‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 1 sur 159 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Dans ces dernières années on s'est fort occupé de^ questions d'enseignement, et non sans raison^ c^ir l'enseignement àtous sesdegrés,Ie primaire surtout, demandait de promptes et sérieuses réformes.

Aujourd'hui ces réformes sont accomplies, du moins dans la législation, car il faut plus de temps pour changer des habitudes que pour modifier des programmes.

Quoi qu'il en soit, cette préoccupation un peu exclusive des choses de l'enseignement semble avoir fait perdre de vue ou relégué à l'arrière-plan une question d'une bien autre importance, celle de l'éducation.

En l'état des croyances et des mœurs, sous un régime qui donne le droit au nombre, instruire l st bien, moraliser est mieux ; si l'un est utile, l'autre

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est nécessaire; car une société a encore plus besoin de moralité que de savoir, etd'honnêtes gens que de gens instruits, Si le nombre des honnêtes gens va diminuant, si le nombre des autres va croissant, il y a péril en la demeure. Ici la qualité ne supplée pas à la quantité; la société n'est pas une place forte où ui poignée de braves puisse tenir indéfiniment contre des assaillants innombrables.

Nous avons voulu contribuer, dans la mesure de nos forces, à ramener Tattention publique sur cette question, qui est à nos yeux, pour le pays et pour la république, une question d*un intérêt suprême, une question de vie et de mort.

Nous n'apportons pas un nouveau système ; du reste, en matière d'éducation, les systèmes n'ont guère que l'apparence de la nouveauté, et cette nouveauté même est à bon droit suspecte, car l'humanité possède depuis longtemps, ou pour mieux dire a toujours possédé la règle et les instruments de l'éducation, c'est-à-dire la conscience et la raison.

L'éducation n'est pas une science née d'hier, comme la chimie ou la géologie ; elle est aussi ancienne que le monde. Sans doute il y a des méthodes plus ou moins sûres, plus ou moins ingénieuses, et sous ce rapport le dix-neuvième siècle est privilégié, puisqu'il a à son service toute lexpérience des siècles écoulés. Mais malgré ces trésors

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d'expérience, on ne saurait prétendre que les générations nouvelles l'emportent autant sur les précédentes en moralité qu'en savoir. De tout temps, il y a eu d'honnêtes gens qui ont su faire d'honnêtes gens, et c'est là le tout de l'éducation. Ce n'est pas de systèmes que nous avons besoin, ce ne sont pas les lumières qui nous manquent, mais les exemples et les hommes ; il faut donc former des éducateurs. Le sentiment des besoins de l'heure présente, l'observation de l'état moral de l'enfance, des influences malsaines ou bienfaisantes auxquelles elle est actuellement exposée, des conditions favorables ou défavorables dans lesquelles s'entreprend l'œuvre de l'éducation nationale, du concours ou des obstacles que cette œuvre rencontre dans les institutions, les idées et les mœurs, ont donné naissance à cet ouvrage ; il est né aussi du désir sincère de venir en aide aux instituteurs dans la grande tâche que les circonstances leur imposent.

Marseille, 2 mars 1885.

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