‹ De l'éducation des fillesChapitre 78 sur 129 · LXVIII. — HENRI III ET HENRI IV · texte numérisé non relu

LXVIII. — HENRI III ET HENRI IV

Différence entre un roi qui se fait craindre et haïr par la cruauté et la finesse, et un roi qui se fait aimer par la sincérité et le désintéressement de son caractère.

H. lU. — Eh ! mon pauvre cousin , vous voilà tombé dans le même malheur que moi.

H. IV. — Ma mort a été violente comme la vôtre ; mais personne ne vous a regretté que vos mignons , à cause des biens immenses que vous répandiez sur eux avec profusion : pour moi, toute la France m*a pleuré comme le père de toutes les familles. On me proposera, dans la suite des siècles , comme le modèle d*un bon et sage roi. Je commençais à mettre le royaume dans le calme , dans Tabondanoe et dans le bon ordre.

H. III — Quand je fus tué à Saint-Cloud , j'avais déjà abattu la Ligue ; Paris était prêt à se rendre : j'aurais bientôt rétabli mon autorité.

H. IV. — Mais quel moyen de rétablir votre réputation si noircie? Vous passiez pour un fourbe, un hypocrite, im impie, un homme efféminé et dissolu. Quand on a une fois perdu la réputation de probité et de bonne foi , on n'a jamais une autorité tranquille et assurée. Vous vous étiez défait des deux Guise à Blois ; mais vous ne pouviez jamais vous défaire de tous ceux qui avaient horreur de vos fourberies.

H. III. — Eh! ne savez- vous pas que l'art de dissimuler est l'art de régner?

H. IV. — Voilà les belles maximes que du Guast et quel* ques autres vous avaient inspirées. L'abbé d'Elbène et les autres Italiens vous avaient mis dans la tête la politique de Machiavel. La reine votre mère vous avait nourri dans ces sentiments. Mais elle eut bien sujet de s'en repentir ; elle eut

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oe qu'elle méritait : elle vous avait appris à être dénaturé ; vous le fûtes contre elle.

H. III. -- Mais quel moyen d*agir sincèrement et de se confier aux hommes ? Ils sont tous déguisés et corrompus.

H. IV. — Vous le croyez , parce que vous n'avez jamais vu d'honnêtes gens , et vous ne croyez pas qu'il y en puisse avoir au monde. Mais vous n'en cherchiez pas : au contraire, vous les fuyiez , et ils vous fuyaient ; ils vous étaient suspects et incommodes. Il vous fallait des scélérats qui vous inventassent de nouveaux plaisirs , qui fussent capables des crimes les plus noirs , et devant lesquels rien ne vous fU souvenir ni de la religion , ni de la pudeur violée. Avec de telles mœurs, on n'a garde de trouver des gens de bien. Pour moi, j'en ai trouvé ; j'ai su m'en servir dans mon conseil , dans les négociations étrangères , dans plusieurs chaînes ; par exemple , Sully , Jeannin , d'Ossat , etc.

H. III. — A vous entendre parler, on vous prendrait pour un Gaton ; votre jeunesse a été aussi déréglée que la mienne.

U. rv. -*- Il est vrai; j*al été inexcusable dans ma passior honteuse pour les femmes : mais , dans mes désordres , je n'ai jamais été ni trompeur , ni méchant, ni impie, je n'ai ^ que faible. Le malheur m'a beaucoup servi; car j'étais naturellement paresseux , et trop adonné aux plaisirs. Si je fusse né roi , je me serais peut-être déshonoré : mais la jaiau* vaise fortune à vaincre, et mon royaume à conquérir , m'ont mis dans la nécessité de m'élever au-dessus de moi-même,.

H. III. — Combien avez-vous perdu de})elles occasions de vaincre vos ennemis , pendant;que vous vous amusiez fur les bords de la Garonne à soupûrer pour la comtesse de Gruiche ! Vous étiez comme Herculp^filant aupvès d'Omphale. . «

H. IV. -^ Je ne puis le désavouer ; mais Ck)utras ^ Ivry , Arques, Fontaine-Française, réparent un peu. .. ,<

H. IH. — 7ï'ai-je pas gagné les batailles de Jarnac et de Moncontour? >"

• n. IV. — Ou],; tuais le roi Henri III soitfint mal les espé-

ranres qu'on avait conçues du duc d'Anjou. Henri IV , au contraire , a mieux valu que le roi de Navarre.

H. III. — Vous croyez' donc que je n*ai point ouï parler de la duchesse de Beaufort , de la marquise de Verneuil , de la... ? Mais je ne puis les compter toutes , tant il y en a eu.

H. rv. — Je n*en désavoue aucune , et je passe condamnation. Mais je me suis fait aimer et craindre : j'ai détesté cette politique cruelle et trompeuse dont vous étiez si empoisonné, •et qui a causé tous vos malheurs; j'ai fiait la guerre avec vi. gueur ; j'ai conclu au dehors une solide paix ; au dedans j'ai policé l'État, et je l'ai rendu florissant ; j'ai rangé les grands à leur devoir, et même les plus insolents fiavoris; tout cela sans tromper, sans assassiner, sans faire d'injustice , me fiant aux gens de bien , et mettant toute ma gloire à soulager les peuples

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