‹ De l'éducation [microforme]Chapitre 2 sur 2 · II · texte numérisé non relu

II

Si dans plusieurs pays les âmes honnêtes gémissent: sur la tendance mauvaise des idées provenant d’un faux système d'éducation; si elles jettent un regard inquiet vers l'avenir, il y a, messieurs, sur le sol d'Amérique une portion de territoire où l'éducation est complètement religieuse, où les droits de l'Eglise à l'enseignement sont reconnus, et ce pays, cet heureux pays, c’est le nôtre.

Je terminerai cette conférence en esquissant les progrès de l'éducation au Canada, et j'implorerai pour quelques moments encore votre bienveillante attention.

L'éducation du peuple canadien sert de contraste: avec l’éducation non-seulement du peuple américain, mais également des pays européens, où l’on a cherché à bannir la religion des écoles. La Providence nous a singulièrement favorisés sous ce rapport, et lorsque l’on parcourt les pages de l’histoire du Canada, on ne peut se lasser d'admirer avec quelle sollicitude Dieu a veillé sur notre berceau et quelles précautions admira-bles il a prises pour former notre peuple selon ses vues et ses désirs. La prise de possession du pays fut faite au nom de la religion et du Lei très chrétien, et le premier acte de Jacques-Cartier fut de planter une croix sur les rives du St Laurent. C'était l'Eglise et l'état s’unissant ensemble pour commencer sur ces plages nouvelles la grande œuvre de la civilisation chrétienne.

Cette croix, messieurs, nous porta bonheur, et fut le signe de la régénération des âmes dans les immenses forêts du Canada. Dès lors commença l'éducation des enfants des bois ; il fallait les civiliser, les éZever:.

et Dieu voulut que les premiers éducateurs des tribus sauvages fussent les ministres de cette église à qui il avait été dit : “ Allez et enseignez toutes les nations.” Les missionnaires qui dirent adieu faux rivages de la vieille France pour s’enfoncer dans les solitudes du nouveau-monde avaient donc réellement mission d’enseigner, et les premiers mots qui tombèrent de leur bouche autorisée furent une semence bénie du ciel.

Le vertueux Champlain avait compris le rôle civilisateur et de l'Eglise et de la France. A peine eutil jeté les fondements de Québec qu'il fit venir, pour instruire la jeunesse de la colonie, quatre récollets, précurseurs de cette phalange de prêtres zélés qui devaient jeter les assises de nos nombreuses maisons d'éducation.

À la suite de Champlain arrivèrent aussi les courageux enfants de St Ignace qui ouvrirent les classes du collége de Québec,en décembre 1632, sous la direction du Père Lejeune. “ Je suis devenu régent en Canada, écrivait celui-ci; j'avais l’autre jour un petit sauvage d’un coté et un petit nègre ou Maure de l’autre, aux quels j’apprenais à lire les lettres. Après tant d'années de régence me voilà enfin retourné à l’A. B. C., mais. avec un contentement et une satisfaction si grandes. que 7e n'eusse pas voulu échanger mes deux écoliers pourle plus bel auditoire de France.”

Nous rapprocherons ces paroles admirables de sim: plicité et de dévouement de celles de la vénérable fondatrice des Ursulines, la mère Marie de l’Incarnation, qui, à son arrivée à Québec, en 1639, fut logée dans une petite maison ne renfermant que deux chambres servant à la fois de dorioir, de classe et de cuisine.

“ On ne croirait pas, dit cette’sainte femme, les dé...

penses qu’il nous a fallu faire dans cette petite maison, quoiqu’elle soit si pauvre que nous voyons à travers le plancher reluire les étoiles durant la nuit,et qu'à peine y peut-on y tenir une chandelle allumée à cause du vent... Avec tout cela nous nous estimons p/us keu- Yeuses que Si nous Ga dans le monastère le plus accomodé de la France.”

Marguerite Bourgeois, fondatrice des sœurs de la Congrégation de Notre-Dame à Montréal, écrivait à son tour quelques années plus tard :

‘ Quatre ans après mon arrivée M. de Maisonneuve voulut me donner une étable de pierre pour en faire une maison et y loger celles qui y feraient l’école. Cette étable avait servi de colombine et de loge pour les bêtes à corne. Il y avait un grenier au dessus où il fallait monter par une échelle, par dehors, pour y coucher. Je la fis nettoyer, j'y fis faire une cheminée et tout ce qui était nécessaire pour loger les enfants, j'y entrai le jour de la Sainte Catherine (25 novembre 1657).”

Ces quelques extraits que je pourrais multiplier révéient une abnégation, une grandeur d'âme, un courage et une humilité bien extraordinaires, et je me demande si les réformateurs modernes pourraient nous indiquer un semblable dévouement et un tel renoncement à toutes les gloires du monde chez les instituteurs auxquels ils ont donné mission d’inculquer l’indifférence religieuse dans le cœur de la jeunesse ? Je puis répondre hardiment non, car le ge ee est impuissant de sa nature et n’engendre qu'égoïsme et froideur. De plus l'amour du prochain et la charité sont deux puissants leviers dont la vérité se sert, mais auxquels lincrédulité ne sauraïît servir de point d'appui.

La religion, “ cette /wspiratrice mystérieuse,çcomme “ dit Mgr. Dupariloup,qui donne la grâce pour faire le “ bien et fortifie même les plus tendres courages pour “ accomplir les devoirs les plus pénibles,” la religion donc présida aux développements de l'éducation en ce pays et en fut la mère et lesoutien. Les commencements furent humbles, mais dans cette humilité nos colléges et nos couvents puisèrent une force de résistance qui les firent surmonter de grands obstacles, et ces œuvres de bien, sous l'égide du clergé, prirent un merveilleux développement.

Quatre ans après l’é établissement du Couvent de la Congrégation à Montréal fut fondé le Séminaire de Saint Sulpice ; en 1663, Mgr. de Laval établit le Séminaire de Quéhec pour correspondre aux besoins de son église naissante,et la bourgade des Trois-Rivières, en 1697, vit s'élever dans son enceinte l'institut des Dames Ursulines.

Telles furent, messieurs, nos premières institutions qui, guidées par la charité et sous le souffle puissant de l'esprit de Dieu, jetèrent dans le cœur des jeunes personnes des deux sexes ces germes de foi et de vivifiante éducation qui ne se sont pas alterés depuis.

A mesure que le pays se développa et que les habitants augmentèrent en nombre, la religion fut toujours la première à répondre aux besoins de la colonie et à diriger l'éducation du peuple. Ce qu'il y a de remarquable, c’est que les fondateurs de nos collèges classiques furent tous des membres du clergé. Ainsi, outre les séminaires de Montréal et de Québec, furent fondés le collége de Nicolet par M. Brassard, le séminaire de St Hyacinthe par M. Antoine Girouard, le collége de Ste Thérèse par M. Charles Ducharme, celui de Ste Anne de la Pocatière par M. Chs. Pain-—

chaud, le collége de l’Assomption par M. Frs Labelle, le collége des Jésuites à Montréal, le collége des Trois-Rivières par Monseigneur Laflèche et quelques autres. Puis comme couronnement à ces œuvres admirables a été fondée l’Université Laval qui,à juste titre, peut être considérée comme une des premières universités d'Amérique.

Lorsqu'on déroule chaque feuille de notre histoire et que l’on scrute l’action du clergé sur nos destinées . politiques et nationales, quelque chose frappe l'esprit ct impressionne le cœur : est la forte éducation religieuse que possède le peuple canadien. Mettant en parallèle les idées qui dominent aux Etat-Unis avec celles qui ont cours dans notre pays, il est facile d’en saisir de suite la différence et de voir que la bâse de . l'éducation n’est pas la même. Chez le peuple américain le système de l'instruction publique affaiblit tous les jours davantage les notions de respect envers l'autorité et, en corrompant les mœurs, tend à détruire la famille. Au Canada, le père de famille chérit le foyer domestique ; les enfants restent attachés au toit paternel, et le pouvoir public est entouré de l’auréole du :iespect et de la loyauté la plus entière. Dans les écoles mixtes la jeune fille est comme une fleur que le vent détruit avant qu’elle soit éclose, pendant que, dans nos couvents, elle se conserve pure et candide et se prépare à remplir dans la société l’importante mission que Dieu lui a donnée,

Ici l'autorité paternelle exerce son empire ; là elle se perd de plus en plus. Icila mère de famille se renferme dans le cercle des occupations domestiques; là, non contente de la protection de ses droits civils, elle sort de ses attributions pour réclamer les droits politiques et l'éligibilité à toutes les fonctions. Ici

T’épouse reste indissolublement attachée à son époux, pendant que là la foi conjugale reçoit à chaque instant les plus violentes atteintes par la loi odieuse du divorce. Aux Etats-Unis la femme a arboré le drapeau du free love ; ici, elle ne partage son affection qu'entre son mari et ses enfants. Et qui n’a entendu parler de ces infanticides commis par les femmes ellesmêmes et auxquels il faut attribuer la diminution de la population indigène dans quelques états de la République, pendant qu’au Canada la mère contemple avec orgueil les fruits d'une nombreuse postérité et les regarde comme une bénédiction du ciel.

Voilà la différence qui existe entre les mœurs et les habitudes des deux pays et les résultats de l’éducation qu'on y donne.

Messieurs, quand je songe au passé et que je contemple les évènements contemporains, je ne puis m'empêcher de croire que la Providence favorise particulièrement le peuple canadien. La cession de notre pays à l'Angleterre a pu paraître un malheur

ux héros français qui avaient si généreusement versé Âeur sang sur les champs de bataille dé Canton et de l Ste Foye. Maintenant qu'on connait les maux !| effroyables que le septicisme du dernier siècle a en- { gendrés, et les catastrophes qui ont boulversé la Fran- : «ce, on ne peut s'empêcher d’y voir la main de Dieu ! qui a voulu conserver à cette co!onie la foi ardente de À ses fondateurs. “mm #= Ta position exceptionnelle et pénible dans laquelle se trouvèrent les canadiens, après le traité de Paris, fut cause que le clergé se constitua fort heureusement le protecteur de notre nationalité, et, par les maisons d'éducation qu’il fonda, il put, sur ce coin de terre de l'Amérique,conserver notre langue et notre foi.

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Aujourd’hui, par une autre perinission de là providence, nous avons pour nous prémunir cCohtre les égarements modernes l'exemple de 14 France livrée à tous les vents de doctrine, ballottée par la mèt houleise de la révolution, et victime mälheureuse de là Fräñc-Maçonnérie, cette contre-paitie du christianisme.

Notre ancienne mère patrie a pu sucêr le vénifi dû voltairianisme sans trop s'en douter d’abord : elle n’à peut-être pu se rendre compte dès le coimencement des progrès que fesait l'esprit du mal chez elle, et insensiblement elle est tombée dans lés pièges que lui tendaient les sociétés secrètes. Plus heureux que la Francé le Canada possède deux flambeaux pour le guider : son propre passé et l’état présent de l’Europe. Il est À même de cc. : arer iss résultats de l'éducation religieuse avec les résultats de l'éducation sans Dieu, et s’il reniait ses antécédents pour se précipiter dans le gouffre de l’impiété, il serait plus coupable qué là France elle-même, car il peut toucher du doigt les plaies du socialisme,examiner et comprendre les caüses premières des doctrines malsaines qui tourmentent l’ancien monde, et ils ne tient qu’à lui, avec la grâce de Dieu, d’écraser de son pied le ver rongeur des sociétés modernes.

Je me hâte de terminer cette conférence par les remarques qui suivent.

Le 9 de décembre dernier la France à vu les agents du préfet de la Seiné profiter des ombres de la nuit pour accomplir un acte tellement odieux qu'il à fait frémir l'univers entier. Les satellites de l’athéisme non contents de chasser la religion de l’enseignement veulent en bannir Dieu lui-même et, dans cette penséè infernale, ils sont allés arracher des murs des écoles

l'image du Christ devant lequel s'agenouillent depuis dix-huit siècles les nations de la terre.

Ils s'étaient attaqués jusqu'à présent aux gloires humaines, et la Commune, dans son délire,avait souillé les pages glorieuses de l’histoire de France en abattant les monuments destinés à en perpétuer le souvenir. Ce

n'était pas assez pour satisfaire l'orgueil de ces fous furieux ; ; il fallait escalader le ciel et s'attaquer au sauveur du monde, Lucifer se croyait l'égal de Dieu ; les chefs de l’incrédulité se croient supérieurs à la divinité Voilà pourquoi ils sont allés faire disparaître de l'école les symboles de la religion.

Quelle excuse a-t-on donné pour justifier cette turpitude ? e

Voici ce qu'a répondu le premier-ministre de la France à l’interpellation qui lui fut faite au Sénat.

sé M. le Préfet, a-t-il dit, s’est cru autorisé à com- “ pléter la laïcisation des é:oles communales en enle- . vant les emblêmes religieux appartenant à un culte déterminé,

“ ]l a cru ainsi compléter le caractère de la neutralité qui doit appartenir aux écoles laïques...”

De son coté le préfet de la Seine, M. Harold, disait au Sénat pour justifier sa conduite :

“ J'ai dû m'inspirer des réclamations, des vœux de “ la population, et j'ai pensé que dans les écoles laïques “ on ne pouvait plus tolérer aucun emblême apparte- “ nant à un culte particulier...”

C'est Renan qui osa reprocher au christianisme “ d’avoir substitué à la beauté du corps humain la “ maigre image d’un supplicié tiraillé par quatre clous.”

Comme l’immoralité n'appartient à aucun culte, qui sait si tôt ou tard, on ne souffrira point que “la maigre image du supplicié” du calvaire soit remplacée par

les nudités de la dépravation et de la crapule, et l& figure auguste de la Vierge immaculée par la déesse du pétrole. Ce serait le comble de la neutralité en matière d'éducation laïque et la digne conséquence de l'établissement des écoles sans Dieu.

Ces crimes, messieurs, auront une fin, car qui s’attaque à Dieu est certain de périr, et la chute de l’angerebelle est là pour nous l’apprendre,

La France est en ce moment bien abattue ; mais. il y a dans son sein des hommes de cœur et de foi et de pieuses femmes. Les communautés religieuses. sont dispersées, mais la prière les tient unies et la per-. sécution dont elles sont les victimes ralliera sous un même drapeau les hommes de bien. Dieu viendra au secours de la France catholique agenouillée en ce: moment pour intercéder sa clémence, et lorsqu'on croira tout perduil retirera de la fange de l’incrédulité cette généreuse nation française sur lefront de laquelle il daignera déposer de nouveau le diadème qui apparpartient à la fille ainée de l'Eglise. Le Christ qu'on bafoue sera celui qui régénérera la France, comme il a régénéré le monde.

Un poëte, résumant la pensée de l’incrédulité moderne, disait :

Ta gloire est morte, O Christ, et sur la croix d’ébène Ton cadavre céleste en poussière est tombé.

Ajoutons avec lui :

Eh bien qu’il soit permis d’en baiser la poussière Au moins crédule enfant de ce siècle sans foi,

Et de pleurer, à Christ, sur cette froide terre, Qui vivait de ta mort et qui mourra sans toi.

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