INTRODUCTION. XXI
Dieu les dons élevés de la position sociale, du caractère ou du génie, on ne se respecte jamais assez soimême !
Ce sont les plus petits défauts qui diminuent et défont les plus grands hommes *.
Parmi les défauts moins graves en apparence, il en est un que Fénelon reprochait aux princes, et qui, souvent inaperçu et par là même excusable, est cependant d'une gravité extrême chez les hommes publics, chez les hommes d'État, et se rencontre aujourd'hui très-fréquemment, même dans les hommes de bien.
C'est d'être trop particulier : de songer trop à soimême.
Oui, aujourd'hui les hommes de bien sont particuliers et songent trop à eux.
C'est une faiblesse devenue générale : elle est le grand malheur du temps où nous vivons, et ce temps, hélas ! est lui-même l'excuse de cette faiblesse.
Il y a eu, dans notre triste pays, tant de renversements et de désastres, que chacun effrayé se relire chez soi, dans ses intérêts privés ; s'y cantonne en quelque sorte, et s'applique exclusivement à les sauver.
Fénelon écrivait pour le duc de Bourgogne : « Surtout soyez en a garde contre votre humeur : c'est un ennemi que vous porterez parte tout avec vous jusqu'à la mort ; il entrera dans vos conseils, et vous « trahira, si vous {'écoutez. L'humeur fait perdre les occasions les plus « importantes; elle donne des inclinations et des aversions d'enf.mt, au « préjudice des plus grands intérêts; elle fait décider les plus grandes « atïaires par les plus petites rais(tns ; elle obscurcit tous les talents, ra- « baisse le courage, rend un homme inégal, faible, vil et insupportable. « Déliez-vous de cet ennemi. »