CHAPITRE V
Le rein ectopique au point de vue clinique
Comme la plupart des autres anomalies de l’appareil urinaire, l’ectopie simple congénitale du rein ne fut pendant très longtemps observée qu’au point de vue anatomique. Et si les vieux anatomistes qui la connaissaient déjà, BauxiIN entre autres, se sont demandé quels symptômes un rein congénitalement ectopié pourrait déterminer, ce n’est qu’en 1844 que Cauomonr publie la première observation vraiment clinique.
Bien peu nombreuses encore sont les observations de ce genre rapportées dans les années suivantes jusqu’en 1890. Nous n’en avons pu recueillir que onze. Ce n’est qu'après cette époque et grâce au développement constant de la chirurgie rénale que nous voyons le nombre des observations se multiplier. Nous avons, en effet, réuni 111 cas cliniques et sur ce Chiffre 100 observations sont postérieures à 1890.
Nous voyons, d'autre part, que les travaux publiés sur ce sujet sont en nombre très restreint : et. si Pocx, Munoe;, STRÜBE, .GRAsER, en rapportant des observations ont paru insister sur l'importance de l’ectopie rénale en clinique, il nous faut arriver à 1896 (Lhèse de Cuapuis) pour trouver le
premier travail d'ensemble sur la question. Nous devons
mentionner ensuite les thèses de NuroiN, LaFoscApE, DELA- ||
Lee
FORGE qui étudient chacun le sujet à un point de vue particulier, les communications de MürcLerneIm, les travaux de KEHRER, ALBRECHT, STRÆTER ; enfin Küsrer, qui dans sa Chirurgie du rein consacre plusieurs pages à ce sujet.
À l'heure acluelle, le côté clinique de la question est donc relativement peu connu, et nombre de chirurgiens ne considèrent encore l’ectopie rénale simple congénitale que comme une de ces monstruosilés dont la connaissance est pratiquement négligeable. ; '
Cette opinion est absolument erronée, ainsi que nous pensons pouvoir le démontrer. Et à ce propos nous pouvons rappeler que certaines anomalies congénitales du rein, en particulier le rein en fer à cheval, le rein unique, ont aujourd’hui conquis droit de cité en chirurgie rénale, alors qu’il y a encore peu d'années, elles étaient complètement ignorées en clinique, pour le plus grand dommage des malades d’ailleurs.
Nous avons vu, dans l’étude anatomique qui précède, que la fréquence de l’ectopie simple congénitale du rein était approximativementde { pour 500,rapport que nous croyons trop faible.
Le rapprochement du nombre total des observations que nous rapportons (360) de celui des observations cliniques (111) montre que dans environ 1/3 des cas, le rein ectopique a été cause de troubles, soit par sa présence seule, soit par son état de maladie. Et nous pouvons dès maintenant affirmer que ce rapport est bien au-dessous de la vérité. En effet, nous devons tout d'abord tenir compte de ce fait que 100 des observations cliniques ont été publiées dans ces vingt derniè-: res années, alors que les observations anatomiques s’échelonnent sur une période qui va de BauxiN (1589) à nos jours. D'autre part, si dans quelques très rares observations anatomiques nous pouvons relever des renseignements plus ou moins vagues sur les antécédents des sujets autopsiés (Hour, Wins, Tencuini, MÉRIER, Muni), dans la grosse majorité des cas les symptômes déterminés pendant la vie par l’ectopie rénale n’ont pas été rapportés parce que méconnus,ou parce
que la nécropsie fut pratiquée par un anatomiste ignorant ‘les antécédents du sujet.
Et cependant l’examen anatomo-pathologique du rein montra nombre de fois des altérations de cet organe, du bassinet ou de l’uretère. Il est évident que dans ces cas les symptômes de maladie ont existé et qu’ils ont été méconnus. Nous pouvons citer les cas de Canron, Caoparr, GuTorE où il y avait calculose du rein, un cas de Naumann où il y avait hydronéphrose et dilation de l’uretère, les cas de Watson, HERBET, CHRÉTIEN, qui signalent {a dilatation du bassinet, ceux de MarzoLo, LomBroso, Hegs, Guezmi ET Cinisezcr, où l’uretère était très dilaté, ceux de Carrieu et de RouviLLe, de LAWRENCE, de Muwro,où l’uretère était dilaté au-dessus d’un rétrécissement brusque de ce conduit ; enfin, Poirier trouve un kyste énorme développé à la partie supérieure d’un rein ectopié, Pornerar et Morprer de la dégénérescence kystique ; GRü- BER, JANOT et PRANTOISs, MARZOLO, SUTHERLAND et EDINGTON signalent des lésions de néphrite, Drouin un rein dur squirrheux, Bcocx, CarRrieu et de RouviLze une grande mobilité du rein ectopié, Hess, Murri, de la tuberculose. Et nous ne parlons pas des cas où le rein resté sain était plus ou moins mobile, par conséquent susceptible de déterminer des troubles.
Nous pouvons ajouter en outre qu'il est certainement nombre de cas qui ont échappé à la vérification anatomique ou opératoire, soit parce que le rein ectopique n’aura déterminé que des malaises insignifiants, soit parce qu'un diagnostic erroné aura fait lraiter pour une autre affection le malade porteur de cette anomalie. Il est très vraisemblable d'admettre cette dernière hypothèse étant donné, ainsi que nous le verrons au chapitre diagnostic, le nombre relativement énorme de cas où-il y eut erreur ou même absence de diagnostic.
De ce qui précède, nous pensons pouvoir conclure que le nombre des observations cliniques pourrait être beaucoup plus élevé; que, d'autre part, le rein ectopique est proportionnel-
Ro
lement bien plus souvent malade ou cause de troubles que le rein en situation normale ; que, par conséquent, sa fréquence clinique est proportionnellement beaucoup plus grande que sa fréquence anatomique. DS
En clinique, nous retrouvons pour le rein toutes les positions d’ectopie déjà signalées dans l'étude anatomique qui précède. Nous relevons en effet des ectopies unilatérales (lombaire, iliaque, pelvienne) ou bilatérales, croisées ou non, et des reins uniques ectopiques.
Dans 103 cas où la situation exacte du rein est notée, nous trouvons :
6 reins lombaires ou ilio-lombaires.
18 — :ïiliaques ou ilio-pelviens.
61 — pelviens. ÿ 10 — uniques . 6 pelviens.
4 ilio-pelviens.
Robinson.
Werth.
Weiss.
Lichtenslern.
Lo]
en ect. bilat. croisés.
Le] |
pelviens.
2 1lio-pelviens.