‹ De l'éducation des sourds-muets de naissance (volume 2)Chapitre 11 sur 84 · IF · texte numérisé non relu

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82 DE I/EDUCA.TION

L'ouvrage de M. Wolke n'offre pas, entre ses parties, les proportions désirables; trop exclusivement pratique , il n'est cependant pas assez complet pour servir de manuel; on y désirerait une logique plus rigoureuse, des vues plus profondes; mais il est riche en vues de détail , en procédés ingénieux , et il sera consulté avec fruit par tous les instituteurs.

Note H, page 78.

Exemples des signes mimiques artificiels employés par M. Wolke, traduits de V allemand.

« Une maison se représente par la formation d'un « triangle isocèle , et d'un carré au - dessous , au mi- « lieu duquel est un rectangle pour une porte , et « deux autres de chaque côté pour deux fenêtres. Une « ville a pour signe la description de ces maisons sur « plusieurs lignes ou rues, entourées d'un mur, avec des « portes. Le signe du pain consiste à imiter l'action de « le couper et de le manger ; le signe de viande consiste « à pincer un muscle de la main , celui de poisson, dans « sa' forme et le mouvement de sa natation; Y oiseau se re- « présente de la même manière, et par son vol; X insecte, « par la description de ses anneaux de chaque côté de la « poitrine, et par ses six pâtes; le ver, en indiquant sa « manière de ramper, et montrant qu'il n'a pas de pâtes.

« Le chien se représente par l'imitation de son aboiement; « le chat, par son miaulement ou par sa marche douce «et circonspecte, par ses longues moustaches, par les « griffes aiguës de ses pâtes; le fier coq, par l'imitation « de son chant , avec lequel il répond aux siens ou les « appelle au silence de la nuit ; la poule, par le soin in- « quiet avec lequel elle appelle, en gloussant, ses pous- « sins à un grain qu'elle vient de découvrir; les poussins, « par leur attention aux mouvemens de la mère, et par « leur promptitude à accourir; le coq-d'inde. par la ma-

« gnificence de sa queue déployée avec majesté , par la « noirceur de ses pâtes; Voie et le caiiard, par leur ca- « quet, leur manière de barboter et de nager, et par la « différence de leur grosseur ; le lapin, par sa manière de « s'asseoir et de sauter; le taureau, par ses cornes, sa «pesanteur, son mugissement; la vache , par son gros « pis; le mouton, par sa laine , sa douceur, son bêlement; « le cheval, par sa taille, sa vivacité, sa légèreté; par sa « crinière et sa queue; par son aptitude à traîner des far- « deaux, à porter l'homme , ou seulement par l'imitation « de son hennissement ;

« Pour le sable, le sourd-muet imite l'action d'en répandre « sur son écriture ou par terre; pour la glaise, il feint « de prendre quelque chose, de le pétrir, d'en faire un « vase comme le potier qu'il a vu ; pour Y argile, il montre « comment on la prépare, et comment le maçon l'étend « avec la truelle sur les briques ; il indique aussi sa cou- « leur jaune; pour la craie, il imite l'action d'écrire sur la « planche noire; pour le verre, il représente quelque « chose de solide et de transparent; pour la pierre, il « représente une masse solide, qu'il frappe avec le mar- « teau, de manière qu'elle se brise en plusieurs morceaux ; « pour le mercure, quelque chose de blanc et de lourd, « qui, en coulant, se divise en petites boulettes; pour le « métal, quelque chose de brillant et de pesant, qui se « laisse étendre sous le marteau; pour le fer, il montre « comment il est rougi dans la forge à l'aide du soufflet, « et ensuite forgé sur l'enclume; pour le cuivre, il figure « un métal rougeâtre, et comment il est martelé et aplati: & le laiton se représente de la même manière; seulement,

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« on indique qu'il est jaune: pour le plomb, le sourd-muet « fait le fondeur de plomb ou de balles; pour Yétain, il « coule quelque chose de fondu sur le feu , dans un « moule, et le travaille, comme il l'a vu faire au potier « d'étain ; pour V argent, il représente quelque chose « de solide, de blanc, de malléable, dont on fait des « pièces de monnaie, et qui, par là, est d'une grande « valeur ; si , dans son endroit , l'argent seul a cours , il « fait seulement comme s'il prenait quelque chose de sa « bourse et le comptait : Y or se représente comme l'ar- « gent, en ajoutant le signe de jaune et la manière de le «peser prudemment au trébuchet, comme de la plus « grande valeur : pour le sel, il fait comme s'il prenait « quelque chose de la salière , le répandait sur les mett> « et sur sa langue, et en sentait les picotemens. »

Voici quelques signes de l'âme et de ses opérations, tels que M. Wolke les décrit :

« L'âme. Le muet porte la main au front et au cœur.

<c L'âme est un esprit. Le signe précédent , et les signes «de long, de large, de profond, ou d'étendue et de « corps; avec négation.

« La raison (la faculté d 'être intelligent ou de penser). « Il porte l'index de la tempe au milieu du front , qu'il « regarde comme l'origine ou le siège de la pensée.

« L'intelligence (la masse de nos idées). Le muet tire « du siège de la pensée des rayons divergens , comme « s'il dessinait une lumière.

« Une idée. Il trace un demi-cercle sur 3e front, avec « l'index.

« Une pensée. Il [race un demi-cercle sur le front, et

« reporte doucement le bout de l'index en sens inverse , « en suivant la même ligne.

«Penser. Il trace du milieu du front, siège de la « pensée, une spirale qui se développe, et en même « temps il tient la tête et les yeux fixes : ajoute- t-il le « signe de négation , il exprime être sans penser.

« Réfléchir. Il tire, comme avant, le fil de la pensée, « et, par une spirale concentrique, il revient au point « d'où il est parti.

« Méditer. Il tire du jnilieu du front des spirales ex- « centriques , dont la dernière tourne autour de sa tête.

« Pénétrer. L'index fait le signe précédent, et s'intro- « duit ensuite entre le pouce et l'index de la main gauche « fermée.

« Contempler. Le muet trace, avec l'index gauche, la « ligne de la pensée , et dirige fortement les regards sur « la main droite, qui se tourne lentement pour montrer « chaque côté.

« Inventer. Le muet ferme les yeux , conduit ensuite « l'index en lignes ondoyantes sur le front, comme s'il « voulait y chercher quelque chose qui y serait appliqué ; « puis il fait comme s'il le saisissait avec le pouce et « l'index ; il ouvre en même temps les yeux avec un air « content.

« Se souvenir. Il tire du siège de la pensée une spirale « excentrique , porte la main un peu en arrière , et fait « ensuite comme s'il saisissait le signe de la pensée qu'il « a fait avant : ajoute-t-il maintenant le signe de la né- « gation , il exprime oublier

« Douter. La tête et les yeux sont un instant immo-

« biles ; puis la tête se porte sur 1 épaule droite et gauche, « ensuite on fait le signe de oui et non. La tête se penche « à droite et à gauche , semblable aux mouvemens des « bassins d'une balance.

« Vouloir. Le muet regarde un objet, tend la main vers « cet objet, et fait comme s'il voulait l'attirer vers lui.

« Désirer. Comme vouloir; seulement, on tend les « deux mains ouvertes vers la chose , et on la tire ensuite « à soi , comme si on voulait se l'identifier.

« Espérer. Le signe de désirer ; la physionomie ex- « prime la joie et l'assurance.

« Aimer. Le muet baise le bout de ses doigts , applique « et presse ses deux mains sur le cœur, et ajoute les signes « de vouloir, désirer et espérer. »

Les signes particuliers des prépositions, donnés par M. Wolke, consistent, comme les signes grammaticaux, dans certaines positions des mouvemens des doigts de la main , dont un mouvement en ligne droite est le thème fondamental.

{Amveisung wie Kinder, etc., chap. IX, pages 371 et suiv. )

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