XXXI. — DEMOSTHENE ET CICERON
Parallèle de ces deux orateurs.
DÉM. —Il y a longtemps que je souhaitais de vous voir: j'ai entendu parler de votre éloquence; César, qui est arrivé ici depuis peu , m'en a instruit.
Cic— Il est vrai que c'a été un de mes plus grands talents
DÉM. — Parlez-m'en en détail, je vous en prie.
CiG. .— D'abord j'ai entendu plusieurs gens accusés injustement; j'ai fait bannir Verres , préteur de Sicile ; j'ai parlé pour et contre des lois ; j*ai abattu Catihna et son parti ; j'ai plaidé pour Sextius, tribun du peuple, qui avait toujours été pour moi ^ même pendant mon exil : enfin j'ai couronné ma vie par ces Philippiques si célèbres, qui...
DÉM. — J'entends , qui ont surpassé les miennes : je ne pensais pas que vous eussiez apporté ici votre vanité; mais laissons cela : comment vous étes-vous gouverné dans la rhé-. torique?
Cic. —J'ai fait des ouvrages qui dureront éternellement; j'ai parlé des orateurs les plus célèbres; j'ai...
DÉM. — Je vois bien que vous voulez toujours revenir à vos oraisons : ne croyez pas me tromper. J'en sais autant qu'un autre; et....
Cic. — Tout beau : vous me reprenez de ma vanité, et vous vous louez vous-même!
DIALOGUES DES UOETS. 191
DÉM. — Il est vrai; j*ai tort , je ravou&rje me suis laissé emiM)rter ; mais vous avouerez vous-même que vous vous louez un peu trop partout. Y a-t*il rieu de plus fade que la louauge que vous vous donnez au commencement de la troi* sièmeCatil inaire, lorsque vous dites que « puisque l'on a élevé au rang des dieux Romulus , fondateur de la ville de Rome, que ne fera-t-on point à edui qui a conservé cette même ville fondée et augmentée? »
CiG. — Mais , dans le fond , ne faliait-ii pas nous vanter, poumons défendre contre de tels ennemis? Nous avons tous deux eu affaire à des gens très-puissants. Vous aviez Philippe, roi de Macédoine , contre vous; et moi, Marc-AntcÂne, qui depuis partagea Tempire avec Auguste en deux parties, et qui a eu, sans contredit, la plus belle et la plus florissante.
DÉM. —Oui; mais lorsque vous avez parlé contre lui, il n'était que triumvir ; votre peuple vous regardait comme une merveille, et vous croyait. Moi , j'ai eu à persuader un peuple faible, superstitieux , incapable de choses sérieuses ; de plus, j'ai parlé avec force. Vous, vous avez eu de la force, je l'avoue; mais vous y ajoutiez trop d'ornements. La véritable éloquence va à cacher son art : ou il faut ne point parler, ou il faut étudier la vraie et la solide éloquence.