SCÈNE PREMIÈRE
SALLY ET MOLLY jouant avec une poupée.
MOLLY, secouant n poupe>.
Allons donc, miss! quel maintien! Voulez-vous bien faire la révérence ?
SALLY
Achève donc de l’habiUer avant de lui donner- sa leçon de danse : nous n'en sommes qu’à la toilette.
MOLLY , posant un chapeau sar la tête de la poupe'e.
Tiens, la voilà coiffée, elle a une grâce parfaite ; personne n’habille sa poupée avec plus de goût que moi.
SALLY
Et moi, je la déshabille à merveille,^ c’est bien vite fait, je t’assure; chacun a son talent.
MOLLY
Oui, tu es parfaite -pour abîmer les tiennes eu
moins de deux jours; si tu étais ma fdle, je te gronderais bien pour cela, et je te dirais : Miss, je n’entends pas que vous détruisiez tout ce qu’on vous donne , je vous ordonne d’avoir soin de vos joujous , ou vous perdrez mes bontés; entendez-vous, miss?
SALLY
Tais-toi donc , tu me fais peur avec tes singeides , tu prends le ton de cette méchante lady Arabella , qui fait verser tant de larmes à la pauvre Gécilia ; sais-tu que tu l’imites à merveille ; mais il ne fallait pas dire, si j’étais ta maman; car les mamans ne sont pas sévères et méchantes comme cela.
MOLLY
Oh! oui, si la pauvre Cécilia avait la sienne, elle ne serait pas si à plaindre.
SALLY
Lady Arabella lui donne pourtant bien des choses superbes, des bracelets , des boucles d’oreilles.
MOLLY
Va , ce n’est pas cela qui rend heureuse. J’ai trouvé vingt fois Cécilia pleurant seule dans une allée du jardin; et moi, qui n’ai pas un seul bijou , je ris et je saute avec mon fourreau de toile et mon chapeau de paille.
SALLY
Mais donne-moi donc la poupée, je veux à présent la faire déjeuner. ( Elle s’empare de la poupée et