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condition de ces infortunés (i) dans les matières tant civiles que criminelles. M. Rembt-Tobie Guyot juge les sourds -muets avec une extrême sévérité; il va jusqu'à déclarer que le sourd-muet serait à jamais privé de la raison , si l'art humain ne venait suppléer pour lui au refus de la nature (2). Confondant, du moins suivant notre opinion, dans la triste condition du sourd-muet , ce qui appartient à l'isolement*- presque absolu dans lequel il est quelquefois laissé, de toute relation sociale, avec ce qui peut provenir de la privation d'une langue artificielle ; confondant les bienfaits que le sourdmuet peut attendre d'un commerce même encore incomplet avec les autres hommes, avec ceux qu'il ne peut obtenir que des enseignemens didactiques d'un maître (3), M. Guyot fonde peu d'utilité sur
(1) Dissertatio juridica inauguralis de jure Surdo-Mutorum , etc. Groningue, 1824.
(2) Ibid., pages i3, 34 et suiv.
(3) Nous avons eu déjà l'occasion de citer l'opinion de M. Guyot et de la combattre ( voyez Ire Partie , note à la suite du Chapitre IV, tome Ier, page 125); qu'il nous soit permis d'y ajouter encore quelques réflexions, en relevant la méprise qui nous paraît avoir égaré l'estimable auteur. Un sourd-muet, né dans une condition pauvre, qui aura été négligé de ses parens , laissé presque seul , abandonné à l'oisiveté , livré à l'apathie , sera dépourvu de raison , parce que son intelligence n'aura point été éveillée par le commerce de ses semblables; tout enfant, même doué de la parole et de
l'emploi de signes propres au sourd -muet. « Ces <c signes, dit-il, ne sont compris que des personnes « habituées à vivre avec les sourds-muets , et n'en « sont pas même exactement compris : nous ne « pouvons communiquer, par signes , au sourdce muet , que les choses qui se montrent ouver- « tement aux yeux, et encore d'une manière in- « certaine et imparfaite » (i). L'instituteur de Groningue ne se flatte pas que l'instruction du sourd-muet puisse jamais égaler celle d'un homme exempt de cette infirmité. Il pense même que l'éducation ne saurait les délivrer de certains défauts qui leur sont propres : une curiosité excessive, une défiance générale, un défaut d'empire
l'ouïe, qui éprouverait le même sort, subirait les mêmes conséquences. Ce n'est point exclusivement la privation de la parole, c'est aussi la vie solitaire qu'il faut en accuser. Mais, que l'isolement cesse, que l'enfant sourd-muet obtienne de ceux qui l'entourent les soins de l'affection et le commerce que permet son infirmité , sans qu'il ait besoin d'un maître et d'un enseignement artificiel, ce commerce seul, ces soins, commenceront à développer les facultés de son esprit et de son cœur. Seulement , ce développement sera aussi imparfait que ses moyens de communication seront bornés , et , par conséquent , que ses relations seront restreintes. Il apprendra à juger, il saura aimer : qui sait agir, a en lui le germe de la vie intellectuelle ; qui sait aimer , a en lui le germe de la vie morale.
(i) Dissertaiio juridica , etc. , pages 25, 2<).
sur leurs propres penchans, une passion singulière pour l'imitation , une extrême facilité à se laisser conduire, (i)
Si quelques uns de ces jugemens peuvent être plus ou moins contestés, du moins on souscrira à l'exposition lumineuse que trace M. Guyot, de la différence qui existe entre la manière de penser particulière *au sourd -muet, même après qu'il a reçu l'instruction la plus complète, et celle qui est commune aux hommes doués de l'audition et de la parole (2) ; on applaudira surtout aux sages conseils qu'il donne aux personnes qui environnent les sourds-muets, sur la patience et l'indulgence qu'on doit accorder à ces infortunés , et sur les soins qu'on doit prendre pour répandre la sérénité sur leur vie. (3)
L'établissement formé par M. Guyot a rappelé, dans les Pays-Bas, l'attention des hommes éclairés sur la condition des sourds-muets et l'art qui tend à les en arracher. M. Fuk a donné quelques notions sur l'origine et l'histoire de l'art, comme aussi sur la condition légale des sourds-muets (4) :
(i) Dissertatio juridica , etc., pages 26 , 3a et suiv.
(2) Ibid. , page 38.
(3) Ibid., page 3g.
(4) Redevoering , etc. Groningue, 1821.
DES SOURDS-MUETS. PART. II, CHAP. XV. l65
MM. Koopmeh- Hartmann (i) et Kesman (2) ont comparé l'état du sourd -muet à celui de l'aveugle-né. M. Wauters, ancien vicaire d'Heminxen, arrondissement d'Anvers, sans avoir jamais lu d'ouvrage sur l'art, a tenté de lui-même, par des moyens qui lui sont propres, d'instruire quelques sourds-muets. On cite avec beaucoup d'éloges les résultats qu'il a obtenus. Il paraît s'être essentiellement attaché à reproduire le mécanisme de la parole. Du reste , le détail de ses procédés n'a point encore été publié. (3)
Les seuls travaux publiés en Danemarck, sur l'art d'instruire les sourds -muets, sont les écrits du docteur Castberg, professeur, médecin et directeur de l'Institut royal des sourds >- muets à Copenhague, qui ont embrassé à la fois et l'instruction de ces infortunés , et leurs maladies , et les traitemens qui leur conviennent. Nous n'avons point été à portée de les étudier ; mais , en les trouvant cités avec estime, nous n'avons recueilli aucune indication qui nous fasse supposer qu'ils pouvaient renfermer quelques vues nouvelles sur les méthodes. Il paraît qu'il avait donné la pré-
(1) De l'État de l'Aveugle-Né, comparé à celui du Sourd- Muet. Bruxelles, 18 17.
(2) Over den Staat van den Doof-Stumme, vergeleken mel dien von den blindgeborene . Groningue, i8l4>
(3) Voyez la Revue encyclopédique. Décembre 1826.
1Ô6 de l'éducation
férence à celle que pratiquait à Vienne Joseph May (i), et son opinion est de quelque poids. Instituteur aussi zélé que judicieux, le docteur Castberg ayant été chargé, par le roi de Danemarck, de recueillir et d'employer les meilleures méthodes pour l'instruction des sourds - muets , ne se contenta pas de demander des informations en divers pays , il parcourut l'Allemagne , l'Italie , la France, pour examiner par ses propres yeux, et pour comparer, d'après leurs résultats, les diverses institutions et les procédés qui y étaient mis en usage (2). L'exemple du docteur Castberg eût mérité de trouver un plus grand nombre d'imitateurs.
(1) Voyez ci-devant, Partie II, chap. XI, page 49»
(2) Le docteur Peter Atke Castberg parait avoir découvert , pendant son voyage en Italie, l'ouvrage du prieur Jacob Affinati , d'Acuto , qu'on cite comme le premier qui ait été publié sur l'art d'instruire le sourd -muet (voir ci-devant, Part. II, ch. Ier, tom. I, p. 3a4) ; il en cite le titre : Il muto che parla, Dialogo ove si tratta, dell' excellenza e de' difetti délia lingua umana , e si spiegano più di ioo concetti scritturali soprà il silenzio, con Vapplicazione delli Evangeli , i quali servono per commodo degli Padri predicatori : opéra molto utile a che desidera di favellare rettamento e senza esre biasimato, etc. Venise, 1608. Mais cet ouvrage, au lieu d'être en effet destiné à l'art qui nous occupe , ne serait qu'une sorte de manuel spirituel à l'usage de l'ordre des Dominicains , ce qui nous consolerait de l'impossibilité où nous sommes de consulter ce document.
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