ACTE III. SCÈNE II
SOPH lE.
Que dites-vous , Aona ? Ce débat serait trop affligeant, il faut le faire cesser promptement.
ANNA
Vos sollicitations sont également vaines et déplacées.
Ma chère Glarice , je vous crois naturellement plus disposée à exprimer la première vos regrets sur la cause d’une querelle qui ne sera , j’espère, que passagère. Donnez-nous cette marque d’amitié. Jamais le moindre différent n’existe entre Sophie et moi. Ne nous laissez pas le chagrin de voir, pour la première fois de notre vie, deux sœurs qui cessent de s’aimer tendrement.
GLARICE.
Je suis en tout disposée à suivre vos avis , et dans cette circonstance mon cœur m’y porte bien naturellement. Mais Anna a eu la cruauté de me dire quelle n’avait plus aucune amitié pour moi.
SOPHIE
Anna , ma chère amie , faites cesser la peine de cette pauvre Glarice , j’ose vous en conjurer. Vous avez , je le sais , en tout la supériorité sur moi ; votre âge, votre expérience, l’habitude de vivre dans le monde , tout vous donne un avantage infini sur de jeunes filles élevées dans le sein d’une famille quelles n’ont jamais quittée; mais il n’est question ici 'que
LA FAMILLE DAWENPORT.
de ces vertus douces et privées qui font le charme de la vie intérieure , et sur ce point notre bonheur est sans exemple. Nous concevons si peu que deux sœurs puissent se donner des chagrins mutuels , que dans ce moment les vôtres sont pour nous la peine la plus vive.
A N N A y à part.
Il faut bien que j’avoue qu’elle est modeste et touchante!.... {Haut. ) Clarice a eu avec moi des procédés fort déplacés , et sur lesquels je ne veux pas m’expliquer ; mais si elle est sincèrement affligée , je veux bien tout oublier.