CHAPITRE VIJL
InstracUon sur le Décalogue , sur les sacrements et sar la prière.
Ce qu'il y a de principal à mettre sans cesse devant les yeux des enfants , c'est Jésus-Christ, auteur et consommateur de notre foi , le centre de toute la religion , et notre unique espérance. Je n'entreprends pas de dire ici comment il faut leur enseigner le mystère de Fincamation ; car cet engagement me mènerait trop loin , et il y a assez de livres où l'on peut trouvera fond tout ce qu'on en doit enseigner. Quand les principes sont posés , il faut réformer tous les jugements et toutes les actions de la personne qu'on instruit, sur le modèle de Jésus-Christ même, qui n'a pris un corps mortel que pour nous apprendre à vivre et à mourir, en nous montrant, dans
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sa chair semblable à la ndtre , tout ce que nous devons croire et pratiquer. Ce n'est pas qu*il faille à tout moment comparer les sentiments et les actions de l'enfant avec la vie de Jésus- Christ; cette comparaison deviendrait fatigante et indiscrète : mais il faut accoutumer Jes enfants à regarder la vie de Jésus-Christ comme notre exemple, et sa parole comme notre loi. Choisissez parmi ses discours et parmi ses actions ce qui est le plus proportionnée l'enfant. S*il s'impatiente de souffrir quelque incommodité^ rappelez-lui le souvenir de Jésus- Christ sur la croix : s'il ne peut se résoudre à quelque travail rebutant, montrez-lui Jésus-Christ travaillant jusqu'à trente ans dans une boutique : s'il veut être loué et estimé, parlez-lui des opprobres dont le Sauveur est rassasié : s'il ne peut s'accorder avec les gens qui l'environnent , faites-lui considérer Jésus-Christ conversant ave& les pécheurs et avec les hypocrites les plus abominables : s'il témoigne quelque ressentiment, hâtez-vous de lui représenter Jésus-Christ mourant sur la croix pour ceux mêmes qui le faisaient mou^ rir 2 s'il se laisse emporter à une joie immodeste, peignezlui la douceur et la modestie de Jésus-Christ, dont toute la vie a été si grave et si sérieuse. Enfin faites qu'il se représente souvent ce que Jésus-Christ penserait et ce qu'il dirait de nos conversations, de nos amusements et de nos occupations les plus sérieuses , s'il était encore visible au milieu de nous. Quel serait, continuerez-vous, notre étonnement, s'il paraissait tout d'un coup au milieu de nous , lorsque nous sommes dans le plus profond oubli de sa loi ! Mais n'est-ce pas ce qui arrivera à chacun de nous à la mort , et au monde entier, quand l'heure secrète du jugement universel sera venue? Alors il faut peindre le renversement de la machine de l'univers , le soleil obscurci , les étoiles tombant de leurs places, les éléments embrasés s'écoulant comme des fleuves de feu , les fondements de la terre ébranlés jusqu'au centre. De quels yeux, ajôuterez-vous, devons-nous donc regarder ce ciel qui nous couvre , cette terre qui nous porte , ces édifices que nous habitons , et tous ces autres objets qui nous environ-
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neot , puisqu'ils sont résérrés au feu? Montrez ensuite les tombeaux ouverts, les morts qui rassembleront les débris de leurs eorps ^ Jésus-Christ qui descendra sur les nues arec une haute majesté; ce livre ouvert où seront écrites jusqu'aux plus secrètes pensées tles cœurs; cette sentence prononcée à la face de toutes les nations et de tous les siècles ; cette gloire qui s'ouvrira pour couronner à Jamais les justes , et pour les âlrer^eravocJééus^Christ sur le même trône; enfin, cet étang de feu et de soufre , cette nuit et cette horreur éternelle^ ce grincement de dents , et cette rage commune avec les démons, qui sera le partage des âmes pécheresses.
Ne mamipiez pas d'expliquer à fond le Dédalogne ; laites voir que c'est un abrégé de la loi de Dieu, et qu'on trouve dans TÉf angile ce qsn n'est contenu dans le Décalogue que par des conséquences- éloignées. Dites ce que c'est que conseil; et empêchez les enfants que vous instruisez de se flatter , comme le commun des hommes, par une dlsttncti<m qu'on pousse trop loin entre les conseils et les préceptes. Montrez que les conseils sont donnés pour faciliter les préceptes , [)our assurer les hommes contre leur propre fragilité, pour les éloigner du bord du précipice où ils seraient entraînés par leur propre pdds ; qu'enfin les conseils deviennent des préceptes absolus pour ceux qui ne peuvent, en certaines occasions, observer les préceptes sans les conseils. Par exemple , les gens qui sont trop sensibles à Tamourdu monde, et aux pièges des compagnies , sont obligés de suivre le conseil érangélique de quitter tout pour se retirer dans une solitude. Répétez souvent que la lettre tiie, et que c'est l'esprit qui vivifie; c'est-à-dire que la simple observation du culte extérieur est inutile et nuisible, si elle n'est intérieurement animée par l'es^it d'amour et de religion. Rendez ce lan^ge dair et s^sible : frûtes voir que Dieu vent et» honoré du cœur, et non des lèvres ; que les oàrémonies servent à exprimei^ notre religion et à l'exciter, mais que les cérémonies ne sont pas la religiott même : qu'elle est toute au dedans, puisque Dieu cherche des adorateurs en esprit et en vérité; qu'il s'agit de l'aimer intérieurement, et de nous reganler comme s'il n'y avait dans toute la nature que
lui et nous ; qu'il n'a pas èesoln de nos paroles, de nos postures, ni même de notre argent; que ce qu'il veut, c'est nousmêmes ; qu'on ne doit pas seulement exécuter ce que la loi ordonne , mais encore l'exécuter pour en tirer le fruit que la loi a eu en vue quand elle l'a ordonné ; qu'ainsi ce n'est rien d'entendre la messe, si on ne l'entend afin de s'unir à Jésus- Christ, sacrifié pour nous , et de s'édifier de tout ce qui nous représente son immolation. Finissez en disant que tous ceux qui crieront. Seigneur, Seigneur , n'entreront pas au royaume du ciel; que si on n'entre dans les vrais sentiments d'amour de Dieu , de renoncement aux biens temporels, de mépris de soi-même, et d'horreur pour le monde, on fait du christianisme un fantdme trompeur pour soi et pour les autres.
Passez aux sacrements : je suppose que vous en avez déjà expliqué toutes les cérémonies à mesure qu'elles se sont faites en présence de l'enfant , comme nous l'avons dit. C'est ce qui en fera mieux sentir l'esprit et la fin : par là vous ferez entendre combien il est grand d'être chrétien , combien il est honteux et funeste de l'être comme on l'est dans le monde. Rappelez souvent lesexordsniesetles promesses du baptême, pour montrer que les exemples et les maximes du monde, bien loin d'avoir quelque autorité sur nous , doivent nous rendre suspect tout ce qui nous vient d'une source si odieuse et si empoisonnée. Ne craignez pas même de représenter, comme saint Paul , le démon régnant dans le monde, et agitant le cœur des hommes par toutes les passions violentes, qui leur font chercher les richesses , la gloire et les plaisirs. C'est cette pompe, direz-vous, qui est encore plus celle du démon que du monde, c'est ce spectacle de vanité auquel un chrétien ne doit ouvrir ni son cœur ni ses yeux. Le premier pas qu'on fait par le baptême dans le christianisme est un renoncement à toute la pompe mondaine : rappeler le monde, malgré des promes* ses si solennelles faites à Dieu , c'est tomber dans une espèoe d'apostasie; comme un religieux qui , malgré ses vœux , quitterait son cloître et son habit de pénitence pour rentrer dans le siècle.
Ajoutez combien nous devops fouler aux pieds les mépris
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mal fondés, les railleries impies et les yiolences même du monde , puisque la confirmation nous rend soldats de Jésus- Christ pour combattre cet ennemi. L'évéque^ direz-vous, vous a frappé pour vous endurcir contre les coups les plus violents de la persécution ; il a fait sur vous une onction sacrée, afin de représenter les anciens , qui s'oignaient d'buile pour rendre leurs membres plus souples et plus vigoureux quand ils allaient au combat ; ^enfin il a fait sur vous le signe de la croix , pour vous montrer que vous devez être crudfié avec Jésus-Christ. Nous ne sommes plus , continuerez-vous , dans le temps des persécutions, où Ton faisait mourir ceux qui ne voulaient pas renoncer à FÉvangile : mais le monde , qui ne peut cesser d'être monde, c'est*à«dire corrompu , fait toujours une persécution indirecte à la piété; il lui tend des pièges pour la faire tomber, il la décrie , il s'en moque ; et il en rend la pratique si difficile dans la plupart des conditions, qu'au milieu même des nations chrétiennes , et où l'autorité souveraine appuie le christianisme, on est en danger de rougir du nom de Jésus-Christ et de l'imitation de sa vie.
Représentez fortement le bonheur que nous avons d'être incorporés à Jésus-Christ par l'eucharistie. Dans le baptême, il nous fait ses frères ; dans l'eucharistie , il nous fait ses mensbres. Comme il s'était donné , par l'incarnation , à la nature humaine en général, il se donne, par l'eucharistie, qui est une suite si naturelle de l'incarnation, à chaque fidèle en particulier. Tout est réel dans la suite de ses mystères ; Jésus- Christ donne sa chair aussi réellement qu'il l'a prise : mais c'est se rendre coupable du corps et du sang du Seigneur, c'est boire et manger son jugement , que de manger la chair vivifiante de Jésus-Christ sans vivre de son esprit. Celui ^ ditil lui-même , gui me mange doit vivre pour moi.
Mais quel malheur, direz-vous encore, d'avoir besoin du sacrement de la pénitence , qui suppose qu'on a péché depuis qu'on a été fait enfant de Dieu ! Quoique cette puissance toute céleste qui s'exerce sur la terre , et que Dieu a mise dans les mains des prêtres pour lier et pour délier les pécheurs, selon
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leurs besoins , soit ane si grande source de miséricordes , il £aut trembler, dans la crainte d'abuser des dons de Dieu et de sa patience. Pour le corps de Jésus-Christ, qui est la vie, la force et la consolation des justes , il faut désirer ardemment de pouvoir sf en nounir tous les joiurs ; mais , pour le remède des âmes malades, il faut souhaiter de parvenir à une santé si parÊdte, qu'on en diminue tous les jours le besoin. Le besom , quoi qu'on fasse , ne swa que trop grand ; mais ce serait bien pis si on faisait de toute sa vie un cercle continuel et scandaleux du péché à la pénitence , et de la pénitence au péché. Il n'est donc question de se confesser que pour se convertir et se corriger; autrement les paroles de Tabsolution, quelque puissantes qu'elfes soient par Tinstitution de Jésus* Christ, ne seraient, par notre indisposition, que des paroles, mais des paroles ûinestes qui seraient notre condamnation de* vaut Dieu. Une confession sans diangement intérieur, bien loin de décharger une consdence du fardeau de ses péchés, ne fait qu'ajouter aux autres péchés celui d'un monstrueux sacrilège.
Faites lire aux enfants que vous élevez les. prières des ironisants, qui sont admirables; montrez-leur ce que FÉglisc fait, et ce qu'elle dit y en dinmant l'extréme-onction aux mourants. Quelle consolation pour eux de recevoir encore un renouvellement de l'onction sacrée pour ce dernier combat! Mais pour se rendre digne des grâces de la mort, il faut être fidèle à celles de la vie.
Admirez les richesses de la grâce de Jésus-Christ, qui n'a pas dédaigné d'appliquer le remède à la source du mal , en sanctifiant la source de notre naissance , qui est le mariage. Qu'il était convenable de faire un sacrement de cette union de l'homme et de la femme, qui représente celle de Dieu avec sa créature, et de Jésus-Christ avec son Église! Que cette bénédiction était nécessaire pour modérer les passions brutales des hommes , pour répandre la paix et la consolation sur toutes les familles , pour transmettre la religion comme un héritage de génération en génération ! De là il faut conclure que le ma-
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riage est un état très-saiiit et très-pur, quoiqu*il soit moiiis parfait que ia yir^mté; quMI faut y être appelé; qu'on n*y doit chercher ni les plaliirs grossiefs , ni la pompe nKmdaine ; qu'on doit seulement désirer d*y former des saints.
liouez la sagesse inânie du Fils de Dieu, qui a établi des pasteurs pour le représenter parmi nous , pour nous iostmire en son nom , pour nous donner son eorps, pour nous réconcilier avec lu} après nos chutes , pour former tous les jours de nouveaux fid^es, et même de nouveaux pasteurs qui nous conduisent après eux , ain que FÉglise se conserve dans tous les siècles sans intemiptfon. Montreii qu'il fout se r^ouir que Dieu ait donné une telle puissance aux hommes. Ajoutez avec quel sentiment de religion on doit respecter les oints du Seigneur : ils sont les hommes de Dieu, et les dispensateurs de ses mystères. Il fout donc baisser les yeux et gémir, dès qu'on aperçoit en eux la moindre tache qui ternit Téclat de leur ministère ; il fondrait souhaiter de la pouvoir laver dans son propre sang. Leur doctrine n-ést pas la leur; qui les écoute écoute Jésus-Christ même : quand ils sont assemblés au nom de Jésus-Christ pour expliquer les Écritures , le Saint-Esprit parle avec eux. Leur temps n'est point à eux : il ne font donc pas vouloir le» foire descendre d'un si liaut ministère, où ils doivent se dévouer à la parole et à la prière, pour être les médiateurs ehtre Dieu et les hommes , et les rabaisser jusqu'à des affoires du siède. 11 est encore moins permis de vouloir profiter de leurs revenus , qui sont le patrimoine des pauvres et le prix des péchés du peuple; mais le plus affreux désordre est de vouloir élever ses parents et ses amis à ce redoutable ministère, sans vocation , et par des vues d'intérêt temporel.
Il reste ^ montrer la nécessité de la prière, fondée svir le besoin de la grâce, que nous avons déjà expliqué. Dieu , dirat-on à un çnfant, veut qu'on lui demande sa grâce , non parce qu'il ignore notre besoin , mais parce qu'il veut nous assujettir à une demande qui nous excite à reconnaître ce besoin : ainsi c'est rhumiliation de notre cœur, le sentiment de notre misère et de notre impuissance, enfin la confiance en sa bontés
qu'il exige de noas. Cette demande, qu'il veut qu'on lui fasse, ne consiste que dans Tintention et dans le désir : car il n*a pas besoin de nos paroles. Souvent on récite beaucoup de paroles sans prier, et souvent en prie intérieurement sans prononcer aucune parole. Ces paroles peuvent néanmoins être très-utiles ; car elles excitent en nous les pensées et les sentiments qu'elles expriment si on y est attentif : c'est pour cette raison que Jésus-Christ nous a donné une forme de prière. Quelle consolation de savoir par Jésus-Christ même comment son Père veut être prié! Quelle force doit-il y avoir dans des demandes que Edeu même nous met dans la bouche! Comment ne nous accorderait-il pas ce qu'il a soin de nous apprendre à deman* der ? Après cela , montrez combien cette prière est simple et sublime, courte , et pleine de tout ce que nous pouvons atten* dre d'en haut.
Le temps de la première confession des enfants est une chose qu'on ne peut décider ici : il doit dépendre de l'état de leur esprit , et encore plus de celui de leur conscience. Il faut leur enseigner ce que c'est que la confession , dès qu'ils paraissent capables de l'entendre. Ensuite attendez la première faute un peu considérable que l'enfant fera ^ donnez-lui-en beaucoup de confusion et de remords. Vous verrez qu'étant déjà instruit sur la confession , il cherchera naturellement à se consoler en s'accusant au confesseur. Il faut tâcher de faire en sorte qu'il s'exdte à un vif repentir , et qu'il trouve dans la confession un sensible adoucissement à sa peine , afin que cette première confession fasse une impression extraordiùaire dans son esprit , et qu'elle soit une source de grâces pour toutes les autres.
La première communion , au contraire, me semble devoir être faite dans le temps où l'enfant, parvenu à l'usage de raison, paraîtra plus docile , et plus exempt de tout défaut considérable. C'est parmi ces prémices de foi et d'amour de Dieu que Jésus-Christ se fera mieux sentir et goûter à lui par les grâces de la communion. Elle doit être longtemps attendue, c'est-àdire qu'on doit l'avoir fait espérer à l'enfant dès sa première
enfance , comme le plus grand bien qu'on puisse avoir sur la terre en attendant les joies du ciel. Je crois qu'il faudrait la rendre la plus solennelle qu'on peut : qu'il paraisse à Tenfant qu'on a les yeux attachés sur lui pendant ces jours-là , qu'on Festlme heureux, qu'on prend part à sa joie, et qu'on attend de lui une co^uite au-dessus de son âge pour une action si grande. Mais quoiqu'il faille donc préparer beaucoup l'enflant à la communion , je crois que, quand il y est préparé, on ne saurait le prévenir trop tôt d'une si précieuse grâce, avant que son innocence soit exposée aux occasions dangereuses où elle commence à se flétrir.