VIL — EXPÉDITION DE FLAMINIUS CONTRE PHILIPPE, ROI DE MACÉDOINE
Titus Quinlius Flaminius fut envoyé par le peuple romain contre Philippe, roi de Macédoine, qui, dans la chute de la ligue des Achéens , était devenu le tyran de toute la Grèce. Flaminius, qui voulait rendre Philippe odieux et faire aimer le nom romain, passa par laThessalie avec toute sorte de précautions, pour empêcher ses troupes défaire aucune violence ni aucun dégât. Cette modération toucha tellement toutes les villes de Thessalie , qu'elles lui ouvrirent leurs portes comme à leur allié, qui venait pour les secourir. Plusieurs villes grecques, voyant avec quelle humanité et quelle douceur il avait traité les Thcssaliens , imitèrent leur exemple , et se mirent entre
ses mains. Us le louaient déjà comme le libérateur de toute la Grèce. Mais sa réputation et l'amour des peuples augmentèrent beaucoup quand on le vit offrir la paix à Philippe , à condition que ce roi demeurerait borné à ses États , et qu'il rendrait la liberté à toutes les villes grecques. Philippe refusa ces offres ; il fallut décider par les armes. Flaminius donna une bataille , où Philippe fut contraint de s'enfuir. Huit mille Macédoniens furent tués, et les Romains en prirent cinq mille. Après cette victoire, Flaminius ne fut pas moins modéré qu'auparavant. 11 accorda la paix à Philippe , à condition que le roi abandonnerait toute la Grèce ; qu'il payerait la somme de... talents pour les frais de la guerre; qu'il n'aurait plus désormais en mer que dix vaisseaux , et qu'il donnerait aux Romains en otage, pour assurance du traité de paix , le jeune Démétrius son fils aîné , qu'on aurait soin d'élever à Rome selon sa naissance. Les Grecs , si heureusement délivrés de la guerre parle secours de Flaminius, ne songèrent plus qu'à goûter les doux fruits de la paix. Ils s'assemblèrent de toutes les extrémités de la Grèce pour célébrer les jeux Isthmiques.. Flaminius y envoya un héraut pour publier , au milieu de cette grande assemblée , que le sénat et le consul Flaminius affranchissaient la Grèce de toute sorte de tributs. Le héraut ne put être entendu la première fois , à cause de la grande multitude , qui faisait un bruit confus.
Le héraut éleva davantage sa voix, et recommença la proclamation. Aussitôt le peuple jeta de grands cris de joie. Les jeux furent abandonnés ; tous accoururent en foule pour embrasser Flaminius. Ils l'appelaient le bienfaiteur, le protecteur et le libérateur de la Grèce. Il partit ensuite pour aller de ville en ville réformer les abus , rétablir la justice et les bonnes lois , rappeler les bannis et les fugitifs , terminer tous les différends, réunir les concitoyens, et réconcilier les villes entre elles; enfin , travailler en père commun à leur faire goûter les fruits de la liberté et de la paix. Une conduite si douce gagna tous les cœurs ; ils reçurent avec joie les gouverneurs envoyés par Flaminius , ils allèrent au-devant d'eux pour se soumet-
tre. Les rois et les princes opprimés par les Macédoniens, ou par quelque autre puissance voisine, eurent recours à eux avec conliance.
Flaininius, suivant son dessein de protéger les faibles accablés , déclara la guerre à Nabis , tyran des Lacédémoniens : c'était faire plaisir à toute la Grèce. Mais , dans une occasion où il pouvait prendre le tyran, il le laissa échapper , apparemment pour être plus longtemps nécessaire aux Grecs , et pour mieux affermir par la durée des troubles l'autorité romaine. 11 fit même peu de temps après la paix avec Nabis , et lui abandonna la ville de Sparte; ce qui surprit étrangement les Grecs.
VIII. — HISTOIRE D'UN PETIT ACCIDENT AR- RIVÉ AU DUC DE ROURGOGNE DANS UNE PROMENADE A TRIANON.
Pendant qu'un jeune prince , d'une course rapide et d'uu pied léger, parcourt les sentiers hérissés de buissons, une épine aiguë se fiche dans son pied. Aussitôt le soulier mince est percé , la peau tendre est déchirée , le sang coule : mais à peine le prince sentit la blessure ; il voulait continuer sa course et ses jeux. Mais le sage modérateur a soin de le ramener ; il est porté en carrosse; les chirurgiens accourent en foule; ils délibèrent , ils examinent la plaie , ils ne trouvent en aucun endroit la pointe de l'épine fatale : nulle douleur ne retarde la démarche du blessé; il rit, il est gai. Le lendemain, il se promène , il court çà et là ; il saute comme un faon. Tout à l'heure il part; il verra les bords de la Seine, puis il entrera dans la vaste forêt où Diane sans cesse perce les daims de ses traits.