‹ De l'éducation des mères de familleChapitre 62 sur 116 · ÉTUDE D£ DIEU DAKS L'AME HUMAINE · texte numérisé non relu

ÉTUDE D£ DIEU DAKS L'AME HUMAINE

Noui ne MOtont pas ici-bas la violence de l'amour nalunil que notre anie a pour son Dieu, parce que les faux biens qat nous environnent, et que nons prenons pour le bien véritable « ou l*occupenl ou la partagent; mais rdme, une fois séparée du corps, ob! tous ces fantdmes qui Tabosalent s'évanouiront, tous ces attacbementi étrangers périroUt, elle ne pourra plus ai* mer que Dieu , (Massillon.)

El cependant , sur le globe entier, les hommes

s'égorgent au nom de Dieu; sur le globe entier, les prêtres maudissent, persécutent, damnent au nom de Dieu. Toutes les religions ont leur enfer; tous les cultes ont leurs bourreaux !

Ce concert universel d'opinions terribles serait-il l'expression de la conscience du genre humain?

Pour résoudre une question si grave, les savants remontent à la source de nos croyauces religieuses,

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el , saisissaot les peuples daos leurs berceaux , ils

essaient de constater l'origine cl les progrès de la pensée humaine; mais de pareilles recherches, faites dans la nuit des temps , ne produisent que des systèmes ; les erreurs de la science , après les erreurs de Tiguorance. C'est donc une autre marche qu'il faut suivre. Substituant l'étude d'un homme à l'étude des peuples , je veux m'interroger moimême, et connattre l'origine de tout ce que je sais et de tout ce que je crois. Comment les idé es de démons, de damnations et d'enfer sont arrivées à mon âme ! comment le nom de Dieu, qui doit n'éveiller que r^jmour , m'a soudain rempli de haine et d'épouvante I conmient j'ai pu imaginer une éternité de supplices pour quelques années de misère et de douleurs ! Ëtà mesure quej'avance dans cetteétude, ma conscience s'éclaire et ma raison s'élève. Je vois que les prêtres ont fait l'éducation du genre humain comme mon précepteur a fait la mienne ; car rien ne ressemble plus à l'enfance d'un homme que l'enfance d'un peuple : c'est par la crainte et le merveilleux qu^on les conduit à l'obéissance.

Ce premier examen m'apprend que je dois séparer l'idée de Dieu qui me vient de Dieu, de l'idée de Dieu qui me vient des hommes , c'est-à-dire de tout ce que les passions y ajoutent.

Distinction facile, car si les pensées des hommes sont fugitives comme leur vie, la pensée de Dieu est immuable comme son éternité.

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Ezamiaani doac la nature de nos pensées, je me disais que si j'étais né du temps des druides j'au* rais cru être agréable à Dieu en lui sacritiaut des hommes; si du temps de saint Dominique, en brûlant des Albigeois ; et si du temps de Charles IX , ea égorgeant les huguenots. Ea Ëspagae , j'aurais béni l'inquisition ; aux lades , j'aurais donné mon sang aux idoles et ma fortune aux brames. Bien plus encore , sans sortir de mon (pays et de mon siècle , si j'étais né de parents fanatiques et superstitieux, leurs maximes me paraîtraient j us tes et raisonnables. Il est peu de villes, que dis-je ! il est peu de familles, où je n'eusse puisé des idées nuisibles aux hommes et injurieuses à la Divinité. A combien d'erreurs j'avais donc échappé par ce seul hasard qui me fit naître en l^rance à une époque de régénération et de lumière, loin des passions théologiques et politiques, et sous le double abri de la tendresse et de la religion maternelle.

- Toutefois je n'avais pas tout reçu de cette influence vertueuse ; ma patrie, moa siècle et mes précepteurs avaient aussi forgé mon ftme. Il fallait donc examiner leur ouvrage} c'était le chaos à débrouiller. Que de préjugés ! quelles contradictions! Dans mes études, mes professeurs m'apprenaient à me distinguer , à être le premier; la religion, à m'humilier, à être le dernier. Mes livres me disaient de n'estimer que la vertu, et lesexemples dumunde, de ne rendre honmaage qu'au vice. On appelait cela

DANS l'amb auMAinjs* ftl

des convenances, et par convenance j'étais obligé de parler comme un hypocrite et d'agir comme ub scélérat.

De toutes ces opinions fugitives, je tirai ce premier fruit, que ce n'était pas dans la société antoar de moi , mais en moi, mais dans la nature , que je devais chercher la vérité. Ne sois ni Russe, ni Anglais , ni Français, ni prêtre, ni noble, ni roturier; sois homme , me dis-je. Mais sais-tu ce que c'est qu'être homme? Ce n'est pas être ce que les autres hommes te font dans l'intérêt de leurs préjugés , c'est-à-dire incrédule, superstitieux, fanatique, libertin, cruel, vivant de massacres, de ruses, d*hypo* crisie; c'est être ce que Dieu t'a fait. Or, pour connaître ce que Dieu t'a fait, pour connaître l'homme enfin, étudie ton âme dans toinonéme, et la nature avec ton âme. Que les bienfaits qui t'environnent soient ta plus douce lumière; tu les verras s^agrandir et s'embellir à mesure que tu y porteras la pensée de Dieu. L'intelligence divine ne connaît m la haine ni la vengeance. Ce qu'elle demande, c'est l'amour , et elle le récompense par le bonheur.

L'amour de Dieu est comme l'or pur ; l'amour des hommes, comme l'argent fin. Chaque nation imprime une image sur ces deux métaux, et en fait une monnaie qui a cours chez elle. Il y en a qui représentent des furies , des dragons , des foudres , des tyrans; d'autres, des figures aimables, les dons de la nature et du cieK On les jette dans le com-

ÉTUDE i>£ DIEU

merce, où elles s'altèrent pins on moins par l'nsage

et par le frottement , et d'un peuple à l'autre elles perdent une partie de leur valeur* Vois donc à re« cueillir Tor et l'argent dans leur pureté primitive. Ne t'attache qu'à leur essence : si tu veux commencer avec le genre humain, ne regarde pas à la marque,,mais au poids.

C'est ainsi qu'en séparant l'idée de Dieu des cultes qui l'avilissent, je la retrouve pure chez tous les peuples, comme eu la séparant de mes préjugés je la retrouve pure dans mon flme. Ces deux experiences. se servent d'épreuves : c'est le même sen* timent qui s'exprime parla voix d'un seul et par la voix de tous ; c\sL la conscience de mon âme qui répond à la conscience du genre humain. £t je puis conclure de ce double témoignage que Texis* teuce de Dieu n'est point une opinion, mais uu sentiment naturel à tous les hommes ; que ce sentiment doit survivre à tout, parce qu'il est l'œuvre de Dieu même , tandis que les images que les peuples y attachent doivent périr, parce qu'elles sont rœuvre de nos cupidités et de nos passions*

Ainsi chaque peuple a ses croyances, qui s'effacent graduellement; chaque siècle a sa pensée dominante, qui s'évanouit devant une pensée nouvelle* A l'époque où je vis, du point de la montagne ofl les nations sont parvenues, si je regarde en arrière je vois sur les trois quarts et demi du globe les dieux sanglants brisés sur leurs autels. Le mont

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Olympe est désert ; l'Égypte n'est qu'ua tombeau ; letfdraides ont disparu avec tes forêts sacrées de la Gaule , et Jupiter, agitant sa noire égide qui Tenvironne de tempêtes, n'habite plus les sommets du Capitole Il y eut un moment où , sur la face entière du globe , tout se trouva renouvelé, les peuples , les temples et les dieux ! C'est alors que les nations héroïques et les nations barbares se rencontrèrent au pied d'une croix , les unes à leur dernier soupir , les autres à la première heure de leur vie humaine et sociale; et tous prêtaient une oreille attentive à la voix d'une victime qui priait pour ses bourreaux !

Aujourd'hui les nations de TOccident sont comme an seul peuple , sous un seul Dieu. Et ce Dieu est le Dieu qui aime , qui pardonne et qui civilise. Il s'offrira à TOrient comme il s'est offert à l'Occident; il y désarmera les barbares, il les fera reatnT dans la grande famille humaine , car ils ne peuvent y rentrer que par la loi de l'Évangile , condition nécessaire de toute civilisation. Ceux qui parlent de détruire la religion dans l'Occident qu'elle éclaire, sont comme les bourreaux du Christ; ils ne savent ce qu'ils font. Si la religion quitte l'Occident, l'Occident mourra; si la religion passe dans rOrient , rOrient vivra : nous prendrons sa place et lui la

(1) jEneid.^ Lih. Vlll, v. 347, etc.

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nôtre ; nous retomberons dans les ténèbres ; il se lèvera dans la lumière. L'amour de Dieu et des

bomnies est désormais le grand contrat social de l'humanité !

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