‹ De l'éducation des fillesChapitre 68 sur 129 · LIX. — LOUIS ET PHILIPPE DE COMMINES · texte numérisé non relu

LIX. — LOUIS ET PHILIPPE DE COMMINES

Les faiblesses et les crimes des rob ne sauraient être cachés.

Louis. — On dit que vous avez écrit mon histoire.

CoM. — Il est vrai , sire; et j'ai parlé en bon domestique.

Louis. — Mais on assure que vous avez raconté bien des choses dont je me passerais volontiers.

CoM. — Cela peut être; mais en gros j'ai fait de vous un portrait fort avantageux. Voudriez-vous que j'eusse été un flatteur perpétuel , au lieu d'être un historien ?

Louis. — Vous deviez parler de moi comme un sujet comblé des grâces de son maître.

CoM. — Ceût été le moyen de n'être crii de personne. La reconnaissancQ^n'est pas ce qu'on cherche dans un historien ; au contraire , c'est ce qui le rend suspect.

Louis. —Pourquoi faut-il qu'il y ait des gens qui aient la démangeaison d'écrire? Il faut laisser les morts en paix , et ne flétrir point leur mémoire.

276 DIALOGUES DES MGBTS.

CoM. —La vôtre était étrangement noircie; j*ai tâché d*a- (loucir les impressions déjà faites ; j'ai relevé toutes vos bon- i

nés qualités ; je vous ai déchargé de toutes les choses odieu- '

ses qu^on vous imputait sans preuves. Que pouvais-je faire de mieux ? i

Louis. — Ou vous taire, ou me défendre en tout. On dit que vous avez représenté toutes mes grimaces, toutes mes contorsions lorsque je parlais tout seul, toutes mes intrigues avec de petites gens. On dit que vous avez parlé du crédit de mon prévôt, de mon médecin, de mon barbier et de mon tailleur ; vous avez étalé mes vieux habits. On dit que vous n'avez pas oublié mes petites dévotions^ surtout à la fin de mes jours; mon empressement à ramasser des reliques ; à me faire frotter, depuis la tête jusqu'aux pieds, de Thuile de la sainte ampoule ; et à faire des pèlerinages où je prétendais toujours avoir été guéri. Vous avez fait mention de ma barrette chargée de petits saints , et de ma petite Notre-Dame de plomb, que je baisais dès que je voulais faire un mauvais coup ; enûn de la croix de Saint-Lo, par laquelle je n'osais jurer sans vouloir garder mon serment , parce que j'aurais cru mourir dans l'année si j'y avais manqué. Tout cela est fort ridicule.

CoM. — Tout cela n'est-il pas vrai? Pouvais-je le taire ?

Louis. — Vous pouviez n'en rien dire.

CoM. «^ Vous pouviez n'en rien faire.

Louis. —Mais cela était fait, et il ne fallait pas le dire.

CoM Mais cela était fait , et je ne pouvais le cacher à la

postérité.

Louis. — Quoi! ne peut-on pas cacher certaines choses?

Cou. — £h! croyez-vous qu'un roi puisse être caché après sa mort comme vous cachiez certaines intrigues pendant votre vie? Je n'aurais rien sauvé pour vous par mon silence, et je me serais déshonoré. Contentez-vous que je pouvais dire bien pis , et être cru : mais je ne Fai pas voulu faire.

Louis. — Quoi! l'histoire ne doit-elle pas respecter les rois ?

CoM. — Les rois ne doivent-ils pas respecter l'histoire et la

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postérité , à la censure de laquelle ils ne peuvent édiapper ? Ceux qui veulent qu'on ne parle pas mal d'eux n'ont qu'une seule ressource , qui est de bien faire.

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