EMPÉDOCLE
Ploriasait environ la 84* olympiade.
Empédocle , selon la plus commune opinion, avait été disciple de Pythagore; il naquit à Agrigente, dans la. Sicile , où sa famille était l'une des plus considérables de tout le pays. Il avait des connaissances très-singulières dans la médecine. Outre qu'il était bon orateur, il s'appliquait fort à la poésie , et à toutes les choses qui regardaient la religion et le culte des dieux. Les Agrigentins avaient un respect extraordinaire pour lui, et le considéraient comme un homme fort élevé au-dessus de tout le reste du genre humain. Lucrèce , après avoir rapporté les merveilles qu'on voyait dans la Sicile , dit que les gens du pays publiaient que rien n'était si glorieux pour leur île que d^avoir produit un si grand homme, et qu'ils regardaient ses poésies comme des oracles.
Ce n'était pas sans raison. Plusieurs événements de sa vie avaient fort contribué à le faire admirer de tout le monde. Quelques-uns l'ont soupçonné de magie. Satirus rapporte que Gorgias Léontin , l'un ^^s prindpaux disciples de ce philo-
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sophe, disait ordinairement qu'il lui avait aidé plusieurs fois à exereer eet art , et il semble qu*Empédoele même ait voulu marquer dans eette poésie qu'il avait quelques connaissances secrètes de cette nature, lorsqu'il dit à Gorgias qu'il ne veut apprendre qu'à lui seul les secrets dont il faut se servir pour guérir toutes sortes de maladies, rajeunir les vieillards , exciter les vents, apaiser les tempêtes , faire venir la pluie et la chaleur, et enfin redonner la vie aux morts et les faire revenir de l'autre monde.
Un jour les vents étésiens soufflaient avec tant de violence, que tous les fruits delà terre allaient être perdus sans ressource. Empédocle fit écorcher des ânes, il fit des outres de leurs peaux , et plaça les outre» sur le sommet des montagnes et des plus hautes collines. On dit que les vents cessèrent aussi* tôt , et que toutes choses demeurèrent tranquilles.
Empédocle était fort attaché à la doctrine de Pythagore son maître; et comme les pythagoriciens avaient horreur des victimes sanglantes , Empédocle, voulant un jour faire un sacrifice , composa un bœuf avec du miel et de la farine , et l'immola aux dieux.
Agrigente, du temps d'Ëmpédocle, était une ville trèsconsidérable ; on y comptait huit cent mille habitants ; on ne l'appelait simplement que la grande ville par excellence ; le luxe et les délices y étaient montés à un très-haut point. Empédocle , parlant des Agrigentins , disait qu'ils se réjouissaient comme s'ils eussent dû mourir le lendemain , et qu'ils bâtissaient de superbes palais comme s'ils eussent dû vivre éternellement. Il était fort éloigné de briguer les charges publiques. On lui offrit plusieursfois le royaume d' Agrigente , mais jamais il ne voulut l'accepter : il préféra toujours une vie particulière à la grandeur du monde et à l'embarras des affaires. Il était fort zélé pour la liberté et pour le gouvernement populaire.
Il se trouva un jour à un festin où on l'avait invité ; quand l'heure de se mettre à table fut venue , Empédocle voyait qu'on n'apportait point le souper et que personne ne s'en plaignait : cela le chagrina ; il voulut faire servir promptement. Celui qui
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Favait invité lui dit : Patience pour un petit moment, f attends le principal ministre du sénat, qui doit être de notre festin. Dès que ce magistrat fut arrivé , le maître du logis et tous les conviés se retirèrent , pour lui faire place à Tendroit le plus honorable. Il fut aussitôt choisi pour être le roi du festin. Cet homme ne put s'empêcher de donner des marques de son humeur impérieuse et de son esprit tyrannique; il commanda à tous les conviés de boire leur vin tout pur, et ordonna qu'on jetât un plein verre dans le nez de tous ceux qui refuseraientde boire ainsi. Empédoele ne dit rien sur-le-champ : le lendemain , il fit assembler le peuple ; il accusa hautement et celui qui avait invité, et celui qui avait été si impérieux dans le festin; il fit connaître à tout le monde que c'était là un commencement de tyrannie , et qu'une telle violence était contraire aux lois et à la liberté publique. Après les avoir fait condamner l'un et Fautre, il les tua tous les deux sur-le-champ. Il eut le crédit de faire casser le conseil des mille; et comme il favorisait le peuple , il fit ordonner que les magistrats seraient changés tous les trois ans , afin que chacun pût à son tour parvenir aux charges publiques.
Le médecin Acron demanda au sénat un lieu pour ériger un monument en l'honneur de son père , qui avait excellé dans sa profession , et qui avait été le plus habile médecin de son temps. Empédoele se leva au milieu de l'assemblée , et détourna le peuple d'accorder ce qu'on lui demandait , parce qu'il croyait que cela était contraire à l'égalité , qu'il voulait qu'on observât exactement , afin d'empêcher que personne ne s'élevât au-dessus des autres ; ce qui était , à son avis , le fon< dément de la liberté publique.
La peste pendant un certain temps désola Selinunte. Tout le monde y languissait : les femmes même y accouchaient avant leur terme. Empédoele connut que cette maladie ne venait que des eaux corrompues du fleuve qui arrose cette ville. Il détourna à ses dépens le cours de deux petits ruisseaux , qu'il fit décharger dans la rivière de Selinunte. Cela empêcha la corruption des eaux ; la peste cessa aussitôt. Les gens de Selinunte en firent de grands festms de réjouissance. Empé-
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docle parut en ce temps-là à Selinunte ; tout le inonde s'assembla , on lui fit des sacrifices , et on lui rendit des honneurs divins , auxquels il était fort sensible.
Ëmpédocle admettait pour premier principe les quatre élé« ments : la terre, Teau , Tair et le feu.
Il tient qu'il y a entre ces éléments une liaison qui les unit, et une discorde qui les divise. Il ajoute qu'ils sont dans une perpétuelle vicissitude, mais que rien ne périssait; que cet ordre avait été de toute éternité , et qu'il durerait toujours ;
Que le soleil était une grosse masse de feu, que la lune était plate et de figure d'un disque ;
Que le ciel était fait d'une matière semblable à du cristal.
Quant à l'âme, il croyait qu'elle passait indifféremment dans toutes sortes de corps; et il assurait qu'il se souvenait clairement d'avoir été petite fille, ensuite poisson, après oiseau; et même il avait aussi été plante.
La mort de ce philosophe est rapportée assez diversement. La plus commune opinion est que , comme il avait une envie extraordinaire de se faire passer pour un dieu , et qu'il voyait quantité de gens assez disposés à le croire, il résolut de soutenir cette grande opinion jusqu'à la fin. C'est pour cela que, quand il commença à se sentir incommodé de la vieillesse , il voulut finir sa vie par quelque chose qui parût miraculeux. Après avoir guéri une femme d'Agrige^ite, nommée Pantée, qui était abandonnée de tous les médecins et prête à expirer, il prépara un sacrifice solennel , où il invita plus de quatrevingts personnes; et pour leur faire croire à tous qu'il était disparu , dès que le festin fut fini , et que chacun Ait allé se reposer les uns sous des arbres et les autres ailleurs, Ëmpédocle monta sans rien dire au haut du mont Etna , et se jets au milieu des flammes. Horace , parlant de cette fin , dit :
Dcus immortaiis baberi Dum ciipit Empedocles, ardentem frigidiu Etbnam Insiluit*.
Ëmpédocle était un homme fort sérieux ; il portait toujours
» De AH. poeL, v. 465.
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une longue chevelure , avec une couronne de laurier sur sa tête. Il ne marchait jamais dans les rues sans se faire accompagner de beaucoup de personnes. Il imprimait du resj)ect à tous ceux qu'il rencx)ntrait. Chacun se trouvait heureux de le pouvoir rencontrer sur son cliemin. Il avait en tout temps des sandales d'airain dans ses pieds. Après qu'il se fut précipité au milieu des flammes , la violence du feu rejeta une de ses sandales , qui fut retrouvée par la suite , et qui découvrit sa fourberie. Ainsi le pauvre Ëmpédocle , faute d'avoir bien pris ses précautions, au lieu de passer pour un dieu, fit connaître qu'il n'était qu'un charlatan.
Entre autres bonnes qualités , il était excellent citoyen , et fort désintéressé. Après la mort de Meton son père, quelqu'un voulut usurper la tyrannie à Agrîgente. Ëmpédocle fit promp* tement assembler le peuple , apaisa la sédition » et empêcha que l'affaire n'allât plus loin ; et pour marqùercombien il avait de passion pour l'égalité, il partagea tout son bien avec ceux qui en avaient moins que lui.
Ce philosophe^florissait vers la quatre-vingt-quatrième olympiade. Les Agrigentins lui érigèrent une statue , et ont conservé une vénération extraordinaire pour sa mémoire. Il mourut vieux , mais on ne sait pas précisément à quel âge.