SCÈNE IX
Les mêmes; LUCILË pleurant.
LUCILE
Ah ! maman , mon bonheur était trop grand , ma joie trop vive !
M“'. DE VALMONT
Grand Dieu ! que vous est-il arrivé ?
LÜCILE.
Le pauvre Boucher,... mon père nourricier... Je ne puis achever.
M“*. DE VALMONT
Expliquez-vous , Lucile ; vous me faites trembler.
LÜCILE.
J’étais dans la chambre de madame Dumont : tout à coup j’ai vu pousser la grande porte ; le cocher Lafleur et deux autres domestiques portaient un homme presque mort. J’ai reconnu mon père nourricier, le pauvre Boucher, ce vieux militaire qui a si longtemps servi sous mon père avec honneur; à l’instant j’ai volé à la cuisine , et l’ai vu étendu près du feu. Lafleur a dit qu’il l’avait trouvé dans cet état sur le banc de la porte : du vin qu’on lui a fait prendre , du vinaigre que les femmes lui ont fait respirer, tout cela l’a rappelé à la vie ; il a ouvert les yeux , m’a reconnue , s’est emparé d’une de mes mains , et s’est
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écrié ; Ali , Lucile ! ma chère Lucile I ne me quittez pas, ne m’abandonnez pas!... Ma nourrice, lui ai-je dit , que lui est-il arrivé? Elle n’existe plus , Lucile lundi dernier nous avons eu le malheur de la perdre. Ah! maman, ma pauvre Mathurine, si bonne, si sensible ! je ne la verrai plus ! Elle m’aimait comme si j’eusse été sa propre fille. Je retournerai îà Olainville ; je n’y trouverai plus ma chère ftlathurine !
M"' DE VAI.MONT
Ta douleur me pénètre l’àme, chère et sensible enfant, elle est bien légitime, tu peux t’y livrer; mais il faut cependant t’occuper de ton pauvre père nourricier, lui faire donner tous les secours, nécessaires. C’est un vieillard accablé par les fatigues de la guerre et par les années.
LU Cll.E.
Maman , vos femmes m’ont dit de remonter , et je les ai laissées occupées à le faire transporter dans une chambre où on va lui préparer un lit.
M"**. DE V A t. MONT.
Nous irons le voir avant de monter en voiture.