SCÈNE II
Les mêmes; MERE MONIQUE.
MERE MONlyCE.
Notre petite ménagère n’aura rien à dire en rentrant : ma cuisine est propre à ravir , mon pot est mis , son café est prêt. Dame ! elle a beau être bien jeune , voyez-vous , je la respecte comme feu ma pauvre maîtresse ; elle n’a pas eu de jeunesse c te jeunesse-là , faut en convenir. Ah ! que son papa sera fier d’avoir une fille comme celle-là !
Crois bien que nous lui ressemblerons, mère Monique ; nous te tourmentons encore quelquefois , mais , vois-tu , tout le monde ne peut pas être comme Agiaé.
LES DEUX ÉDUCATIONS
MÈRE MONIQUE
Tout de suite , c’est vrai ; mais quand on veut l’iiniter , on y parvient.
SOPHIE
C’est vrai, cela; quand je copie une rose , la première fois cela ne ressemble pas à grand’chose ; la seconde , elle èst mieux ; la troisième , je suis toute contente , je m’éloigne des deux , et à quelques pas à peine puis-je les distinguer.
MÈRE MONIQUE
Oui, oui, avec de bons modèles et de la bonne volonté , on vient à bout de tout , et vous en avez un bien bon dans cette chère Aglaé : je l’aime comme si j’avais le bonheür d’être sa mère. Si vous saviez quelle réputation elle a dans le quartier ! Partout où je vais , chez le boucher , chez l’épicier , chez le parfumeur , on me dit : C’est vous qu’êtes chez c’te jolie mam’zelle Fournier ? Comme elle a l’air modeste ! dit celle-ci ; comme elle est belle ! dit celle-là ; pour moi , reprend une autre , je me mets toujours sur le pas de ma porte pour la voir passer. Et puis on parle de son travail , de ses broderies , de ses dessins.
SOPHIE
Eh bien , Aglaé ne sort jamais : c’est pourtant bien vrai qu’il ne faut pas courir le monde pour se faire une réputation : au contraire, c’est comme cela qu’on la perd. Que papa sera content quand il reviendra de