‹ De l'éducation des filles. Dialogues des morts, et opuscules divers, composés pour l'éducation de M. le duc de Bourgogne. Abrégé des vies des anciens philosophesChapitre 46 sur 112 · XXXVI. — FABIUS MAXIMUS ET ANNIBAL · texte numérisé non relu

XXXVI. — FABIUS MAXIMUS ET ANNIBAL

Un général d'armée doit sacrifier sa réputation au salut public.

Ann. — Je vous ai fait passer de mauvais jours et de mauvaises nuits ; avouez-le de bonne foi.

Fab. — Il est vrai ; mais j'ai eu ma revanche.

Ann. — Pas trop ; vous ne faisiez que reculer devant moi , que chercher des campements inaccessibles sur des montagnesvous étiez toujours dans les nues. C'était mal relever la réputation des Romains , que de montrer tant d'épouvante.

Fab. — Il faut aller au plus pressé. Après tant de batailles perdues , j'eusse achevé la ruine de la république de hasarder de nouveaux combats. Il fallait relever le courage de nos troupes, les accoutumer à vos armes , à vos éléphants , à vos ruses , à votre ordre de bataille, vous laisser amollir dans les plaisirs de Capoue, et attendre que vous usassiez peu à peu vos forces. ^^

208 DIALOGUES DES MOfiTS.

Ann. — Mais cependant vous vous déshonoriez par votre timidité. Belle ressource pour la patrie, après tant de malheurs , qu'un capitaine qui n'ose rien tenter, qui a peur de son ombre comme un lièvre , qui no trouve point de rochers assez escarpés pour y faire grim{)er ses troupes toujours tremblantes ! C'était entretenir la lâcheté dans votre camp , et aug- HKînter l'audace dans Le mien.

Fab. —11 valait mieux se déhonorer parcelle lâcheté, que faire massacrer toute la fleur des Romains , comme Terentius Varro le fit à Cannes. Ce qui aboutit à sauver la patrie , et à rendre les victoires des ennemis inutiles , ne peut déshonorer un capitaine; on voit qu'il a préféré le salut public à sa propre réputation , qui lui est plus chère que sa vie ; et ce sacrifice de sa réputation doit lui eu attirer une grande : encore même n'est-il pas question de sa réputation ; il ne s'agit que des discours t^rnéraires de certains critiques qui n'ont pas des vues assez étendues pour prévoir de loin combien celle manière lente de faire la guerre sera enfin avantageuse. Il faut laisser parler les gens qui ne regardent que ce qui est présent et que ce qui brille. Quand vous aurez, par votre patience, obtenu un bon succès, les gens mêmes qui vous ont le plus condamné seront les plus empressés à vous applaudir. Ils ne jugent que par les succès : ne songez qu'à réussir; si vous y parvenez , ils vous accableront de louanges.

Ann. — Mais que vouliez-vous que pensassent vos alliés?

Fab. — Je les laissais penser tout ce qui leur plairait, pourvu que je sauvasse Rome; comptant que je serais bien justifié sur toutes leurs critiques, après que j'aurais prévalu sur vous.

Ann. — Sur moi! Vous n'avez jamais eu cette gloire. Une seule fois j'ai décampé devant vous , et en.cela j'ai montré que je savais me jouer de toute votre science dans l'art militaire; car avec des feux attachés aux cornes d'un grand nombre de bœufs , je vous donnai le change , et je décampai la nuit , pendant que vous vous imaginiez que j'étais auprès de votrq camp.

Fab. — Ces ruses-là peuvent surprendre tout Iç njonde; tnais elles n'ont rien décidé entre nous. Enfin vous ne pouvez

désavouer que je vous ai affaibli, que j'ai repris des places, que j'ai relevé de leurs chutes les troupes romaines; et, si le leune Scipion ne m'en eût dérobé la gloire, je vous aurais chassé de l'Italie. Si Scipion en est venu à bout , c'est qu'il y avait encore une Rome sauvée par la lenteur de Fabius. Cessez donc de vous moquer d'un homme qui, en reculant un peu devant vous, est cause que vous avez abandonné toute l'Italie , et fait périr Carthage. Il n'est pas question d'éblouir par des commencements avantageux , l'essentiel est de bien finir.

XXXVlî. — RHADAMANTHE, CATON LE CENSEUR, ET SCIPION L'AFRICAIN.

Les plus grandes vertus sont gâtées par une humeur chagrine et caustique.

Rhad. — Qui es-tu donc, vieux Romain.' Dis-moi ton nom. Tu as la physionomie assez mauvaise , un visage dur et rébarbatif. Tu as l'air d'un vilain rousseau; du moins, je crois que tu l'as été pendant ta jeunesse. Tu avais , si je ne me trompe , plus de cent ans quand tu es mort.

Cat. -— Point : je n'en avais que quatre-vingt-dix , et j'ai trouvé ma vie bien courte; car j'aimais fort à vivre, et je me portais à merveille. Je m'appelle Caton. N'as-tu point oui parler de moi, de ma sagesse, de mon courage contre les mé- (îhants ?

Rhad. — Oh! je te reconnais sans peine, sur le portrait qu'on m'avait fait de toi. Le voilà tout juste, cet homme toujours prêt à se vanter et à mordre les autres. Mais j'ai un procès à régler entre toi et le grand Scipion, qui vainquit Annibal. Holà, Scipion, hâtez-vous de venir : voici Caton qui arrive enfin ; je prétends juger tout à l'heure votre vieille querelle. Çà , que chacun défende sa cause.

SciP. Pour moi, j'ai à me plaindre de la jalousie maligne de Caton; elle était indigne de sa haute réputation. Il se joignit à Fabius Maximus , et ne fut son ami que pour m'attaqucr. Il voulait m'cmpêcher de passer en Afrique, lis claicnl tous

•2rO DIALOGUES I>ES MOBTS.

(Jeux limides dans leur politiqtie, d'ailleurs Fabius ne snvart que sa vieille méthode de temporiser à la guerre, d'éviter les batailles, decam|K^dans les rues, d'attendre que les ennemis se consumassent d'eux-mêmes. Caton, qui aimait par pédanterie les vieilles gens , s'attacha à Fabius , et fut jaloux de moi , parce que j'étais jeune et hardi. Mais la principale cause tk^ son entêtement fut son avarice : il voulait qu'on fît la guerre avec q>argne , comme il plantait ses choux et ses oignons. Pour moi , je voulais qu'on fit viven>ent la guerre , pour la finir bientôt avec avantage; qu'on regordat non ce qu'il en coûterait, mais les actions que je ferais. Le pauvre Caton était désolé ; car il voulait toujours gouverner la république connue sa petite chaumière, et remi)orter des victoires à juste prix. Il ne voyait pas que le dessein de Fabius ne pouvait réussir. .Tamais il n'aurait chassé Aunibal d'Italie. Annibal était assez habile [wur y subsister toujours aux dépens du pays , et pour conserver des alliés ; il aurait mêmetoujours fait venir de nouvelles troupes d'Afrique par mer. Si Néron n'eût défait Asdrubal avant qu'il pût se joindre à son frère, tout était perdu ; Fabius le teiqpûEiseur eût été mal dans ses affaires. Cependant Rome , pressée de si près par un tel ennemi , aurait succombé à la longue. Mais Caton ne voyait point cette nécessité de faire une puissante diversion pour transporter à Carthage la guerre qu' Annibal avait su porter jusqu'à Rome. Je demande donc réparation de tous les torts que Caton a eus contre moi , et des persécutions qu'il a faites à ma famille.

Cat. - Et moi je demande récompense d'avoir soutenu )a justice et le bien public contre ton frère Lucius , qui était im brigand. Laissons là cette guerre d'Afrique , oiilu fus plus heureux que sage. Venons au fait. IN'est-ce pas une chose indigne que tu aies arraché à la république un commandement d'armée pour ton frère qui en était incapable? Tu promis de le suivre , et de servir sous lui : tu étais son pédagogue. Dans cette guerre contre Anliochus , ton frère lit toutes sortes d'injustices et de concussions. H'u fermais les yeux pour ne les pas voir;Ja passion fraternelle t'avait aveuglé.

SciP. — Mais quoi ! cette guerre ne linit-elle pas glorieuseuient? Le graud Antiochus fut défait, chassé et repoussé des c()tes d'Asie. C'est le dernier eimenii qui ait pu nous disputer la suprême puissance. Après lui tous les royaumes venaient tomber les uns sur les autres aux pieds des Romains.

Cat. — Il est vrai qu'Antioclius pouvait bien les embarrasser, s'il eût cru les conseils d'Annibal; mais il ne fit que s'amuser, que se déshonorer par d'infâmes plaisirs. Il épousa dans sa vieillesse une jeune Grecque. Philopœmen disait alors que s'il eût été préteur des Achéens, il eût voulu sans peine défaire toute l'armée d' Antiochus en la surprenant dans les cabarets. Ton frère , et toi , Scipion , vous n'eûtes pas grand'peine à vaincre des ennemis qui s'étaient déjà ainsi vaincus eux-mêmes par leur mollesse.

Scip. — La puissance d' Antiochus était pourtant formidable.

Cat. — Mais revenons à notre affaire. Lucius ton frère n'a-t-il pas enlevé, pillé, ravagé? Oserais-tu dire qu'il a gouverné en homme de bien?

Scip. — Après ma mort , tu as eu la dureté de le condamner à une amende , et de vouloir le faire prendre par des licteurs.

Cat. — Il le méritait bien ; et toi , qui avais...

Scip. — Pour moi , je pris mon parti avec courage. Quand je vis que le peuple se tournait contre moi , au lieu de répondre à l'accusation , je dis : Allons au Capitole remercier les dieux de ce qu'en un jour semblable à celui-ci je vainquis Annibal et les Carthaginois. Après quoi je ne m'exposai plus à la fortune ; je me retirai à Linternum , loin d'une patrie ingrate, dans une solitude tranquille, et respecté de tous les honnêtes gens, où j'attendis la mort en philosophe. Voilà cequeCaton, censeur implacable, me contraignit de faire. Voilà de quoi je demande justice.

Cat. —Tu me reproches ce qui fait ma gloire. Je n'ai épargné personne pour la justice. J'ai fait trembler tous les plus illustres Romains. Je voyais combien les mœurs se corrom-

paient de jour en jour par le faste et par les délices. Par exemple, peut-on me refuser d'immortelles louanges pour avoir chasse du sénat Lucius Quintius , qui avait été consul^ et qui était frère de T. Q. Flaminius » vainqueur de Philippe, roi de Macédoine , qui eut la cruauté de faire tuer un homme devant un jeune garçon qu'il aimait, pour contenter la curiosité de cet enfant par un si horrible spectacle?

SciP. —J'avoue que cette action est juste, et que tu as souvent puni le crime. Mais tu étais trop ardent contre tout le monde ; et quand tu avais fait une bonne action , tu t'en vantais trop grossièrement. Te souviens-tu d'avoir dit une fois que Rome te devait plus que tu ne devais à Rome? Ces paroles sont ridicules dans la bouche d'un homme grave.

Rhad. — Que réponds-tu , Caton , à ce qu'il te reproche ?

Cat. — Que j'ai en effet soutenu la république romaine contre la mollesse et le faste des femmes qui en corrompaient les mœurs ; que j'ai tenu les grands dans la crainte des lois • que j'ai pratiqué moi-même ce que j'ai enseigné aux autres , e: que la république ne m'a pas soutenu de même contre les gens qui n'étaient mes ennemis qu'à cause que je les avais attaqués pour l'intérêt de la patrie. Comme mon bien de campagne était dans le voisinage de celui de Manius Curius , je me proposai dès ma jeunesse d'imiter ce grand homme pour la simplicité des mœurs ; pendant que d'un autre côté je me proposais Démosthène pour mon modèle d'éloquence. On m'appelait même le Démosthène latin. On me voyait tous les jours marchant nu avec mes esclaves , pour aller labourer la terre. Mais ne croyez pas que cette application à l'agriculture et à l'éloquence me détournât de l'art militaire. Dès l'âge de dix-sept ans , je me montrai intrépide dans les guerres contre Anuibal. Bientôt mon corps fut tout couvert de cicatrices. Quand je fus envoyé préteur en Sardaigne, je rejetai le luxe que tous les autres préteurs avaient introduit avant moi ; je ne songeai qu'à soulager le peuple, qu'à maintenir le bon ordre, qu'à rejeter tous les présents. Ayant été fait consul , je gagnai en Kspagne , au deçà du Bœlis , une bataille contre les

DIALOGUES 1>ES MORTS. 2t3

barbares. Après cette victoire, je pris plus de villes en Espagne que je n'y demeurai de jours.

SciP. — Autre vanterie insupportable. Mais nous la connaissions déjà ; car tu l'as souvent faite » et plusieurs morts venus iéï depuis vingt ans me l'avaient racontée pour me réjouir. Mais , mon pauvre Caton , ce n'est pas devant moi qu'il faut parler ainsi; je connais l'Espagne et tes belles conquêtes.

Cat. — Il est certain que quatre cents villes se rendirent presque en même temps ; et tu n'en as jamais tant fait.

SciP. — Cartilage seule vaut mieux quêtes quatre cents villages.

Cat. — Mais que diras-tu de ce que je fis sous Manius Acilius, pour aller, au travers des précipices, surprendre Antiochus dans les montagnes entre la Macédoine et la Tliessalie.^

ScTP.— J'approuve cette action, et il serait injuste de lui refuser des louanges. On t'en doit aussi pour avoir réprimé les mauvaises mœurs. Mais on ne te peut excuser sur ton avarice sordide.

Cat. Tu parles ainsi , parce que c'est toi qui as accoutume les soldats à vivre délicieusement. Mais il faut se représenter que je me suis vu dans une république qui se corrompait tous les jours. Les dépenses y augmentaient sans mesure. On y achetait un poisson plus cher qu'un bœuf n'avait été vendu quand j'entrai dans les affaires publiques. Il est vrai que les choses qui étaient au plus bas prix me paraissaient encore trop chères quand elles étaient inutiles. Je disais aux Romains : A quoi vous sert de gouverner les nations , si vos femmes vaines et corrompues vous gouvernent? Avais-je tort de parler ainsi ? On vivait sans pudeur ; chacun se ruinait , et vivait avec toute sorte de bassesse et de mauvaise foi , pour avoir de quoi soutenir ses folles dé^nses. J'étais censeur ; j'avais acquis de l'autorité par ma vieillesse et par ma vertu pouvais-je me taire .^

SciP. — Mais pourquoi être encore le délateur universel à quatre-vingt-dix ans? Cest un beau métier à cet âge !

Cat. — C'est le métier d'un Iiomme qui n'a rien perdu de sn vigueur, ni de son zèle pour Ja républi(|ue , et qui sesacrii'ie pour l'amour d'elle à la haine des grands, qui veuleutélre impunément dans le désordre.

SciP. — IVIais lu as été accusé aussi souvent que lu as accusé les autres. 11 me semble que tu l'as été jusqu'à cinquante fois, et jusqu'à Tage de quatre-vingts ans.

Cat. — 11 est vrai , et je m'en glorifie. Il n'était pas possible que les méchants ne lissent , par des calonniies , mie guerre continuelle à un lionnne qui ne leur a jamais rien pardonné.

Scip. — Ce ne fut pas sans peine que tu te défendis contre les dernières accusations.

Cat. — Je l'avoue; faut-il s'en étonner? Il est bien malaisé «•e rendre compte de toute sa vie devant des honimes~a"un autre siècle que celui où Ton a vécu. J'étais un pauvre vieillard exposé aux insultes de la jeunesse, qui croyait que je radotais, et qui comptait pour des fables tout ce que j'avais fait autrefois. Quand je le racontais , ils ne faisaient que bùiller et que se moquer de moi , comme d^un homme qui se louait sans cesse.

Scip. — Ils n'avaient pas grand tort. Mais enfin [wurquoi aimais-tu tant à reprendre les autres? Tu étais comme un chien qui aboie contre tous les passants.

Cat— J'ai trouvé toute ma vie que j'apprenais beaucoup plus des fous que des sages. Les sages ne le sont qu'à demi , et ne donnent que de faibles leçons ; mais les fous sont bien fous , et il n'y a qu'à les voir pour savoir comment il ne faut pas faire.

Scip. — J'en conviens ; mais toi , qui étais si sage , pourquoi t'tais-tu dlabûjil si ennemi des Grecs ; et dans la suite , pourquoi pris-tu tant de peine, dans ta vieillesse , pour apprendre leur langue ?

Cat. — C'est que je craignais que les Grecs nous commuui- ({ueraient bien plusieurs arts que leur sagesse, et leurs mœurs dissolues que leurs sciences. Je n'aimais point tous ces joueurs (rinstrumcnts, ces musiciens, ces poètes, ces peintres, ces

sculpteurs; tout cela ne sert qu'à la curiosité et à une vie voluptueuse. Je trouvais qu'il valait mieux garder notre simplicité rustique, notre vie pauvre et laborieuse dans l'agriculture; être plus grossier, et mieux vivre; moins discourir sur la vertu, et la pratiquer davantage.

SciP. — Pourquoi donc appris-tu le grec ?

Cat. — a la fin , je me laissai enchanter par les Sirènes , comme les autres. Je prêtai l'oreille aux muses grecques. Mais je crains bien que tous ces petits sophistes grecs , qui viennent affamés à Rome pour faire fortune , achèveront de corrompre les mœurs romaines.

Scip — Ce n'est pas sans sujet que tu le crains; mais tu aurais dû craindre aussi de corrompre les mœurs romaines par ton avarice.

C.\T. — (Ivioi avare ! j'étais bon ménager ; je ne voulais laisser rien perdre; mais je ne dépensais que trop !)

IlHAD. — Oh! voilà le langage de l'avarice, qui croit toujours être prodigue.

Scip. ^ N'est-il pas honteux que tu aies abandonné l'agriculture pour te jeter dans l'usure la plus infâme.^ Tu ne trouvais pas sur tes vieux jours, à ce que j'ai ouï dire , que les terres et les troupeaux rapportassent assez de revenu ; tu devins usurier. Est-ce là le métier d'un censeur qui veut réformer la ville.? Qu'as-luà répondre?

Rhad. — ïu n'oses parler, et je vois bien que tu es coupable. Voici une cause assez difficile à juger. ïlfaut, mon pauvre Gaton, te punir et te récompenser tout ensemble : tu m'embarrasses fort. Voici ma décision. Je suis touché de tes vertus et de tes grandes actions pour ta république : mais aussi quelle apparence de mettre un usurier dans les Champs-Elysées? ce serait un trop gran^^,! scandale. Tu demeureras donc, s'il te plaît, à la porte; mais ta consolation sera d'empêcher les autres d'y entrer. Tu contrôleras tous ceux qui se présenteront ; tu seras censeur ici-bas comme tu l'étais à Rome. Tu auras, pour menus plaisirs , toutes les vertus du genre humain à critiquer. Je te livre Lucius Scipion , et L. Quintius , et tous les autres ,

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pour répandre sur eux ta bile : tu pourras même l'exercer sur tous les autres morts qui viendront en foule de tout l'univers : citoyens romains, grands capitaines , rois barbares , tyrans des nations , tous seront soumis à ton chagrin et à ta satire. Mais prends garde à Lucius Scipion ; car je l'établis pour te censurer à son tour impitoyablement. Tiens , voilà de l'argent pour en prêter à tous les morts qui n'en auront point dans la bouche pour passer la barque de Charon. Si tu prêtes à quelqu'un à usure , Lucius ne manquera pas de m'en avertir , et je te punirai comme les plus infâmes voleurs.

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