‹ De l'éducationChapitre 137 sur 245 · ACTE II. SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II. SCÈNE II

tous les jours elles étaient occupées de votre provision. Elle s’est ensuite empressée de remplir mon panier. Mais il y a quelque chose qui vous regarde , mademoiselle Jeannette. (^Elle va au panier, et en tire une galette et un bouquet.') C’est ceci , envoyé par Henri encore. Oflfrez cela de ma part à la belle Jeannette, m’a-t-il dit, petite Lise, et faites-lui mes amitiés.

JëANNETTK, embarrassée. r

C’était , j’espère , en présence de sa mère qu’il t’a remis ce petit cadeau pour moi ?

LISE

Oui, vraiment; et avec sa permission donnée de bon cœur, je t’assure.

JEANNETTE

Je suis sensible à son attention , mais je n’en ai pas moins le désir sincère d’oublier l’intérêt qu’il me témoigne. Je dois, pour mon bonheur, écouter les avis de notre bonne mère. Ce matin encore elle m’a fait sentir que jamais on ne consentirait à unir le fils du plus riche propriétaire du canton à la petitefille d’une infortunée réduite à l’état de mendicité. Il est dur de se retracer de semblables vérités; mais il est trop dangereux de s’entretenir de fausses espérances.

LISE

Eh bien , si on consultait Henri, je suis sûre , moi , qu’il te préférerait aux plus riches filles du pays. Il

fallait voir quelle jolie mine il avait quand il me parlait de toi ; il était bien aisé de s’apercevoir que la conversation lui plaisait.

JEANNETTE

Ah ! cesse , ma petite Lise , et ne m’entretiens jamais ni des bonnes qualités d’Henri , ni de son amitié pour moi. Je ne dois pas chercher à me retracer ces idées ; il faut plutôt , s’il est possible , parvenir à les oublier ; elles troubleraient mon repos , me détourneraient de mon travail , et finiraient peut-être par rendre les derniers jours de notre bonne mère encore plus malheureux.

LISE

Si les belles fermes qui sont dans la plaine étaient encore à nos parens, tu ne serais pas si malheureuse : rien n’aurait empêché ton mariage avec Henri , tu serais bientôt sa femme , ou penserait à tes noces , car toute cette famille est bien attachée à notre grand’-mère. Ah ! comme c’est triste d’être si pauvre ! C’est pourtant toi qui es cause qiie je m’aperçois de cela; car, pour moi, je ne désire rien. Je travaille de tout mon cœur, je dors de même , je suis toujours gaie; quand je n’ai rien à faire, je cours après les papillons dans la grande prairie : j’en ai trois boîtes superbes. Mais aujourd’hui je vais employer le reste de mon temps à cueillir des fraises ; j’irai les vendi-e ce soir îi la ville, et j’en apporterai l’argent à notre bonne-maman.

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