essais, toujours est-il qu’elle a rarement à sè plaindre de tentatives téméraires et hasardeuses. Mais revenons.
En jetant nos regards autour de nous, nous voyons la France enclavée, pour ainsi dire, entre l’Angleterre, l’Allemagne et l’ilalie, être un centre d’où partent et vers lequel viennent se réunir tous les rayons du monde savant. Ces quatre pays sont incontestablementplacés au plus haut degré de civilisation que nous aient présenté les temps moderne et même les temps anciens. Un échange mutuel de découvertes, d’expériences, de recherches dans toutes les parties des
acieuces, établit entre ces différons peuples un lien commun qui en fait presque une seule nation. Cependant, malgré ce concours si unanime, le défaut d’accord que nous avons remarqué parmi les individus d’un même pays qui exercent l’art de guérir se retrouve ici dans les nations. Les sciences physiques, mathématiques, etc., marchent à peu près parallèles chez tous ces peuples ; mais l’impulsion donnée au monde médical n’est pas la même. Ici le mouvement est évidemment retardataire; là l’essor est plus brillant, mais il n’est pas guidé par un esprit assez observateur. Celui-ci se perd dans les abstractions, celui-là ne sort pas de la matière qu’il a sous les yeux, et de crainte de s’égarer dans de trop vains écarts, il n’ose franchir le cercle étroit qui, pour lui, est tout l’organisme.
Expliquons notre pensée, et prenons d’abord l’Angleterre pour exemple.
L’Angleterre , dont la marche a été si rapide et si brillante dans la carrière de la chirurgie, qui, par la multitude de prQçédés ingénieux; par la hardiesse, je dirais presque la témérité de ses tentatives chirurgicales ( si le succès ne l’avait souvent absoute de ce reproche), par SOS conquêtes enfin presque incroyables sur la mort, s’cst placée si haut dans l’opinion des hommes de l’art, l’Angleterre se traîne encore péniblement dans l’ornière de sa vieille routine médicale. A peine dans les livres les plus récens qu’elle a publiés sur la médecine, trouvet-on quelques traces des progrès qui signalent chez nous cette partie de l’art de guérir. Sydenham, Méad,Cullen, sont toujours ses seuls guides; Brown est toujours son dieu de la médecine. Sans doute lé génie immortel de Sydenham devra toujours être un guide' dont la Grande-Bretagne pourra s’enorgueillir; mais il faudrait peut-être qu’elle apprît à ne lire cet Hippocrate moderne qu’aux lumières des vérités médicales enfantées par le dix-neuvième siècle* Loin que la gloire de ce grand praticien en souffrît, nous croyons qu’à la lueur de, ce flambeau elle brillerait d’un plus vif éclat, et que l’on s’étonnerait davantage des vues saines et profondes qu’il a portées dans l’étude dé l’homme malade. Cependant il serait peut-être injuste, de juger de la
praliqii& actuelle de la médecine en Angleterre par ce que nous voyons dans les traités ex professa. Des médecins distingués ont ouvert lesyeat ■aux lumières venues du Continent, et par là l’exercice de la médecine se trôuvfe heureusement modifié. Ils usent de nos richessés mémédicales au grand avantage de leurs concitoyens; mais un amourpropre national, si commun en Angleterre, quoique si mal entendu , les empêche de publier ce qu’ils doivent sous ce rapport à leurs plus proches voisins.
Je ne parle point de l’arrière-ban des médecins anglais . qui . comme partent ailleurs, se croient les champions nés des doctrines qh'ils ont puisées pendant leur jeune âge. Ils penseraient déroger si. par un aveu de la supériorité de nutre temps sur le temps passé, ils proclamaient une vérité; du reste triviale, savoir, que pendant que l’individu décline l’espèce marche, et que son mouvement est toujours progressif. Peut-être n’eshil point en Europe de pays où l’abus d’une vieille polypharmacie, d’une médecine si justement flétrie du nom Ae'stercorale, soit portée à un si dégoûtant excès ; et peut-être n’y a-t-il que la constitution d’un Anglais qui puisse résister à ces médications que l’on croirait empruntées au Codex àes vétérinaires; > Mais' dîsOns-'le- à d’honneur de l’Angleterre, sa j'eunesse, si opiniâtrémient studieuse, trouvant chez nous plus de facilité pour interroger les débris de l’homme mort, est initiée par ce moyen aüx heureuses découvertes de l’anatomie pathologique, et porte au-delà du détroit les saines doctrines qui commencent à s’y propager, et bientôt la Grandé-Bretagne sera délivrée de ces systèmes surannés qui n’ont pour appui que ces défenseurs obligés fournis par la routine, l’amour-propre et l’ignOrarice.
Ce court aperçu nous révèle que nous n’avons rien à puiser à la^ Source anglaise;'ce qU’il y a de bon, d’utile dans la pratique, serait en grande partie exporté de notre pays; quant au reste , il serait fastidieux de le soumettre à un examen dont en vérité il n’est pas digne. Ainsi rien de-neuf, tout d’emprunt à peu près; aucune théorie nouvelleme réclame une discussiotty soit pohr l’admettre; soit pour la ré-»
prouver. Non que nous prétendions que ce soit à l’absence d’une théorie unique que soit dû l’étact actuel delà médecine en Angleterre ; tant s’eh faûtqu’au contraire, serons-nous conduits pout-ctrcàplacerdans l’heureuse combinaison de plusieurs systèmes, ou plutôt dans le choix de vérités propres à chacun d’eux, la base la plus raisonnable de l’art de guérir. Nous ne prétendons rien préjuger sur cette grande question ; nous remarquons seulement que l’Angleterre ne nous offrant aucun ensemble raisonné de connaissances médicales systématiques, nous sommes obligés de poursuivre ailleurs la recherche de cette théorie unique si désirable, qui accorde, explique tous les faits exacts que possède aujourd’hui la science hippocratique.
Tournons nos regards vers l’Allemagne. Ici la scène change. Nous venons de voir l’immobilité en quelque sorte systématisée. Maintenant, nous entrons dans l’empire du mouvëment et de la vie. (Il ne faut pas oublier que ces expressions ne doivent s’entendre que de la médecine proprement dite, médecine interne, telle qu’elle est en Angleterre; personne plus que nous ne rendant hommage aux grands hommes de ce pays, qui ont tant avancé la science sous d’autres rapports. ) Quel peuple que ces infatigables Allemands ! Comme la sphère de tout ce qui existe s’aggrandit à leur esprit! Il semble que ce monde matériel ne suffise pas pour alimenter leur ânle avide de connaissances. La nature réalisée Se rétrécit à leurs yeux; il faut qu’ils la contemplent dans son idéal. La source de l’être , l’essence des choses, voilà ce qu’ils veulent connaître, voilà où tendent leurs laborieux efforts. Partir de ce qui tombe sous le sens pour s’élever à des principes généraux leur paraît une marche pesante, longue et peu utile. Ce sont des abstractions, ce sont toutes les mystérieuses obscurités de la métaphysique qu’il leur faut , et ce n’est qu’en partant des sublimes hauteurs de l’idéalisme qu’ils consentent à descendre, à s’abaisser jusqu’au misères de la réalité. C’est donc, en quelque sorte , au milieu des nuages que nous allons les trouver placés; et qui sait si nous verrons autre chose que des fantômes? Cette tournure d’esprit qui distingue si éminemment les graves penseurs de l’Allemagne,
St; retrouve dans les écrivains qui traitent des objets de mécine. Je ne tioute nullement qu’en voyant notre manière de procéder dans la recherche de la vérité en médecine, le savant de la Germanie ne la juge mesquine et étroite, et qu’il ne conçoive pas comment on peut suivre aninutieusement quelques fibres que la maladie aura altérées, et chercher dans quelques lésions organiques la cause de la détérioration de tout l’organisme. Non , cette allure trop esclave, cette marche si rampante doit lui donner une idée assez peu favorable de l’esprit français; et peut-être trouve-t-il dans la frivolité dont on accuse nos concitoyens la raison de ce prétendu défaut d’énergie dans les conceptions de la pensée et dans les travaux du génie.
On découvre tout, disait iVcirton, en y songeant. Cependant combien de choses sont restées des énigmes, non moins pour ce grand génie que pour le plus ignorant des hommes ! Combien de questions auxquelles il ne répondait, en s’inclinant, que par ces mots ;
Demandez-le à ce Dieu par qui tout est formé.
Une deces questions à jamais peut être insoluble pour l’esprit humain, c’est le secret de l’organisation. On conçoit cependant que c’est seulement de la solution de ce problème que peut naître un système complet, fixe et invariable de physiologie, de pathologie et de thérapeutique. Tant que les causes ou au moins leurs lois nous sont cachées, tant que nous n’appercevons que les conséquences dernières, que les résultats les plus grossiers de l’organisme, dont le point de départ, et à plus forte raison l’essence, nous sont dérobés par une nuit épaisse, il n’est guère probable que le médecin puisse marcher autrement qu’en tâtonnant , et en essayant tour à tour ce qui se rapprochera le plus du but de la nature. Sans doute, une longue expérience donne à ces tâlonnemens par lesquels on débute la force de la vérité; mais si une fois la loi de l’organisme était posée, le raisonnement seul pourrait en déduire les conséquences. Et qui ne voit combien notre marche serait plus rapide?
G’est donc dans ce sanctuaire de la nature que l’école allemande a osé porter un œil scrutateur, et partant de ce principe, d’ailleurs in-
contestable, que dès qu*on aura saisi avec clarté l’idée, l’essence de la nature, la maladie paraîtra également claire , elle s’est élancée à la recherche de cette idée mère, et voici comment elle proeède :
«La nature est le système des lois établies par le Créateur, pour «l’existence des choses et la succession des êtres.
«Le principe qui la régit est absolu, unique, formateur, répandu « dans l’univers; ce principe se manifeste dans la réalité etdans l’idéa- » lité. Ces deux puissances constituent un tout cohéraut, car toute «idée subjective [idealis subjectum) cherche immédiatement à se réa- « liser ; toute idée objective ( reulis objeetwn) tend à s’élever à l’idéal, « à se spiritualiser.»
On peut se figurer quel serait l’étonnement d’un auditoire français, si un professeur débutait de cette sorte dans les préliminaires d’un cours de pathologie interne. Quelle.que fût la confiance que son savoir inspirât à ses élèves, il est fort à présumer qu’il ne leur persuaderait point que cette voie est la plus directe et la plus sûre pour arriver à la connaissance et de la nature et du traitement des maladies. Continuons. « De ce que ce principe obsolu ne peut être une seule puissance en activité, car elle se perdrait à l’infini, ni deux puissances égales, car elles s’annuleraient, on tire la conséquence qu’il ne peut paraître que dans la l’éalité et dans l’idéalité; mais pour quül se manifeste, il faut que l’opposition du subjectif et de l’objectif se développe en lui, ce qui constitue le dualisme {dtialismus ) de puissance contraires, et pour unir ces deux puissances, il enfant une troisième, que l’on nomme force formatrice ou sintlwtiquc. Ainsi, tout ce qui existe provient de l’absolu par le dualisme qu’unit la puissance synthétique ( triplicité, trias naturœ. ) »
Cette métaphysique, qui paraît extraite des livres AcPlaton, ou des rêveries de la scolastique du moyen âge, n’eût-elle que l’inconvénient d’être suffisamment obscure, mériterait peu de fixer notre attention, si l’on ne nous promettait de nous conduire à la lumière à travers ces brouillards, ce sera bien alors et à la lettre ex fumo dare lucem. Avançons.
•i Le dmiisme, uni p^r le Zmsj, est donc le principe de toute appa- « rilipn dans le monde. Ex., kalL acide, sel.
Voilà, dans ce système, l’origine du monde organisé, essentiellement passif et mort; voyons la transition au moi.de organique.
« Dans la nature extérieure gît la condition de l’apparition de la \ iç organique. »
« L’idée de la vie organique ne peut se manifester que si on lui suppose nécesairement ; i°. réceptivité, ou la faculté d’être affectée par la nature extérieure ( activité idéale,); 2 °. faculté réactive de l’activité organique, opposée à l’activité de la réceptivité ( activité réelle).»
On déduit de là « la faculté productive, troisième puissance effectuant l’identité relative, unité de toutes les oppositions à un degré supérieur. »
Nous venons de voir le produit organique sortir du monde inorganisé par la vole de deux facteurs ( activité idéale, faculté réactive) ; mais la proportion pouvant varier entr’eux ( l’auteur les désigne par les signes algébriques -p— )? de celte variation naît le principe de toiute diversité.dans les produits organiques. Vient ensuite la combinaison du monde organique avec le monde extérieur, et de cette opposition naissent, 1 °. la sensibilité ( système nerveux), 2 °. l’irritabilité ( système sanguin ), 5". végétation, animalisation ( système reproducleur ). Chacun de ces systèmes a ses pôles positifs et négatifs, son ;-p ou —. La nature inorganisée a aussi les siens. Du balancement de ces puissances résultent toutes les modifications extérieures qui nous frappent dans la nature réalisée, si je peux ainsi dire.
J1 serait trop long de suivre pas à pas cette métaphysique , ingénieuse sans doute, mais qui nous paraît peu propre à hâter les progrès de la science de l’homme.
Ajoutons néanmoins, qu’au point où nous sommes de ce système, l’organisme se trouve.enveloppé de toutes parts par le monde extérieur qui agit sur lui, et qui, pour cela, même qu’il agit, a reçu le^ noin.de soUicitamentHtn. Si nous ne nous trompons pas sur le,vrai,sens, des mots, U nous semble retrouver ici les idées de Brown. N’esl-ce
pas en effet cette incitation du médecin écossais, susceptible de plus ou de moins, qui est représentée dans l’autre langage par les signes +• et— dont nous venons de parler? Dirons-nous que les poisons corres- . pondent, les narcotiques au carbone ; les miasmes, contagions, à l’hydrogène ; les alcalis à l’azote; les acides concentrés à l’oxygène? Que la diminution et la dissolution de la cohésion organique se fait par des moyens négatifs ; que les phénomènes opposés son produits au contraire par des remèdes positifs? N’oublions pas de noter, pour nous faire entendre, que les principes chimiques ci-dessus désignés sont représentés par des -]- ou — dans le système dont il s’agit. Sous ces foi’mes idéales , ne sont-ce pas encore les excitans et les déprimans de l’école brownienne?
Par cette courte analyse qui, grâce à la nature du sujet et aux idées intermédiaires que, pour abréger, nous avons dû négliger , paraîtra peut-être assez peu lumineuse , nous voilà conduits à l’idée de santé et de maladie absolues. ^ priori nous aurions simplement défini la santé: l’accord harmonique de tous les systèmes de l’économie, et par contre , la maladie serait née du dérangement de cette même harmonie. Voyons quelle nouvelle lumière va jaillir de la nouvelle école.
• 11 y a perfection dans la manifestation et dans le développement de toute vie individuelle, lorsque les proportions des facteurs dont elle se compose, se développent dans son mouvement progressif et harmonique , de manière qu’elle se présente de même dans les formes extérieures, jusqu’à ce que l’épanouissement limité de cette vie trouve sa fin nécessaire dans l’accomplissement de la manifestation ( idée absolue de santé). »
0 II y a maladie partout où, par l’opposition du rapport extérieur des facteurs avec le degré relatif de développement de l’individu , l’épanouissement ultérieur harmonique de la vie est arrêté (idée absolue de la maladie ). »
Nous devons sans doute accuser ici notre intelligence d’étre en défaut ; mais ce n’est pas notre faute si la définition vulgaire nous semble plus intelligible et n’allant pas moins au but, qui est de nous
donner une idée telle quelle de la santé et de la maladie en général. Certes, une définition exacte, fût-elle un peu obscure, vaudrait mieux que la nôtre ; mais celle de l’école allemande satisfait-elle à cet égard ?
On serait tenté^au premier coup-d’oeil,de ne voir dans tout cet appareil scientifique qu’un jeu de l’imagination ; on aurait tort; il y a certainement une vue profondément philosophique : c’est la découverte de la monade primitivement malade, pour s’élever delà aux maladies de l’organe , puis d’un système, enfin de tout l’organisme; mais cet heureux phénix est encore à trouver.
Remarquons toutefois que les médecins allemands ont été conduits par ces idées à étendre la sphère de la matière médicale , partant des faits prouvés pour eux , que « tout remède a son rapport avec tel ou tel organe , par exemple la peau ; que tout remède a son rapport déterminé dans certaines maladies (spécifiques). » Ils ont basé leurs procédés thérapeutiques sur ces notions ; et quoique jusqu’ici nous ne connaissions point de résultats, assez nombreux et assez heureux de la nouvelle pratique, gardons-nous bien de n’y voir, comme quelques médecins, qu’une prétention puérile et ridicule. L’examen d’une autre doctrine nous permettra de nous étendre davantage sur ce sujet.
La fièvre , cet être de raison que l’on s’est plu à réaliser , qui se découvre à nos regards par une série de symptômes si variés et si mobiles , dont un ancien médecin disait : Nemo scit, nemo scivilt nemo sciet; que la doctrine physiologique a définie, l’expression d’une lésion quelconque d’un organe ; la fièvre, dis-je , occupe le premier rang parmi les maladies , suivant l’école allemande. Voilà la définition que nous y lisons : « La cause primitive de la fièvre n’est autre chose que les efforts de l’organisme total pour rétablir l’équilibre intérieur, ou l’harmonie intérieure de ses fonctions. Ce sont les bassins d’une balance que l’on a dérangée, et qui cherchent à se remettre de niveau. » Certes, çette manière d’envisager et d’expliquer les phénomènes fébriles n’est pas nouvelle;, et long-temps avant
même l’école stahlienne , ou avait regardé la fièvre comme uu effort de la nature pour rétablir l’ordre troublé par uue cause quelconque.
Dans l’opinion que nous exposons, on croit pouvoir expliquer tout ce que la fièvre présente d’irrégulier et d’insaisissable ; mais quelque ingénieuses que soient ces spéculations théoriques sur la nature de la fièvre, elles offriront toujours l’inconvénient grave de distraire l’esprit des lésions organiques, qui entretiennent si évidemment la réaction fébrile , si même elles ne l’occasionnent toujours. Voyez d’ailleurs quelles conclusions on/a déduites de ces idées touchant la fièvre.
« Chaque fièvre peut se guérir d’clle-même ; le médecin ne doit que favoriser les efforts de la nature pour rétablir l’équilibre entre les systèmes. »
Mais on sait comment Broivn rétablissait cet équilibre ; et quand on considère que sous des mots différens sont ici cachées les mômes idées , ne doit-on pas présumer que , le pôle négatif paraissant le plus souvent prépondérant, il faudra, pour que l’équilibre ait lieu , que le pôle positif soit stimulé. Et Dieu sait quelle espèce d’équilibre en résultera le plus souvent ! Et pour que l’on ne nous accuse pas de saisir mal l’esprit du système, qu’il nous suffise de citer encore quelques mots qui nous paraissent péremptoires.
€ La fièvre est toujours une maladie indépendante , subsistante par elle - même. » Méthode curative. — Empêchez ( in studio prodromorum) que la fièvre n’affecte les systèmes polaires. Supprimezla , fixez l’équilibre des systèmes par le quinquina, l’opium. Chassez la contagion par l’émétique. » Les réflexions se pressent en foule ici: disons seulement que, sans distinguer les différens cas qui peuvent s’offrir, ce sont d'abord le quinquina, l’opium, l’émétique que l’on prescrit. Mais si quelque organe est en proie à une vive irritation, si l’estomac est gravement phlogosé? on répondra sans doute que l’on n’a à combattre qu’une maladie indépendante, subsistante par
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elle-même : mais en voulant expulser un être de raison, nest-il pas de toute évidence que l’on aggravera la position du malade?
Nous pourrions pousser plus loin l’analyse de ce système ; mais notre dessein étant moins d’en faire un exposé complet que d’y chercher la solution du grand problème qui nous occupe, de plus amples détails seraient inutiles ; car dans une manière de procéder où les faits ne sont comptés pour rien, où l’on prétend expliquer la nature sans l’interroger elle-même ; où l’on croit en dérober le secret sans chercher , dans ses phases journalières , à la prendre , pour ainsi dire, sur le fait, c’est vouloir que sur mille combinaisons possibles un coup de dé amène une combinaison désignée. D’ailleurs, en supposant qu’un accident fortuit fît que l’on frappât juste au but, que ce fût véritablement l’histoire de l’organisme que l’on eût rêvée, on ne pourrait s’en assurer qu’en appliquant aux faits particuliers cette nouvelle théorie ; et qui nous garantit qu’un pareil essai se ferait sans nuire à l’humanité? En somme, cette marche suivie par l’école allemande nous paraît l’inverse de la bonne, et nous sommes convaincus que ce n’est qu’en accumulant les faits, qu’en épiant avec la plus fine et la plus scrupuleuse sagacité les mystérieux résultats de l’organisme, soit dans l’état de santé, soit dans la maladie, qu’un génie supérieur , réunissant un jour, après des siècles peut-être, ces matériaux épars, combinant ces richesses accumulées par Je temps , pourra enfin , si tant est que la chose soit possible à l’homme , trouver dans quelques lois simples , comme le sont ordinairement les lois de la nature, l’explication universelle des grands phénomènes de la vie et de la mort.
Tout en rejetlant ce systèmeT parmi les spéculations philosophiques dont l’homme du monde peut se contenter, mais sur lesquelles le médecin consciencieux ne basera jamais d priori un mode de traitement, nous n’avons pas eu l’idée de proscrire les essais thérapeutiques qu'a tentés la nouvelle école. Comme il noùs paraît vraisemblable que la maladie attaque d’abord la monade pour , en se progageànl de proche en proche, envahir'tout l’organisme, nous
croyons utile de répéter les tentatives thérapeutiques faites chez les Allemands , non comme conséquence nécessaire des idées théoriques, mais parce qu’il est certain que le hasard a fait plus jusqu’ici en médecine que le raisonnement le plus sévèrement logique. Cette vérité en est tellement une, que l’on pourrait presque la démontrer mathématiquement. En résumé, nous pensons que ces spéculations sublimes et ingénieuses annoncent, dans ceux qui s’y livrent, une tête vigoureusement organisée; il nous semble que cette marche n’est bonne que dans les sciences morales. En effet, remonter à la source de l’être, a la première manifestation de la pensée, en suivre lei«développement, en déduire les conséquences prochaines et éloignées, voilà, selon nous, le seul moyen de trouver l’ordre et d’en tirer la morale. La morale est toute entière dans l’intelligence de l’homme, il ne s’agit donc que de la chercher là où elle existe bien certainement. Mais le monde matériel, mais le monde organique, quoique développé dans le premier; mais ses lois, les conséquences qui en découlent ne sont point primitivement renfermés dans notre esprit. Elles sont, ces lois, hors de lui; elles agissent sur lui , mais elles ne sont pas lui. 11 faut les chercher où elles existent, c’est-à-dire hors de nous ; et pour les trouver, nos sens, aidés toutefois de notre intelligence , sont l’instrument que la nature nous a donné. Mais les sens ne peuvent s’appliquer qu’à des faits matériels comme eux, et ces faits, nous les trouvons en examinant ce qui se passe dans l’homme sain et dans l’homme malade. Voilà, selon nous, tout le secret de la marche a suivre; hors de là, nous poursuivons des fantômes qui à l’éclat d’un seul fait doivent s’évanouir.
Descendons un peu des régions idéales dans une sphère plus étroite, mais où il nous sera permis au moins de voir, de saisir les résultats matériels et palpables de l’organisme. Cependant on se tromperait si l’on croyait que Brown ne travaillât que d’après son imagination en créant son système ; Brown était praticien et observateur ; mais il n’observa que légèrement, et son imagination fit le reste. L’observation des faits porta le premier coup aux brownisme, et ce fut sur
le théâtre même de sa gloire, en Italie, que la doctrine écossaise se vit attaquée d’abord. Rasorit[m, pendant l’épidémie de Gènes, avait observé les funestes effets des stimulans prodigués sous toutes les formes, d’après le médecin d’Édimbourg, sapa les deux principaux axiomes du brownisine, en publiant et prouvant que les maladies sthéniques l’emportent de beaucoup en fréquence sur les asthéniques, et qu’il est faux que la plupart des agens thérapeutique soient des stimulans; qu’au contraire, le nombre des depriinans est mcontestablement plus considérable; il donna à ces derniers le nom de contrestiÊHlans, d’où le nom de contro-stimulisme, sous lequel est connue la nouvelle méthode italienne. Rasori n’ayant point écrit ra; professa pour expliquer ses idées médicales , il faut en chercher le développement dans les écrits de ses élèves; et parmi ceux-ci, Tommasini occupe, à notre avis, le premier rang. Non-seulement ce dernier nous a fait connaître le vrai sens des lïialadies diathésique, de la diathèse rasorienne; mais ce ({ne Rasori lui-même n’avait pas expliqué, savoir, la phlegmasie,. a été le sujet d’un ouvrage particulier du médecin de Bologne. Il y fait voir que l’inflammation constitue un ordre particulier de maladies qui n’ont rien de commun avec l’excitation brownienne, ni même avec la diathèse de Rasori. Le professeur/ît/èmt, tout en admettant que l’irritation n’était ni un excès, ni un défaut de stimulus , s’efforça de prouver qu’elle n’était qu’un trouble, un changement de mode, ou mieux, selon son expression, une disharmonie dans les mouveracns; en un mot, une diathèse d’irritation. Tommasini soutint toujours que l’irritation n’était qu’une affection locale ; mais comme des faits nombreux tendaient à prouver qu’une phlogose locale d’abord finissait quelquefois par envahir toute l’économie, Giannini prétendit qu’il pouvait y a voir des affections universellement locales. Ces expressions, que l’auteur de l’examen des doctrines a regardées comme une subtilité cligne du scotisme le plus raffiné, ont été expliquées assez ingénieusement par l’exemple d’un homme sur le corps duquel on enfoncerait une infinité d’épines. Il ne suffirait pas en effet d’extraire un de ces corps, il faudrait qpi’ils fussent
retirés tous pour que le mal qui, dans ce cas est universellement local, fût dissipé. Quoi qu’il en soit, on a dit que la nouvelle méthode italienne n’était qu’un réerépissage du brownisme , qui, usé, vieilli, avait besoin de s’accomoder un peu aux faits observés pour soutenuun examen sérieux. Si nous sommes obligés de convenir que le Contro-stimulisme a conservé plus d’un trait qui trahit son origine, il serait peu équitable, ce nous semble, de ne pas apercevoir la distance qui sépare les deux écoles. La médication si énergiquement antiphlogistique dans les inflammations locales, et qui est due à l’Italie , suffirait seule pour établir une différence , un contraste même, tout à l’avantage des médecins italiens. Que serait-ce si nous ajoutions que la médecine physiologique doit beaucoup à cette école qui J’a précédée !
Accueillie en France avec le dédain qui frappe tout ce qui s’éloigne de l’objet de nos préventions, la nouvelle doctrine, flétrie du nom A’ontologique par un système qui alors s’emparait de tous les esprits, fut à peine connue par quelques articles de journaux, puisés à des sources qui n’étaient pas toujours sûres. On ne vit dans les diathèses que Y excitabilité personnifiée, et l’on crut avoir tout prouvé contre cette méthode, en disant qu’elle soumettait à un traitement absurde un être de raison. Mais il est faux (\ueRasoriy Tommasinij Dellavalle, Rubinij etc., aient jamais pensé à personnifier une abstraction ; l’excitabilité n’est pour eux, et quoiqu’on dise un médecin, pour tous ceux^ qui ne sont pas évidemment absurdes , que la fibre elle-même excitée. Aurait-on bonne grâce à rire d’un mécanicien qui prétendrait qu’il faut modifier l’élasticité d’un ressort ? Viendrait-on lui dire sérieusement : *il y a des ressorts élastiques , c’est sur eux qu’il faut agir, et non sur l’élasticité, qui n’est qu’une abstraction. » Risum teneatis. Nous examinerons tout à l’heure s’il n’existait pas une explication plus naturelle des phénomènes nommés diathésiques; mais gardons-nous de prêter gratuitement des sottises à des adversaires pleins de mérite, pour avoir le plaisir de les réfuter.
Depuis RasorL, qui, comme nous l’avons vu, n’a rien dit de la
phlegmasie, grand nombre de médecins italiens, entr’autrcs Tommasini, Ruùini, Giiani, Giannini, ont écrit sur l’irritation avec une très-ingénieuse sagacité, qu’ils l’aient ou non considérée comme étant toujours une affection locale. Était-il si difficile que ces hommes distingués s’élevassent jusqu’à cette idée générale : que tout dans l’organisme malade était un produit de l’inflammation, après surtout que quelques uns d’entr’eux avaient conclu qu’une maladie générale (diathèse) pouvait succéder à une affection purement locale? Certes, il nous semble que la transition n’était pas bien difficile; et quoique l’on puisse soupçonner une préoccupation d’esprit chez les Italiens, voyons si ce n’est point sur des faits qu’ils ont cru devoir baser leur système.
Voilà, selon nous, les questions qu’ils se sont faites :
1°. Y a-t-il identité entre toutes les affections pathologiques de l’organisme et cet état que nous nommons'frrtVflf/on , phlogose ? Cette question, que Içs anciens n’eussent pas conçu que l’on pût poser, tant la différence de certains états morbides leur paraissait tranchée, fut résolue négativement par l’école italienne.
2°. Y a-t-il identité entre tous les états dits inflammatoires, c’est-àdire l’inflammation par cause agissant localement, est-elle identique avtc la phlegmasie dont sont pris certains organes, sous l’empire de causes inconnues la plupart du temps?
La réponse fut encore négative, et de là la distinction entre les inflammations instrumentales et les inflammations vitales.
Ce fut en réfléchissant sur la nature de l’inflammation , en observant ce qui se passe dans les divers phénomènes phlegmasiques, que les médecins italiens virent que, parmi les inflammations, les unes étaient évidemment ducs à une cause locale qui les entretenait ; les autres se liaient à une cause peu ou point connue, et semblaient résulter d’un désordre primitivement organique ou vital. Ces dernières ont été désignées sous le nom de spontanées; ils reconnurent en même temps que les premières se guérissaient du moment que l'on avait soustrait la cause qui les fomentait ; mais qu’il devait en
être autrement des secondes, dont la cause était inconnue le plus souvent, ou ne pouvait agir mécaniquement sur les organes, les affections morales, par exemple. On considéra donc cette dernière espèce d’inflammation cômme le pur résultat de l’exaltation de la fibre, et l’on imagina le moyen de là déprimer, c’est-à-dire de la remettre dans son éfèft noftoal, équilibre entre l’excès et le défaut ; en un mot, de là naquit le contro-stimulisme. Mais , dira-t-on , y avait-il un moyen d’expliqüer les faits autrement que par la diathèse? Oui, quand ce n’aurait été que par l’extension de l’idée d’inflammation locale au ^ens de Giannini; mais, n’y en eût-il point, il était raisonnable alors d’ajourner l’explication, d’accumuler les faits comme autant de pierres d’attbntes qüe le temps réunirait plus tard dans un tout systématique. MalbeuteUsement telle n’est presque jamais la marche de l’homme , et cé n’eSt qü'après de longs erremens qu’il s’aperçoit' qu’il s’est fourvoyé; Get écart de i’esjjrit humain est l’histoire presque entière de là médecine, comme des autres sciences.
Tout en convenant que la diathèse italienne n’est en quelque sorte que le r'énverseraent des propositions qui énoncent le système de Brown ; il faut reconnaître que c’est par l’observation des faits que Rasori fut conduit à placer la vérité dans l’inverse des termes de l’excitation ; c’est-à-dire qu’au défaut de stimulus qui dominait dans le premier cas il substitua l’excès. Ses élèves s’attachèrent en outre à prouver que l’inflammatioh est toujours sthénique. Ces idées vraies, abstraction faite de toute théorie , conduisirent naturellement au traitement antiphlogistique. Sans doute le mot antiphlogistique eut dans l’acception italienne un sens bien plus étendu que par le passé ; sous ce nom on réunit des objets qui , jusque là, n’avaient point été considéré comme déprimans. Faut-il en' blâiner, faut-il en féliciter les inventeurs? Le raisonnement semble être contre eux, leur hardiesse paraît bien près de là témérité ; mais si l’on jette les yeux sur la masse défaits qu’ils entàsàeût en faveur de leur opinion , si des milliers de feültàté héureux parlent* pour cette doctrine, et si enfin en
médecine le succès permanent justifie tout, pense-t-on que des raisonnemens abstraits suffiront pour détruire ou invalider tant de témoignages ?
Au reste, sachons gré à l’école italienne d’avoir senti une vérité qu’elle n’a pourtant exprimée clairement nulle part ; nous voulons dire que, dans le traitement des inflammations comme dans leur nature , ce ne sont pas seulement les causes entretenant secondairement laphlogose qu’il faut avoir en vue; il faut bien aller au-delà,et songer qu’il y a une cause première qui développe l’inflammation. L’inflammation est ensuite entretenue , augmentée même par ses propres effets, devenus causes secondaires. Expliquons-nous. Quand par suite de l’irritation le sang afflue dans un organe, avant tout abord du sang, il y a la cause qui va faire affluer le liquide. Le sang, accumulé par cette cause, deviendra lui-même cause d’irritation à son tour; mais ce ne sera qu’une force secondaire, puissante sans doute, mais s’ajoutant à la première sans la détruire. Tout cela nous semble évident. Que fait-on pour combattre l’inflammation.? On saigne , c’est-à-dire on vide les vaisseaux, on empêche qu’un afflux de sang aussi considérable ait lieu vers le foyer phlegmasique, ou réprime la cause deuxième; mais agit-on sur la première? C’est cette cause que les Italiens ont voulu atteindre par les contro-stimulans. Y ont-ils réussi? Le temps seul le prouvera. Mais n’oublions pas de dire que c’est plus particulièrement l’école allemande qui est venue saisir cette idée, et l’exploiter dans l’intérêt de l’humanité. C’est pour arriver à ce but que l’on voit en Allemagne les médicamens administrés, suivant leur rapport, avec tel ou tel organe, et à des millièmes de fraction pour aller chercher et détruire, ou neutralissr la cause morbifique dans la dernière des molécules fibrillaires.
Dans cette revue si rapide des systèmes , nous sentons combien sont imcomplets ces légers aperçus, que nous ne faisons qu’effleurer; mais dans un champ si vaste, qui exigerait de nombreux jalons pour indiquer seulement la route, nous sommes obligés de n’en toucher que
quelques-uns. Cependant il est une gloire due à cette école italienne, que nous ne pouvons taire, parce que c’est un point important eu médecine, et qu’en même temps, comme nous l’avons déjà remarqué , la doctrine physiologique lui est tributaire à cet égard. Longtemps avant que l’auteur des Phlegmasies chroniques eût établi en fait que la fièvre n’était que l’expression d’une lésion d’un organe, les sectateurs du contro-stimulisme avaient reconnu : « que le plus grand nombre des fièvres dérive de quelque inflammation aiguë ou
chronique apparente ou cachée.; que des maladies fébriles, que
l’on regardait comme essentielles, étaient, soit des céphalites, soit des entérites, des néphrites, etc. ,etc. » Certes, une école qui s’énonçait ainsi il y a vingt ans, et dont les expressions semblent copiées et commentées par les écrivains plus réeens, méritent bien d’attirer les regards des médecins de tous les pays. On a blâmé la méthode d’interroger la nature sur l’essence même de la maladie, par l’épreuve , l’essai des contro-stimulans, ce qui constitue la tolérance italienne. Sans rien décider à cet égard, remarquons au moins le fait en lui-même: cette différence si frappante entre l’action d’un médicament, selon qu’il est administré, à un sujet sain ou à un individu malade; fait que nous ne pouvons expliquer, mais dont l’existence nous a été révélée par les essais de l’école rasorienne ; ce fait, disons-nous, aura peut-être un jour une influence bien puissante sur le développement de la thérapeutique.
Cette doctrine, quelques beaux côtés qu’elle présente, n’est pas encore ce type que nous cherchons ; mais il faut convenir qu’elle aide à le trouver. Sa marche, éclairée du flambeau de l’observation, est devenue plus assurée, plus rationnelle en même temps, tant il est vrai que le raisonnement se fortifie toujours par les faits. Voyons maintenant, en rentrant dans la France, ce que l’on y a tenté pour la gloire de l’art de guérir.
Si des vues généralement saines, une théorie assez rationnelle pour se plier facilement aux lois de la dialectique ; si la destruction d’un
grand nombre de préjugés en médecine, l’observation des faits mieux, suivis et mieux appliqués, le raisonnement substitué assez heureusement à. l’empirisme ; si enfin une thérapeutique simple, comme la théorie dont elle émane, suffisaient pour qu’un système réunît tous les suffrages des bons esprits; cet honneur, ce privilège seraient incontestablement dévolus à la àocivmeàiXephysiologique. Unité dans le principe de toute maladie, l’irritation ; unité dans le traitement, les antiphlogistiques pris dans le sens le plus restreint, telles sont les bases fondamentales de ce système. Ce sont ces considérations qui ont fait dire un peu ironiquement : qu’une lancette et de la gomme étaient tout le léger bagage avec lequel les médecins pouvaient aller combattre désormais les innombrables infirmités humaines. Celte simplicité de résultats, soit qu’elle favorisât la paresse si naturelle à l’homme, soit que l’on vît dans cette simplicité même une preuve de la vérité, la nature agissant le plus souvent par des moyens simples, dût exciter vivement l’attention des jeunes médecins. Aussi l’effet fut prompt, et le triomphe complet. L’engouement fut extrême : en vain le fondateur lui-même voulut-il un peu plus tard restreindre la trop grande extension donnée d’abord à-ses principes ; peu s’en fallut qu’on ne l’accusât de ne pas entendre son système ; et des disciples fanatiques s’obstinèrent à défendre le terrain pied à pied, assez- semblables à ces valets qui, pour témoigner plus d’afifection à leurs maîtres, voudraient les dissuader d’acquitter leurs dettes les plus sacrées. On se servit niême de cadres nécrologiques pour appuyer les nouvelles opinions; mais il se trouva malheureusement que, depuis que l’on avait commencé à traiter physiûbgiqiiement les maladies , la proportion des morts était notablement accrue ; non que nous-prétendions tirer/de là aucune induction contre cette méthode; mais nous voulons .seulement remarquer que bien que, selon nous, oe résultat doive suivre infailliblement la doctrine physiologique, modifiée , cependant nous'iï’eo avons'point encore de preuves -statistiques,
L’auteur-dirnouveau sy8tè*be,'ea jugeaottrop sévèrement-peut-être
les diverses. écç4.es>q,ui se ,sont sueQédées pendant; une longue suite de siècles, avertit la critique d’être inexorable à son égard. Il ne refusa pas le comiaat, et eqt Iq bonheur de ne trouver d’abord pour adversaires que des médecins dont les doctrines prêtaient le flanc au ridicule, et leur défaite fut un triomphe de plus pour le novateur.
Cependant une prévention bien forte s^élevait contre les nouvelles idées médicales, Pour les établir, l’auteur avait fait main-basse sur toute l’antiquité, et déclaré comme absurdiç et non avenu tout ce qui contrariait ses opinions. Ces trésors d’érudition entassés par les siècles, ces riches nratiériaux d’observations que tant de grands hommes nous avaient transmis, fallait-il les frapper de nullité? Le sacrifice éjtah pénible ;• on ne Je fit point ; on fit mieux, ce fqt de se servir des données déjà connues et d’un nouvel examen des faits pour interroger la nouvelle., idoelrine. C’eptfio,usiasfl?e, qui n’a,qu’un temps, se dissipa peu à peu, la raison put parler, et i! fq|^permis.d’écouter sa réponse. Qu’apriva-t-il? ce qui e^f inéviitable dans tout système ; quelques-uns des, nouveaux axiomes furent admis, d’autres, rejetés. Op modifia des conséqueuces. trop peu rignureuses, et pn laissa in. des ,ques-
tionseucure insolubles ;;en;Un mot , on rendit une justice bien méritée aux heureuses découvertes de l’auteur des Phlegma.sies çhroniques,.,et on lui pardonna bien, .volontsiers. d’avoir .cédé, à la. prétention, .un, peu ambitieuse ..sans dwte, mais si naturelle à J’homnie,,de sounte.ttre to.usles jfaits, d’unCiiSÇsiçnce.à une idée heureuse, fruitde wn observation et de souigénie. , ,
,.Le .système ,de i Pécule physiologique a ,été,ipUisieUTs,ffoil eSipliqué assez.cpwtpIètem,ePl^,'Wot^e desfiein.n’èta.nt poipld’eu dppp.er loi .une, anqlÿse,, nous toucherons .serdew^^ icn courant quelques, points q|ui:(m.ettent(4tQr8 dc idopte .qu’il ,laisse; encore quelque vide-dans la science. , ,
, iaiuédficine .aussi, du, peur, 4’ uRi mgl, np(Us. çQuduit „sinqn , dpns, iup
pire .,;djU)moinsiiaou8;,rejette dans ,un e;!f)tçème jqui lui;Ttoêine est vi-
cieüx. C’est Thistoire de toutes les réactions. Le système humoral régnait presque exclusivement, on le détrône pour y substituer le solidisnie pur. Les causes des maladies semblaient varier comme les maladies elle-même; l’irritation vint les remplacer toutes, et l’humanité tr('ssaiilit de joie un moment, en apprenant qu’il allait être démontré qu’elle n’avait plus à redouter qu’un ordre de maladie. Les inflammations présentaient des causes, une apparition, un développement, une k-rmiuaison différente; de là on avait déduit une spécificité dans cette classe de lésions. La nouvelle école n’y voit qu’une identité absolue, sinon dans les causes, du moins dans la marche de leurs phénomènes , et toutes doivent céder au même et unique mode de traitement.
L’irritation définie dans le nouveau système-: texagération de faction organique des U issus ^ est regardée, i*. comme base fondamentale de toutes les maladies, 2 ®. comme toujours identique, 3®. comme exigeant dans tous les cas une médication unique.
Tout en admettant la définition du mot, qui cependant n’est pas du fondateur de l’école, mais bien d’un de ses disciples ; on peut se demander s’il est bien vrai que l’irritation se trouve au début de toutes les maladies, c’est-à-dire s’il y a toujours augmentation ou diminution de l’action organique. Nous croyons qu’il est à craindre que, dans ces assertions générales, on ne suive plutôt une induction de l’esprit qu’une observation sûre de la nature. Rien, selon nous, n’est plus obscur que le mot s’appliquant au début de la maladie en général. Quand
il signifie la cause sensible, souvent inappréciable, d’une série de phénomènes dont l’ensemble constitue-ce que nous nommons inflammations; lorsqu’il s’applique à un corps mécaniquement agissant sur nos tissus, une épine, verbi gratia, enfoncée dans la peau; l’idée que l’on s’en forme est assez claire; mais si, généralisant ces notions , on la transporte par analogie souvent forcée à tous les phénomènes morbides développés dans l’économie animale, alors nous retombons dans le vague, l’obscur, et le mot irritation ne peut plus, selon nous,
exprimer que la came, et partant il n’explique rien. D’ailleurs,est-il bien vrai que, sauf l’augmentation et la diminution dans l’action organique, il n’y ait point d’autre dépravation, d’autre désordre? Et peut-on dire qu’il est absurde de supposer un état de dérangement, de perversion de l’action organique qui ne soit cependant ni en plus ni en moins, mais autrement que l’état normal?
Une vive affection morale excite une abondante sécrétion de bile, la diarrhée en est la conséquence ;.'y a-t-il irritation ? où gît-elle alors? dans le foie, dans l’intestin? Mais l’expérience apprend que les muqueuses se sèchent d’abord sous l’action* d’un irritant. Quel est le désordre survenu dans le foie?
L’aspect d’un mets succulent augmente l’action secrétoire des glandes salivaires chez l’individu soumis au besoin de la faim. Dirons-nous que les organes salivaires sont irrités? Ce sera alors une irritation négative, car c’est par défaut que la secrétion a lieu dans ce cas. Mais peut-être invoquera-t-on une irritation de cause interne, c’est-à-dire que l’on confondra l’excitation avec l’irritation. Mais sont-ce deux actions qui ne diffèrent que par l’intensité? et quand un exercice violent hypertrophie un organe, le bras du boulanger, par excm|)le, verrons-nous là une irritation nutritive, selon l’expression de M. Marandel? Un corps fibreux, tuberculeux, se développe dans l’organisme; sera-t-ille produit de l’irritation ? Mais autant vaudrait dire que c’est l’irritation qui développe l’embryon.
Que dirons-nous de la prétendue identité de toutes les inflammations ? Quand tout apparaît à nos sens sous des formes différentes, la cause, le lieu , le développement, la terminaison et même le traitement, est-il raisonnable de forcer ces nuances, quelquefois si tranchées, à n’être que le reflet de la même couleur? Il est vraiment dommage que la nature se refuse à cette réduction à la, plus simple expression, car bientôt nous atteindrions le point m^tjliêmatique.. La spécificité seule, de certain traitement nous semble un qrgiunent invincible contre une identité absolue de lésion. ■ ] I
Toùtes les maladies étant locales dans la doctrine physiologique, l’auteur a réprouvé toulfe médecine expectatite. Cependant l’expériéricé'jo'urhalière ne démontre-t-elle pas jusqu’à l’évidence-qu’en vain oW emploierait le traitement le plus actif contre certains états mo’rbides, Ortn'èn abrégerait pas la durée, même de quelques heures? Le rhumatisme articulaire, par exemple, cède-t-il au traitement le plus rationnel, avant que d’avoir parcouru ses phases ordinaires? Ne •lè voit-on pas'se jôÜer’dès^ applications de sangsues lé plus méthodiquement ftiites?
Que dirons-nous des irritans dont l’application immédiate sur la partie phlogosée fait cesser l’irritation phlegmasique?
Le plusbeaù fleuron delà couronne de notre auteur est sans contredit l’explication qu’il a donnée de la nature delà fièvre. lia fait disparaître au jour delà raison etdefexpérience toutcet amas d’abstractions ou de symptômes que l’on avaitgravè'ment classés comme au tant de maladies ^jartîculières. Pinel^ dontlès vues sont généralement si saines dans la partie dé sa Nosographie qui traité des phlegmasies, Pinel avait déjà élagué une foule de ces cent cinquante-deux espèces de fièvres si minutieusement cadastrées par Sauvages ; mais il lui manquait l’observation scrupuleuse des cadavres , et il ne plaça que le premier jalon â^iîs cette nouVéllè route. A' cétte' époijlie, l’école italienné trouvait dans les lésions organiques, non point l’effet, mais la cause de l’appareil fébrile. Prost cherchait des résultats semblables dans l’autopsie Cadavérique, et sighalaif de précieuses découvertes. M. Petit, quelques années plus tard, Vùÿaif dans une'espèce de lésion presque toujours identique, et par sa Akturc et par le lieu qu’elle occupait, la la cïlus^é d’uhé'fièfrè (ju’il nonfina enüro-tné’sentériijüe. On a dit de ce derhièr qU’iin pàS déjilüs , ét ii’enleVâitàM. la gloire d*ètre le
réstauràtëtirdyïa'iriédébiùè fhô'deVtle; sâns'dôutfe, ilhfefâllaitqu’unpas, mais un decës jiàs dè^éant iqü’é legéùié 'seiil pèùt faire : ilyaloin étbién loin de l’observation isolCë'^dfe M. PHit 'à là" bCiirarifé thé'ôrife dÉf rti'é-
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dccln du Va!-de-Grâce. Cependant le génie meme s’est fougrvoyé; dgns cette nôuvelle carrière ; en généralisant trop ^ il a été conduit à n’açl-, mettre que des gastro-entérites comme causé de fiètre, et la nouvelle, école même restreint aujourd’hui singulièrement cette idée. ToutÇ) fièvre n’estencore, selon M. J?rot/ss/n'sj.queil’expression d’upe ilésioui locale, et cette belle définition, qui seule est un titre de gloire, pèche, encore par une trop grande extension j àmjoins que, par lésion locale, on entende un trouble dans l’organisme inappréciable à nos senS;; tant il estvrai que tous ces axiomes que l'homme de génie déduit hart dimeritet d/n*tort d’un principe vrai en général, ne sont pas toujours en médecine d’une conséquence rigoureuse. Dans la science de l’économie.animale, nous en sommes encore à suivre servilement le fil des faits ; et qui ne sait qu’ici un pas dans le domaine de l’imagination est presque infailliblement un pas vers l’erreur. Le vrai triomphé de Vi. 'Broussais est d’avoir fortement fixé l’attention'des médecins sur des lésions qui, presque toujours, causent ou du moins entretiennent la série de symptômes que nous nommons pyrexie; ei d’avoir, avec toute la force de sa raison et de son éloquence, insisté sur le traitement préalable de la phlcgmasie, poxir faire disparaître l’appareil fébrile, sans s’arrêter à combattre la fièvre elle-même, qui, dans ce cas, n’est qu’un être abstrait , qu’un mot convenu pour exprimer une maladie cachée se révélant par un trouble de la circulation.
Il serait aussi superflu de démontrer aujourd’hui que la gastroentérite n’est pas la cause de toutes les fièvres dites qu’il
serait absurde de ne voir dans cette adynamie qu’une faiblesse .essentielle comme le concevaient les anciens. La gastro-entérite à une marche connue, appréciable: souvent le mal est porté à un haut degré d’intensité, sans que l’on voie survenir ces symptômes d’adyhauîie, cettetendance à la formation d’escharres gangréneuses, qui fontpabtie d’uh ensemble de phénomènes morbides auxquels on a donné le nom à» ^re typhoïde; £n effet,, peutTon raisonnablementiattribucr à la lé*
sibü de l’inteStin une série de symptômes si gravesv si frèqüèmment' mottels, quand il est loisible de se convaincre par l’autopsie du peud'ihtensité' dc'la phlogose? Des ulcérations plus ou moins nombreusesi dans; les glàlides de feront-elles ée qui'n’est presque jamais le-
ré'sultat'de ces désorganisations effrayantes de tous les tissus dans quelques entérites. ? « . ,
Nous touchons à l’écueil le plus redoutable pour la nouvelle idootrine; nous voulons parler des fièvres intermittentes. lei l’épreuve était forieï-il eût été prudent de févitér. Mais dans la ferv€!urd'’uii pi-bmie^ enthousiasme,'.on doute de peu de chose, et ce ne fut qu’âprès être vfehu 'se briser contre ée roc que l’on prit le parti de passer condam- 'natioU «pour le moment et d’en appeller à une investigation ultérieure.' On a d^abord invoqué l’intermittence des inflammations ; mais le p'osfe était peu tenable ; 11 était trop facile de voir qu’un type essentieUeinênt continu-n’était détourné qu’en désespoir de cause. I.’infaillibilité'd’un médicament excitant, dans cet ordre de maladies, n’était pas un moindre embarras. On voulut que la révulsion, dont on se servait si heureusement d’ailleurs dans les phlegmasies, johât unjrôle analogue à un vésicatoire détournant une ophtalmie ; mais on remarqua que l’es^tOimac, sur Jequeluse faisait celte révulsion, devait exciter un appareil fébrile bien autrement violent que dans le prefnier cas : enfin, on abandonna complètement l’explicationde ces singuliers phénomènes , et l’on fît bien ; mais il n’en fut pas moins prouvé quà lit nouvelle doctrine présentait à cet égard une effrayante lacune’, et l’on s’en tint à l’ancienne manière de considérer ces désordres génér raux , et surtout on ne céda pas à l’invitation de changer le traitement, tout empirique qu’ilest. l
Nous ne poursuivrons pas plus loin l’exalmen de la doctrine dite physiologique ; ajoutons seulement que si;/dans sa primitive simplicité, elle ne peut prétendre à un assentiment général, du moiôs , /même sous ce point de vue, elle restera comme un monument du génie de son .auteur.: Mais, reprise enr-sous œuvre,.refaite en quelque sorte phr
les praticiens les plus distingués de France, Vest-à-diit*c;' iliodifiée par un esprit éclectique, la médecine physiologique nous présente la’ la direction la plus sûre à suivre, sans que Ton ait à craindre, en y marchant j de tomber dans ces graves erreurs qui font toujours faire* à la Science des pas rétrogrades. . , i
Dans cette revue si rapide et si incomplète de l’état actuel des sciences médicales dans les jvays les plus éclairés de l’Europé , et par conséquent du monde, le jeune médecin ne peut se défendre d’un sentiment un peu pénible en voyant combien, dans l’investigation des luis de l’organisme , il est difficile d’arracher à la nature une vérité incontestable et immuable comme elle. Ne serait-ce point une leçon frappante pour ne pas s’obstiner à ne voir la vérité que dans une école, puisqu’il est impossible que les travaux d’un seul homme , quel que soit d’ailleurs son génie, suffisent jamais pour embraSsèr' runiversalité des phénomènes de la vie et de la mort? Tel homme a dû à son génie , tel autre à un heureux hasard, celui-ci â sa position favorable pour observer , celui-là à sa dialectique sévère,- des découvei'tcsqui ne’pou valent pas plus être enfantées par un seul individu , qu’il n’est possible qu’un seul réunisse eu lui toutes les positions sociales ^ tous les génies, tous les temps. Et d’ailleurs , en remontant à la source des erremens des observateurs et des théoriciens detoutesi les époques, nous voyons que le plus souvent ils ont bien vu ; ils ont vu les mêmes phénomènes ; mais l’un a trop généralisé ^on idée, l’autre l’a trop tôt soumise à une théorie préconçue. On adit que l’erreur était toujours une vérité , et l’on a dit vrai, surtout quand il s’agit d’observations faites par des hommes instruits et sincères : une erreur. c’(ïst une vérité vue sous un seul aspect. On voit donc bien en général ce que l’on croit voir. Eu effet, il faudrait être bien malheureusement né, pour qu’avec les mêmes moyens de voir les objets, cepehdant on ne les vît pas. En médecine surtout, ce que nous lisonsdatiS ' les auteurs graves, ils l’ont vu , ils l’ont observé. Sous ce rapport nous pouvons les croire et les suivre; mais l’explicatioé qu’ils se sont*
crus obligés de donoer des faits ne iious offre plus le même degré de certitude ; car , s’il nous est dilHcile de penser que leurs sens fussent moins bons que ceux des hommes en général, rien ne nous garantit que leur jugement ^et leur logique répondissent à l’exactitude de leurs observations : d’ailleurs , chaque siècle n’a-t- il pas ses préjugés ? Prenons donc les faits dégagés,de toute théorie , et soumettons-les à un scrupuleux examen. Qu’est-ce âjdire? sinon soyons éclectistes , et ne craignons point de puiser à toutes les sources. N’est-ee pas à un disciple;de à Fanhelmont, dont les théories sont aussi
folles qqç. celles de son maître, queil’on doit la première idée saine sur l'irritation? Faut-il le dire? les remèdes qu’à si juste titre nous nommons héroïques j, q qui l,es devons-nous ? Si , à l’aide du quinquina ,, pops pouvons à volonté arrêtée cet accès d’une fièvre pernicieuse , qui ,.>s’il survientemportera le .malade; à qui la gloire ? est-ce à de SjOblimes théories ? à un raisonnement sévère ? à uqe doçtrine .exacte?, non:; c’est au hasard , çt qe hasard-là. même n est pas arrivé à un .médecin. . < i ■ « -k .
Dégagée' désormais dc'toutes les’entraves qui Font si long-temps arrêtée dans sa-marche, là médecine, fillb de l’observation et du temps, offrêi un* champ vastéià* l’homme observateur et philaiitropé qui se consacre à l’art de guérir.'>
"l.e vernis .de ridicule dont cette science fut redevable à des usages nés dans des siècles d’ignorance, et dont le bon sens a fait justice , est tombé avec fe pédantisme ihédical. Aujoûrd’hüi le médecin apeutêtre quelques droits a i’csiime de ses concitoyens , et par là variété des études auxquelles ij est obligé de se livrer , et par sa vie toute entière consacrée au, ^ouîagement de ses semblables.
Piterait-ÿpnpp ét{Jt dAn§;Ia société où l’homme soit plus souvent enlevé àduUmémq, à sa famille; où ilipuisse disposer moins librement doj^enSijours , 4e>ses heures même.s de repos? et cependant.qui plus souvent qug le mqdecin recueille l’ingratitude pour salaire.. Après
tout, 1’ingratitjude est si {commune,.que rfeomme de î'ayt s'enco^ïsor levait par le sentiment flatteur de .sa conscience , s’U n.e.,voyait tpus les jours-isa - conduite médicale contrôlée ayec. une, p]j'éle;ntjon‘augÿi téméraire iqu’elle est ridicule. par les gens du monde, les ,plus,:étran-y gers à la science de l’homme.. Eh quoi ! quatxd, un artisan prononce sur un objet de son métier, l’homme, instruitjd’ailleurs,ine.sahasarde qu’avec crainte à exposer ses doutes, ses observations. Mais s’agit-ili de la science de l’homme malade , chacun se croit juge compétent ; chacun prononce avec une légèreté vraiment incroyable. Tel qui se plaint de l’ignorance d’un médecin qui souvent a consacré cinq à six ans à des études ingrates et pénibles , ne pourrait pas désigner le lieu qu’occupe son estomac, et cependant il s’élève avec force contre une prescription , et prend sur lui d’empêcher qu’on ne l’exécute. Cependant que peut-il alléguer pour justifier une si inconcevable hardiesse? Je dis hardiesse, parce qu’il s’agit souvent de la vie d’un homme,’Co qu’il peut alléguer? llien. 11 n’a pas même la ressource d’invoquer la conduited’uu autre médecin dans un cas semblable, car il lui est impossible de juger de ridentitc des cas.
Certes , on n’accusera pas les médecins de faire de leur art une science occulte; ce ne sont pas des secrets d’adeptes. Les Écoles sont publiques : que dcmandc-t-on? Que ceux qui prononcent si hautement prouvent seulement qu’ils ont touché le seuil du temple d’Esculape; sinon il sera bien permis de rhedc ces folles prétentions , ou plutôt de lesdéplorer; car, après tout, c’est l’humanité quien paie les conséquences.
Serait-cc un paradoxe que d’avancer que le plus ignorant médecin offre mille fois plusdcgaranties près d’un malade, que l’homme, que le savant môme qui jamais ne peut alléguer qu’une routine aveugle appliquée à tous les cas? Sans doute, on doit moins accuser ces hommes d’exercer la médecine que d'en entraver la marche. Ils prescrivent peu ou point; maisils choisissent,ils modifient la prescripi ion quand ilsne la suppriment pas. Gens du monde, vous vous plaignez de rimpuissance
de notre art; il a malheureusement des limites qu'il ne nous lest pas permis de franchir ; mais n’êtes-vous pas forcés de convenir qu’il est rare et très-rare que l’on suive chez vous à la lettre les ordonnances du médecin. Cette négligence est doublement coupable , puisqu’elle tourne au détriment des malades, et qu’elle fait calomnier une science dont elle diminue les chances de succès. ■ .
HIPPOCRATIS APHORISMI.
Qui naturâ valdè crassi sunt, magis subito moriuntur, quàm qui graciles. Sect. s ^ aph. 44-
Senes facilliniè jejiinium ferunt ; secundo ætate consistentes , minime adolescentes, omnium minimè pueri; ex his autem, qui inter ipsos sunt alacriores. Sect. i , apli. i5.
Qui gibbi ex asthmate, aut tussi fiunt, ante pubertatera pereiint. Sert. G, aph. 46.
Solvere apoplexiam , vehementem quidem , impossibile : debilem verô, lion facile. Sect. a, aph. 42 .
Cùm morbus in vigore fuerit, tune vel tenuissimo victu uti necesse est. Sect. 1 , aph. 8.
In acutis affectionibus rarô , et per initia, purgantibus utendum, idque diligenti priùs adhibitâ cautione faciendum. Sect. 1 ^ aph. 24